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Le blog de la souris jaune

Articles avec #vie

Mercy, Mary, Patty :)

11 Septembre 2017, 22:00pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Les livres de Lola Lafon (La petite communiste qui ne souriait jamais) laissent son lecteur sonné, abasourdi, comme après le passage d'une énorme vague. Alors, encore, avec celui-ci. Ils échappent à la classification traditionnelle, au 'J'aime, j'aime pas', plus que jamais hors de propos.

Parce qu'ils font réfléchir, ils entraînent, ils cueillent, ils dérangent. Celui-là n'échappe pas à la règle, sans doute pour des raisons un peu différentes. Certes, il y a le style, inégalé, unique, propre à elle. 

Mais il y a l'enchassement des voix ; ce vous, étrange de bout en bout, ce récit en poupées gigognes, pour dire l'analyse d'un fait-divers qui marqua l'année 1974 en Amérique. Essentiellement celui-là. L'enlèvement de Patricia Hearth. Les bandes sons, les articles de journaux, tout cela passé au crible irrationnel, sans cesse sur le fil, de la narratrice. Dont la voix se confond avec, une chose est sûre, c'est que toutes celles qui parlent ont été marquées par cette histoire hors norme de cette jeune fille de milliardaires, enlevées par un groupuscule d'extrême-gauche, dont le dessein est de venir en aide aux pauvres, à ceux que le milliardaire asservit, en tanguant toujours. Fuyant. Et pourtant marquant, marqué, prononcé. Une voix que l'on n'oublie pas. Le livre ne se résume pas, il enchasse, il interroge, il tient en haleine... 

En savez-vous assez sur Patty, alias Tania ? Non, sans doute pas, mais, le livre vous laisse cette part d'inassouvi que laissa sans doute la véritable histoire : on ne peut juger, on ne peut comprendre, on ne peut caractériser, ce serait si simple... Tania est tout à la fois celle qui se rebelle et choisit la cause des combattants que la jeune opprimée par ses parents et son fiancé, dont le pouvoir est l'argent. Et puis il y a les autres, esquissées, mais les autres, quand même, celles qui furent enlevées aussi plus loin dans le temps, et qui refusèrent de revenir dans le giron familial. Parce qu'elles trouvèrent un destin, un sens, une place, plus qu'en l'autre monde, celui où l'on se croit libres. Troublant. 

. Mercy, Mary, Patty, Lola Lafon, éd. Actes Sud, sept 2017.

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Nos âmes la nuit :)

25 Août 2017, 09:28am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Une femme âgée de 75 ans (quelle horreur, de la transformer en un chiffre !), vivant seule dans la bourgade de Holt (Michigan) va un jour trouver son voisin pour lui faire une proposition raffraîchissante : qu'il vienne dormir à ses côtés la nuit.

Pour apprivoiser cette rude solitude.

Ce livre avait tout pour me plaire, sauf peut-être une, à laquelle pourtant je n'ôte rien : son écriture. Il sourd dans ce livre une mélancolie profonde. Que ne réveillent jamais les dialogues, puisqu'ils sont enfouis dans le corps du texte. 

Par certains côtés, il m'a fait penser au Tom, Petit Tom, tout petit homme, Tom, de Barbara Constantine. Ce rapprochement salvateur des générations, autour des choses simples et essentielles à côté desquelles les adultes mal grandis, exangues dans leurs vies d'adultes, passent en gachant la vie de leurs enfants.

Les thématiques abordées sont intéressantes, peut-être parce que souvent trop taboues : la solitude destructrice des nuits, l'âge et la sexualité, les sentiments après avoir partagé une vie d'amour pendant 40 ans... Je reconnais à cet auteur le mérite d'aborder de front une part si importante de nos vies, et qui reste pourtant dans le secret de nos intimités : notre sommeil, et nos nuits. Ici sommeil et insomnies, sommeil marqué par une profonde solitude des personnes âgées, sommeil aussi et cauchemars, marqué par la souffrance due à un abandon, ou aux tracas du quotidien chez l'enfant (le petit-fils Jamie).

