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Le blog de la souris jaune

Articles avec #roman

La bête

30 Juillet 2015, 19:39pm

Publié par LaSourisJOne

La bête

Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre, ni surtout le personnage central, et ce n'est rien de le dire. Evidemment je me dis que l'on peut toujours 'cérébrer' et lui trouver un intérêt de lecture, évidemment, parce qu'ici c'est le mal, brut, l'expression de la souffrance à vif avant sans doute qu'on ait trouvé le pouvoir de la parole pour l'appaiser ? Avec un être humain victime de son destin, de ses rêves, dont l'amertume va s'incarner dans une vie solitaire, où il s'emploie à se faire souffrir, croyant jouir, et à faire souffrir les autres surtout, dans la plus grande cruauté... Enfants, femmes, jeunes femmes, jeunes garçons, égorgés ou pire comme des bêtes ne le seraient pas. Alors évidemment, on est dans le Gévaudan, à une époque lointaine, puisqu'il y est question de rois de France ; que les paysans doivent donc peiner sur leurs terres et se faire rafler les trois quarts de leur sueur, de leurs revenus, par les hommes des rois, et que donc la cruauté semble ne pas être que du côté qu'on croit. N'empêche. J'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à comprendre, même en essayant de me replonger des siècles en arrière, autant de bestialité qui ne peut me paraître que fantasmée. Enfin mon entendement s'obstine à ne pouvoir y voir qu'un cas d'école, une histoire théorique pour laquelle il est bien difficile de trouver de l'empathie. Même si le destin de cet homme est effroyable, du fait qu'il a subi, en faisant le choix de suivre son rêve, une castration physique atroce qui lui ôte sa nature d'homme. J'ai du mal à imaginer qu'un homme privé de sa faculté de faire l'amour à une femme devienne une bête. Mais c'est sans doute parce que je ne suis pas un homme, et que j'ai forcément plus d'empathie pour ces jeunes femmes qui n'ont rien demandé à personne et paient pour ce sale type qui croise leur chemin.

Certes, ça pourrait contraindre à s'interroger sur les monstruosités que notre époque génère aussi, en matière de cruauté et de terrorrisme. Je m'obstine à ne pas le comprendre, ça reste, pour moi, incompréhensible, et inexcusable.

Cela dit, ce livre me ramène à des sources de lectures bénies, celles de Dinard, et de son club lecture, bénis soient-ils.

Médiathèque de Dinard.

La bête, Catherine Hermary-Vieille, éd. Albin Michel, 2014.

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Comment j'ai perdu mon amie :))

22 Juillet 2015, 19:48pm

Publié par LaSourisJOne

Comment j'ai perdu mon amie :))

J'ai apprécié ce changement d'ambiance, ce voyage trouble en Inde avec ces deux amies, et aussi ce suspense bien rythmé, marqué par une légère tension psychologique... Et un livre qui nous oblige à revoir à la toute fin notre copie, alors qu'on avait déjà notre avis sur le livre, notre histoire presque bien rangée, bien estampillée, étiquetée, tout est chamboulé et aucune conclusion hâtive ne peut s'imposer. Les visions des personnages se bousculent, et doivent se redessiner...

Donc, deux ados partent en Inde, des meilleures amies comme on en connaît, très très réalistes. Il y a la narratrice, jolie, qui semble réussir tout ce qu'elle touche, en tous cas avec les mecs, et dans les études. Et Gemma, boulotte, souffre de son apparence, n'a pas de relations amoureuses satisfaisantes, et rate son entrée en fac parce qu'elle se débrouille pour ne pas avoir son bac alors qu'elle est brillante. Des parents compliqués, un père qui a disparu, et une mère dépressive. Tout le tableau presque tracé.

En Inde, c'est la narratrice qui a l'habitude des voyages qui mène la barque, avec sa fougue, son inconscience... Et c'est elle qui semble entrainer tout ce qui arrive, sa traine de mises en dangers, par ses caprices dangeureux. Et elle abandonne son amie malade avant d'être rongée de remords, et de revenir et de la découvrir.... croire morte, immolée. Terrifiante et glaçante découverte.

