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Le blog de la souris jaune

Articles avec #roman

Trajet d'une amoureuse éconduite

28 Avril 2016, 21:29pm

Publié par LaSourisJOne

Trajet d'une amoureuse éconduite

J'ai emprunté ce livre pour son titre, son format, ses illustrations (des photographies de lieux sans humains en règle générale) et le fait qu'il était court. J'aurais aimé rester vierge des identités des deux personnages jusqu'à au moins l'écriture de ce billet, seulement, j'ai su malencontreusement trop tôt. Mais je vais tacher d'écrire mon billet comme si je ne savais rien, et de prendre ce livre juste pour ce qu'il est indépendamment de ses protagonistes. (Ca vous intrigue, là, non ?).

C'est l'histoire d'une rencontre amoureuse, d'un coup de foudre sans doute, du début jusqu'à sa fin contrainte. Ou jusqu'à la prise de conscience nécessaire, indispensable, douloureuse, que l'histoire ne mènera à rien d'autre que de la souffrance. Elle est racontée avec le 'je' pour la narratrice, le 'vous' pour l'homme qui la fait succomber. Ca donne de la théâtralité à l'histoire, sans doute une mise à distance nécessaire pour la narratrice. D'autant que lorsque les deux protagonistes basculent dans le tutoiement, et qu'on est presque dans le présent, le 'vous' peut surprendre ; en même temps, c'est le choix narratif, et pourquoi pas.

Sans doute ce procédé renforce l'universalité de l'histoire, et c'est sans doute ce qui la rend attachante. Elle raconte sans excès de psychologisation les étapes de l'histoire, les attentes de la jeune femme, ses déceptions, et aussi (ce qui nous ramène tous sans doute à une histoire vécue !) le processus d'attachement, pour des raisons inexpliquées, à un type qui se fout de nous, ou dont la sincérité est très relative, et circonstanciée. Douloureux chemin entre attentes, désillusions, volontés de s'accrocher encore, dépendance aux appels, au téléphone, la façon de gérer cette dépendance, le rapport au téléphone objet de torture : il est ma foi sidérant de voir qu'on peut tous tomber dans ce piège... Pourquoi ? Fragilité ? Volonté d'aimer à tout prix ? Idéalisation du compagnon ? Manque de maturité ?

Les photos sont assez laides, elles sont 'brutes' et sans poésie, sans fioritures, là aussi sans doute à dessein pour créer le décalage avec ce que l'on vit, et la réalité, qui n'a pas changée, les lieux sont là, et peuvent être sordides, ils sont sublimés par notre aveuglement pour l'autre...

Médiathèque de Saint-Malo.

. Trajet d'une amoureuse éconduite, Anne Brochet, éd. du Seuil, 2005.

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Moi j'attends de voir passer un pingouin

24 Avril 2016, 18:43pm

Publié par LaSourisJOne

Moi j'attends de voir passer un pingouin

Roman.

Que dire de ce petit roman-là ? Il se lit sans doute plutôt bien, sans difficulté ; certains passages sont drôles ; cependant, je l'ai trouvé trop décousu, comme un patchwork où l'écrivain apparaîtrait trop et son propos pas assez. Ou plutôt, son alibi, la raison qui l'aurait poussé à écrire ce livre, autre que le fait d'écrire... Alors je suis restée sur ma faim.