J'ai aimé les deux protagonistes Addie et Louis, leur fraîcheur, leurs conversations ; ils sont si touchants, lorsqu'ils affrontent le regard des autres, dans leur petite bourgade, et qu'ils bravent le qu'en-dira-t-on ! Ce qui les abat, et qui interpelle évidemment, c'est la famille : le fils, dont on connaît l'histoire, fait frémir par ses certitudes, ses carquans, la tyrannie qu'il impose au nom du 'bien-penser' ; alors qu'on le voit enfermé dans ses erreurs, dans ses tracas... Cette partie de l'histoire m'a beaucoup touchée, interpellée : ce renoncement à ce qui compte plus que tout dans le présent, au nom de 'la famille', et pour l'avenir... Cependant, je sais que l'écriture contribuera à me rendre cette lecture volatile.

Je suis contente d'avoir enfin lu ce livre, malgré tout ! Et c'est à Delphine que je le dois, merci, Delphine !

Médiathèque de Saint-Malo.

. Nos âmes la nuit, Kent Haruf, 2015 (Etats-Unis) ; 2016 pour la traduction française aux éditions Robert Laffont.

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L'île des oubliés :)))

12 Août 2017, 12:29pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

J'ai véritablement aimé me plonger entre les pages de ce livre, et cotoyer ce tourbillon de personnages, entre 1953 et 2001, qui constituent le passé et l'histoire de l'héroïne, Alexis, jusqu'à son présent...

Une jeune femme à qui la mère n'a jamais rien voulu raconter de son passé : elle sait juste qu'elle a des origines crétoises. Alors comme elle s'y rend avec son petit ami le temps de vacances, elle insiste auprès de sa mère : elle veut savoir. La mère comprend qu'elle lui doit la vérité, les mots : alors elle lui donne l'adresse de son inséparable meilleure amie, là-bas, à Plaka, en Crète, écrit une lettre à celle-ci, et lui demande de tout raconter, tout, à sa fille. On peut se dire que c'est un terrible cadeau à faire à sa meilleure amie !

Mais le fil se déroule, et on n'a pas envie qu'il s'arrête. Car elle va tout livrer, en remontant plusieurs générations.

On s'attache à chaque génération et à chaque destin. Lourds, parfois. Marqués par une terrible maladie : la lèpre. Au delà des préjugés, on va apprendre à la connaître, à découvrir le fléau qu'elle pouvait être, dévastateur, dans la vie de toute une famille. 

Le premier destin qui nous est raconté m'a, je l'avoue, marquée, j'ai été tentée d'avaler les pages vite pour ne pas trop lire de détails (je vous rassure, ce n'est pas le propos du livre) quant à cette maladie et cette femme, bonne, qu'on n'a pas envie de savoir touchée par ce mal. Et par cet exil terrible qui fut le lot des lépreux, dès le diagnostic posé, sur l'île de Spinalonga, en face Plaka. Cette île accueillit en effet les lépreux entre 1903 et 1957...

C'est bouleversant de l'imaginer. Nous allons vivre le quotidien de deux endroits, l'île et Plaka, liés qui plus est par ce passeur qui s'y rend en barque pour apporter le nécessaire et dont la femme est une de ces lépreuses. Magnifiques liens. On prend la mesure de la douleur de cet exil, tout en découvrant les aménagements pragmatiques des exilés... Puisqu'il faut bien vivre ! L'île est une communauté d'aide, où l'on crée des commerces, des boutiques avec goût, où tout est différent, et a du sens... Et puis il a ce médecin tout en retenue, magnifique également, qui laisse sa trace superbe dans ce roman...

Tourments et sceau de la maladie, poids d'une réputation, origine de séparation, de destins brisés, amours... J'ai profondément aimé ce voyage en Crète, ces destins chargés qui nous mènent jusqu'à cette jeune femme, qui découvre ses racines.

Et l'on se dit que, même si c'est lourd, cette narration d'un passé entier est un sacré cadeau, précieux, pour avancer dans la vie...

Un grand merci à Samuel, qui m'a mis ce livre entre les mains.

. L'île des oubliés, Victoria Hislop, Le Livre de Poche ; 2005 (Anglais) ; traduction française, 2012.

