Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de la souris jaune

Articles avec #seconde guerre mondiale

Je vous écris dans le noir :))

28 Janvier 2017, 16:49pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

C'est un roman bouleversant que celui-là. Extrêmement impressionnant par sa force et sa justesse, sa sensibilité : l'auteur incarne ici un personnage féminin de manière saisissante, et troublante. Mais évidemment, on sait qu'écrire n'est pas une histoire sexuée, on le sait depuis toujours ! :)

C'est l'histoire de Pauline Dubuisson. Une femme qui a vraiment existé, et qui a été condamnée pour l'assassinat de son fiancé. L'auteur reprend cette histoire en réhabilitant cette femme, en nous livrant son histoire, en lui donnant semble t-il, pour la première fois, une chance d'être comprise. Il faut savoir que Clouzot en a aussi fait un film, où il accable vraisemblablement cette femme, incarnée à l'écran par Brigitte Bardot. Seigle fait partir son histoire de ce film, que Pauline Dubuisson est allée voir. Du mal qu'il imagine il a pu lui faire. Bref, il humanise cette femme comme personne auparavant n'avait semble-t-il souhaité le faire.

C'est vraiment troublant à plus d'un titre. Déjà, parce que ça donne à voir un fait-divers dans sa dimension humaine, la part non maîtrisable du destin dans l'accomplissement d'histoires sordides. Ainsi, on ne peut qu'être sensible au terrible destin de cette Pauline, qui fut tondue à la Libération, alors qu'elle avait 17 ans.

L'auteur nous livre trois cahiers, les écrits qu'auraient écrit Pauline, avant de se donner la mort. On va voir comment le destin va s'acharner contre elle. De terrifiante manière. A de multiples reprises. Et comment le pardon, ou le droit à l'oubli est bien relatif, et combien elle est condamnée à échouer dans ses reconstructions.

Le contexte familial, est là encore extrêmement intéressant, et tellement pas manichéen : oui, la jeune fille va coucher avec un Allemand, mais poussé dans ses bras par son propre père, pour sauver leur mère de la déprime... C'est ce qu'il nous donne de l'histoire de Pauline Dubuisson et évidemment, son histoire prend l'allure d'un terrible et injuste gâchis.

Attention, je dois vous le dire : la profondeur de la confession fait que l'histoire de la tonte et surtout de ce qui suit pour Pauline est insoutenable. Autant le savoir.

En tout cas, c'est un coup de maître de la part de Jean-Luc Seigle, que j'avais apprécié déjà avec En vieillissant les hommes pleurent

Merci à Gaby pour sa recommandation.

. Je vous écris dans le noir, Jean-Luc Seigle, éd. Flammarion. 2015

Voir les commentaires

L'espionne de Tanger :))

6 Novembre 2016, 18:57pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

L'histoire de ce livre se déroule dans les années 30 en Espagne, puis pendant la seconde guerre mondiale en Espagne et dans le protectorat espagnol du Maroc. Autour du personnage principal, une jeune femme, Sira, espagnole, donc. A partir de son histoire d'amour, choix amoureux, point de départ de sa vie telle qu'elle le sera. On voit que ce coup de foudre, laissant alors l'homme avec qui elle s'apprêtait à se marier, va orienter toute sa destinée. 

A partir d'une trahison, Sira va lentement quitter la naïveté. Confrontée au réel brutal. A l'obligation de compenser la trahison pour pouvoir s'en sortir. 

Pas à pas, on va suivre la jeune femme dans la vie qu'elle se trace, avec cette marge de manoeuvre très ténue qui est la sienne. Et s'étonner de la rigidité qu'elle met dans certains choix. Comprendre comment cette femme, pragmatique, va se mettre au service d'un pays, parce que cela correspond à sa croyance d'éviter la guerre. La scène qui l'amène à s'y décider est assez intéressante, elle hésite, et c'est un échange avec sa mère, sobre, qui va la décider. Sa mère qui lui dit : si ton action peut aider l'Espagne à éviter de vivre encore une guerre, alors fais le. Et c'est ainsi que Sira va entrer dans un système de fonctionnement extrêmement contraignant pour elle, avec la conviction jamais remise en cause de servir son pays. J'aime ce journaliste qui croise sa route, on enrage de ne pas la voir tout lacher pour le suivre... On suit tous ces personnages avec bonheur, le récit est dense mais tient en haleine toute la durée de ses 600 pages. 

J'ai beaucoup aimé.

Et c'est à Luocine que je dois cette lecture ! Merci Luocine ! 

L'espionne de Tanger, Maria Duenas, éd. Robert Laffont, 2012 (2009 pour l'édition espagnole).