L'auteur/la narratrice se met donc en scène en train d'écrire ; en tout cas, le personnage principal est un écrivain, qui écrit, laborieusement. Alors on la voit avec son fils Nestor (qui à priori, ou alors j'ai mal compris, n'a que 8 ans, mais des raisonnements dignes de quelqu'un qui a au moins 25 ans !), et sa concierge, Céleste. Concierge et femme de ménage (c'est elle qui se revendique concierge). J'ai aimé le passage où la narratrice va faire une conférence (elle s'interroge sur l'utilité de sa conférence) dans un lieu restreint, sur Rosa Luxembourg. Parce qu'elle admire Rosa Luxembourg, et ça, la mise en scène de cela m'a plu. Surtout que la seule avec qui elle aura un échange sur cela, ce sera sa concierge, et l'on voit dans cet échange que la conférence n'aura pas été vaine, puisqu'elle a profité à au moins une personne ! Et puis il y a les réflexions et les conversations avec son fils sur les animaux domestiques, notamment le rat, là, j'ai trouvé savoureux : quand le fils rentre avec un rat, que la mère est horrifiée - pour l'hygiène !- mais qu'elle essaie de faire bonne figure tout en essayant de comprendre d'où vient ce rat, et ce qu'elle découvre est à mourir de rire ! Donc, des passages savoureux, quand même... Mais je suis un peu passée à côté de la réflexion sur la révolte contre l'idiotie, ça j'avoue que je ne l'ai pas vraiment vu... Et donc tout cela manquait de 'destination', à mon goût, de liant, de tenue... Quant au pingouin, eh bien, il est en filigrane, puisque l'adage dit que voir une pie porte malheur, en voir deux bonheur, mais elle est attend de voir un pingouin... Espoir ? Force de l'imagination, revendication de l'imagination ? Sans doute, mais pas assez marquée, ou alors le propos n'était pas assez 'filé', à mon goût, donc, goût d'incomplétude, pour moi...

Médiathèque de Saint-Malo.

Moi, j'attends de voir passer un pingouin, Geneviève Brisac, Alma éditeur, Paris, 2012.

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Désolée, je suis attendue :)

17 Avril 2016, 21:33pm

Publié par LaSourisJOne

Désolée, je suis attendue :)

Roman.

Lancée dans un roman extrêmement dense de 963 pages (oui, oui, tu as raison Delphine, presque mille...), je dois dire que faire une pause avec un roman d'Agnès Martin-Lugand sorti jeudi dernier était bienvenu. Comme un trou normand, en quelque sorte ! Un mets léger en plein milieu d'un repas copieux et très dense !!

Donc, je l'ai lu d'une traite, comme ses précédents, et celui-là fonctionne encore. Je ne sais pas si on peut parler de 'chick litt', ça n'en a pas toutes les caractéristiques, c'est plus 'fouillé' quand même, en tout cas ça doit être une lecture 'féminine' (si la lecture peut avoir un genre, mais il semble que oui, pour celles-là)...

Alors : c'est l'histoire de Yael. Qu'on rencontre à travers quelques épisodes de sa vie étudiantine (un peu caricaturaux), mais on passe vite à autre chose. On retrouve la demoiselle 10 ans plus tard, devenue 'work addict', qui ne vit que par le travail. D'abord le travail en tant que 'compensation', ce qu'on comprendra petit à petit... En tout cas, cette Yael a une bande d'amis de ses années étudiantes, moins, un, le fameux Marc, pour lequel on voit un attachement qu'elle ne s'avoue que bien tard... En cela c'est pas mal fait, ce déni. Donc, cette Yael délaisse petit à petit ses amis pour se noyer petit à petit de plus en plus dans le travail et adopter une vie 'chirurgicale' au service de la perfomance, et là aussi c'est plutôt bien fichu, ce qu'elle coupe, ce qui disparaît de sa vie, de sa personnalité happée qu'elle est par son boulot, puis par son ambition. Le beau Marc, nonchalant et à la vie diamétralement opposée de la sienne va recroiser son chemin, et tout va chanceler, mais pas aussi simplement que ça...

Et dans la fin du livre, on recroisera avec plaisir quelqu'un... mais je n'en dis pas plus, car j'ai eu moi-même trop de plaisir de la surprise pour la déflorer ici.

Elle agace, elle émeut, elle touche, c'est une Yael bien vivante qu'on suit ici, et j'avoue que je me suis bien laissée entrainer ; quelques passages un peu longs, mais si peu... Alors j'ai goûté, et je ne regrette pas ce 'trou normand' pas normand, malouin (l'auteure est malouine).

Le premier que j'avais lu d'elle était son troisième, suite du premier, La vie est facile, ne t'inquiète pas.

. Désolée, je suis attendue, Agnès Martin-Lugand, éd. Michel Lafon, avril 2016.

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Le grand marin :)

3 Avril 2016, 11:00am

Publié par LaSourisJOne

Le grand marin :)

Roman.

J'avais beaucoup entendu parler de ce roman, de ce premier roman de cette femme Catherine Poulain, Le Grand marin ; j'ai fini par avoir envie de le lire et d'entrer dans son histoire de mer au bout de la terre.