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L'éveil de mademoiselle prim :))

30 Juin 2017, 16:54pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Je suis encore imprégnée de l'atmosphère de ce roman, que le hasard a mis entre mes mains. C'est un hasard total, et : en entamant ma lecture et voulant savoir de quelle origine était l'auteur pour en mieux comprendre le style, j'ai découvert que c'était un auteur, féminin, espagnol ! Or, il semble que je trouve chez les auteures espagnoles un vrai, vrai plaisir de lecture, et une authenticité souvent déconcertante.

Alors, bref, le hasard mettait un livre écrit par une auteure espagnole entre mes doigts. 

C'est pour son charme suspendu que je retiendrais ce livre. Car il m'a enchantée ! Même si, pour être tout à fait honnête, je me dois ici de noter les réserves que j'ai scrupuleusement refoulées au fil de ma lecture, parce qu'elles m'ont parues très anecdotiques au regard du plaisir que ce livre me procurait : parfois, et j'ai pensé que c'était la 'faille' d'une traduction, ou disons, l'incomplétude du fait de lire un livre autrement que dans sa langue originelle, certaines phrases, bien que toujours agréablement tournées, me sont restées 'sans sens'. Comment dire... Avez-vous déjà eu cette (assez) désagréable traduction : vous lisez la phrase, vous la relisez, et elle demeure à un degré de conscience, ou de connaissance inaccessible. Ca énerve un peu secrètement, et puis, là, cette fois, je me suis dit que c'était peut-être ça : les mots sont restés proches de l'original, mais la teneur totale s'est évaporée. Rassurez-vous cependant, ces 'failles' mutiques ne gênent pas vraiment la lecture.

Alors, le personnage masculin principal -puisque j'en suis aux réserves ou agacements !- énerve. Parce qu'il a tout pour déplaire. Il est odieux ! Mais central, et il fascine la gent féminine. Le hic, je trouve, c'est qu'on ne comprendra pas vraiment pourquoi il fascinera tant l'héroïne, ou justement, puisque l'amour est au coeur des conversations de ce roman, eh bien il est peut-être l'incarnation d'une théorie selon laquelle : les êtres odieux attirent, l'amour est un aimant qui attire des pôles opposés.

Bon : le dénouement pourrait nous paraître décevant, et pourtant...

La promenade qui nous y mène est chouette ! Pauvre mademoiselle prim, cependant, à qui rien n'est épargné ! Cette communauté qu'on nous décrit comme parfaite et suspendue, hors du temps, est toutefois bien déroutante, et je ne suis pas persuadée qu'elle soit des plus 'délicates', et respectueuses, car ici, la vie des autres vous regarde ! Toutefois, le principe posé est intéressant : ces êtres-là se sont retirés du monde moderne et fondé leur village autour de leurs convictions ; notamment celle de l'éducation, inspirée de Gargantua, qui m'a beaucoup parlé je l'avoue, ainsi qu'une conception du féminisme post-moderne qu'il faut lire pour comprendre, mais qui se défend ! Même s'il est théorique, il repose sur l'idée (juste !) que les femmes sont aliénées par leur métier, leurs enfants, etc. et ici, elles se réapproprient tout ça. Un seul crédo, concret dans ce livre : la transmission du savoir par toutes ces formes, le partage des expériences, et le choix de vivre une vie épanouie. Pas dans l'abstraction : ce crédo est incarné par la manière qui sans doute incarne ceci pour l'auteur (ou fruit de ce qu'elle cherche à démontrer) : les habitants passent leur temps à se voir, se recevoir, autour d'un thé, d'un chocolat chaud et d'un goûter ; et évidemment, ça fait envie, comme projet de société !! :))

J'ai passé un très bon moment aux côtés de ces personnages, et mine de rien, je trouve qu'elle sait très habilement mener son récit, alors même que l'enjeu est mineur (on sait à peu près où elle veut nous mener) ; en outre, elle ne cède pas à la sirupeuse (si, là, ça l'aurait été !) 'happy end', c'est une fin en suspens... Très plaisant !

Médiathèque de Saint-Malo.

