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Le blog de la souris jaune

Articles avec #roman

Victor Hugo vient de mourir

8 Janvier 2016, 22:44pm

Publié par LaSourisJOne

Victor Hugo vient de mourir

L'idée de me plonger dans une fresque historique, ou au moins un roman autour d'un grand homme me plaisait bien. J'avoue que je n'ai pas été conquise. Fouillis, fatras, pas hiérarchisé... On apprend à la fin pourquoi l'auteure se lance dans ce récit, assez inégal, de la mort d'Hugo, hommage posthume à son père... Je crois que j'aurais bien aimé le savoir avant. Cela dit, ça finit sur une note pessimiste, sombre, sans ouverture, et je ne suis guère fan, je me dis : tout ça pour ça ! Nous livrer la mort d'un grand homme pour nous dire qu'il n'a laissé aucune trace, sans espoir d'ouverture !? J'ai été agacée par les 'rapports de police', les tractations autour de ses funérailles, cela ne m'a guère intéressée. Par contre, quelques idées auraient à mon sens mérité d'être creusées ; ah, ceux qui 'finissent', au Panthéon, honneur absolu, demeurent privés d'honneurs éternels, enfermés sans que personne, ni même les oiseaux puissent venir leur rendre hommage, pour le reste des jours, j'ai aimé cette idée ; j'ai regretté que les deux personnages des amis d'Hugo, sa garde rapprochée, Meurice et Lockroy ne soient pas plus développés, finalement, toute cette vie qu'ils construisent autour de ce grand homme, dans une fidélité absolue, je l'ai découvert, c'était intéressant à creuser, malheureusement, on reste un peu sur sa faim. Les rouages de la mise en place du cortège sont chiants, le cortège en lui-même quand enfin il arrive et qu'il est décrit l'est joliment, mais... finalement ce n'est pas le coeur du récit ! Dommage. En tout cas, je crois que cela m'a donné envie de (re)lire du Hugo et de comprendre en quoi il a pu marquer à ce point, plus qu'un autre, son époque.

Médiathèque de Saint-Malo.

Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon, éd. de l'Iconoclaste, 2015.

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Etta et Otto (Et Russel et James) :(

2 Janvier 2016, 11:02am

Publié par LaSourisJOne

Etta et Otto (Et Russel et James) :(

Bon alors. Ce roman-là m'avait drôlement donné envie. Une femme, sur la fin de sa vie, à 83 ans, décide qu'elle n'a jamais vu la mer et qu'elle veut la voir, qu'elle ira, à pied, pour cela jusqu'à elle. Elle part, un matin, subrepticement, sans prévenir son mari, Otto. On va suivre Etta dans son avancée, et Otto dans sa solitude, son attente ; une attente qu'il transforme avec courage en quelque chose de beau, j'avoue que j'ai adoré le voir aménager sa solitude ; petit à petit ; par les recettes de cuisine d'Etta qu'il va tenter de faire, on va trouver les traces de l'amour ou de la prévenance d'Etta pour Otto dans les recettes elles-mêmes, et puis il y a ces journaux qu'il achète en grand nombre parce qu'Etta (dont il ne peut qu'imaginer l'avancée) y est, photographiée par un curieux à son insu ; et ce qu'il va trouver pour habiter sa solitude pour utiliser tout ce papier : il va se mettre à sculpter, à confectionner tous ces animaux un peu partout, en papier maché. A l'image de ses artistes d'art brut, artistes sans le savoir, l'abbé Fouré, le facteur Cheval... Dans son avancée, Etta rencontre un coyotte, qu'elle appelle James, et qui va la suivre, et lui parler au long de son avancée. Mythe ou réel, déjà ? En tout cas, pourquoi pas. Ce livre m'a fait penser à tout un courant de littérature où la nature est chantre, personnage autant que les humains... Pourquoi pas... En tout cas, James ne m'a pas dérangée. Cela dit...

