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Le blog de la souris jaune

La centrale :)

30 Juillet 2011, 20:42pm

Publié par la souris jaune

9782846823425-1-.jpgVoici un petit moment que j'avais envie de lire ce livre. Les avis étaient partagés, mais il semble qu'il valait le détour. Je confirme. On m'avait dit qu'il n'était pas facile à lire, qu'il fallait s'y reprendre à plusieurs fois parfois pour assimiler certaines phrases : c'est vrai, et je comprends mieux pourquoi. Si le vocabulaire n'est pas forcément trop technique, il faut cependant prendre le temps de visualiser ce que la phrase décrit, et qui est inconnu pour nous. Et comme il s'agit d'un monde géométrique, avec des cylindres, des demi-bols, etc., la visualisation n'est en effet pas instantanée. En outre, ses phrases semblent... radioactives : déstructurées, désincarnées, constituées d'enchâssements de propositions de coordination (beaucoup de "et"), ou très courtes, nominales. Finalement, le livre est très "géométrique" : il y a l'univers de la centrale, et puis il y a celui entre deux centrales pour le travailleur intériméraire, considéré comme des lignes dans l'espace bien plus que comme des changements identitaires de régions, ou comme des paysages...

J'ai beaucoup aimé ce livre ; il nous donne à voir Yann, originaire de Lorient, qui, pour vivre, parce que c'est là que ça embauche, enchaîne les contrats d'une centrale à l'autre. Sans pathos, de façon technique, presque chirurgicale, on touche du doigt les risques, quotidien des hommes ; on découvre les contraintes, la réalité du travail dans une centrale nucléaire, les précautions, les visites médicales, les reconstitutions d'incidents, les différentes classifications de zones au sein d'une même centrale, les sas, les vestiaires, les tenues de protections. Ceux qui y arrivent, et ceux qui craquent. Le seuil de radiation, qui se mesure en millisieverts, scruté de près grâce à un appareil qui enregistre les "doses". Et qui peut aussi faire exclure pour un an un salarié, paradoxale expulsion, lorsque le salarié a été trop exposé et que sa charge a dépassé le seuil annuel. Et puis aussi ce qui se passe quand ça déconne, comme à Tchernobyl, dont l'auteur passe au crible ce fameux 23 avril 1986...

Assez fort aussi, la façon dont l'auteur incarne un "je", narrateur masculin. Sachant que l'idée du livre est partie du suicide de trois employés de la centrale nucléaire de Chinon, et de son envie de comprendre...

Un livre très intéressant, vraiment.

 

. La centrale, Elisabeth Filhol, éd. POL, janvier 2010.

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30 Juillet 2011, 20:23pm

Publié par la souris jaune

"J'ai quand même un regret. On est seuls. Il faudrait une phrase, la bonne, au bon moment".

Elisabeth FILHOL

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30 Juillet 2011, 18:43pm

Publié par la souris jaune

"Métiers à risques. Pourquoi certains franchissent le pas et d'autres non ? Il y a la nécessité, l'urgence, mais pas seulement. [il y a] en dernier ressort [l'envie d'] aller jusqu'au bout, pour atteindre ce point vers lequel tous les désirs convergent dans leur ambiguïté, ce point central d'où tout part, d'où toute l'énergie primaire est issue. S'en approcher au plus près, sentir son souffle, d'une telle puissance, dont on connaît les effets dévastateurs. Qui a sur les hommes, du moins sur certains hommes, une force d'attraction incomparable".

Elisabeth FILHOL

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30 Juillet 2011, 18:28pm

Publié par la souris jaune

"Un rêve de gosse, rouler la nuit et avoir avec soi, dans un seul mobile, du contenant au contenu, tout ce qu'on possède, ou parmi les choses qu'on possède, celles qui nous sont vraiment utiles et dont on peut se contenter, avec lesquelles on vit très bien et qui finissent par être tout notre bagage. Partir et tout emporter. Ou ne rien laisser derrière soi, ne rien laisser d'autre que la trace de son passage".

Elisabeth FILHOL

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30 Juillet 2011, 17:48pm

Publié par la souris jaune

Certains, quand ils parlent, "c'est un monologue qui n'en finit pas et ne vaut que par le flux continu qui se répand et soulage celui qui parle, et celui qui l'écoute n'a qu'à faire abstinence, quand d'autres font irruption et déversent à vos pieds les tonnes dont ils sont excédentaires, comme devant les grilles de la sous-préfecture, les revendications en moins, quand ils vous parlent et vous pourriez être n'importe quoi de vivant ou non, n'importe quelle surface réfléchissante".

Elisabeth FILHOL

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Une vie pleine

30 Juillet 2011, 13:23pm

Publié par la souris jaune

Une-vie-pleine-Kristin-Kimball-1-.jpgPas mécontente de l'avoir lu, mais surtout pas mécontente de l'avoir fini !

