Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de la souris jaune

Articles avec #vie

Le Coeur cousu :)

17 Mai 2017, 22:22pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Voila. A la veille de rencontrer, d'écouter et de boire les paroles de Carole Martinez de passage demain à Saint-Malo, je termine ici la lecture de ce roman étonnant, foisonnant, qu'est Le Coeur cousu, son premier roman. Moi qui avais été saisie, captivée, passionnée par Du Domaine des Murmures

Le Coeur cousu quant à lui est un roman que j'avais à peine commencé, et lâché, rebutée par le prologue. Sur les conseils de l'auteur elle-même il y a quatre ans presque jour pour jour (c'était le 18 mai 2013), j'ai enjambé le prologue pour me lancer à nouveau dans cette lecture. 

Mon dieu, quel livre ! Quel souffle ! Extraordinaire odyssée, un texte épique, qui transpire de symboles, de rituels, de traditions ancestrales transmises de mères en filles... Extraordinaire épopée qu'il faut prendre le temps de digérer, certainement, assurément, et qui pourrait être relu pour en goûter tous les aspects. C'est un chant, un conte protéiforme, qui se dévide à partir d'une plume, d'une voix, d'une aiguille, puisqu'ici toutes les manières qu'on a de dire, de tisser une histoire se mèlent pour dessiner une bien singulière dynastie familiale. Le destin de Frasquita Carasco la couturière, d'une étrange et mystérieuse boîte qui contient un secret que les femmes de cette famille doivent se transmettre pour hériter d'un don... Pour hériter d'elles-mêmes, sans doute... Un don qui n'est pas toujours solaire, mais dont on ne se départit guère, ou jamais très longtemps. Il nous rattrape toujours et nous frappe de son sceau. A moins qu'on ne décide de ne plus transmettre la boîte ?

Le récit se referme en cercle, on chemine avec une incrédulité que la narratrice sait régulièrement endormir dans ces histoires contées, qui nous sont comme murmurées dans le creux de l'oreille... On s'attache aux filles de la couturière, la destinée de chacune est un conte où la puissance de l'imaginaire n'a pas de limites pour faire naître les visions... 

Extraordinaire talent.

J'ai peiné lorsqu'il s'est agi d'hommes, de politique et d'anarchie, au milieu du livre, mais j'ai goûté à nouveau l'éreintant cheminement de Frasquita et de ses enfants... Anita l'aînée, la belle Anita et son émouvante histoire d'amour, Clara la solaire, à la merci du jour et des éclats brillants, Angela la femme oiseau ou Martirio la sombre, celle que la mort a embrassée... Et Soledad, la solitaire, celle qui consigne l'histoire venue des mots d'Anita... Ce qui est et pourrait n'être qu'un rêve... 

Brillant.

. Le Coeur cousu, Carole Martinez, 2007. Folio.

Voir les commentaires

Murmures dans un mégaphone

10 Mai 2017, 13:56pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Deux vies.

Deux vies qui se font résonnance. Deux vies marquées par des trajectoires différentes. Mais qui vont se retrouver soudain, de façon fort improbable, comme la vie le permet souvent - car la vie, c'est l'improbabilité - dans les bois, un soir, par hasard, pour des raisons qui leur appartiennent, à chacun. 

Elle est marquée par un destin très lourd, et un choix très lourd qu'elle a décidé il y a trois ans : ne plus sortir de chez elle. On rencontre donc Myriam après ces trois ans passés, qui vit hors du monde. Et puis il y a Ralph, qui croit agir sa vie mais finalement l'a certainement subie. Lui, le psychothérapeute. Marié à Sadie, qui passe son temps à mettre en scène leur vie sur les réseaux sociaux... Miroir au passage de notre société, telle qu'elle est aujourd'hui, en tout cas pour certains. Deux enfants, des jumeaux, de 16 ans. Dont il ne connaît rien, dont on voit assez bien la vie autonome, parallèle. Vies tissées sur du factice, vies contigues et non les unes avec les autres...