Les nombreux retour dans leur passé m'ont saoulée. La jeunesse d'Etta et d'Otto pendant la guerre 14-18, eh bien j'avoue que ça ne m'intéressait pas, je ne m'attendais pas à lire ça ici, et ça nous éloigne de l'épopée. Ah oui, si : on croit deviner avec cette narration quelque chose de profondément triste si tel est le cas : Etta a choisi Otto parce qu'ils se sont écrits pendant qu'il était à la guerre ; Russel aimait terriblement Etta, croyant mort Otto ils entreprennent une histoire, Otto revient et il semble qu'il s'installe dans la vie d'Etta. On a l'impression que c'est ainsi. Et en même temps, ce qui est frappant c'est l'absence de 'sentiments', dans le récit du passé ; il n'y en a pas, il n'y a que des faits, bruts.

Je crois que sans cette partie du passé le livre m'aurait beaucoup plus plu. Du coup, plus associé au fait que l'épopée s'effiloche sans qu'on comprenne bien comment (Otto se confond avec Etta, une journaliste sortie de nulle part en mal de vie concrète finit sa marche avec elle, James disparaît, on pense qu'il est mort, et puis il réapparaît...), c'est une tristesse insidieuse, une mélancolie diffuse que ce récit nous apporte. Pas de lumière, comme je l'avais imaginé, mais plus une fermeture. Finissent-ils en maison de retraite ? Les blouses qu'on voit sur la fin, sont-ce celles des maisons de retraite ? Ou l'auteur a t-elle finit par méler les deux temporalités (la blessure de guerre d'Otto, l'oreille, l'hôpital et l'hôpital pour Otto en fin de vie, et Etta au bout de son voyage) ? Je ne sais pas, et j'avoue que je n'ai pas vraiment envie de le savoir.

Si je suis contente d'avoir connu cette auteure, je suis avant tout contente d'avoir quitté son univers et son histoire.

Etta et Otto (Et Russel et James), Emma Hooper, traduit de l'anglais (Canada) par Carole Hanna, éd. Les Escales, octobre 2015.

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Toujours avec toi :))

26 Décembre 2015, 08:12am

Publié par LaSourisJOne

Toujours avec toi :))

C'est un roman qui se goutte lentement, qui distille petit à petit la flamme qu'il inspire. Si j'ai pu être sceptique au début, et par moments un peu plus tard, c'est sans doute par manque de patience et avec l'habitude des liens plus vite. Maudite impatience. Ici, on ne comprend que plus tard, en son temps, la réelle utilité de la démarche de la jeune femme, Inga, éprouvée par un deuil mal refermé, la mort de son mari deux ans auparavant. Et l'histoire se forme, emplie petit à petit par les récits désolidarisés, de la grand-mère, et d'Inga, donc, à travers ses recherches sur les traces de son passé. L'ensemble finit par former un édifice attachant, et à nous montrer à quel point comprendre, ou tout du moins savoir, ce que notre passé n'a pas apporté jusqu'à nous, est parfois précieux. L'histoire de cette grand-mère, Rakel, va donc nous être révélée via plusieurs sources: les souvenirs des rares personnes qu'Inga peut interroger, un oncle auquel elle est très attachée, une femme qu'elle rencontre suite à ses recherches, le mot de son père, et le don d'une bague, lui qui s'est réfugié, trop marqué par son passé justement, dans son mutisme et sa fin de vie. Avec une lettre comme point de départ, trouvée dans un carton dans la maison de famille où Inga est allée tenter de se ressourcer. Une lettre qui n'a pas été mise là par hasard, mais qui, pourtant, aurait pu ne jamais être trouvée...

Et puis il y a cette Léa, ce double blond pour Rackel qui sans doute donne son nom au roman, 'Toujours avec toi' ; une rencontre fortuite pour la jeune Rackel, mais qui marquera son existence. J'ai aimé l'ambivalance qu'on imagine autour de cette lettre qui nous tient en haleine une grande partie du récit, puisque, cette lettre écrite par Léa évoque une nuit qui a tout changé... Evidemment on imagine quelque chose qui n'est pas, et c'est encore plus fort.