Voir les commentaires

La chaise numéro 14 :))

12 Septembre 2016, 21:59pm

Publié par LaSourisJOne

La chaise numéro 14 :))

Roman.

Un roman sur une période de l'histoire terrible, la libération qui suivit l'occupation par les Allemands, et celle des règlements de compte, des basses et iniques vengeances. La libération de toutes les mauvaises pulsions, et des mauvais instincts. Le sujet de ce livre c'est ça, une femme, tondue. Des moments qui précèdent ce douloureux événement, aux semaines qui suivent, et ce qu'elle en fait. C'est très beau, très fort. J'ai aimé suivre ce personnage et sa détermination, la voie qu'elle emprunte pour laver cet affront qu'on lui a fait. Ce courage qu'elle a d'affirmer qu'elle n'est coupable de rien (elle a aimé un officier allemand, passionément, ils se sont aimés), que l'amour n'est pas une raison suffisante pour induire cette honte qu'on inflige à un être d'être tondue en public et de perdre le symbole de sa féminité. Alors, avec une sourde détermination, elle va établir une liste des personnes qu'elle va vouloir voir 'plier', abdiquer devant elle pour ce qu'ils ont fait. Une liste, un nombre, cinq ; cinq, et l'on retrouve cette fascination du personnage pour les chiffres, dont elle se dit dépendante ; ainsi, le numéro de la chaise, correspond au numéro qu'on donne aux chaises de bistrot alors, chaise numéro 14, parce qu'il faut six pièces de bois et huit vis pour la faire tenir. La chaise de l'auberge tenue par son père, qu'on est allée chercher pour la tondre, en public. Une chaise, qui fait partie d'un rituel, d'une cérémonie qui l'accompagnent pour aller au bout de ce qu'elle s'est fixée ; cette chaise, qui se décolore avec le temps mais qu'elle emporte avec elle, cette robe, blanche, immaculée, celle que sa mère porta avant sa mort, d'un autre temps, qu'elle portait pour être tondue et qu'elle remet chaque fois qu'elle va à la rencontre de l'un des cinq.

Elle ira voir le coiffeur, celui qu'on impulse d'agir, et par la force de son regard, fier, impulse sa demande de pardon ; le maire, les religieuses pétries de mauvaises croyances qui l'ont accablée toute son enfance, les deux GI qui l'ont vue tondre sans rien dire, et Antoine, l'auteur de l'acte... Pour de si mauvaises raisons. L'amoureux éconduit, jaloux, qui se venge par cette blessure qu'il lui inflige. Antoine et son jeune frère. Les personnages sont vraiment joliment campés, on se laisse emporter par ce beau roman, cette voix, cette détermination ; et il y a ce très beau personnage, ce Louis, qui devient son ami bienveillant, qui veille sur elle comme un grand frère ou un père, la soutient. C'est très très beau, bien plus même que ce que j'avais imaginé ; la narration est lumineuse.

Merci à Samuel de l'avoir mis entre mes mains.

. La chaise numéro 14, Fabienne Juhel, éd. du Rouergue, mars 2015.

Voir les commentaires

Toute la lumière que nous ne pouvons voir :))

10 Décembre 2015, 07:57am

Publié par LaSourisJOne

Toute la lumière que nous ne pouvons voir :))

Cela aurait été trop facile de balayer d'un trait de manche un travail un peu trop rapide, un peu trop léger, un peu trop superficiel d'un Américain qui s'avance sur un terrain qu'on a l'impression de tellement connaître : la seconde guerre mondiale, en France. Et pourtant. Ce livre-là est passionnant, lumineux. Plus que la seconde guerre mondiale en France, c'est plus précisément la guerre à Saint-Malo, Paris, et en Allemagne, dont il est question. Avec des choses qu'on ne lit pas sans effroi, et même sans angoissante résonnance, qui donne à voir la genèse du parti nazi, et des jeunesses hitlériennes. Quelques chapitres sont intenables, par l'édification des jeunes garçons par l'effroi, le groupe, l'humiliation, la peur, l'exemple horrifiant ; le personnage de Frédéric, le jeune homme sacrifié, le rêveur, amoureux des oiseaux qui ne concèdera rien, digne, est beau et terriblement poignant. Sa fin terrible, bouleversante.

Le personnage principal n'est pas celui-là, enfin l'un des personnages principaux : c'est Werner, jeune Allemand aux cheveux blancs depuis son enfance. On le suit intimement : son père mort à la mine, sa vie à l'orphelinat avec sa précieuse soeur Jutta, vie heureuse mais : il ne veut pas de cette vie à la mine. Alors la solution unique, s'il fait partie de l'excellence, l'autre solution, ce sont ces jeunesses 'Hitlériennes'. Sans qu'elles ne soient jamais nommées, les mots catégoriques auraient tendance à étiqueter : là, c'est la vie quoitidienne de Werner, ses abdications pour accéder à une vie autre. Et puis là-bas, son manque de sa soeur, qu'il s'efforce d'enfouir, de même que sa pensée.

