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Le blog de la souris jaune

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28 Mai 2013, 17:22pm

Publié par la souris jaune

"Un esprit brisé pouvait-il se souvenir de l'époque où il allait bien ?"

David VANN

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Pourquoi j'ai mangé mon père

23 Mai 2013, 20:43pm

Publié par la souris jaune


511DZGBGKXLDepuis le temps que j'entendais parler de ce livre ! 

Il est évidemment des plus originaux, puisqu'on est plongés au sein d'une horde d'hommes à l'âge préhistorique, avant l'homo sapiens. C'est drôle, parce que les actes, le quotidien, les recherches d'amélioration d'un état sont vraiment traitées sur un mode humoristique, et ont forcément une forte résonnance, pour nous qui connaissons l'histoire de l'humanité... Les anachronismes verbaux font rire. S'opposent ainsi des courants de pensées, conservateur au progressiste... Tel l'oncle Vania qui prône la vie dans les arbres et redoute les expériences et les avancées du père du narrateur. Père qui découvre le feu, et dont on sait quelles portées cela aura sur l'évolution de l'espèce... Feu qu'il récupère en haut d'un volcan, c'est drôle de l'imaginer le ramenant à sa horde avec plusieurs centaines de bouts de bois qui brûlent s'autodétruisent, jusqu'à bon port ! Mais il y parvient, et les aliments qu'ils mettaient un temps fou à ruminer, puisqu'ils les mangeaient crus (1/3 de leur temps était consacré au sommeil, 1/3 à la chasse, 1/3 de mastication) font maintenant l'objet de festins rotis... 

C'est parfois jubilatoire, lorsqu'on devine en même temps que leurs incertitudes, les prémisses de la civilisation : la cuisine, les arts, le dressage des chiens et la chasse... Et tout cela non sans finesse, se terminant avec la conception selon laquelle pour qu'une génération vive, une autre doit mourir, la remise en question des générations passées, et l'outrecuidance des plus jeunes... Plaisant !

 

. Pourquoi j'ai mangé mon père, Roy Lewis. Publié en 1960, 1990 pour la traduction française.

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23 Mai 2013, 20:40pm

Publié par la souris jaune

"N'attendez rien des autres, faites comme si tout l'avenir de l'espèce dépendait de vos seuls efforts".

Roy LEWIS

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22 Mai 2013, 22:44pm

Publié par la souris jaune

"On peut avancer ou reculer, rester sur place est impossible".

Roy LEWIS

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Si tout n'a pas péri avec mon innocence

12 Mai 2013, 15:07pm

Publié par la souris jaune

9782818017463-0-1511233.jpgOula. Que dire de ce livre-là ? C'est un livre loin du consensus, ou du politiquement correct.

Un livre autour d'une adolescence, qui parle du suicide d'un enfant mal-aimé (le petit frère, mis à mal par l'intransigeance du regard des autres), de désillusions et de désenchantement, d'abdications et de sexualité. Sur fond de famille tuyau-de-poëlle, assez ignoble en tant que famille, dont la description n'a pas été sans me rappeler l'univers d'un Albert Cohen et de ses Valeureux : personnages hauts en couleur, atypiques non dans l'héroïsme, mais souvent dans le grotesque ou le ridicule, "défauts" qui finissent parfois d'ailleurs par être transcendés...

La narratrice a 20 ans, et raconte. Sa famille, odieuse d'immaturité, d'irresponsabilité, d'égoïsme... Et avec laquelle il faut pourtant grandir. Ses humiliations constitutives. Son amour pour Charles Baudelaire. Son petit ami. Le suicide de son jeune frère. Et puis comment elle décide de reléguer le désir dans d'autres sphères, de vendre son corps pour s'extraire de sa cellule familiale. Etonnante et quelque peu dérangeante vision de la prostitution ; et en même temps validant l'idée selon laquelle notre corps n'est pas le dernier rempart de notre liberté, et que l'offrir en pâture n'est pas pire que d'être caissière dans un supermarché... C'est désabusé. Bien sûr, ça vient interroger les stigmates que la vie nous donne, et malgré lesquels il faut bien pourtant poursuivre, et avancer...

La vision du désir est intéressante ; plus inattendu ce plaidoyer final en faveur des femmes excisées...

Emmanuelle Bayamack-Tam écrit dans une langue très riche d'images et de vocabulaire, d'un niveau soutenu, et bien à elle. C'est évidemment ce qui donne sa densité et son unicité à ce livre... logo-ev 2013 320x240-5d2b8

 

. Si tout n'a pa s péri avec mon innocence, Emmanuelle Bayamack-Tam, éd. P.O.L, janvier 2013.

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Moi, Ambrose, roi du scrabble :)

6 Mai 2013, 20:59pm

Publié par la souris jaune

Nielsen-Susin---Moi--Ambrose--roi-du-Scrabble.jpgRoman ado.

C'est finalement assez simple de voir les travers d'une mère qui croit protéger son enfant, et qui en fin de compte l'étouffe !! Je trouve cet aspect, même s'il est sans doute un peu accentué et caricatural, assez bien rendu. 

