Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de la souris jaune

Articles avec #roman

Je suis en bois

20 Février 2015, 12:54pm

Publié par LaSourisJOne

Je suis en bois

J'ai commencé par entrer à pas feutrés, dans ce livre. Parce que ces deux voix sont si séparées, si cloisonnées l'une de l'autre... Et puis finalement je me suis laissée embarquer. Parce que finalement, c'est peut-être un des messages du livre : on peut être séparés des autres par une incapacité de communication, notamment au sein des familles, mais peut-être qu'on peut se sauver quand même, peut-être qu'on peut quand même aider l'autre en faisant don de son histoire, de ses mots. Et que ce don là peut soulever les barrières et aider l'un et l'autre, à vivre ensemble.

Les deux voix sont celles de Mia, la fille, 17 ans, et Giulia, la mère. Mia tient son journal intime, et Giulia décide de le lire (mouai...), parce qu'elle sent que sa fille lui échappe et qu'elle ne peut l'atteindre. Alors elle lit, sans juger, et décide de lui répondre. Les chapitres intercalent ce qu'a raconté la fille, et donc lu Giulia, et ce qu'elle raconte en retour, en écho. De sa propre vie. Comme pour expliquer, adoucir... Car en effet, Mia vit loin de sa mère, en tout cas pas dans l'échange ; elle a décidé que pour se préserver, elle serait de bois. Ainsi elle ne souffrirait pas des sentiments. Quant à Giulia, elle a fait des choix, des choix de vie, qui s'expliquent par son Histoire, et elle livre, sa rencontre avec le père, son choix, et surtout son grand amour, inavouable, et les raisons pour lesquelles elle ne lui a pas donné vie. Il avait 17 ans, elle en avait 40... Mais il l'a rendue vivante. Elle est belle, touchante, leur histoire commune. La fille, en creux, pourra comprendre que c'est le véritable amour de sa mère... Qu'en faire, que faire d'un tel 'cadeau', je ne sais, mais c'est peut-être toujours mieux que le lourd poids des secrets de famille... C'est en tout cas le pari de Giulia, qui semble plutôt payant, parce que Mia a l'air de changer, d'accepter de recevoir, de s'ouvrir à l'autre...

Assez jolie, aussi, l'association du bois à Mia, et dans tout le récit, celle de l'eau, de la pluie à Giulia, et l'idée que le bois mouillé s'adoucit... Au contact de l'une avec l'autre, la vie peut changer.

Médiathèque de Pleurtuit.

Je suis en bois, Giulia Carcasi, éd. Héloïse d'Ormesson. Traduit de l'italien. Paru en Italie en 2007, en France en 2008.

Voir les commentaires

La grande nageuse

16 Février 2015, 13:08pm

Publié par LaSourisJOne

La grande nageuse

Peinture et marine, les deux univers de ce narrateur. Avec une grande 'nageuse', de mère en fille, qui marque la vie du narrateur : la belle 'Gaëlle', belle femme qui fait phantasmer les adolescents dans la baie de Quiberon, puis Marion, la fille de celle-ci, pour qui le narrateur n'a aucun sentiment amoureux, cela se sent, même s'il s'en persuade, et c'est ce qui trace sa vie et marque sa vie. Pourtant, ils entrent dans la vie de l'autre un peu par hasard, continuent de se fréquenter un peu par désoeuvrement, et vont faire leur vie ensemble.

Etrange, cette résignation, cette abdication, cette autopersuasion du narrateur, pour cette femme, Marion, qu'il choisit sans choisir. En fait, il choisit la peinture (encore que !), et tout le reste est accessoire. Même s'il tente de se raconter des histoires autour. Du coup, c'est assez particulier, ce récit. Il est une certaine conception de l'amour. En tout cas de l'attachement. Récit très linéaire, on attend quelque chose. Que quelque chose sourde enfin de cette narration très chronologique et linéaire (même s'il a de jolis passages sur la condition de peintre, les doutes, la navigation).