Six ans plus tard on retrouve la narratrice, sa culpabilité, ses erreurs, ses échecs, son incapacité à vivre...

Oui, ça parle de culpabilité ; oui ça attire l'attention sur les risques des fréquentations, des mauvaises fréquentations, sur les risques d'un manque de prudence surtout quand on ne connaît pas un contexte, à l'étranger, au péril de sa vie. Mais surtout, le livre retourne l'histoire comme un gant, et tout d'un coup, oui, c'est un chemin de vie qu'on lit ; avec ce que ça implique de mauvais jugements, de changements, d'évolutions qui nous sont inhérrentes, et qui font que nous devons laisser sur le chemin de nos routes des amitiés qui n'ont plus lieu d'être. Oui, ça revisite l'amitié, aussi, les choix que l'on fait en la matière, et les nécessaires abandons qu'on doit faire pour grandir...

C'est très très bien. Délicieusement glaçant parfois, mais on est vraiment tenus en haleine. D'ailleurs, je n'ai pas pu, surtout au début, m'empêcher de penser, même si c'est un autre contexte, un autre pays, au livre de Douglas Kennedy, Cul-de-sac.

Et j'ai vraiment beaucoup aimé. Attention, la fin surprend !

Médiathèque de Dinard.

Comment j'a perdu mon amie, Katy Gardner, éd. Denoël. 2002.

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Passé imparfait :)))

19 Juillet 2015, 07:43am

Publié par LaSourisJOne

Passé imparfait :)))

Ce livre n'a pas été par certains côtés sans me rappeler Le complexe d'Eden Bellwether, de Benjamin Wood, que j'avais chroniqué ici, et vraiment adoré. Autour d'un personnage masculin à la personnalité forte, et fascinante, et une bande de jeunes gens d'un milieu plutôt aisé, qui gravitent autout de lui. La fascination de tous pour celui-ci déterminant un certain nombre d'événements, de relations...

Mais bref. Ici, je pense à Damian. Jeune homme très beau, mais d'un milieu modeste, qui réussit à s'introduire dans la haute société anglaise et y laisser sa pate par le biais du narrateur. Cela en 1968. Mais ce livre va avoir le mérite de nous faire osciller avec bonheur (et une excitation impatiente bienvenue en matière de lecture !) entre cette période, et 40 ans plus tard, autrement dit 2008, autrement dit aujourd'hui, alors que ne narrateur atteint la soixantaine. Il se trouve que Damian, qu'il a perdu de vue depuis 40 ans, devenu immensément riche, le convoque, alors qu'il ne lui reste que peu de temps à vivre. Et lui confie une mission folle : retourner sur les traces de leur passé, et retrouver le fils qu'il a eu avec une femme (qui l'en a averti par une lettre non signée) sans qu'il sache laquelle.

Le narrateur, qui est écrivain (il y a une mise en abyme tout à fait plausible qui fait que l'homme qui nous raconte cette histoire pourrait très bien être celui qui écrit cette histoire !), accepte et va, de fait, être contraint de replonger dans son passé puisque c'est aussi le sien, découvrir ce que sont devenues ces femmes qui ont compté pour lui dans sa jeunesse, réinterpréter le passé, les actes du passé, et surtout, revoir son diagnostic sur ces diverses relations... Et aussi, parce que le passé vient réintérroger le présent, il va aussi faire bouger sa vie, sentimentale notamment. Les entrecoisements de temporalités sont très riches, très habiles, passionnants. Le narrateur en profite pour jeter un regard vif et cynique sur notre époque et ses moeurs, au regard de celles d'il y a juste 40 ans. On aime évidemment, ces balancements entre deux périodes... C'est très surprenant de voir évoluer ce milieu aristocrate ou de haute bourgeoisie, à l'égard duquel il ne manque pas de se montrer critique de façon savoureuse (sans pour autant leur ôter la distinction, et un certain panache, perdus depuis dit-il), un milieu qui semble appartenir à une époque qui serait beaucoup plus lointaine... Avec tous ces codes vestimentaires, ces grands repas où il faut impressionner, ces bals de Débutantes, et ces femmes qui n'ont pas ou presque pas voix au chapitre quant à leurs choix sentimentaux...