Et il y a cet enfant de 12 ans, qui pardonne tout à sa mère, pour finalement la protéger, elle, et l'épargner... Tous ses excès en matière de protection, parce que le père a été fauché subitement par une rupture d'anévrisme et qu'elle couve son fils comme le lait sur le feu pour qu'il ne lui arrive rien à son tour... Allant jusqu'à déménager, changer de ville, dès que quelque chose ne va pas... A devenir hystérique s'il arrive quelque chose à son rejeton... 

Raconté par le fils, Ambrose, c'est habilement mené.

Cela dit, Ambrose n'a pas d'amis, jamais, et on finit par comprendre que le fait d'être arrachés à des situations en suspens à tout bout de champ n'aide pas Ambrose à se tisser des liens... Lui déjà si spécial, particulier, différent, parce qu'ayant une personnalité déjà bien marquée... Et la différence a cet âge, on le sait, est un sujet de souffrance !

Bref. Cet Ambrose est attachant, avec ses questions, ses remarques, sa langue bien pendue.

Et surtout sa nouvelle amitié : il s'entiche du fils des voisins, un soit-disant "caïd" qui sort de prison et qu'il rencontre à sa sortie... Sa candeur, sa solitude et sa curiosité vont le pousser à connaître ce voisin, et l'un et l'autre vont s'apporter beaucoup, alors même que le pari était loin d'être gagné d'avance !

On peut regretter que la mère (ça paraît d'ailleurs étonnant qu'elle y mette autant de résistances) reste aussi optue aussi longtemps, notamment sur ce loubard qu'elle juge et refuse de connaître, et auquel elle refuse tout crédit...

Elle s'enferme dans ses certitudes, et même les échanges avec son fils mèneront à l'impasse...

Juqu'à la "leçon"... Facile, de s'enfermer derrière une barrière protectrice, bien au chaud dans son malheur ? En tout cas, Ambrose finit par s'épanouir aux côtés de ce jeune Corso (c'est son prénom), et du club de scrabble de la ville...

 

. Moi Ambrose, roi du scrabble, Susin Nielsen, éd. Hélium, 2012

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Désolations :))

2 Mai 2013, 21:46pm

Publié par la souris jaune


4 105911088 north 320xEvidemment, avec un titre comme celui-ci, il ne fallait pas s'attendre à quelque chose de rose, rose, rose. Mais j'ai beaucoup aimé.

David Vann nous donne à voir deux couples, à deux extrémités de leur histoire... La fin, et le début. L'image de l'un pouvant faire penser à ce que pourrait devenir l'autre. Irène et Gary, elle ex-institutrice de maternelle, lui thésard avorté, qui repporte chacun de ses non-accomplissements sur le dos de son épouse. 30 ans de mariage. Et Rhoda (leur fille), et Jim. Elle, assistante vétérinaire, lui dentiste. Vivant ensemble depuis un an, grâce aux moyens de Jim, dans une maison de rêve. Alors qu'ils songent au mariage, lui ne pense qu'à une chose soudain : la tromper, pour les dix ans de "jeunesse" qu'il lui reste encore ! Et puis plus discret, il pourrait y avoir un troisième couple, presque en clair-obscur, secondaire, Mark (le fils d'Irène et Gary), adolescent attardé, marin, vivant dès qu'il le peu aussi légèrement que possible grâce aux paradis artificiels, et Karen.

Pendant toute cette histoire, Irène est aux prises soudain avec un mal de crâne persistant, un mal qui la vrille de douleur, l'entraine à se gaver de médicaments, mais qui ne se tait jamais, et la prive de sommeil... Ajoutant un ressort dramatique, qui enfle, enfle et se gonfle monstrueusement, pour aboutir à la terrible fin.

Et puis il y a cette cabane, que Garry s'est mis en tête de construire, égoïstement, sur cette île perdue au milieu du lac. Comme une vision difforme de ce qu'est devenu leur amour.

Evidemment, la nature humaine apparaît ici avec toutes ses lourdeurs, ses imperfections, ses obscessions... L'homme, surtout, n'en ressort pas grandi. Incapable d'assumer ses échecs, les faisant porter à d'autres ; égoïste, ou n'ayant d'issue pour le bonheur qu'à travers la drogue... La femme qui s'engage, indissociable de l'amour et de l'engagement amoureux. Que l'homme accepte à ses dépens, pour se perdre.

Personne dans cette histoire n'a le courage de dire stop, de tenter de se recontruire autrement. Tous semblent emportés par le cours inéluctable des choses, résignés...

Le tout dans une nature qui donne à ce roman un cadre de désolation, qui renforce la dureté du drame (car évidemment, l'issue est terrible !) : l'Alaska, et une petite île perdue, derrière un lac, souvent aux prises avec la neige, le froid, le vent, la tempête... 

Belle découverte que ce livre. L'auteur, né en Alaska sur l'île Adak, sera au salon Etonnants Voyageurs à Saint-Malo du 18logo-ev 2013 320x240-5d2b8
 au 20 mai.

 

. Désolations, David Vann. Ed. Gallmeister, paru en 2011 sous le titre Caribou Island

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