Finalement ce qui arrive enfin, on ne sait pas si c'est cela que le récit nous prépare à attendre, peut-être : la mort de Marion, brutale. Marion est une femme qu'il regarde, qu'il dessine, fébrilement, mais est-ce une femme qu'il connaît ? Malgré leur vie commune, malgré leur enfant ? Ils vivent à côté, et finalement, si lui semble trouver cela normal, on peut s'interroger si c'est son cas à elle. Encore qu'elle a l'air hermétique à tout échange, quand même. Ce ne sont pas des personnages que j'ai beaucoup aimés, même s'ils m'ont intriguée. Et il faut reconnaître qu'ils ont une certaine réalité, même s'ils demeurent hors de mon entendement

En tout cas, ce gars-là s'est accroché à cette figure qu'il admire comme à une bouée, et il a tissé autour ses chemins, sa peinture, les affres de la création, qui ne sont pas si mal rendues, et cette vocation marine, sur laquelle il s'interroge beaucoup. La mer, est donc évidemment aussi, sous ses formes assez multiples, au coeur de ce roman également.

Médiathèque de Pleurtuit.

. La grande nageuse, Olivier Frébourg, éd. Mercure de France. 2014.

Voir les commentaires

Pas pleurer :)))

12 Février 2015, 13:20pm

Publié par LaSourisJOne

Pas pleurer :)))

Quel plaisir de lecture, que ce livre ! Il a obtenu le dernier prix Goncourt ; j'en savais peu de choses, et surtout, le titre ne m'avait pas forcément interpellée. Quelle erreur ! J'ai véritablement adoré.

Dès le départ si tant est que l'on ne se laisse pas effrayer par le premier paragraphe qui nous parle de Bernanos que l'on connaît peut-être peu, dès le départ donc on entre dans un récit qui se caractérise déjà par une agréable richesse et un étonnement de la langue. L'intrusion brutale de l'oral dans un style pouvant être très écrit est un vrai régal parce que tout cela est complètement en adéquation avec la narration ; le style s'imprègne et marque ce qui est raconté. Ainsi, nous avons aussi le savoureux mélange dans cette langue entre les hésitations de l'espagnol, à travers la langue maternelle, et le niveau du français correct et même littéraire, de la fille : la narratrice est la fille (née en France), qui écoute sa mère raconter son été 1936, en Espagne, son pays d'origine. Les deux niveaux de langue s'emmêlent, pour un résultat très réussi. Génial aussi, l'interruption brutale du texte, quand le locuteur que l'on imagine est interrompu dans ses propos. Cela donne une espèce de force de l'instantanéité à son récit, alors même qu'elle nous plonge des dizaines et des dizaines d'années de cela.

C'est extraordinaire. Nous vivons donc cette année 1936 en Espagne, et les suivantes, la naissance d'une prise de conscience ouvrière et libertaire ; la résistance nationale, soutenue par le clergé, à travers la bouche de cette jeune femme Montse, il y a 75 ans ; et puis il y a Josep, le frère, le révolté ; et Diégo, qui deviendra le mari de circonstances, opposant, rival historique du frère ; chaque personnage est passionnant, donné à voir avec une vraie finesse ; et puis il y a de loin en loin, comme une prise de recul parallèle, par la narratrice, le récit de ce que traverse Bernanos, qui souffre en son âme de ce que son pays subit.

Et évidemment, cela résonne en nous longtemps. A plein de niveaux. Car la naissance d'une résistance, c'est touchant ; car oui, chaque époque a son lot de courageux, et son lot de faibles, qui ralentissent et empêchent les changements. Aujourd'hui, encore, évidemment, dans une période où les salariés laissent un lourd tribut au nom de l'emploi raréfié à leurs conditions de travail et à leur considération, ce texte ne peut que résonner encore, et encore. Il est beau ce personnage de Josep, qui espère, qui se bat, qui croit, qui veut que les choses changent, et qui est vaincu... C'est un très très beau récit, que je garderai longtemps en moi, et que je me vois bien relire...

Médiathèque de Pleurtuit.

. Pas pleurer, Lydie Salvayre, éd. Seuil, août 2014.