Incontestablement, il y a une certaine force, un style, une écriture. Une atmosphère.

C'est l'histoire de Lili, dont on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'elle quitte sa bourgade de Manosque-les-Couteaux pour aller pêcher la morue en Alaska. Son départ ressemble à une fuite, ça on le comprend très vite entre les lignes, derrière les mots, une fuite pour oublier. Ou pour s'oublier. Ce petit bout de femme qui rêve de s'abîmer dans un milieu d'homme, il y a quelque chose de l'expiation, d'une volonté de se faire payer, d'une volonté de se faire mal pour remplacer un mal plus violent ; c'est l'impression que ça m'a donné.

En tout cas, bienvenue dans un monde où les marins sont des hommes qui braillent ou parlent peu, boivent. Mais pour être juste avec son tableau, elle nous donne en effet le versant 'intérieur' (très très loin de la psychologie) de ce profil, étant donné qu'elle est comme eux. Et qu'elle veut être comme eux. On dirait qu'elle veut punir sa condition de femme. Evidemment la question que je me suis posée tout au long du livre c'est, si c'est à cause de ce traumatisme de Manosque-les-Couteaux, ou si c'est la nature du personnage qui ne s'estime guère, c'est peu de le dire. Dans le livre, attention à ne pas le sauter, quelques bribes de réponses, ou ce qu'on peut voir comme tel, par le biais d'un paragraphe.

Elle semble vouloir à tout prix se prouver qu'elle peut faire aussi bien que les hommes en la matière : avec son petit corps fluet, mais ses grandes mains de marin, on est avec elle dans la cale, au corps à corps avec les poissons qu'elle éviscère, quand elle mange les coeurs encore chauds des poissons crus, dans la houle, les lois de la mer et des hommes de la mer.

Et puis dans les bars. Très souvent dans les bars. Avec ce bout de femme qui lutte durement contre sa fragilité de femme, naïve, innocente souvent, mais dont on sent une détermination hors du commun.

Tous ces hommes qui rôdent surtout dans la deuxième partie autour d'elle, des hommes paumés, épris d'un extrême noir, comme des mouches autour d'une charogne, c'est encore comme une part d'elle même qu'on sent en tension avec un danger imminent encore ; et puis il y a le Grand marin, dont elle semble tomber amoureuse, sans pour autant être prête à concéder sa liberté.

La finitude de ces personnages, ce rapport au monde 'brut', cette façon de se positionner dans la souffrance, dans la dureté, leur côté désabusé, le monceau d'écorchure qu'ils trainent dans la vie m'a fait penser aux personnages d'Olivier Adam, je l'avoue.

Mais j'ai mangé des embrums, j'ai baigné sur le pont, dans la cale, avec les poissons qu'on éviscère. J'y serais restée un tout petit peu moins longtemps que les 400 pages, j'avoue que j'ai peiné sur les 100 dernières, toutefois, il y a évidemment quelque chose de fort dans ce texte qu'il est difficile d'égratigner.

. Le grand marin, Catherine Poulain, éd. de l'Olivier. Février 2016.

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Did I mention I love you ? :)

22 Mars 2016, 13:57pm

Publié par LaSourisJOne

Did I mention I love you ? :)

Ce qui est bien, avec la lecture, c'est que les livres se suivent et ne ressemblent pas. Elle vous embarque d'une contrée à l'autre, d'un voyage d'une fiction à l'autre sans aucun rapport et sans aucune transition. Alors là, j'étais servie. De l'Afghanistan rude, poétique et rugueux de ma dernière lecture, je suis passée à l'Amérique et son état le plus clinquant, la Californie. Et j'ai adoré.

Pourtant, il y avait de quoi se méfier. La couverture, évidemment. Le titre. Même pas traduit en français. La mention 'La série phénomène'. Mais justement, j'ai eu envie de voir. Et puis emprunté au rayon nouveautés, adultes (je précise, parce qu'on aurait pu l'imaginer au rayon ado ?) d'une médiathèque, autant dire que le risque était mineur.

