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Le blog de la souris jaune

...203

28 Avril 2013, 20:58pm

Publié par la souris jaune

"Quand une chose avait pris l'ascendant sur votre existence, ne finissait-elle pas par définir ce que vous étiez, même si c'était purement physiologique ?"

David VANN

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Les insurrections singulières :))

27 Avril 2013, 21:26pm

Publié par la souris jaune

Les-insurrections-singulieres.jpgC'est une histoire de rêves, confrontés aux contraintes de la vie réelle... 

C'est l'histoire d'Antoine. Quadragénaire aux prises avec sa vie trop étroite, ou mal à sa mesure. Quitté par Karima, avec qui il a passé quatre ans, un amour dans lequel là aussi, il se reproche de ne pas être allé au bout. Antoine l'ouvrier, qui travaille à l'usine ; qui fait seule naître les mots, les mots de la révolte, alors même qu'il se sent imposteur, lorsqu'il harangue ses compagnons de boulot devant la menace de l'internationale... 

Antoine se revoit à 8 ans, alors qu'il courait éperdu sous la pluie, étouffant déjà ; chez ses parents, il souffre de voir ses parents résignés, dans leur destin de tous les jours. Il accompagne sa mère sur les marchés. Rencontre Marcel, l'homme des livres ; et s'enfuit. Puis, c'est un des livres de Marcel qui sera le déclencheur. Alors que "Lusine" délocalise une partie de sa production au Brésil, à Monledave, Marcel retrouve pour lui une biographie d'un certain Jean de Monlevade, parti à la fin du XIXème siècle, à l'assaut du Brésil, y installer des hauts fourneaux... Ce sera la révélation, le déclic pour Antoine. Soudain Antoine veut connaître ces autres ouvriers du Brésil... Marcel et lui partent pour leur premier long voyage, eux qui n'ont jamais voyagé... Et Antoine, jusqu'alors toujours emprisonné dans son incapacité à dire va se libérer, et ressentir la joie d'être enfin vivant, et au monde, jusqu'à celle belle rencontre avec Thaïs, la passionnée, celle dont les doigts cousent la beauté à travers les tissus... 

J'ai aimé le lent cheminement d'Antoine, ses plaques obscures qu'on voit bouger tout doucement au creux de lui-même, son avancée à tâtons, belle parce que humble ; j'ai aimé le père, et son carnet noir, touchant dans ce geste de consigner chaque jour, si peu, mais sans relâche, ce qui se passe à l'usine, ses secrets de fabrique, et parfois, rien. Juste la date, et un bouleversant trait sous la date, puis celle du lendemain.

A la fin de son livre, Jeanne Benameur raconte que ce sont plusieurs rencontres avec les salariés d'Arcelor-Mittal qui lui ont donné envie d'écrire ce livre ; des rencontres où dire était fondamental, pour les salariés, qui trouvaient un espace précieux pour exprimer leurs souffrances et leurs doutes... 

Après Profanes, ce second Benameur me donne décidément envie d'en découvrir d'autres... Merci Amandine de m'avoir chaleuresement recommandé celui-ci !

 

. Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, éd. Actes Sud. Janvier 2011

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... 202

23 Avril 2013, 15:37pm

Publié par la souris jaune

"Mais ouvrez-leur les yeux, aux gosses, bon Dieu, tant qu'ils ont encore envie d'horizon, apprenez-leur plutôt à se révolter, à chercher leur place dans le monde, pas à prendre juste celle qu'on leur attribue à la louche, allez ho, toi ici, toi là !".

Jeanne BENAMEUR

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... 201

23 Avril 2013, 15:32pm

Publié par la souris jaune

"Est-ce que c'est humain d'être enfermé pour un môme toute la sainte journée et pour un homme, est-ce que c'est humain ? et répéter les mêmes gestes de plus en plus vite, de mieux en mieux ? C'est ça, vivre ?"

Jeanne BENAMEUR

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Cinq femmes chinoises

21 Avril 2013, 18:00pm

Publié par la souris jaune

cinq-femmes-chinoises-M108381.jpgIl y a Xiu, la férue de gymnastique, gymnastique qu'elle garde en elle comme un petit bout perdu de son enfance. Daxia, sa fille, celle qui veut fabriquer "des abris pour y nicher des hommes, les arracher à la bouillasse" et qui devient pour cela architecte. Mei, la meilleure amie de Daxia, la "fashion victim", celle qui veut vivre "tout de suite au mieux avant de mourir, pourir". Fang, la riche épouse, l'homosexuelle, dans un pays où cette différence est sévèrement réprimée et punie ; et Baoying, belle-soeur de Fang, fascinée par la cuisine, marquée par la rudesse de son destin... 