Voir les commentaires

Orages :)

31 Janvier 2015, 22:21pm

Publié par LaSourisJOne

Orages :)

"J'ai entendu un ami auteur dire un jour lors d'un débat que la seule question qui lui semblait importante quant il s'agissait d'écriture était de savoir d'où l'on écrit. J'écris de l'exil". C'est l'exergue du roman, mais finalement ça en dit beaucoup.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, roman d'un parcours initiatique, d'une jeune femme de 15 à 30 ans. Pragmatique. Qui vit. Sans pouvoir s'offrir le luxe de la glose. J'ai beaucoup aimé cette force, qui la guide par dela elle même ; une force qu'on n'a pas besoin de comprendre, ou que l'on n'a pas besoin que l'on nous explique, mais que l'on sens, finalement. Alors il y a cette jeune narratrice, dont le corps reste enfant, parce qu'elle pense qu'ainsi elle retiendra sa mère en train de mourir d'un cancer. Dont le père est parti pour reconstruire sa vie avec une autre famille. Et qui reste marquée par ce Sachat/Alexandre, qui appartient à son passé. A belgrade. Comment se construire avec cet héritage, et une ville qui affronte la guerre ? Pragmatiquement, en partant d'abord, puis en lambeaux, et en y revenant. Pas en conscience, plutôt en écoutant ce qu'impulse le corps. C'est ainsi que l'on suit la trajectoire de Tamara, le personnage principal. Elle est forte cette histoire avec cet Alexandre, devenu plus que mauvais garçon, mais que les souvenirs d'enfance lient l'un à l'autre. Comme s'ils faisaient revivre l'ancien temps, jeunes égarés, malmenés par les chemins qu'il faut se construire coûte que coûte, sans repère. Elle est forte cette histoire, et touchante, entre Tamara et Alexandre, entre Tamara et tous les gens qu'elle croise, elle qui est à vif, et qui se recout petit à petit, se reconsolide petit à petit, parce qu'il faut bien, parce que si l'on choisit de vivre, eh bien...

Un très très bel hymne à la vie, simple. A la force de vie.

Et un très beau récit sur Belgrade et une partie de son histoire sombre.

Médiathèque de Pleurtuit.

Orages, Sonia Ristic, éd. Actes Sud Junior, 2008.

Voir les commentaires

Journal d'une accoucheuse

28 Janvier 2015, 20:40pm

Publié par LaSourisJOne

Journal d'une accoucheuse

C'est un journal au sens où c'est un récit relativement introspectif, pas un journal intime au sens classique du mot, avec les jours et leur écoulement matérialisé par leur date... Les repères de temporalité sont beaucoup plus flous, plus imprécis, et je serai bien en peine de vous dire sur combien de temps l'histoire s'écoule. Ou alors mes repères ne viendront justement pas de la narratrice, mais me seront donnés par le fait que les personnages dont elle parle ont vieilli un peu, que leur vie a changé, et donc que le temps a passé...

J'ai eu beaucoup de mal à suivre les personnages, parce que j'ai été extrêmement perdue avec la multiplicité des prénoms indiens ; Pooja, Zubeida, Sid, etc, etc... Toutes ont pour point commun de graviter dans le sillage de la gynécologue, personnage principale qui exerce son métier avec conviction et pragmatisme ; le temps passe aussi pour elle, elle qui aime Sid depuis toujours, mais qu'elle a laissé filé, parce qu'elle n'a pas osé lui dire, et que l'un et l'autre ne se rendent pas compte que le temps passe et qu'il passe sans eux...

Bref. Vies de femmes. Vies de femmes parfois dirigées par le poids des croyances, des héritages familiaux, et ça dessine des tragédies. Dans un pays où annoncer le sexe de l'enfant est interdit, où le sexe de l'enfant fait l'objet d'une réglementation, et où la contraception de la femme loin d'une évidence... Intéressant, pour cet aspect des choses. Intéressant aussi d'être dans la peau de cette gynécologue, avec un parti-pris, culturel je pense, de légereté, dans lequel je me retrouve moins.

Mille mercis à Clotilde pour son cadeau, et d'avoir pris le soin de choisir ce livre pour moi, pour son exploration kaléidoscopique du monde féminin.