Ah, coup de maître : il y a cette fameuse soirée au Portugal, qui jalonne l'histoire. Mais dont on ne sait rien, jusqu'aux dernières pages, puisque c'est à la toute fin de l'histoire, alors qu'on a déjà lu 630 pages qu'on découvre ce qu'il s'est passé là, en 1970... Evidemment, on relève des indices, mais on finit par se dire qu'on en saura rien de cette soirée traumatisante ! Il attise tout au long du livre et avec délice notre curiosité. Les liens sont extraordinairement bien tissés, et on lit tout en même temps une extraordinaire, non des extraordinaires histoires d'amour. Dont une, d'un romantisme absolu, quand on y pense, au sens littéral du terme. Séréna, la jeune et belle aristocrate dont est épris le narrateur, éperdue d'amour pour Damian, elle, d'un amour réciproque et tué dans l'oeuf par Damian pour des raisons qu'on apprend petit à petit...

Quelle lecture enthousiasmante. Je la dois à Delphine, à qui j'envoie mille mercis. Merci d'avoir été ma formidable passeuse vers ce livre, et à plus d'un titre... :)

Médiathèque de Dinard.

Passé imparfait, Julian Fellowes, éd. Sonatine, 2014 (2008, pour l'édition, anglaise, originale).

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Nadal, l'homme à la licorne

11 Juillet 2015, 12:43pm

Publié par LaSourisJOne

Nadal, l'homme à la licorne

Ce livre aura eu le mérite de tomber entre mes mains de très jolie manière, par l'entremise de Delphine, que je remercie, puisqu'elle m'a guidée vers ce lieu de campagne où tronait une armoire à livres voyageurs... On trouve ce que l'on ne cherche pas ?

Transition valable pour m'amener à ce livre, hum... que je suis bien contente d'avoir terminé !!

Evidemment, je m'étais laissée séduire par l'idée. L'homme à la licorne, tout un programme... en fait, j'ai trouvé ça bavard, fouillis, oiseaux... Même si on sent une certaine culture chez ce monsieur, entre autres à travers la connaissance qui transparaît (si elle est juste, à moins qu'elle ne soit romancée ?) de l'histoire des grottes et des traces des hommes du fond des âges remontées jusqu'à nous, et aussi l'histoire de la licorne à travers les siècles, via ce qu'en ont écrit, peint les hommes... Une sorte de monstre du Loch Ness ? Evidemment, ça fascine... Et même si l'écriture, elle aussi, est emplie de références culturelles, mais, justement, que je n'ai moi, pas réussi à relier à l'histoire et m'ont laissée 'en dehors'.

Donc, j'aurais fait des coupes franches dans ce livre pour finalement ne garder que les passages des 15 août à la recherche de la licorne aperçue une fois sur le plateau de la Unarde ; ainsi que toute cette histoire autour de la grotte découverte par l'un des personnages ; mais certains personnages saoulent, vraiment, et j'ai trouvé le récit pollué par un tas de fatras dont, personnellement, je me serais bien passée...

Pourtant, il y avait quelque chose de prometteur, je trouve : autour de cet Antoine Nadal, son sabre japonais qu'il transforme en obsession, et de la licorne, dont évidemment on aime assez les descriptions puisqu'elle nous la fait passer dans un 'champ' plausible, donc... Mais j'avoue ne pas avoir compris grand chose à l'aspect économique du personnage (oui, on comprend que c'est une grande puissance du monde, qui d'ailleurs à la fin du roman veut la diversification de son champ d'activité, mais... dans quel domaine ?) ; je ne peux évidemment occulter le sens symbolique de l'histoire, de l'idée... faut-il croire en ses rêves ? Jusqu'où croire en ses rêves ? L'illusion est parfois plus chère à nos yeux que tout ce qu'il y a de réel ? Admettons, je précise que c'en serait une parabole, mais que ce qui se dégage de ce récit, n'est pas assez cela, justement, je trouve...