Pourtant, dans ces vies-là, on avance. On ne s'appesantit pas. A Pékin, Shanghaï, Hong-Kong...

A l'image, assez belle, de Fang qui contemple le monde derrière la vitre de son appartement au 41ème étage de la grande ville, Chantal Pelletier déroule, en accéléré, à nous en donner le vertige, le cours de ces cinq vies. Des vies emprisonnées dans un héritage familial, souvent vécu comme un fardeau qu'on porte et qu'il faut rejetter pour s'extraire, emprisonnées par l'histoire de la Chine.

Les drames sont forts, mais on passe : on est troublés par ce mode narratif qui nous entraine très vite d'un événement à l'autre, via des phrases courtes, des enchainements d'actions incessants, comme si les événements n'avaient pas de conséquences morales, mentales, psychologiques (la rédemption, le pardon, l'oubli, le deuil, la culpabilité semblent ne pas exister). Finalement, le paysage est le seul qui s'humanise parfois, mais dans l'outrance, le choc, la brutalité. Le paysage est animal monstrueux, qui broie, écrase. Ca aussi, il faut faire avec. L'humain est à sa toute petite place, toute petite, celle où il maîtrise si peu, bien loin d'une forme d'arrogance occidentale, où l'on a l'illusion qu'on peut tout maîtriser, décider. Dans ces vies chinoises, tout bascule sans avertissement, et il n'y a d'autre choix n'est autre que de courber le dos et d'avancer encore. Ces femmes sont des combattantes de la vie. Où le sentiment n'a que très peu sa place.

Un récit froid, glacé, à l'image de ces visages de porcelaine de femmes chinoises ; un récit vertigineux, écrit sans fioriture, assez proche de ce qu'on imagine de l'état d'esprit chinois : celui de la nécessité.logo-ev_2013_320x240-5d2b8.jpg

 

. Cinq femmes chinoises, Chantal Pelletier, éd. Joëlle Losfeld. Janvier 2013. Chantal Pelletier sera présente au salon Etonnants Voyageurs à Saint-Malo du 18 au 20 mai.

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...200

21 Avril 2013, 12:59pm

Publié par la souris jaune

"Ce qui s'oppose le plus à la connaissance, ce n'est pas l'ignorance, c'est l'illusion de la connaissance".

Gérald BRONNER

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Brise-glace :)

12 Avril 2013, 16:46pm

Publié par la souris jaune

brise-glace.jpgRoman ado.

Un livre qui se lit d'une traite. Et qui me fait me dire lorsqu'un livre de Jean-Philippe Blondel (enseignant lui même) me tombe entre les mains qu'il dépoussière l'univers des ados et des profs plutôt finement et agréablement.

Donc là, pas de profs, ou très peu. C'est Aurélien, 17 ans qui raconte. Un Aurélien auquel on s'attache très vite, et dont on découvre petit à petit l'histoire, marquée par un terrible fait-divers. Un Aurélien sensible, en retrait, qui cherche à se faire oublier. Mais qui échoue bientôt, quand le beau gosse du lycée, si populaire, s'intéresse à lui et semble s'être mis en tête d'en faire son ami. 

Alors petit à petit, il va sortir de l'ombre, et s'autoriser à être lui-même. Tout en finesse. Et non sans poésie. Car les mots comptent dans cette histoire. Et le livre nous dit que parfois, les SMS ou les mails ne suffisent pas, qu'il faut parfois sortir de ses habitudes et dire autrement. Adapter ses mots aux situations. Se donner du mal pour. Et que les efforts payent, dès lors qu'on est sincères.

Elle est jolie, très jolie cette histoire d'amitié entre Aurélien et Thibaud (avec un d). 

Comment fait-on pour vivre avec un traumatisme aussi marquant que celui qu'a vécu Aurélien ? Le livre n'apporte pas de réponses, il ne se situe pas sur ce registre-là. Mais il dit que nous avons tous le droit de nous reconstruire. 

Un divorce c'est banal, oui, mais ce n'est pas pour autant que l'on n'a pas le droit d'être marqué par celui de ses parents. Les expériences de vie sont différentes, pour ces deux garçons, mais ce qui importe, c'est peut-être qu'on se comprend, et qu'on n'est plus seul...

En plus de ça, le slam est au coeur du livre, via des séances de slams tous les vendredis soir au bistrot, séances courrues par des ados et autres personnes de tous âges, et ça, évidemment, ça fait rêver, et c'est tout à fait imaginable, et tellement sain ! 

 

• Brise-lame, Jean-Philippe Blondel, éd. Actes Sud Junior, 2011.

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Trois histoires à décrocher la lune

11 Avril 2013, 20:49pm

Publié par la souris jaune

--KGrHqZ--m-FBRz4Kje8BQ-FRlkHgg--60_35.JPGTrois petites histoires qui ont goût d'intermède.