. Journal d'une accoucheuse, Priyamvada Purushotham, éd. Actes Sud, 2014.

Voir les commentaires

La fin d'une liaison :)

16 Janvier 2015, 21:58pm

Publié par LaSourisJOne

La fin d'une liaison :)

J'ai beaucoup aimé ce livre. L'ambiance de celui-ci. Etre plongée dans les sentiments de trois personnages principaux, autour d'une passion amoureuse, dévastatrice. Décriptée, passée au crible comme un kaléidoscope, sous toutes ses faces ou presque. Avec la retenue des temps passés, et les limites de l'époque. Pendant la seconde guerre mondiale. Les bombardements sont là, ont leur place sur l'avenue des Allées à Londres, mais ils sont presque comme en retrait, tant on est 'à l'intérieur' des personnages. Et même si l'un des bombardements a des conséquences cruciales, sur l'histoire des protagonistes, même si c'est de façon inattendue (via le serment à Dieu que si son amant s'en sort, elle le laissera vivre sa vie, et ne le reverra plus).

Alors nous avons le personnage principal, écrivain, qui semble s'ennuyer, finalement. Ecrit des livres qui sont souvent des commandes. Rencontre Sarah, la femme d'un dignitaire de l'Etat anglais, et se met en tête de capter des éléments sur lui, ou sur sa fonction, pour ses romans. Et finalement, on ne sait pas si c'est l'amour, le désoeuvrement ou l'intérêt qui l'emporte ; toutefois, il vit petit à petit une passion amoureuse avec elle. Elle, bien que mariée, mais extraordinairement loin de son époux par la pensée, s'éprend semble-t-il plus sincèrement de cet amant. Et avec une grande naïveté, sincérité, humilité quant à elle même, elle entre dans sa vie. L'autre (l'amant) est rongé de jalousie (sans doute par orgueil), très vite, jalousie destructrice de leur idylle cachée.

Et puis il y a cet homme qui donne des conférences sur l'avenue des Allées, là où tout le monde se croise; et puis le détective privé, chargé d'enquêter finalement d'étrange manière sur Sarah. Beaucoup de lâcheté de beaucoup de personnages, de faiblesse aussi, comme chez ce mari, donné à voir comme peu aimable, tant il est veule, et dépendant (malgré ses hautes fonctions) ; et puis ces attachements naissants de tous, à l'égard de Sarah, qui se dévalorise tant, et s'accroche à son sermon fait à un Dieu auquel elle ne croit pourtant pas. La question de la foi, est finalement assez centrale dans ce livre, tout autant que celle de l'amour, la passion, l'amour de soi, la vie, ses choix, et la mort. Des réflexions nourries qui viennent étayer et donner une densité supplémentaire à ce roman, sans que ce ne soit jamais indigeste.

La fin d'une liaison, Graham Greene (Anglais). éd. 10/18. 1951.

Voir les commentaires

Les hommes meurent, les femmes vieillissent :))

3 Janvier 2015, 20:30pm

Publié par LaSourisJOne

Les hommes meurent, les femmes vieillissent :))

Nous voici dans les coulisses de l'Eden, un cabinet d'esthéticienne tenu par Alice. J'allais écrire un cabinet d'esthéticienne pas comme les autres. Là où on pourrait attendre de la légèreté, à partir d'un sujet qui pourrait sembler futile, la beauté féminine, on a du grave, du lourd, du vrai. Et c'est à une belle galerie de portraits, qu'on est conviés ici. Alice donne, et touche, au sens premier comme au sens figuré, sa clientèle ; ceux qui y viennent y reviennent. Tous âges, de 16 à 94 ans... A travers une galerie familiale, ou presque ; à partir de la fiche, établie avec sensibilité, comme une fiche d'identité, de chacune, chacun, par Alice, avec les goûts, les préférences, les traits de personnalités qui les caractérisent brièvement. Puis, un chapitre où chacun, chacune, s'exprime, autour de sa vie, ce qui marque l'existence, ce qu'elle/qu'il trouve à L'Eden, qui va déménager, et s'installer en face, dans l'appartement laissé vacant par Eve, suicidée que personne ne peut oublier... Portraits sans concessions, touchants, forts, non sans humour, sans distance sur soi aussi, etqui évoquent le passage du temps. Le passage du temps sur les corps, et sur les âmes ; les orientations d'une vie, avec ses virages, ses duretés, et ce qui fait qu'on est debout, parce qu'il faut bien. portraits de femmes touchants, forts, et des voix qu'on n'oublie pas.