. L'éveil de mademoiselle prim, Natalia Sanmartin Fenollera, éd. Grasset. 2013

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Le Coeur cousu :)

17 Mai 2017, 22:22pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Voila. A la veille de rencontrer, d'écouter et de boire les paroles de Carole Martinez de passage demain à Saint-Malo, je termine ici la lecture de ce roman étonnant, foisonnant, qu'est Le Coeur cousu, son premier roman. Moi qui avais été saisie, captivée, passionnée par Du Domaine des Murmures

Le Coeur cousu quant à lui est un roman que j'avais à peine commencé, et lâché, rebutée par le prologue. Sur les conseils de l'auteur elle-même il y a quatre ans presque jour pour jour (c'était le 18 mai 2013), j'ai enjambé le prologue pour me lancer à nouveau dans cette lecture. 

Mon dieu, quel livre ! Quel souffle ! Extraordinaire odyssée, un texte épique, qui transpire de symboles, de rituels, de traditions ancestrales transmises de mères en filles... Extraordinaire épopée qu'il faut prendre le temps de digérer, certainement, assurément, et qui pourrait être relu pour en goûter tous les aspects. C'est un chant, un conte protéiforme, qui se dévide à partir d'une plume, d'une voix, d'une aiguille, puisqu'ici toutes les manières qu'on a de dire, de tisser une histoire se mèlent pour dessiner une bien singulière dynastie familiale. Le destin de Frasquita Carasco la couturière, d'une étrange et mystérieuse boîte qui contient un secret que les femmes de cette famille doivent se transmettre pour hériter d'un don... Pour hériter d'elles-mêmes, sans doute... Un don qui n'est pas toujours solaire, mais dont on ne se départit guère, ou jamais très longtemps. Il nous rattrape toujours et nous frappe de son sceau. A moins qu'on ne décide de ne plus transmettre la boîte ?

Le récit se referme en cercle, on chemine avec une incrédulité que la narratrice sait régulièrement endormir dans ces histoires contées, qui nous sont comme murmurées dans le creux de l'oreille... On s'attache aux filles de la couturière, la destinée de chacune est un conte où la puissance de l'imaginaire n'a pas de limites pour faire naître les visions... 

Extraordinaire talent.

J'ai peiné lorsqu'il s'est agi d'hommes, de politique et d'anarchie, au milieu du livre, mais j'ai goûté à nouveau l'éreintant cheminement de Frasquita et de ses enfants... Anita l'aînée, la belle Anita et son émouvante histoire d'amour, Clara la solaire, à la merci du jour et des éclats brillants, Angela la femme oiseau ou Martirio la sombre, celle que la mort a embrassée... Et Soledad, la solitaire, celle qui consigne l'histoire venue des mots d'Anita... Ce qui est et pourrait n'être qu'un rêve... 

Brillant.

. Le Coeur cousu, Carole Martinez, 2007. Folio.

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Murmures dans un mégaphone

10 Mai 2017, 13:56pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Deux vies.

Deux vies qui se font résonnance. Deux vies marquées par des trajectoires différentes. Mais qui vont se retrouver soudain, de façon fort improbable, comme la vie le permet souvent - car la vie, c'est l'improbabilité - dans les bois, un soir, par hasard, pour des raisons qui leur appartiennent, à chacun. 

Elle est marquée par un destin très lourd, et un choix très lourd qu'elle a décidé il y a trois ans : ne plus sortir de chez elle. On rencontre donc Myriam après ces trois ans passés, qui vit hors du monde. Et puis il y a Ralph, qui croit agir sa vie mais finalement l'a certainement subie. Lui, le psychothérapeute. Marié à Sadie, qui passe son temps à mettre en scène leur vie sur les réseaux sociaux... Miroir au passage de notre société, telle qu'elle est aujourd'hui, en tout cas pour certains. Deux enfants, des jumeaux, de 16 ans. Dont il ne connaît rien, dont on voit assez bien la vie autonome, parallèle. Vies tissées sur du factice, vies contigues et non les unes avec les autres...

D'ailleurs, c'est un peu le phénomène étrange de ce livre : il avance lentement, de manière assez composite finalement, et forme quelque chose d'assez flottant ; d'intéressant, mais de flottant. C'est ce qui fait que je ne peux pas crier mon enthousiasme, pour cette sensation étrange de "délitement" qu'il procure. En même temps... Les vies qui se délitent, qui se vivent comme elles peuvent, c'est bien le propos. Où les deux protagonistes du couple central vont d'ailleurs aller sur les traces de ce qu'ils pensaient vérité originelle avant de l'avoir abandonnée : leur premier grand amour, auquel ils ont renoncé. Avec cette question intéressante : on ne se marie pas avec la personne qui compte le plus pour soi. Question loin d'être classique, et très intéressante... Comme si notre part d'ombre, de secrets, restaient à jamais autre et séparée de celui qu'on décide d'épouser... 

