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Le blog de la souris jaune

Cinq femmes chinoises

21 Avril 2013, 18:00pm

Publié par la souris jaune

cinq-femmes-chinoises-M108381.jpgIl y a Xiu, la férue de gymnastique, gymnastique qu'elle garde en elle comme un petit bout perdu de son enfance. Daxia, sa fille, celle qui veut fabriquer "des abris pour y nicher des hommes, les arracher à la bouillasse" et qui devient pour cela architecte. Mei, la meilleure amie de Daxia, la "fashion victim", celle qui veut vivre "tout de suite au mieux avant de mourir, pourir". Fang, la riche épouse, l'homosexuelle, dans un pays où cette différence est sévèrement réprimée et punie ; et Baoying, belle-soeur de Fang, fascinée par la cuisine, marquée par la rudesse de son destin... 

Pourtant, dans ces vies-là, on avance. On ne s'appesantit pas. A Pékin, Shanghaï, Hong-Kong...

A l'image, assez belle, de Fang qui contemple le monde derrière la vitre de son appartement au 41ème étage de la grande ville, Chantal Pelletier déroule, en accéléré, à nous en donner le vertige, le cours de ces cinq vies. Des vies emprisonnées dans un héritage familial, souvent vécu comme un fardeau qu'on porte et qu'il faut rejetter pour s'extraire, emprisonnées par l'histoire de la Chine.

Les drames sont forts, mais on passe : on est troublés par ce mode narratif qui nous entraine très vite d'un événement à l'autre, via des phrases courtes, des enchainements d'actions incessants, comme si les événements n'avaient pas de conséquences morales, mentales, psychologiques (la rédemption, le pardon, l'oubli, le deuil, la culpabilité semblent ne pas exister). Finalement, le paysage est le seul qui s'humanise parfois, mais dans l'outrance, le choc, la brutalité. Le paysage est animal monstrueux, qui broie, écrase. Ca aussi, il faut faire avec. L'humain est à sa toute petite place, toute petite, celle où il maîtrise si peu, bien loin d'une forme d'arrogance occidentale, où l'on a l'illusion qu'on peut tout maîtriser, décider. Dans ces vies chinoises, tout bascule sans avertissement, et il n'y a d'autre choix n'est autre que de courber le dos et d'avancer encore. Ces femmes sont des combattantes de la vie. Où le sentiment n'a que très peu sa place.

Un récit froid, glacé, à l'image de ces visages de porcelaine de femmes chinoises ; un récit vertigineux, écrit sans fioriture, assez proche de ce qu'on imagine de l'état d'esprit chinois : celui de la nécessité.logo-ev_2013_320x240-5d2b8.jpg

 

. Cinq femmes chinoises, Chantal Pelletier, éd. Joëlle Losfeld. Janvier 2013. Chantal Pelletier sera présente au salon Etonnants Voyageurs à Saint-Malo du 18 au 20 mai.

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LSJ 23/04/2013 15:49

... Oui, tu as raison, quelle capacité à regarder devant sans regarder derrière... J'avoue que je ne suis pas sûre de l'envier, je pense qu'on grandit en faisant son miel de ses histoires passées,
même si ça fait parfois mal !
Mais bref, en tout cas, c'est ma première immersion volontaire dans les auteurs d'Etonnants Voyageurs !! :)

Luocine 22/04/2013 12:13

j 'imagine bien ce livre et aussi ces vies, pas sûr que je le lise ...car le temps me fait défaut
Pourtant je pense que nous devons connaître au mieux ce pays qui déferle sur la planète sans aucun état d'âme !
quelle énergie!!
Luocine