Très beau moment de lecture.

Médiathèque de Pleurtuit.

Les hommes meurent, les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles, éd. Belfond, 2014.

Voir les commentaires

Croisière en mer des pluies

29 Décembre 2014, 10:17am

Publié par LaSourisJOne

Croisière en mer des pluies

Eric Faye. Après avoir lu 'Nagazaki et adoré ce livre, trouvant ce livre par hasard, je l'ai acheté et ouvert avec impatience. J'avoue ne l'avoir fini que parce que c'était Eric Faye ! En fait, je me suis ennuyée. J'ai trouvé ça trop scientifique, même si ça ne manque pas de poésie, et que j'ai retrouvé la belle écriture d'Eric Faye. C'était original, ce 'décentrement' d'un personnage, en l'occurence Michel Vivien, professeur de son état. Intéressant, quand même ces tiraillements entre le vivre et ce qu'on doit faire pour préserver la liberté...

Le personnage d'Estrella est intéressant, aurait pu être plus développé... J'aimais bien l'idée d'une histoire qui se passe sur la lune.

Enfin, je me suis ennuyée, j'avoue, malgré ce très beau titre, et l'engagement que l'auteur a voulu donner à son texte  : laisser faire et l'humain perdra le semblant de liberté qui lui reste, et encore, lutter peut-il encore permettre de sauver ce tout petit morceau de liberté qui lui reste ? Ouai, bof...

Eric Faye, Croisière en mer des pluies, J'ai Lu (2012). Paru chez Stock en 1999.

Voir les commentaires

Un long week-end dans les Ardennes :)

23 Décembre 2014, 13:14pm

Publié par LaSourisJOne

Un long week-end dans les Ardennes :)

C'est par hasard, que j'ai mis la main sur ce livre, chez une bouquiniste, et j'avoue ne pas l'avoir lâché avant d'en avoir terminé. J'ai aimé celui-ci, son ambiance, le lieu central de ce livre, Breidablick, vaste domaine peuplé de sapins noirs, au coeur des Ardennes... Où sa propriétaire, une certaine Edith Waldschade, pianiste de renom, vit, et surtout élève des loups... Evidemment ça m'intriguait beaucoup cette histoire. Les loups en tant que tels ne sont pas si présents, mais ce qu'ils représentent, à travers leurs multiples évocations jalonne le livre, traversé habilement par ces différentes incarnations. Aussi, plein d'histoires se mèlent ici ; celle d'Edith avec son amour, violoniste israélien, disparu brusquement ; celle du père d'Edith bien sûr, le savant, l'érudit, noble icône pour sa fille, plus trouble pour d'autres ; ce jeune journaliste, passionné par les loups, qui fera un passage par cette maison pour creuser sa passion ; et puis bien sûr, cette famille annexe, greffée sur Edith, sa soeur, son mari et leur ado de fille, qui vit à ses crochets sur les lieux, et laisse entrer des courants exploitables par les détracteurs...

Car un vaste domaine, des loups, un savant qui vécut pendant la seconde guerre mondiale et régime nazi... Bien sûr, il y a aussi la piste des clans, sectes, groupuscules d'extrême droite qui exploitent les symboles... Edith luttant de façon forcenée contre ça, au point sans doute (le doute est laissé, finalement) de ne pas vouloir voir ? En tout cas, son père avait peut-être écrit des choses pas si catholiques que ça, et le semeur de trouble, le faux-frère, celui dont la figure vient surgir dans le roman, et dans le domaine, est là pour agiter le passé, un passé, quitte à mentir, travestir, détruire ?