Et puis il y a parallèlement de très très beaux personnages en France ; le père de Marie-Laure, qui élève seul sa fille, aveugle jeune à 7 ans, à Paris, avant qu'ils ne partent pour Saint-Malo, retrouver l'oncle, à pied, quand il ne sera plus possible de vivre à Paris au début de la guerre. Et là un monde tout en finesse, tout en beauté, en humanité ciselée et lumineuse. Là aussi la vie est rude, on a à faire à un monde de travailleurs, mais il est ébloui, éclaboussé de lumière par les gestes d'amour de ce père pour sa fille. Père serrurier, gardien des clés du Museum d'histoire naturelle de Paris : il lui fabrique des maquettes, précises, de bois, pour qu'il puisse se retrouver dans la ville d'abord Paris puis Saint-Malo. A chaque anniversaire il lui offre une boîte, un casse-tête pour éprouver sa vivacité, avec un petit cadeau dedans. Et puis il y a ce diamant, l'Océan de flammes' et sa légende, caché au fond du Musée. Un diamant qui protégerait en même temps qu'il décimerait... Et cet Allemand, qui le traque. Et puis bien sûr, cette sublime histoire des ondes, qui touchent et rassemblent les êtres au delà des frontières, les ondes de radio émises par l'oncle, et entendues - hasard stupéfiant, mais on n'a vraiment pas envie de mégoter ! - alors qu'il était petit, avec sa soeur en Allemagne.

Anthony Doerr nous balade dans Saint-Malo, dans la rue Vauborel, et ses ruelles avec brio. On y est. Je ne sais pas ce qu'en dirait les vieux Malouins, mais vraiment il y a là un sacré boulot. La guerre pendant cette période et la vie à Saint-Malo avec les bandelettes de papier dans les miches de pain, et Marie-Laure, Marie-Laure, ses pas dans la ville, son appréhension du monde de l'intérieur, avec les yeux de l'âme. Vraiment, vraiment, j'ai adoré. Et je sais déjà, que je mettrai du temps à entrer dans une autre lecture, un autre univers.

Bibliothèque d'Evran.

. Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr, 2014 (EU), éd. Albin Michel, avril 2015.

Voir les commentaires

L'oeil du prince :)

27 Avril 2015, 21:19pm

Publié par LaSourisJOne

L'oeil du prince :)

Il ne faudra pas juger à l'aune du temps de lecture mon intérêt pour ce livre : je lis plus lentement qu'un élève de CP, en ce moment. Cela dit, Frédérique Deghelt. Et c'est avec un grand plaisir que je l'ai retrouvée. Rien de poussif, dans ce livre-là, enlevé, et des questions, toujours heureusement, puisque c'est la pate de l'auteur mais qui se coulent encore plus dans le fil du récit.

L'oeil du prince, comme avec un spectacle, le lieu d'où le souverain peut dominer et voir tout l'ensemble ; comme ici, vision à l'issue du roman, de plusieurs vies, qui se succèdent, ont engendré les autres, sans que l'on en sache rien au départ, en lisant chaque tranche de vie.

Une jeune femme impatiente qui subit sa famille à Cannes, un jeune homme qui construit sa vie et perd femme et fils dans un accident de voiture que l'on rencontre après, alors que sa vie continue, dans une tentative de survie, jeune femme qui écrit à un résistant pendant la guerre et d'où naîtra une idylle , jeune femme mariée, qui tombe amoureuse d'un autre homme, différent de son mari 'dans les hauteurs' et qui la délaisse, l'occulte pour sa musique... C'est un bien joli et attachant puzzle humain que celui-ci, qui s'imbrique petit à petit, et dessine un tableau où le passage du temps joue son rôle fulgurant à la fin...

Car la lectrice/raconteuse a alors 70 ans, et elle découvre les prémisses de sa venue au monde, ce qui l'a précédée, en même temps que nous comprenons les liens qui lient tous ces protagonistes...

Un très attachant Frédérique Deghelt, une fois encore.

L'oeil du prince, Frédérique Deghelt, éd. J'ai Lu, 2014.