Et en fait, je me suis coulé dans l'histoire sans réticences. Sans doute parce qu'à l'issue du premier paragraphe qui ramasse les clichés, l'auteur y fait un pied de nez, ou plutôt les retourne, en affirmant elle-même que ce sont des clichés. Bon. Tiens, tiens...

Evidemment, c'est le type d'histoire classique qu'on pourrait avoir vu, ou lu mille fois. Pourtant, j'ai plongé, et je n'ai pas lâché ces 400 pages d'un premier tome semble t-il, avant de l'avoir fini. Et j'ai aimé ! Donc, c'est une jeune fille, Eden, 16 ans, qui finalement a la tête sur les épaules. Qui n'est ni cruche, ni délurée. C'est sans doute ce qui la rend attachante. Parce qu'elle est assez vraie, authentique, et qu'elle n'est pas clichée, justement. Bref. Elle vit avec sa mère dans l'Oregon, et elle est amenée à aller passer son été en Californie, où son crétin de père (euh c'est elle qui le pense) a refait sa vie, après les avoir quittées toutes les deux. Pas beaucoup de recul sur cette partie de l'histoire, mais il est vrai que dans ce tome-là, ce n'est pas l'essentiel. Et ai-je précisé que le livre avait été écrit par une jeune femme de 17 ans elle-même, justement ? Assez incroyable, quand même. En tout cas, elle débarque dans une famille recomposée, avec trois frangins. Enfin, les trois fils de la nouvelle compagne de son père. L'histoire repose sur le fait que ceux-là sont demi-frères et demi-soeurs, or, techniquement, il n'en est rien quand même ! Je dis ça comme ça, et vous le comprendrez si vous lisez le livre.

Bref. L'ainé des trois fils est évidemment un fieffé connard, mais aussi un très beau brun aux yeux verts emeraude. Et surtout, elle qui ne reste pas à la surface des choses, est assez pragmatique finalement aussi, elle cherche à comprendre son histoire, et ses difficultés. Et évidemment...

La bande de copines, les fêtes et sa façon de les vivre sont plutôt attachantes. Ca m'a beaucoup plu. Et j'avoue que je vais attendre le tome 2 avec impatience (même si je suis en général déçue par les tomes 2 !).

Médiathèque de Saint-Malo.

DIMILY (Did I mention I love you ?), Estelle Maskame, éd. PKJ, janvier 2016.

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Bon rétablissement

13 Mars 2016, 00:38am

Publié par LaSourisJOne

Bon rétablissement

Ce ne sera pas encore ce livre-là qui me grisera. Au moins, celui-ci, je l'ai fini.

Au début ça m'a plu, enfin, relativement, me sachant assez peu fan des livres de Marie-Sabine Roger, de son écriture, de ses histoires. Et puis il m'a ennuyée. Et puis il m'a agacée, et également déprimée. Tiens, on peut pas finalement dire que c'est très positif, tout ça ! Il y a donc ce type, revenu de tout, cynique, mais dont les avis, qui se veulent exprimés grâce à des jeux de mots et de langue, sont d'une bofitude souvent agaçante.

Ah, quand même, l'histoire : un type, d'une cinquantaine d'années, est repêché un jour à 5h du matin et arrive dans le coma à l'hôpital. On ne sait pas vraiment ce qui s'est passé, lui-même a oublié (mais en fait on s'en fout assez rapidement) ; dans la chambre de ce type qui n'aime pas les autres, ou plutôt qui ne sait plus qu'il a aimé un jour les autres, un certain nombre de personnes va défiler. Lui, réveillé mais cloué au lit, va subir ces passages. Une jeune ado de 14 ans pot de colle qui squatte son ordi, son sauveur, le flic, les médecins, sa famille... C'est agaçant, parce que c'est presque dégoulinant de 'je vous apprends la vie', : ah, je découvre que les jeunes filles peuvent accoucher à 14 ans, ah, je découvre que les étudiants peuvent se prostituer pour payer leurs études...

Le personnage qui replonge dans son passé à intervalles réguliers, entre les passages et les venues de ses visiteurs, c'est chiant à mourir (peut-être parce que c'est du survol ?) et ça n'apporte pas grand chose, bref...

