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Le blog de la souris jaune

Le coeur régulier

29 Août 2010, 22:17pm

Publié par la souris jaune

coeur-regulier-adam-1-.jpgDans le dernier livre d'Olivier Adam, il est question d'une femme, encore, du Japon, et du suicide. Ou de ce qui fait qu'on reste en vie, de ce qui fait qu'on ne suicide pas... On est encore ici dans l'intériorité d'une femme, aux prises avec son passé, ses contradictions ; ce qu'elle a choisi et ce qu'elle n'accepte pas de renier, de couper, de laisser derrière elle... Et pour cause, ce quelque chose essentiel, c'est son frère. Son frère, indiscipliné, qui ne rentrera jamais dans le rang. Son frère qui la rattache à son enfance, son passé, son histoire, sa vérité... Et qui finira par se suicider, du moins c'est ce que tout le monde semble penser... Pourtant il sera allé avant de mourir au Japon, sur la terre des suicidés, au pied d'une falaise où un homme, bloc monolithique de silence, rattrape sur le fil ceux qui sont sur le point de passer à l'acte ; il les emmène chez lui et les garde, jusqu'à "ce qu'ils soient prêts". Sarah aussi fera ce voyage. Sur les traces de son frère, et pour se perdre et mieux se retrouver. Le coeur régulier, c'est ce qu'elle cherche à retrouver, sans le savoir vraiment. Le livre alterne des phases narratives en France, à d'autres, contemplatives, phases d'un Japon des campagnes, des couleurs, des teintes... Ce livre respire, avance lentement... C'est juste, et plutôt déprimant. La vie, souvent. Car pour Olivier Adam, la vie est avant tout désespérance, une concession avec soi... Ce qu'on ne laisse pas derrière soi nous tue...  

 

. Le coeur régulier, Olivier Adam, éd. de l'Olivier, paru en août 2010.

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J'étais une jeune fille laide :)

14 Août 2010, 14:59pm

Publié par la souris jaune

JF-20LAI-1-.jpgVoici l'histoire d'Anne-Lise, 19 ans. Celle-ci fait très vite le constat qu'elle est laide, et pas très intelligente. Alors qu'elle vient pourtant de réussir son baccalauréat, elle est invitée par sa tante à une soirée mondaine, en l'honneur d'un acteur coqueluche du tout Vienne de l'époque, Claudio Pauls. Honteuse de sa laideur, elle se réfugie une fois là-bas dans une petite pièce calme, la bibliothèque. Où se réfugie bientôt à son tour, un Claudio Pauls alcoolisé et désireux d'échapper à ses obligations mondaines. Une conversation s'entame alors, sur un mode de franchise sans doute inédit pour Claudio. Il lui donne rendez-vous pour le lendemain dans un bar, et lui dit qu'il l'aidera à ne plus être laide. Déterminée, elle s'y rend, et c'est le début d'une route obstinée pour la jeune femme, pour ne plus être laide. Le récit est sensé être le produit de son histoire, fidèlement rapporté, chose que Claudio lui aura demandé de faire... Le texte est donc emprunt d'une grande candeur, d'une grande naïveté, et d'une grande détermination tout à la fois. On a sous les yeux les pas d'une jeune fille placée entre les mains de son ange gardien, tantôt épris de mille autres, mais sans cesse véritablement se cherchant. Finalement l'un et l'autre n'auront fait que s'aimer, pour se rejoindre enfin, dans un final inattendu...

C'est assez étonnant, basé sur une idée rare. Une plongée profonde dans le faux-semblant du maquillage, sa relativité absolue, de même que celle de la beauté... C'est plutôt touchant. 

Et ça finit sur une pirouette... ainsi tous deux finalisent (dans l'histoire) le livre que nous tenons entre nos mains, et elle écrit :

"Dire qu'il faut toujours qu'un homme mette le point final à l'histoire d'une femme ! Alors je me soumets, je tire un gros trait sous ma propre histoire. Tournez la page, s'il vous plaît, Clau ne daigne écrire que sur une feuille vierge !"...

Et là on tourne la page, et il n'y a... rien ! Grrrr.

 

 

. J'étais une jeune fille laide, Anne-Marie SELINKO, Le Livre de Poche, 1970. (Paru en Allemand en 1954).

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14 Août 2010, 14:18pm

Publié par la souris jaune

"J'ai toujours comme une crainte respectueuse des religieuses, probablement, parce que j'aime tant la vie et que je ne peux pas comprendre les femmes qui renoncent à ses joies pour chercher Dieu à leur manière".

