Camarades de classe
Il va falloir que je prenne plein de
précautions pour écrire un mot sur ce livre. D'abord parce qu'il a sans doute une circonstance atténuante : TOUS les livres me tombent des mains en ce moment, aucun ne capture mon attention.
On dira qu'au moins, celui-là, je l'ai fini. Ce qui n'est pas le cas de la bonne quinzaine de livres abandonnés en un mois, après de une à 80 pages lues... En outre, j'aime plutôt Didier
Daenincks, que je trouve un auteur vif et intelligent. Mais...
Ce livre n'a pas réussi à capter mon intérêt.
D'abord j'y ai été très hostile : le postulat de départ était pour moi extrêmement dérangeant. Et même inacceptable. Je ne pouvais pas me rendre à l'idée que j'allais "valider" cette supercherie en en étant le lecteur consentant. En clair, on est au sein d'un couple, qui semble soudé, uni, aimant, sans trahisons ; elle tombe sur un message qui est destiné à son mari ; usurpe son identité, répond à sa place, et endosse son identité pendant tous les échanges de mails : elle se fait passer pour lui, et reçoit des confidences qui ne lui sont pas destinées. Il y a donc cette duplicité qu'il faut accepter ; pendant toute la durée du récit, je me suis demandée en quoi cela pouvait servir l'intrigue : s'il s'agissait de nous raconter des histoires de collégiens, eh bien, le mari pouvait tout aussi bien lire les mails...
En outre, ce mari va mal ; on peut se dire que si son épouse -qui semble pourtant vouloir l'aider - le laissait accéder à tous ces souvenirs, ça l'aiderait certainement à se changer les idées. Bref. Je n'oublie pas que dans les dernières lignes du roman, vient soudain naître un questionnement sur l'identité... Elle usurpe l'identité de son mari, et le changement d'identité, eh bien, est au coeur de sa trajectoire... puisque l'auteur choisit d'en faire la révélation réelle du livre.
Du coup, c'est bien ficelé, rebondissement à la "Planète des Singes", choc des dernières lignes... Certes. Le talent de Daenincks est bel et bien là. Certes ça parle de ce que nous devenons, des trajectoires qui se dessinent, malgré soi... Certes... Cela dit, est-ce que le jeu en valait la chandelle ? Moi je réponds non... Mais sans doute parce que je ne suis que très peu rentrée dans ces souvenirs de jeunesse, sur fond de mutation de notre société, et de guerre d'Algérie ; quelqu'un qui a vécu ces années (1964-1968) y sera sans doute beaucoup plus sensible que je ne l'ai été...
. Camarades de classe, Didier Daenincks, éd. Gallimard, Folio, 2008.