Ca se veut positif, mais le type qui fait le bilan de sa vie et qui fait le constat que le temps file et qu'on n'aura pas de deuxième chance, j'ai trouvé ça franchement pas bien optimiste. C'est pas parce qu'on met des gens ensemble, et qu'ils se découvrent humains grâce à leurs échances que ça en fait un livre positif pour autant...

Médiathèque de Saint-Malo.

Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger, éd. du Rouergue, 2012.

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Lettre à la république des aubergines :)

7 Mars 2016, 22:00pm

Publié par LaSourisJOne

Lettre à la république des aubergines :)

L'auteur est né à Bagdad ; libéré de deux ans de prison pour raisons politiques, il est parvenu à fuir son pays en 1996. Il vit en Allemagne aujourd'hui. La biographie de cet auteur a d'incontestables résonnances avec son court roman, léger et grave tout à la fois : plusieurs chapitres nous donnent des voix, à lire, à commencer par celle de Salim, un jeune étudiant emprisonné puis libéré sur l'intervention de sa famille qui n'a d'autre choix que de s'exiler en Jordanie. Pendant deux ans, il pense à sa femme, restée là-bas, et veut lui écrire une lettre. Mais il craint pour sa vie. Alors on va suivre les rouages complexes, souterrains, clandestins, d'acheminement d'une lettre d'amour. En entendant plusieurs voix, dont des chauffeurs de taxi, des proches du gouvernement... Sans affects, tachant de vivre dans des situations prédestinées par la force d'un régime. La voix, la dernière voix et seule féminine, la femme de celui qui veille à la sûreté traquant les lettres est intéressante : on y voit la condition de la femme, tellement écrasée par plus fort qu'elle, qu'il vaut mieux souvent se taire, ne pas savoir pour continuer à avoir une vie à peu près dorée si tant est que ce soit le cas. Pourtant, elle va entrer dans le bureau de son mari (défendu), trouver cette lettre et chercher à voir, à savoir, peut-être à sauver cette femme...

Pourquoi Lettre à la république des aubergines ? On apprend dans le roman que la république des aubergines' est une façon d'appeler l'Irak, parce que les guerres ont fait qu'il reste tellement peu à manger qu'il ne reste que des aubergines, que les Irakiennes déclinent sous différentes façons pour varier les plats...

Le roman finit par un extrait de la lettre que le jeune homme cherche à envoyer à sa femme : "La légitimité de notre histoire réside sûrement dans le fait qu'elle n'est ni légitime, ni illégitime. Elle n'est qu'une histoire mésopotamienne". Ca résume sûrement beaucoup : dans ces contrées, la part de choix est tellement inexistante... Il faut tacher de se frayer un chemin qui épargne, c'est tout. Penser à cela est évidemment troublant, on n'est pas tous égaux, évidemment, en fonction de l'endroit où l'on naît...

Médiathèque de Saint-Malo.

Lettre à la république des aubergines, Abbas Khider, éd. Piranha, 2016, pour la traduction française.

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La vie quand elle était à nous :)))

15 Février 2016, 12:39pm

Publié par LaSourisJOne

La vie quand elle était à nous :)))

Roman.

Encore une auteure espagnole que je découvre, et qui m'a procuré un vif plaisir de lecture. On est à Madrid, dans les années 40. Une femme de 51 ans, vivant seule, suit un jour un homme transportant un paquet de livres et découvre une librairie planquée dans une ruelle... Le libraire, Matias, a décidé de mettre en vitrine un livre qu'il a trouvé et aimé, ouvert, et l'offre à la lecture aux passants, décidant que le premier qui le lirait en entier se le verrait offert... Une idée séduisante, mais qui ne marche pas du tout. Il faut replacer ça dans un contexte difficile, où l'argent manque, la culture compliquée à porter, les éditions d'ouvrages compliqués... On vit la rage et la résistance de ce couple de libraires face à un régime. Ce couple est beau, attachant ; et surtout cette femme de 51 ans va se mettre à lire le livre de la vitrine, 'La femme aux cheveux de lin', avec Lola, la libraire. Naît leur complicité, fait tout à la fois de retenue, de partage, de compréhension... Et l'on se passionne autant pour les deux histoires qu'on lit simultanément : celle du livre lu par les deux femmes, et la vie du couple de libraires et de la femme de 51 ans... Nimbe ce texte une atmosphère charmante, très réussie, merveilleusement désuète, que l'on soit en Angleterre, en Normandie, à Paris ou à Madrid. J'ai adoré le mélange de ces récits... dont je suis bien obligée de vous cacher l'essentiel !