Cet auteur, que je ne connaissais pas, a par ailleurs énormément et plutôt écrit sur la déportation dans les années 1960-1970.

Nadal, l'homme à la licorne, Christian Bernadac, éd. Michel Lafon, 1996.

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La vie est facile, ne t'inquiète pas

4 Juillet 2015, 21:23pm

Publié par LaSourisJOne

La vie est facile, ne t'inquiète pas

Décidément, ce que j'aime le moins avec cette auteure, ce sont ses titres. Que je trouve vraiment peu apropriés. Celui-là, encore...

Alors j'ai pris l'histoire en cours, puisque ce troisième livre d'Agnès Martin-Lugand est la suite du premier, 'Les Gens heureux lisent et boivent du café'. Après avoir compris ce qu'étaient 'Les Gens', le nom du café littéraire créé par l'héroïne, vraisemblablement avec son mari de l'époque Colin, et sa fille, décédés dans un accident de voiture, on entre bien dans l'histoire. Qui se fait un peu fleuve, un peu trainante, pour nous emmener exactement là où sait assez vite qu'elle va nous emmener. Et même si l'expression 'river les yeux dans ceux de' finit par profondément nous agacer à force d'être utilisée trop de fois, eh bien, on accroche quand même. Bon. Les personnages ne sont pas très fouillés, un peu basiques ; peu importe, l'histoire prend quand même. Donc, Diane se reconstruit, dans et avec son café, et son meilleur ami Félix. Et puis elle rencontre Olivier, qui tombe amoureux d'elle, et elle se dit qu'elle aussi. Renaissance amoureuse, sentimentale, après ce traumatisme de la perte et du deuil de son mari et de sa fille. Mais l'Irlande, où elle semble qu'elle soit allée pour se retrouver un an auparavant, après la perte de mari et fille ; un homme, Edward, dont on comprend que leur histoire a été passionnelle. On sait d'emblée qu'en se revoyant d'abord par hasard, l'histoire va nous mener là. Bon. Plaisir de voir la lutte contre soi (euh, pas longue), et la reconnaissance de l'inclinaison qui nous fait basculer dans une autre vie. Plaisir de ces liens qui comptent, de la chaleur qu'ils procurent, et qui passent à la lecture. Plaisir de la lecture, malgré tout.

Merci à Samuel de m'avoir permis de lire ce livre.

La vie est facile, ne t'inquiète pas, Agnès Martin-Lugand, éd. Michel Lafon, avril 2015.

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L'élixir d'amour

30 Juin 2015, 17:49pm

Publié par LaSourisJOne

L'élixir d'amour

Un roman pas trop long, qui parle d'amour, et sous la forme d'une correspondance : allez, ça se tente. Ce livre a commencé par m'agacer, je dois l'avouer. Propos trop attendus, personnages trop stéréotypés, et un principe 'facile', l'échange de lettres, prétexte pour parler des relations hommes-femmes. D'autant qu'autant être clair : ces lettres, ou présentées comme telles, entre un homme à Paris, et une femme à Montréal, ne sont pas des lettres ! Je sais que je pinaille, mais on a du mal à imaginer ces courriers qui s'échangent par voies d'avion, et ne contenant parfois que quelques lignes... Ce sont plutôt des mails, qui ne se présentent pas comme tels. Premier élément bancal, donc, mais passons.