D'ailleurs, c'est un peu le phénomène étrange de ce livre : il avance lentement, de manière assez composite finalement, et forme quelque chose d'assez flottant ; d'intéressant, mais de flottant. C'est ce qui fait que je ne peux pas crier mon enthousiasme, pour cette sensation étrange de "délitement" qu'il procure. En même temps... Les vies qui se délitent, qui se vivent comme elles peuvent, c'est bien le propos. Où les deux protagonistes du couple central vont d'ailleurs aller sur les traces de ce qu'ils pensaient vérité originelle avant de l'avoir abandonnée : leur premier grand amour, auquel ils ont renoncé. Avec cette question intéressante : on ne se marie pas avec la personne qui compte le plus pour soi. Question loin d'être classique, et très intéressante... Comme si notre part d'ombre, de secrets, restaient à jamais autre et séparée de celui qu'on décide d'épouser... 

Les murmures, ce sont ceux de Myriam, elle qui s'est condamnée à murmurer à cause du mère cinglée et mal aimante. 

J'ai aimé le lent tableau qui donne à voir les évidences assumées, puisqu'elle re-naît au monde au bout de trois ans : pas de faux-semblants. Elle cherche le vrai. 

Ralph, au contraire... a du mal avec le vrai, il s'est fait croire au faux... Ou on lui a fait croire au faux... La reconstruction de l'une sera, malgré tous ses traumatismes, plus sûre et plus probable que celle de Ralph, qui semble suspendu au dessus de rien. Cette thématique est intéressante. Mais je n'ai pas été emportée...

Médiathèque de Saint-Malo.

. Murmures dans un mégaphone, Rachel Elliott, Payot et Rivages, 2016.

Voir les commentaires

La place du diamant :))

12 Mars 2017, 21:39pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

C'est une lecture que je dois à Rosa Montero, une des nombreuses pépites qu'offre sa Folle du Logis, évoquer des auteurs, espagnols, dont on a bien souvent, absolument pas connaissance.

Le récit surprend par sa 'linéarité', par l'absence de mise en perspective des événements. Tout est raconté de manière assez dense visuellement sans hiérarchie, les événements ont la même place, quelque part. Et c'est intéressant, parce qu'en effet, la vie, met tout sur le même plan, c'est lorsqu'on raconte qu'on choisit tel élément ou tel autre à narrer. Elle ne donne pas de 'clé' particulière. C'est sa vie, autant grave que quotidienne. Comment elle se débat avec, juste parce que c'est ainsi, parce qu'il le faut, parce que c'est une vie.

Tout commence pour elle Place du Diamant, avec ce bal joliment décrit où elle rencontre Quimet, qui se met en tête de l'épouser. Elle était fiancée, mais elle va renoncer à son fiancé pour se laisser aller dans la spirale de vie qu'il lui propose ; sans qu'il ne soit question d'amour, formulé, comme une presque évidence. Et on va la voir se débattre avec les conséquences de ses choix, sans jamais le remettre en question ; élever seule ou presque ses, leurs deux enfants, trimer quand lui -elle agit, elle ne l'accable jamais- s'écoute la plupart du temps, où quand il part à la guerre parce que ça semble follement intéressant, et que peut-être aussi il est un révolté contre... 

C'est un joli tourbillon de mots, de vie, de difficultés, de lutte pour survivre quand il n'y a plus rien à manger, et aussi d'abnégation, d'abdication pragmatique. On se dit qu'elle n'est pas aidée, que sa vie a été rude... Mais c'est sa vie. 

Une jolie découverte, où l'on sent l'humilité partout dans le coeur de ce récit.

. La place du diamant, Merce Rodoreda, Gallimard Imaginaire, 1962 (Espagne), 1971 (Gallimard, France).

Voir les commentaires

La variante chilienne :))

28 Décembre 2016, 09:42am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Dès le début, je me suis coulée avec plaisir dans le livre de Pierre Raufast. Avec plaisir, jubilation... J'avais envie de revenir à ces trois pieds nickelés de la vie - non, ces deux pieds nickelés et cette adolescente - réunis par le partage. J'allais écrire par les souvenirs, mais ce n'est pas tout à fait ça. Ce qui prévaut ici, c'est plus la générosité, car les récits de souvenirs peuvent être tellement chiants et ennuyeux ! Je suppose que ce qui détermine et change cela, c'est l'intention... Bref. Là, j'ai été conquise par ces deux personnages, le professeur de lycée qui part avec son élève, absolument pas pour une romance, mais pour l'aider à changer d'air. Cachée sous une couverture... Et qui ont loué un gîte dans un endroit paumé, non loin de la maison d'un retraité... Qu'il ne tarderont pas à rencontrer. Un type qui, marqué par un coma, perdit il y a longtemps les émotions. Aussi, comme les souvenirs seraient liés aux émotions, il a gardé de sa vie dans des bocaux des petits cailloux, tous différents les uns des autres, et chacun lui permet de retrouver son souvenir. C'est charmant. Tout aussi charmant et attachant que ces cailloux qui volent en éclat parce qu'ils ont sans doute moins de prix qu'un seul moment présent intense vécu... 