Innocence, fraîcheur, féérie pour trois petits contes : "Le monde de Winnie Berlingot", "Mémoires d'un buisson", et "Mon Ange", que j'ai goûtés avec un plaisir décroissant. L'histoire que j'ai préférée donc, c'est la première, celle de cette fillette orpheline, Winnie Berlingot, celle qui trouve les exercices de math stupides et illogiques et n'hésite pas à le dire à sa professeure, intrépide, et de ses rêves d'Amazonie et de voyage sur la lune avec un amoureux suiveur qui pourtant, ne veut pas la suivre jusqu'à la lune. :)

La seconde histoire est assez drôle, avec ce buisson à l'humeur de chien, mais protecteur du pauvre palefrenier, évoquant une fable orientale ; la dernière histoire m'a beaucoup moins convaincue.

Toutefois, ces trois histoires évoquent les belles histoires de la tradition Africaine, ou orientale, et un temps où la féérie a encore sa place. La mort est un voyage, un souffle, et pas une fin triste ; les personnages ont des anges gardiens, ils goûtent à des saveurs et des plaisirs authentiques... 

Ca se butine sans grande exigence, mais sans déplaisir. En outre, et c'est une prouesse incroyable... jeune Mauricienne, l'auteur n'a que 16 ans ! 

 

. Trois histoires à décrocher la lune, Maéva Poupard, éd. Anne Carrière, 2002.

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...199

11 Avril 2013, 13:27pm

Publié par la souris jaune

"La guerre est déclarée par une poignée d'hommes à une autre poignée d'hommes, parce qu'ils se sentent supérieurs. Puis, ils entraînent des millions de soldats à leur suite, qui s'entre-tuent pour une cause qu'ils ne comprennent même pas. Et au bout du compte, ils ont parfois un morceau de terre en plus, dont l'herbe est rouge de sang".

Maëva POUPARD

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La nonne et le brigand :))

8 Avril 2013, 21:49pm

Publié par la souris jaune

9782330015121.jpgC'est un livre qu'on dévore avec l'envie de le finir, et qu'il ne finisse jamais, tout à la fois. Bien sûr, il y a toujours les questions, nombreuses, très nombreuses, que se pose l'auteur dans chacun de ses livres, les questions et les réflexions, et qui tissent une pelotte dense autour de son sujet. Mais Frédérique Deghelt a le don de nous emporter dans des histoires passionnantes, de nous faire vibrer des personnages sensibles auxquels on s'attache vraiment.

Ici, vous me direz, une histoire entre une nonne et un brigand, c'est aussi sûr que deux bornes opposées d'un aimant s'attirent... Peut-être, mais ce qu'elle fait de son histoire dépasse largement le cliché qu'on balaie d'une chiquenaude. 

D'abord on entre dans l'histoire d'un coup de foudre entre une femme d'âge mûr (Lysange), chercheur au CNRS, et un photographe de guerre. Pour oublier celui-ci, Lysange saisit l'occasion que lui offre un inconnu par le biais d'une double lettre : il lui propose de s'exiler dans sa cabane de bois à Cap Ferret, elle accepte. Et c'est là qu'elle tombe "par hasard" sur un cahier-journal, qu'elle commence à lire, "le journal de Soeur Madeleine", et qu'elle dévore... En même temps qu'elle vit à distance ou pas, sa vibrante passion pour son grand reporter, et qu'elle apprend à connaître son hôte du Sud-ouest, Tomas, alias... 

On entre dans une histoire passionnante, où il est question d'amour divin, de sentiment amoureux, d'amour passion... Contradictions, mensonges intérieurs, écueils qui éloignent ou égratignent un amour. Et puis secrets intimes, qui façonnent une vie, et deviennent secrets de famille...

Pourquoi refuse t-on d'aimer ? Qu'est ce qui fait qu'on détruit ce qu'on a de plus cher ? Qu'est-ce qui fait qu'on s'accroche, qu'on fait un choix plutôt qu'un autre, où nous mène l'amour, dans le cheminement de notre vie ? Frédérique Deghelt passe au crible ces questions passionnantes, à travers une, et même plusieurs histoires vibrantes, et notamment celle de Madeleine/Louise et d'Angel au Brésil, au coeur de la forêt Amazonienne, alors que la soeur tente d'apporter des médicaments dans des contrées reculées...  Après avoir lu de Frédérique Deghelt La Vie d'une autre, et La grand-mère de Jade, décidemment cette auteure me procure de bien agréables plaisirs de lecture...

 

. La nonne et le brigand, Frédérique Deghelt, éd. Babel. Paru en 2011.

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