Puis, quand même, il faut avouer, heureusement, quelques 'rebondissements', quelques retournements de situations qui font retrouver un (léger) regain d'intérêt pour le livre : le séducteur, psy de surcroit, qui se la raconte sur les femmes et son rapport aux femmes finit par tomber dans le piège de l'amour ; et finalement, on découvre que l'écriveuse, l'interlocutrice (ils ont vécu une passion de plusieurs années ensemble avant de se séparer) a tout fomenté pour qu'ils se retrouvent. Bon, c'est assez peu crédible, mais ça fait sourire, un peu.

Je pense toutefois que j'oublierai assez vite ce roman d'Eric-Emmanuel Schmitt...

Médiathèque de Saint-Malo.

L'élixir d'amour, Eric-Emmanuel Shcmitt, éd. Albin Michel, Avril 2014.

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Entre mes mains le bonheur se faufile :))

27 Juin 2015, 08:31am

Publié par LaSourisJOne

Entre mes mains le bonheur se faufile :))

L'embellie est venue de ce livre, finalement, que j'avais dans ma bibliothèque depuis un certain temps sans avoir eu envie plus tôt de le lire. Finalement, ce que j'aime le moins dans celui-ci, c'est son titre : certes, le rapport avec le tissu qui passe dans la machine à coudre, mais je ne le trouve absolument pas en adéquation avec le propos ! Peu importe.

Voici un roman que j'ai dévoré ; il n'a pas été sans me rappeler par certains aspects 'Fourrure', d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre, même si tous deux sont très différents. Sans doute l'univers (du luxe), et aussi le mystère d'une femme distinguée crucifiée par sa terrible solitude ; il y a de cela dans le personnage de Marthe, cette femme puissante, adulée, propriétaire des Ateliers de couture où débarque l'héroïne. Cette Marthe est loin d'être le personnage principal, bien sûr, il reste donc en second plan, et il y aurait eu matière à le développer davantage, évidemment ; ce personnage trouble, qui se perd dans le besoin de possession, qui n'est décrit que par les autres, son majordome, et puis par les deux personnages principaux. Peu importe. C'est donc l'histoire d'une jeune femme, Iris, la trentaine ; mariée à un fieffé égoïste, un médecin, qui lui ment et la trompe, on le sent longtemps avant de le savoir. Et puis il y a ce deuil mal cicatrisé pour elle qui tente pourtant de vivre malgré tout une vie qui ne lui convient que moyennement, mais qu'elle accepte, parce qu'elle pense que c'est la vie. Ce deuil d'une carrière de couturière, qu'elle n'a pas pu faire, pensant avoir été recalée à une école de couture ; on apprend alors en même temps qu'elle, en plein dîner de famille, qu'en réalité ses parents, bourgeois, voulant la modeler à leur image, bien peu compréhensifs du bonheur de leur enfant finalement, ne lui ont jamais dit, qu'en réalité elle avait été retenue à cette école. Le drame, si longtemps après, et qu'on comprend. Malheureuse dans son métier (elle travaille dans une banque), elle retente, et est reçue. Il faut aller à Paris pour six mois. Sous la coupe de son mari, cela est particulièrement bien décrit : le drame 'individuel' des femmes qui se sacrifient au nom des convenances, de ce qui se fait, pour un supposé bonheur familial, de couple, alors qu'en réalité il s'agit du confort de l'homme... Tant, tant de situations comme celles-là, encore, toujours et même aujourd'hui... Mais bref, jamais de bourreaux sans victimes. Bref : elle, Iris, bien qu'en douceur secoue son joug, et finit par raffler le deal d'aller vivre ces six mois. Six mois qui vont changer sa vie évidemment. Entre Marthe, le 'mentor', celle qui la modèle à son image, son talent révélé, ses doigts de fée, l'univers luxueux qu'elle découvre, et ce magnifique Raphaël, séducteur, sous l'emprise de Marthe, également. Un jeu mortel va se jouer entre ces trois-là, sans que ce soit jamais pesant ; entière jusqu'au bout, naïve mais pas idiote Iris ne va pas se trahir, et c'est ça qu'on aime : même si elle cède une fois, et rentre, brisant son rêve une nouvelle fois et sa carrière sous l'impulsion d'un mari soudain jaloux, elle découvre enfin son adultère, qui dure depuis un an ; alors elle refait ses valises et remonte là où sa vie, celle qui lui ressemble finalement, celle où il y a moins de confort, plus de risques, mais plus vraie, l'attend. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre !

Entre mes mains le bonheur se faufile, Agnès Martin-Lugand, éd. Michel Lafon. Juin 2014.

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Complètement cramé :)

14 Juin 2015, 21:08pm

Publié par LaSourisJOne

Complètement cramé :)

On n'a pas envie de chercher la petite bête avec ce livre-là, tant il est vrai qu'il donne du plaisir, et réchauffe. C'est l'opus 2 de Legardinier, après son succès de librairies et de blogueuses avec 'Demain j'arrête'. Je l'avais lu, j'avoue avoir préféré celui-ci, très réjouissant.

On ne mégottera donc pas sur le postulat de départ : ce type, ce Andrew Blake qui plusieurs années après la mot de sa femme, n'ayant toujours pas goût à la vie, chef d'entreprise, décide de changer de vie, de partir en France, et d'y devenir majordome. Postulat un peu bancal, pas forcément argumenté, mais peu importe. Il fallait ce manoir, ces personnages, et ce meilleur ami, resté en Angleterre... Donc, on prend ! Et on sourit, et on rit. Et on est bien avec ces personnages. Souvent solitaires, se débattant dans leur vie ; et qui, une fois qu'ils lachent prise, et parviennent à s'ouvrir aux autres, gagnent une vie belle ou douce. Ils sont touchants, donc, tous ces personnages ; Odile, la cuisinière, madame, la patronne pour qui il doit repasser les journaux, et Manon la feune fille que son chéri abandonne quand elle annonce qu'elle est enceinte, et le régisseur, Philippe, sa ciboulette écrasée, son chien Youpla et le jeune Yanis. Alors oui, ce personnage principal fait un peu bon samaritain, mais c'est pas grave, on prend, parce que c'est que du bonheur. Le jeune gamin découragé par les études à qui on va remettre le pied à l'étrier comme si c'était Noël, parce que les deux amis lui promettent, après un pari, qu'il pourra offrir la télé de ses rêves à sa mère... Le don, le partage, la générosité, à la louche certes, mais c'est pas grave, on rit ; et puis aussi, faire, dire, tant qu'il est encore temps, sans attendre, parce qu'un jour il est trop tard. :) Ca me va. :)

Ah : merci Cynthia qui m'a mis un couteau sous la gorge pour que j'emprunte ce livre, elle a bien fait :)))

Médiathèque de Pleurtuit.

. Complètement cramé, Gilles Legardinier, Fleuve Noir, oct 2012 ; Pocket, 2014.