Voir les commentaires

La fin d'une liaison :)

16 Janvier 2015, 21:58pm

Publié par LaSourisJOne

La fin d'une liaison :)

J'ai beaucoup aimé ce livre. L'ambiance de celui-ci. Etre plongée dans les sentiments de trois personnages principaux, autour d'une passion amoureuse, dévastatrice. Décriptée, passée au crible comme un kaléidoscope, sous toutes ses faces ou presque. Avec la retenue des temps passés, et les limites de l'époque. Pendant la seconde guerre mondiale. Les bombardements sont là, ont leur place sur l'avenue des Allées à Londres, mais ils sont presque comme en retrait, tant on est 'à l'intérieur' des personnages. Et même si l'un des bombardements a des conséquences cruciales, sur l'histoire des protagonistes, même si c'est de façon inattendue (via le serment à Dieu que si son amant s'en sort, elle le laissera vivre sa vie, et ne le reverra plus).

Alors nous avons le personnage principal, écrivain, qui semble s'ennuyer, finalement. Ecrit des livres qui sont souvent des commandes. Rencontre Sarah, la femme d'un dignitaire de l'Etat anglais, et se met en tête de capter des éléments sur lui, ou sur sa fonction, pour ses romans. Et finalement, on ne sait pas si c'est l'amour, le désoeuvrement ou l'intérêt qui l'emporte ; toutefois, il vit petit à petit une passion amoureuse avec elle. Elle, bien que mariée, mais extraordinairement loin de son époux par la pensée, s'éprend semble-t-il plus sincèrement de cet amant. Et avec une grande naïveté, sincérité, humilité quant à elle même, elle entre dans sa vie. L'autre (l'amant) est rongé de jalousie (sans doute par orgueil), très vite, jalousie destructrice de leur idylle cachée.

Et puis il y a cet homme qui donne des conférences sur l'avenue des Allées, là où tout le monde se croise; et puis le détective privé, chargé d'enquêter finalement d'étrange manière sur Sarah. Beaucoup de lâcheté de beaucoup de personnages, de faiblesse aussi, comme chez ce mari, donné à voir comme peu aimable, tant il est veule, et dépendant (malgré ses hautes fonctions) ; et puis ces attachements naissants de tous, à l'égard de Sarah, qui se dévalorise tant, et s'accroche à son sermon fait à un Dieu auquel elle ne croit pourtant pas. La question de la foi, est finalement assez centrale dans ce livre, tout autant que celle de l'amour, la passion, l'amour de soi, la vie, ses choix, et la mort. Des réflexions nourries qui viennent étayer et donner une densité supplémentaire à ce roman, sans que ce ne soit jamais indigeste.

La fin d'une liaison, Graham Greene (Anglais). éd. 10/18. 1951.

Voir les commentaires

Six mois, six jours :)

29 Octobre 2014, 22:19pm

Publié par LaSourisJOne

Six mois, six jours :)

Le narrateur est un personnage d'environ 75 ans, cynique, et d'emblée se plaçant comme quelqu'un d'antipathique, peu conciliant, mysantrope, se revendiquant comme tel ; il faut dire que ses caractéristiques nous sont rapidement explicables par son passé, sa personnalité, ses choix : il a été pendant plus de 40 ans aux services d'une famille richissime, en Allemagne, de riches industriels dont il était l'homme de confiance. Il a fonctionné dans l'ombre de cette famille, sans autre prétention, jusqu'au moment où il en est limogé, sans autre forme de considération ; bien sûr, qu'à travers la constitution de sa personnalité, son intention de 'ne pas leur faire de cadeau' en racontant leurs zones d'ombres, leur histoire, s'entend. Ce portrait dépeint, et une fois qu'on sait très vite que le narrateur est ainsi, il nous livre l'histoire de la fille de l'industriel. Entre autres. Mais de cette fille, belle femme, de 45 ans, mariée, trois enfants, dont la vocation est d'être 'femme et fille d'industriel, en représentation surveillée perpétuelle, qui un jour, succombe au charme d'un homme. Jusqu'à en perdre le sens de la rationnalité ; sacrifiant à son amant la prudence qui lui est coutumière. Leur histoire 'd'amour', est habilement racontée par cet homme qui l'imagine, et la voit tout à la fois, homme de l'ombre silencieux, omniprésent. Et cet amant pour lequel elle succombe... se rêvelera un maître chanteur. Tragique marque de confiance pour cette femme qui ne s'est jamais autorisé celle-ci... La passion de cette femme durera six mois, la narration six jours... Le portrait de cette femme, de cette passion, de cette famille ayant largement collaboré pendant la guerre au régime nazi est très justement donné à voir, par le prisme de cet homme de confiance froid et implacable, et dont la narration ajoute de la dramaturgie à l'ensemble. Un récit qui m'a plu à plus d'un titre, donc...

. Six mois, six jours, Karine Tuil, éditions Grasset, 2010.

Voir les commentaires