Le principe de ce récit est un vaste enchevêtrement d'histoires, en poupées gigognes... Et pourtant tout se tient, se répond ; on ne se demande même pas si c'est crédible, on s'en fout. Ce qui compte, ce sont ces trois-là, ce qu'ils se donnent ; le monde pourrait avoir disparu. 

Le titre aurait pu me faire peur, il désigne en fait la variante d'un jeu de cartes (d'Amérique du Sud) dont la partie peut durer des heures, ou plusieurs jours, comme notre Florin (le voisin) le raconte, lors d'une savoureuse narration d'une partie épique...

J'ai vraiment adoré.

Bibliothèque d'Evran.

. La variante chilienne, Pierre Raufast, éd. Alma, août 2015.

Voir les commentaires

... 428

9 Février 2016, 23:30pm

Publié par LaSourisJOne

"Incertitude. Insécurité. Peur. C'est ce que produisent les événements qui peuvent mettre nos vies sens dessus dessous".

Marian IZAGUIRRE

Voir les commentaires

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir :)))

18 Octobre 2015, 09:22am

Publié par LaSourisJOne

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir :)))

Magistral. J'ai dévoré ce livre de bout en bout, de la première à la dernière ligne, avec avidité, désir, passion, joie... On entre de plain-pied dans la vie et tout à la fois l'histoire de l'auteur, Rosa Montero, et celle de Marie-Curie, on s'attache aux deux. Ce, avec légèreté, et gravité tout à la fois. Sans l'attirail habituel d'une biographie, sans apesanteur. C'est très, très beau. Avec cette phrase, 'L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir', si belle aussi, qui semble l'alibi du livre en quelque sorte. L'auteure a perdu son mari, Pablo, trois ans auparavant. On entre dans son processus d'écriture, dans les coulisses de son cheminement d'auteure, elle nous explique comment en 2004 elle a laissé en plan un ouvrage sur le Moyen-Age, un roman, à cause d'une histoire de mot impossible à trouver (à l'époque il n'y avait pas la magie d'internet qui vous le trouve instantanément), et finalement sortir de ce récit de cette jungle, pour le lâcher. Et puis alors on lui demande une note biographique, sur Marie Curie. Ce sera Marie Curie. Et une façon de panser son propre deuil, sa perte de Pablo. Ainsi, on a les attachements, les similutdes entre les attitudes, celle de Rosa, celle de Marie ; et donc : "l'idée ridicule de ne plus jamais te revoir", cette phrase qui va aux deux, à l'adresse de l'aimé, parti, pourtant. On entre du côté intime, dans la compréhension pragmatique de la perte de quelqu'un. C'est une belle, lumineuse réflexion sur le deuil, l'amour, la perte de l'être cher, la mort. Et Rosa Montero y va avec finesse, clarté, et non sans humour parfois, au bazooka, à la manière de certains auteurs espagnols qui n'envoient pas dire ce qu'ils ont à dire, ni ne mégottent sur la manière.

La vie de Marie Curie vue par le prisme de Rosa Montero est évidemment touchante, on entre dans les arcanes d'un destin, celui du premier prix Nobel de physique (avec son mari). Retour sur la dureté d'un monde à l'égard des femmes, qui rend cette destinée encore plus forte. Cette femme iradiée, Marie Curie, ce couple iradié, la perte de Pierre, les prix, les recherches, l'amant un peu plus tard, Paul Langevin. Et puis comme un manuel de vie, lumineux toujours, sans être de guimauve, qu'elle semble nous tendre : disons 'Je t'aime', tant qu'il est encore temps. Et si la mort arrive avant que nous ayons pu le dire, disons le quand même, au mort, et au monde, pour terminer l'histoire. J'ai adoré. Formidable et réjouissant récit.