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Hôtel Iris

4 Juin 2015, 22:41pm

Publié par LaSourisJOne

Hôtel Iris

Je ne suis pas mécontente de quitter cet univers. J'avais lu, et aimé, La petite pièce hexagonale, de cette même auteure japonaise écrit deux ans avant cet 'Hôtel Iris'. Les prémisses étaient contenus dans ce petit livre, mais la lisière n'était pas franchie. Ou en tout cas, la bienveillance de cette petite pièce cachait... Mais cachait quoi ? Ici, on n'est pas loin de tout ce qui peut servir à la psychanalyse... Comment parler d'une histoire qui a tout pour révolter, tout pour choquer, mais que l'héroïne ne vit pas comme cela ? Très jeune, sans doute 16 ans, elle travaille à l'hôtel avec sa mère, propriétaire de l'Hôtel Iris. Une mère rude, complexe, ambivalente, comme souvent ce qui sourd chez Yoko Ogawa. L'ambivalence. Ce qui pourrait être bon, mais ne l'est pas. On est dans une réalité glissante, peu commune... A la limite de la souffrance absolue, mais qui bascule sans cesse dans une autre dimension, parce que l'histoire n'est pas transformée, n'est pas bonifiée, ni passée au crible du regard critique du personnage qui la vit. Mari, un jour, entend une phrase et assiste à une scène forte entre un client et une cliente, sans doute une prostituée, au sortir d'une chambre d'hôtel. Elle intériorise cette phrase, elle en garde une espèce d'admiration, alors même que la phrase a tout pour être rejetée. Alors elle va revoir cet homme, appelé 'Le traducteur', marqué aussi par son ambivalence... Doux et cruel. D'une cruauté sans nom, allant jusqu'à l'humiliation. Cette jeune fille qui a grandi sans père va accepter, et aimer tout ce qu'il va lui faire subir, des horreurs, si on est tout à fait honnête, les pires horreurs. Mais elle n'a pas le pouvoir du recul, de la distance... Entourée d'une mère qui l'utilise plus qu'elle ne l'aime, d'une femme de ménage qui lui vole ses objets elle va se repaître de cette relation avec cet homme, étrange, sur son île, qui ne se nourrit que d'aliments liquides. Ici, la mort guette, jamais loin, comme quelque chose qui se tend jusqu'à son paroxisme et l'atteint parfois. Et il y a ce neveu étrange, qui n'a plus de langue, et qui parle en écrivant de petits mots de papier pendus à son cou à un pendentif. Atmosphère au bord de la tension, de l'étrange, du malaise, sans que jamais cela ne soit présenté comme tel.

Déroutant, bien sûr... Mais on est contents de refermer la dernière page et de laisser derrière soi cet univers tendu, ambivalant...

Médiathèque de Saint-Malo.

Hôtel Iris, Yoko Ogawa, éd. Actes Sud. 1996 ; 2000 pour l'édition française.

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Notre petite vie cernée de rêves :)

7 Mai 2015, 13:17pm

Publié par LaSourisJOne

Notre petite vie cernée de rêves :)

J'ai dû emprunter ce livre pour son titre que j'ai adoré, et sa couverture. Pas de regrêt. On est plongé dans la vie du jeune Albert Scully, 17 ans, qui entreprend de nous raconter son histoire. Non sans humour, et sensibilité. C'est un Albert différent des autres, et dieu sait que la différence, adolescent, n'est pas facile à vivre. Alors voila, lui, bien que très intelligent, il est nul à l'école, solitaire, et ne s'intéresse qu'à des sujets 'qui ne sont pas dans le manuel' : il aime jardiner, il aime la Nouvelle Zélande, Shakespeare et les remorqueurs.

Il vit au sein d'un couple qui subit son existence d'adulte : elle, jusqu'à la caricature vivant par procuration gavée de séries américaines à l'eau de rose, emplie de clichés, mais touchante, lui, l'assureur raté, qui passe son temps et éreinte sa vie à trimer pour acheter des robots-ménagers à n'en plus finir à madame... Et qui boit, sans doute pour oublier tout ça.

Ca se passe probablement dans les années 60 ou quelque chose comme ça...

Un jour, le jeune homme fait la connaissance de sa voisine, une vieille femme de 80 ans qui brûle ses déchets dans son jardin, vit comme une clocharde, et qu'il commence par juger 'foldingue', avant de tomber sous le charme d'une véritable rencontre. Lui aura-t-elle menti sur elle ? Est-ce l'important ? Ou ce qui compte n'est-il pas qu'il ait pu grandir, changer, s'accepter, aimer la vie grâce à la rencontre de l'autre et l'échange ?

C'est un joli livre, plutôt aérien, pas plombé, pas dans le pathos. Un livre sur la différence, bien sûr, mais aussi sur l'amour au sens large, le partage, les rencontres humaines qui changent une vie, et évidemment sur les concessions qu'on doit faire ou pas, pour être bien avec soi et dans sa peau.

Médiathèque de Saint-Malo.

Notre petite vie cernée de rêves, Barbara Wersba, éd. Thierry Magnier, 2008.

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