Il y a de superbes personnages dans ce livre, auxquels on s'attache vraiment.

Il y est question d'amour, bien sûr aussi, d'amour en miroir, belles mises en abymes habiles, très fines : l'histoire de Rose Tomlin, la femme aux cheveux de lin, son amour, la perte de son amour et... la prise de conscience pour les jeunes Lola et Matias, au moment où leur histoire aurait pu chanceler, de l'importance et du prix de cette histoire. Comment pourrais-je vivre après, sans lui, si je le perdais ? C'est merveilleusement illustré et on le ressent au coeur via l'histoire de Rose Tomlin... Histoires d'amour et remariages, aussi, ou plutôt nouvelle union après un premier mariage, à une époque où cela ne se faisait pas, comment vit-on avec...

C'est aussi une histoire qui parle de ses racines, de leur prolongement, sur la durée, et de l'attachement.

C'est un très beau roman.

Médiathèque de Saint-Malo.

La vie quand elle était à nous, Marian Izaguirre. Publié en 2013 en Espagne ; éd. Albin Michel en 2015.

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La confession de la lionne

9 Février 2016, 11:48am

Publié par LaSourisJOne

La confession de la lionne

Que dire de ce livre-là... Qu'il ne m'a pas emportée. Que peut-être, ce n'est pas de la faute du livre. Je sais que je l'ai emprunté pour la couverture, cette lionne altière et ce titre. Il m'a donné envie d'entrer dans un changement de peau, dans un ailleurs, un autre monde.

Et finalement, le voyage ne s'est pas opéré. Je suis restée moi, et j'ai eu beaucoup de mal à m'émouvoir de ce que je lisais. Est-ce la narration qui n'a pas pu me prendre, et pourquoi ? Etais-je trop loin de ces pratiques, croyances, rituels qui façonnent irrémédiablement les êtres, au Mozambique ? Je n'ai rien ressenti, en tout cas, et je le regrette.

Car c'est le destin des femmes, là-bas, qui nous est donné à voir, dans les villages de brousse retirés de tout. Des femmes fantôme, à qui les hommes, les usages, et du coup la transmission, les filiations ont retiré toute existence. Parce qu'elles sont des femmes à la merci des hommes, dont le destin appartient aux hommes, et aussi tout autant aux sorciers, et aux croyances les plus folles ; ainsi, elles sont à la merci des rites les plus aberrants, mais puisqu'il y a le poids du passé, des usages, le danger que représente la nature et les animaux sauvages, on s'y plie. Quitte à sacrifier un être, une femme.

Ici, la part de sauvagerie de l'homme, sa part de bestialité est au coeur du récit. Et puis il y a la part de mal faite aux femmes ; ce récit est un interstice entre la violence subie et la rébellion. Et nous avons deux récits qui se 'répondent', non, se mèlent ; celui du 'chasseur', qui n'a de chasseur que le nom : il est plus aux prises avec ses insomnies, ses maux, son manque d'amour ; il va partir au Mozambique, comme pour une dernière chasse, chasser le lion qui tue les humains. Et l'autre voix, celle de Mariamar, jeune femme dont on ne sait à peine, où dont on peut imaginer tour à tour plein de destins, si elle est vive, morte, sacrifiée, ou lionne. Tout à la fois, peut-être. Sa destinée est tragique, en tout cas, sans que personne ne s'en émeuve, et l'on découvre qui sont les véritables lions, là-bas : les hommes, les pères, qui boivent, frappent, et violent leurs filles. Quant aux lionnes (les femmes), elles subissent ou se défendent, sacrifient leur fille parce qu'elles même ont payé, ou alors, comme Mariamar, sacrifie toutes les femmes alentour, pour qu'enfin, la race s'éteigne et que les femmes cessent de souffrir.

La question de la mort et de la folie sont deux questions mélées dans ce livre également, et évidemment, sur la part sombre et qui nous dévore de l'humain, c'est très intéressant.

Médiathèque de Saint-Malo.