 

Annemarie SELINKO

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...31

14 Août 2010, 12:44pm

Publié par la souris jaune

"Survivre à l'absence de celui qui est parti, ou que l'on a dû quitter, faire le deuil d'un amour qui ne s'est pas consumé, c'est perdre une partie de soi".

 

Julie MANOUKIAN

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...30

14 Août 2010, 12:41pm

Publié par la souris jaune

"Dans quelques brèches miraculeuses nous trouvons l'éphemère épanouissement de l'amour certain, mais ensuite tout se brouille à nouveau, le ravissement se dissipe, le désarroi et la solitude s'implantent".

 

Alice FERNEY

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...29

14 Août 2010, 12:38pm

Publié par la souris jaune

"Une part de nous même reste inaccessible à tous les autres. Celle qui respire, celle qui entend le sang battre dans les tempes, qui affronte la solitude du corps, la joie simple de se sentir vaillant, la passion d'amour, la maladie, la peur de mourir : celle qui désempare".

 

Alice FERNEY

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Anna, chroniques de la débauche ordinaire

14 Août 2010, 11:41am

Publié par la souris jaune

9782355930591-1-.jpgJe ne sais pas si je suis très fan du titre. Je ne crois pas, en fait. Finalement, je trouve que cela stigmatise ce que vit le personnage principal, via un oeil omniscient et qui nous dit : c'est de la débauche ordinaire. Vous me direz, les deux termes ne s'annulent-ils pas d'emblée ? La débauche peut-elle être ordinaire ? Oui, sans doute, et cet oeil omniscient semble nous dire : voyez, c'est finalement assez répandu, nous vivons une époque de débauche ordinaire. C'est peut-être vrai. Faut-il juger ? C'est peut-être le terme de débauche qui me gêne... Est-ce de la débauche ? Juste un personnage principal qui se débat entre ses doutes, ses illusions, ses désillusions, ses fantasmes, ses rêves... Et tente de les réaliser. Mais après tout, n'est-ce parce que nous sommes, pendant toute la durée de ce récit, dans la peau de ce personnage, qu'on est tenté de la trouver sympathique, et de ne pas coller ce mot de "débauche" sur ses faits et gestes ? Peut-être... En même temps, ce "jugement" (puisque c'en est un, finalement) peut correspondre au ressenti que le personnage lui même peut avoir de son époque, et de ce qu'elle l'amène à vivre... Et en cela, ça correspond mieux au livre. Car on sent un sens critique à l'égard de ce qui l'environne. Et c'est en soi déjà intéressant...

Alors : c'est une agréable découverte que cette Anna, Chroniques de la débauche ordinaire. Premier roman d’une française, Julie Manoukian, fille du médiatique André Manoukian. Ca ressemble à de la chick litt, légère, mais pas seulement. Et ça commence dès la première page de manière enlevée, un peu à la « Sex and the city », pour les amateurs… L’histoire : Anna est une jeune femme célibataire, elle vit seule à Paris ; la ville toutefois n’a guère d’importance, si ce n’est qu’elle nous situe le récit dans un espace qui n’est pas l’Angleterre (comme souvent pour les livres de ce genre, vu que les auteurs sont souvent des Anglaises), et que c’est une grande ville. Elle est pionne dans un établissement scolaire. Ce qui lui donne au passage l’occasion de brosser un portrait vif des mœurs pour le moins décomplexés, des pré-ados, qu’elle regarde avec un œil horrifié… Le décalage - dix ans les sépare - est déjà intéressant en soi. Et bien sûr, ce qui constitue l’essentiel de sa vie, c’est sa sphère de copines, Margot, Lisa et Lola, qu’on suit donc dans leurs péripéties, et ses histoires de cœurs, ainsi que celles de ses amies. Et bien sûr il y a les parents, et son rapport à ceux-ci, le père distant, la belle-mère un peu névrosée, la demi-sœur, qu’elle prend sous son aile… Les descriptions des personnages arrivent à point nommé, sans alourdir le récit ; le tout nous mène sur un mode plutôt drôle, acide et acidulé, dans les méandres d’une vie vécue tant bien que mal, où les difficultés ne sont pas gommées mais traitées avec légèreté… Le célibat, la solitude, la recherche de l’âme sœur, la peur d’aimer, les désillusions, les garçons qui cristallisent les peurs, les fantasmes, les envies…

 

. Anna, chroniques de la débauche ordinaire. Julie MANOUKIAN, édition Pascal Galode, 2009.

 

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