Les murmures, ce sont ceux de Myriam, elle qui s'est condamnée à murmurer à cause du mère cinglée et mal aimante. 

J'ai aimé le lent tableau qui donne à voir les évidences assumées, puisqu'elle re-naît au monde au bout de trois ans : pas de faux-semblants. Elle cherche le vrai. 

Ralph, au contraire... a du mal avec le vrai, il s'est fait croire au faux... Ou on lui a fait croire au faux... La reconstruction de l'une sera, malgré tous ses traumatismes, plus sûre et plus probable que celle de Ralph, qui semble suspendu au dessus de rien. Cette thématique est intéressante. Mais je n'ai pas été emportée...

Merci à Delphine, toujours découvreuse, de ce cadeau.

Médiathèque de Saint-Malo.

. Murmures dans un mégaphone, Rachel Elliott, Payot et Rivages, 2016.

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La place du diamant :))

12 Mars 2017, 21:39pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

C'est une lecture que je dois à Rosa Montero, une des nombreuses pépites qu'offre sa Folle du Logis, évoquer des auteurs, espagnols, dont on a bien souvent, absolument pas connaissance.

Le récit surprend par sa 'linéarité', par l'absence de mise en perspective des événements. Tout est raconté de manière assez dense visuellement sans hiérarchie, les événements ont la même place, quelque part. Et c'est intéressant, parce qu'en effet, la vie, met tout sur le même plan, c'est lorsqu'on raconte qu'on choisit tel élément ou tel autre à narrer. Elle ne donne pas de 'clé' particulière. C'est sa vie, autant grave que quotidienne. Comment elle se débat avec, juste parce que c'est ainsi, parce qu'il le faut, parce que c'est une vie.

Tout commence pour elle Place du Diamant, avec ce bal joliment décrit où elle rencontre Quimet, qui se met en tête de l'épouser. Elle était fiancée, mais elle va renoncer à son fiancé pour se laisser aller dans la spirale de vie qu'il lui propose ; sans qu'il ne soit question d'amour, formulé, comme une presque évidence. Et on va la voir se débattre avec les conséquences de ses choix, sans jamais le remettre en question ; élever seule ou presque ses, leurs deux enfants, trimer quand lui -elle agit, elle ne l'accable jamais- s'écoute la plupart du temps, où quand il part à la guerre parce que ça semble follement intéressant, et que peut-être aussi il est un révolté contre... 

C'est un joli tourbillon de mots, de vie, de difficultés, de lutte pour survivre quand il n'y a plus rien à manger, et aussi d'abnégation, d'abdication pragmatique. On se dit qu'elle n'est pas aidée, que sa vie a été rude... Mais c'est sa vie. 

Une jolie découverte, où l'on sent l'humilité partout dans le coeur de ce récit.

. La place du diamant, Merce Rodoreda, Gallimard Imaginaire, 1962 (Espagne), 1971 (Gallimard, France).

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La variante chilienne :))

28 Décembre 2016, 09:42am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Dès le début, je me suis coulée avec plaisir dans le livre de Pierre Raufast. Avec plaisir, jubilation... J'avais envie de revenir à ces trois pieds nickelés de la vie - non, ces deux pieds nickelés et cette adolescente - réunis par le partage. J'allais écrire par les souvenirs, mais ce n'est pas tout à fait ça. Ce qui prévaut ici, c'est plus la générosité, car les récits de souvenirs peuvent être tellement chiants et ennuyeux ! Je suppose que ce qui détermine et change cela, c'est l'intention... Bref. Là, j'ai été conquise par ces deux personnages, le professeur de lycée qui part avec son élève, absolument pas pour une romance, mais pour l'aider à changer d'air. Cachée sous une couverture... Et qui ont loué un gîte dans un endroit paumé, non loin de la maison d'un retraité... Qu'il ne tarderont pas à rencontrer. Un type qui, marqué par un coma, perdit il y a longtemps les émotions. Aussi, comme les souvenirs seraient liés aux émotions, il a gardé de sa vie dans des bocaux des petits cailloux, tous différents les uns des autres, et chacun lui permet de retrouver son souvenir. C'est charmant. Tout aussi charmant et attachant que ces cailloux qui volent en éclat parce qu'ils ont sans doute moins de prix qu'un seul moment présent intense vécu... 