Médiathèque de Saint-Malo.

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero, (publié en 2013 en Espagne), traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse. Editions Métailié, 2015.

Voir les commentaires

Highline :)

11 Août 2015, 23:41pm

Publié par LaSourisJOne

Highline :)

Roman ado.

Petite gourmandise que ce livre-là. Raffraîchissant, vif, tendu... comme une corde entre deux immeubles de 100 mètres chacun. Car c'est toute l'histoire de ce livre-là : il commence par un pile ou face entre deux amis, on ne comprend pas trop l'enjeu, puis le héros va se retrouver suspendu au dessus du vide, devant traverser sur une corde sans filets cinquante mètres en funambule. On tremble, avec lui. On vit, comme lui, avec les soubresauts de peur, sa traversée, au gré de ses pensées, entre force mentale et doutes. C'est très très attachant : car le récit est mené efficacement, avec souvent des phrases courtes, parfois nominales, qui font mouche. Et l'on se prend d'affection pour ce personnage dont on finit par deviner les motivations qui l'ont poussé à ce geste de folie : la jeunesse, la volonté de fuir la médiocrité, l'absence de mère, et on aime la force d'esprit dont il fait preuve, sur le fil, ainsi que ses prises de conscience, alors que tout cela se passe sans doute en quelques minutes : oui, la vie doit être vécue, oui, beaucoup de choses dont on ne prend pas forcément la mesure valent la peine d'être vécues, sont belles, tout simplement. C'est un très bel hymne à la vie, finalement.

Médiathèque de Saint-Malo.

Highline, Charlotte Erlith, éd. Actes Sud Junior, 2015.

Voir les commentaires

Notre petite vie cernée de rêves :)

7 Mai 2015, 13:17pm

Publié par LaSourisJOne

Notre petite vie cernée de rêves :)

J'ai dû emprunter ce livre pour son titre que j'ai adoré, et sa couverture. Pas de regrêt. On est plongé dans la vie du jeune Albert Scully, 17 ans, qui entreprend de nous raconter son histoire. Non sans humour, et sensibilité. C'est un Albert différent des autres, et dieu sait que la différence, adolescent, n'est pas facile à vivre. Alors voila, lui, bien que très intelligent, il est nul à l'école, solitaire, et ne s'intéresse qu'à des sujets 'qui ne sont pas dans le manuel' : il aime jardiner, il aime la Nouvelle Zélande, Shakespeare et les remorqueurs.

Il vit au sein d'un couple qui subit son existence d'adulte : elle, jusqu'à la caricature vivant par procuration gavée de séries américaines à l'eau de rose, emplie de clichés, mais touchante, lui, l'assureur raté, qui passe son temps et éreinte sa vie à trimer pour acheter des robots-ménagers à n'en plus finir à madame... Et qui boit, sans doute pour oublier tout ça.

Ca se passe probablement dans les années 60 ou quelque chose comme ça...

Un jour, le jeune homme fait la connaissance de sa voisine, une vieille femme de 80 ans qui brûle ses déchets dans son jardin, vit comme une clocharde, et qu'il commence par juger 'foldingue', avant de tomber sous le charme d'une véritable rencontre. Lui aura-t-elle menti sur elle ? Est-ce l'important ? Ou ce qui compte n'est-il pas qu'il ait pu grandir, changer, s'accepter, aimer la vie grâce à la rencontre de l'autre et l'échange ?

C'est un joli livre, plutôt aérien, pas plombé, pas dans le pathos. Un livre sur la différence, bien sûr, mais aussi sur l'amour au sens large, le partage, les rencontres humaines qui changent une vie, et évidemment sur les concessions qu'on doit faire ou pas, pour être bien avec soi et dans sa peau.

Médiathèque de Saint-Malo.

Notre petite vie cernée de rêves, Barbara Wersba, éd. Thierry Magnier, 2008.

Voir les commentaires

L'oeil du prince :)

27 Avril 2015, 21:19pm

Publié par LaSourisJOne

L'oeil du prince :)

Il ne faudra pas juger à l'aune du temps de lecture mon intérêt pour ce livre : je lis plus lentement qu'un élève de CP, en ce moment. Cela dit, Frédérique Deghelt. Et c'est avec un grand plaisir que je l'ai retrouvée. Rien de poussif, dans ce livre-là, enlevé, et des questions, toujours heureusement, puisque c'est la pate de l'auteur mais qui se coulent encore plus dans le fil du récit.