La confession de la lionne, Mia Couto, éd. Métailié. Janvier 2015. Traduit du portugais (Mozambique) par E. Monteiro Rodrigues.

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Lady Roxane :)

26 Janvier 2016, 22:03pm

Publié par LaSourisJOne

Lady Roxane :)

Roman.

C'est le dernier roman de l'Anglais Daniel Defoe (auteur de Robinson Crusoe), publié en 1724. Bond dans un autre temps, des siècles en arrière, et j'avoue que j'ai apprécié de me frotter à une autre langue, une autre époque, d'autres moeurs... Mentionné par un invité dans une émission de France Culture il y a peu de temps, j'avais noté la référence, et ai pu l'emprunter en édition 'La Pléiade', ce qui m'a évité de me rendre compte que c'était un pavé d'environ 400 pages. C'est raffraîchissant, malgré la narration relativement ampoulée, et les nombreux détails d'une histoire fleuve. Impossible cela dit, et c'est étonnant, d'en sauter quelques uns, le livre se lit comme un roman foisonnant dont il ne faut rater une ligne. C'est l'histoire d'une vie singulière, narrée par le personnage féminin principal, Lady Roxana. Tout est à replacer dans l'époque, et m'a paru intéressant : ce destin d'une femme qui choisit sa vie, avec grand pragmatisme, grand sens des affaires, après un mariage malheureux et choisit une grande partie de sa vie de ne pas transiger avec sa liberté. Aussi, il y a ce premier mariage qui la marque, parce que l'époux inconséquent la laisse avec plusieurs enfants sans le sou, et dans la misère. Pour sauver sa peau, et celle de ses enfants elle les quitte et les fait confier à une partie de sa famille plus fortunée, même si l'on verra que le rapport aux enfants, pour cette femme, ou pour cette époque, est tout autre, puisqu'ils arrivent sans que l'on puisse en maîtriser la venue, que la mortalité est sans doute élevée on imagine et l'on voit ici un attachement très très relatif. Reconstituant sa fortune, profitant de la vie et de son physique avantageux, ne rechignant pas aux honneurs et à être courtisée, sans toutefois jamais céder aux sentiments, elle mène ses affaires financières, assure ses placements financiers et associe son destin à des hommes dont elle pense ne rien avoir à craindre en matière de revers de fortune. Il y a aussi l'amie, la servante Amy, confidente, qui la sert presque jusque la fin ; finalement elle va tout de même, - et on lit là un véritable contrat bourré de garanties - épouser à nouveau un homme, après avoir juré qu'il n'en serait plus jamais le cas : le destin des femmes à cette époque est intéressant à contempler, celle que l'on surnomma Lady Roxane explique qu'une fois mariée, tout pouvoir appartient au mari, et il en est fini de son libre-arbitre. Elle se gardera de cela jusqu'à la fin. Mue par une peur d'y concéder plus forte que tout. Puis viennent les remords, quant aux enfants, les tractations qu'elle établit pour leur venir en aide sans ruiner sa réputation, car à l'époque aussi, grandement, et pour elle, il y a au coeur de tout, la préoccupation d'une réputation. Ces remords l'accompagnent, la minent, et finalement, la fin est quand même très étonnante (voire un peu courte ?) : cinq lignes, et elle qui roulait sur l'or et avait tout fait pour, essuie des revers de fortune - à nouveau, malgré ses précautions extrêmes - dont elle ne nous dit rien. Mais qui la plongent à nouveau dans la misère. Comme s'il y avait une "morale" ? Evidemment, il y a ici encore des excès dont on s'amuse parfois, qui peuvent être lourds, mais qui font partie du charme du récit : les flots de larmes, les défaillances en cas de bouleversements, les conversations très longues pour en arriver à convaincre un interlocuteur, mais tous ces excès restent charmants. Je ne dirais pas que c'est un grand livre dans sa forme et dans son écriture, redondant souvent, toutefois, je trouve le témoignage vraiment précieux quant à un destin féminin, qui en dit beaucoup sur lui et sur celui des autres, d'un autre temps, où la femme était si peu maître -normalement - de son destin.

Médiathèque de Saint-Malo.

Lady Roxane, Daniel Defoe, 1724.

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