J'ai aimé aussi la concentration du temps en quelques jours, semaine, même si finalement, à l'échelle de ce temps court, il se passe pas mal de choses, le point de vue de la narration, avec ce naïf journaleux passionné de loups... Dommage que les loups (qu'on aurait aimé voir en tant que tels !) disparaissent très vite ; finalement, ils hantent quand même par le fait qu'on les recherche, et ils créent quand même dans le récit et pour le lecteur un horizon d'attente... De ces loups qu'Edith aime, chérit, apprivoise de loin, de très loin quand même, loups qui sont aussi incarnations machiavéliques, comme finalement, ce qu'en a fait la grande Histoire...

Je le relirai sans doute. Ah, j'oublie de dire que dans sa langue originelle (le néerlandais), ce livre s'appelait 'Fenrir' ; du sens, car Fenrir, dans la mythologie nordique, c'est le loup sombre, le loup noir...

. Un long week-end dans les Ardennes, Hella S. HAASSE, éd. Actes Sud, Babel, 2001, 2000 pour la publication originale (Pays-Bas).

Voir les commentaires

L'invité du soir :))

21 Décembre 2014, 16:13pm

Publié par LaSourisJOne

L'invité du soir :))

Ce premier roman de Fiona Mc Farlane est incroyable, incroyable de force, étouffant, troublant... L'invité du soir (The Night guest, dans son titre original) est un titre très inspiré ; il contient toute l'ambiguïté du roman, son pouvoir évocateur, son creuset d'angoisses... Il aurait aussi bien pu s'écrire 'L'invitée du soir' et désigner cette Frida chtonienne, qui entre tel un boulet de canon implacable dans la vie tranquille du personnage principal, Ruth, au soir de sa vie. Et bien sûr, l'invité du soir c'est ce qui rôde, ce qui fait peur, ce qui sourd au fond de soi, formidablement incarné par le tigre, le tigre au pas lent, au souffle épais, qui vient à la lisière du réel, visiter la maison.

Ce récit déstabilise, remue : non, on ne veut pas voir cette pauvre vieille femme abusée par cette autre, qui profite de sa fragilité ! Il rend incroyablement compte de la façon dont Ruth bascule, perd pied, 'aidée' par cette adjuvante qui n'en est pas une, Frida. Ruth, originaire des Fidji, vit seule, dans une maison au bord des dunes, au bord de la mer, en Australie ; elle a 75 ans. On est dans sa tête, si bien qu'on sait quand elle a toute sa raison ou quand elle déraille ; et alors que cette femme a, au début de l'histoire toute sa raison, malgré le tigre qui incarne ce soir-là la peur de l'endormissement, la peur de l'autre monde aussi peut-être, bref, on suit le déraillement de Ruth malgré elle, entrainée sur ce chemin par cette femme qui se présente chez elle, Frida, et s'immisce dans sa vie au prétexte de l'aider.

Tel un bulldozer, elle ravage ses repères, accroît sa dépendance, puis ira jusqu'à la dépouiller de son argent. Dans un mélange extraordinaire de confusion des sentiments ; la pauvre Ruth en perd son latin, celle qui l'aide pourrait être une personne malveillante ? La romancière réussit ce tour de force de nous faire suivre ce personnage étrangement lucide, et vaincu tout à la fois ; il y a ce mélange de sentiments, la fragilité des personnes âgées, à la merci de, l'éloignement des fils Jeffrey et Phillip, qui vivent leur vie d'hommes mariés loin de leur mère et de cette Frida. Les plongées dans le passé, les manies incroyables de cette Frida (ses médicaments, son obsession de la propreté et du nettoyage à l'eucalyptus, ses tenues blanches, ses teintures de cheveux...), et puis ce tigre, cet extraordinaire tigre auquel Frida donne de la densité, et la nature, bien sûr, la nature écrin de beauté et à la fois écrin étouffant, de végétation qui étouffe, envahit, emprisonne...

Vraiment étonnant. Savoureux.

L'invité du soir, Fiona Mc Farlane, éd. L'Olivier, 2014 (2013 éd originale). Traduit de l'Anglais (Australie).

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>