Le principe de ce récit est un vaste enchevêtrement d'histoires, en poupées gigognes... Et pourtant tout se tient, se répond ; on ne se demande même pas si c'est crédible, on s'en fout. Ce qui compte, ce sont ces trois-là, ce qu'ils se donnent ; le monde pourrait avoir disparu. 

Le titre aurait pu me faire peur, il désigne en fait la variante d'un jeu de cartes (d'Amérique du Sud) dont la partie peut durer des heures, ou plusieurs jours, comme notre Florin (le voisin) le raconte, lors d'une savoureuse narration d'une partie épique...

J'ai vraiment adoré.

Bibliothèque d'Evran.

. La variante chilienne, Pierre Raufast, éd. Alma, août 2015.

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... 428

9 Février 2016, 23:30pm

Publié par LaSourisJOne

"Incertitude. Insécurité. Peur. C'est ce que produisent les événements qui peuvent mettre nos vies sens dessus dessous".

Marian IZAGUIRRE

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L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir :)))

18 Octobre 2015, 09:22am

Publié par LaSourisJOne

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir :)))

Magistral. J'ai dévoré ce livre de bout en bout, de la première à la dernière ligne, avec avidité, désir, passion, joie... On entre de plain-pied dans la vie et tout à la fois l'histoire de l'auteur, Rosa Montero, et celle de Marie-Curie, on s'attache aux deux. Ce, avec légèreté, et gravité tout à la fois. Sans l'attirail habituel d'une biographie, sans apesanteur. C'est très, très beau. Avec cette phrase, 'L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir', si belle aussi, qui semble l'alibi du livre en quelque sorte. L'auteure a perdu son mari, Pablo, trois ans auparavant. On entre dans son processus d'écriture, dans les coulisses de son cheminement d'auteure, elle nous explique comment en 2004 elle a laissé en plan un ouvrage sur le Moyen-Age, un roman, à cause d'une histoire de mot impossible à trouver (à l'époque il n'y avait pas la magie d'internet qui vous le trouve instantanément), et finalement sortir de ce récit de cette jungle, pour le lâcher. Et puis alors on lui demande une note biographique, sur Marie Curie. Ce sera Marie Curie. Et une façon de panser son propre deuil, sa perte de Pablo. Ainsi, on a les attachements, les similutdes entre les attitudes, celle de Rosa, celle de Marie ; et donc : "l'idée ridicule de ne plus jamais te revoir", cette phrase qui va aux deux, à l'adresse de l'aimé, parti, pourtant. On entre du côté intime, dans la compréhension pragmatique de la perte de quelqu'un. C'est une belle, lumineuse réflexion sur le deuil, l'amour, la perte de l'être cher, la mort. Et Rosa Montero y va avec finesse, clarté, et non sans humour parfois, au bazooka, à la manière de certains auteurs espagnols qui n'envoient pas dire ce qu'ils ont à dire, ni ne mégottent sur la manière.

La vie de Marie Curie vue par le prisme de Rosa Montero est évidemment touchante, on entre dans les arcanes d'un destin, celui du premier prix Nobel de physique (avec son mari). Retour sur la dureté d'un monde à l'égard des femmes, qui rend cette destinée encore plus forte. Cette femme iradiée, Marie Curie, ce couple iradié, la perte de Pierre, les prix, les recherches, l'amant un peu plus tard, Paul Langevin. Et puis comme un manuel de vie, lumineux toujours, sans être de guimauve, qu'elle semble nous tendre : disons 'Je t'aime', tant qu'il est encore temps. Et si la mort arrive avant que nous ayons pu le dire, disons le quand même, au mort, et au monde, pour terminer l'histoire. J'ai adoré. Formidable et réjouissant récit.

Médiathèque de Saint-Malo.

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero, (publié en 2013 en Espagne), traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse. Editions Métailié, 2015.

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