L'oeil du prince, comme avec un spectacle, le lieu d'où le souverain peut dominer et voir tout l'ensemble ; comme ici, vision à l'issue du roman, de plusieurs vies, qui se succèdent, ont engendré les autres, sans que l'on en sache rien au départ, en lisant chaque tranche de vie.

Une jeune femme impatiente qui subit sa famille à Cannes, un jeune homme qui construit sa vie et perd femme et fils dans un accident de voiture que l'on rencontre après, alors que sa vie continue, dans une tentative de survie, jeune femme qui écrit à un résistant pendant la guerre et d'où naîtra une idylle , jeune femme mariée, qui tombe amoureuse d'un autre homme, différent de son mari 'dans les hauteurs' et qui la délaisse, l'occulte pour sa musique... C'est un bien joli et attachant puzzle humain que celui-ci, qui s'imbrique petit à petit, et dessine un tableau où le passage du temps joue son rôle fulgurant à la fin...

Car la lectrice/raconteuse a alors 70 ans, et elle découvre les prémisses de sa venue au monde, ce qui l'a précédée, en même temps que nous comprenons les liens qui lient tous ces protagonistes...

Un très attachant Frédérique Deghelt, une fois encore.

L'oeil du prince, Frédérique Deghelt, éd. J'ai Lu, 2014.

Voir les commentaires

La fin d'une liaison :)

16 Janvier 2015, 21:58pm

Publié par LaSourisJOne

La fin d'une liaison :)

J'ai beaucoup aimé ce livre. L'ambiance de celui-ci. Etre plongée dans les sentiments de trois personnages principaux, autour d'une passion amoureuse, dévastatrice. Décriptée, passée au crible comme un kaléidoscope, sous toutes ses faces ou presque. Avec la retenue des temps passés, et les limites de l'époque. Pendant la seconde guerre mondiale. Les bombardements sont là, ont leur place sur l'avenue des Allées à Londres, mais ils sont presque comme en retrait, tant on est 'à l'intérieur' des personnages. Et même si l'un des bombardements a des conséquences cruciales, sur l'histoire des protagonistes, même si c'est de façon inattendue (via le serment à Dieu que si son amant s'en sort, elle le laissera vivre sa vie, et ne le reverra plus).

Alors nous avons le personnage principal, écrivain, qui semble s'ennuyer, finalement. Ecrit des livres qui sont souvent des commandes. Rencontre Sarah, la femme d'un dignitaire de l'Etat anglais, et se met en tête de capter des éléments sur lui, ou sur sa fonction, pour ses romans. Et finalement, on ne sait pas si c'est l'amour, le désoeuvrement ou l'intérêt qui l'emporte ; toutefois, il vit petit à petit une passion amoureuse avec elle. Elle, bien que mariée, mais extraordinairement loin de son époux par la pensée, s'éprend semble-t-il plus sincèrement de cet amant. Et avec une grande naïveté, sincérité, humilité quant à elle même, elle entre dans sa vie. L'autre (l'amant) est rongé de jalousie (sans doute par orgueil), très vite, jalousie destructrice de leur idylle cachée.

Et puis il y a cet homme qui donne des conférences sur l'avenue des Allées, là où tout le monde se croise; et puis le détective privé, chargé d'enquêter finalement d'étrange manière sur Sarah. Beaucoup de lâcheté de beaucoup de personnages, de faiblesse aussi, comme chez ce mari, donné à voir comme peu aimable, tant il est veule, et dépendant (malgré ses hautes fonctions) ; et puis ces attachements naissants de tous, à l'égard de Sarah, qui se dévalorise tant, et s'accroche à son sermon fait à un Dieu auquel elle ne croit pourtant pas. La question de la foi, est finalement assez centrale dans ce livre, tout autant que celle de l'amour, la passion, l'amour de soi, la vie, ses choix, et la mort. Des réflexions nourries qui viennent étayer et donner une densité supplémentaire à ce roman, sans que ce ne soit jamais indigeste.

La fin d'une liaison, Graham Greene (Anglais). éd. 10/18. 1951.

Voir les commentaires

1 2 > >>