Une femme, citadine, raconte son épopée ou comment elle a rencontré lors d'une interview un agriculteur, dont elle est rapidement tombée amoureuse, et a tout quitté pour créer une ferme avec lui... Le grand écart, en terme de changement de vie, autobiographique. Ce qui déconcerte un peu, c'est que l'histoire est racontée sans mise en perspective des événements, et c'est là qu'on prend conscience que ce n'est généralement pas le cas. Aussi, tout ce qui arrive est raconté sur le même plan, comme si tout avait le même poids, la même importance. C'est un parti-pris qui cela dit peut se comprendre : tous les événements ne sont-ils pas à mettre bout à bout pour constituer un chemin de vie ? Je pense toutefois que cela contribue dans ce cas précis à rendre le récit assez monotone, même si heureusement, elle n'y met pas que des faits, mais aussi de temps à autres des affects, ressentis. Les rares et épais chapitres correspondent aux saisons (l'été, l'hiver, le printemps..), ce qui contribue à l'aspect linéaire du tout. La narratrice se forge en tout cas, et avec une sourde détermination, une seconde nature de fermière, découvrant tout, avide d'apprendre. Et on va assister à la naissance de la ferme à partir de rien : de batiments et de champs à l'état d'abandon, le couple va, à la force de sa volonté, construire, mettre sur pied une exploitation. Avec un challenge en tête : que les membres (qui finiront par être une centaine) payent une certaine somme d'argent à l'avance par an, et que la ferme les fournisse en légumes, mais aussi viande, lait, oeufs...

C'est intéressant, et on voit bien son désir de nous retracer ici l'extrême difficulté du défi ; cela dit, comme elle ne nous épargne rien (configuration des champs, descriptions des machines agraires, des animaux, de la course effrénée pour tout mener à bien en une journée mille fois renouvelée, etc.), ça finit par être fastidieux. Mais tout cela vise à nous montrer que c'est le sens qu'elle a trouvé à sa vie. Face à l'inconsistance et au manque de valeurs du monde moderne ; on sent à travers ce personnage une grande peur face à ce monde, et on comprend que tout cela, malgré (ou à cause de) l'envergure de la tache, l'a rassurée, ancrée sur un socle, tel un refuge. A partir d'une foi indestructible, et aux côtés d'un homme à la personnalité forte, et sûr de sa différence.

Si on aime la démonstration et on admire le chemin, on est pas mécontent d'arriver au bout de la lecture !

 

. Une vie pleine, Kristin Kimball, éditions Fleuve Noir, avril 2011.

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29 Juillet 2011, 22:03pm

Publié par la souris jaune

"La majeure partie du paysage urbain est constituée d'objets à vendre, et il est presque impossible de quitter son appartement sans acheter quelque chose : un journal, un café, un bouquet de fleurs..."

Kristin KIMBALL

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27 Juillet 2011, 13:28pm

Publié par la souris jaune

"Je croyais que la technologie, la mobilité et le travail avaient sonné le glas de l'esprit communautaire. Or dans ce petit village, les voisins se souciaient des autres, le bien-être était un projet de groupe ; je me sentais en sécurité".

Kristin KIMBALL

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La petite cloche au son grêle :)))

25 Juillet 2011, 20:07pm

Publié par la souris jaune

9782848761121-1-.jpgJ'adore ce livre ! Dieu qu'il est beau...

La petite cloche au son grêle, c'est la clochette accrochée à la porte du bar, et qui tinte, à l'entrée d'un client. Et le bar, c'est le cadre de ce livre plus que charmant...

Le narrateur a 13 ans. Il s'adresse à "toi" (sa mère) ou à "vous" (sa mère et son père). Fils de cafetiers, donc. De gens simples qui ne lisent pas, mais découvrent Proust, Marcel, par le biais de leur fils. La mère avec passion et ravissement, et le père, malhabile avec les livres, d'abord avec effroi, découvrant que cet auteur était "pédéraste"... Puis avec dévotion, se plongeant dans Proust pour chercher la trace de l'amour pour son épouse, qui dévorait  cet auteur.

Les personnages sont véritablement touchants, on est sous le charme de cette vie à la campagne, au bord de la nationale... Et puis petit à petit, en même temps que le fils tisse le formidable amour de son père pour sa mère, se dessine, sans que l'on veuille y croire, la menace d'une maladie... on devine qu'une vilaine arraignée s'est emparée du corps de la mère, et celle maladie ne sera évoquée qu'avec pudeur, retenue, délicatesse, toujours.

Et puis il y a les "cadeaux" du père et du fils à la mère et femme aimée. Comme ce magnifique épisode où tous deux décident que pour elle, ils veulent Pierre Arditi, dans leur café, le temps d'une lecture... Puis ils décident encore de monter un spectacle, avec tout le village, où tous jouent comme ils peuvent, La Recherche du Temps perdu.

Et puis il y a le souhait, par dessus tout de la mère, qui voudrait voir son fils devenir écrivain... Et ce livre est le cadeau tardif à celle qui ne le lira jamais.

C'est profondément émouvant, bouleversant. Je vous le recommande chaudement.

 

. La petite cloche au son grêle, Paul Vacca, éd. Philippe Rey, 2009.

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...53

24 Juillet 2011, 20:54pm

Publié par la souris jaune

"Il suffit d'un goût, d'un parfum, d'une sonorité, pour que le passé et les êtres que l'on a aimés se mettent comme par magie à revivre en nous. Les êtres que l'on aime ne meurent pas tant que leur souvenir reste vivant..."

Paul VACCA

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