Il y a un fond de guerre, indissociable de l'histoire de sa grand-mère, en 1916 ; la bataille de Jutland, en mer, elle aussi indissociable de son histoire et d'un drame, d'une tragédie qui marqua sa grand-mère. Les femmes sont des personnages qui vont de l'avant, des personnages forts, centraux, et les hommes gravitent autour de ces atomes. Même s'il est difficile de les passer sous silence, notamment Anton, et Jakob, coup de foudre de Rackel (Anton, au destin tragique), et l'homme avec qui elle passera sa vie (Jakob), finalement.

Trois temporalités s'emmèlent pour servir ce récit : 1916, 2007 (celle d'Inga), et 1959, voix de Rackel sur la fin de sa vie, à l'hôpital à 61 ans, malade et mourante, revisitant ses souvenirs. Les deux récits se faisant écho. Avec cette tranche de temps inéliénable, infranchissable de toute façon pour ces deux qui sont de la même famille, dont le destin de l'une a marqué celui de l'autre, quand même, mais qui ne se connaîtront jamais.

Et puis Inga, flageolante dans sa vie professionnelle, talentueuse mais fragile, que les doutes peuvent balayer, apprend grâce à la 'sérénité' que lui apporte de découvrir et comprendre son passé à avoir confiance en elle. Renforce et affime cette photographe talentueuse, qui peut maintenant faire ses choix assumés et plus matures.

Une très belle et profonde balade au gré d'histoires intimes et de la grande histoire ; j'avais lu cette auteure sans avoir fait le lien, Le peigne de Cléopâtre ; j'avoue que sa singularité me donnera envie de retrouver une autre de ses fictions.

Toujours avec toi, Maria Ernestam, éd. Actes Sud, avril 2010.

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Mon amie américaine :)

11 Décembre 2015, 19:47pm

Publié par LaSourisJOne

Mon amie américaine :)

Finalement, je suis 'remontée à cheval', plus vite que redouté. Et j'ai lu d'une traite ou presque ce livre-là. Même s'il est empreint d'une nostalgie, d'une mélancolie plutôt poignantes. C'est la lettre, la longue lettre, l'adresse d'une jeune parisienne à sa meilleure amie, américaine. Elle explore leur amitié, leurs différences, leurs complicités, leurs joies partagées. Ce qui est touchant c'est cette affection, cet attachement, cette connaissance de l'autre qui passent à travers ce livre. Jusqu'à l'accident, et la terrible issue de l'amie, Molly, dynamique jeune femme heureuse bossant activement dans le cinéma : une rupture d'anévrisme va changer sa vie, la placer en fauteuil et la rendre hémiplégique. Il y a sa déchéance physique, de cette femme qui a le même âge qu'elle, et qui était si coquette, et élégante, et ne peut plus l'être.

C'est dur, on lit la souffrance de cette amie parisienne pour sa meilleure amie. Son impuissance, sa colère, sa honte d'être en vie, et de pouvoir en profiter. J'ai moins aimé lorsque la narratrice se met à parler de son couple, et de cette classique suspicion d'une adultère, parce qu'elle ne peut pas s'en confier à sa meilleure amie, parce que ce serait si futile, mais en même temps, ça fait partie de ce qu'elle vit, aussi. Et il y a les chemins qui s'éloignent, durement, inéluctablement, parce que l'amitié repose sur ce qu'on est, à deux, à un instant, même long. Changer l'un, et l'autre restera-t-il ? Pas sûr... C'est la vie...

Mon amie américaine, Michèle Halberstadt, éd. Albin Michel, janvier 2014.

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir :))

10 Décembre 2015, 07:57am

Publié par LaSourisJOne

Toute la lumière que nous ne pouvons voir :))

Cela aurait été trop facile de balayer d'un trait de manche un travail un peu trop rapide, un peu trop léger, un peu trop superficiel d'un Américain qui s'avance sur un terrain qu'on a l'impression de tellement connaître : la seconde guerre mondiale, en France. Et pourtant. Ce livre-là est passionnant, lumineux. Plus que la seconde guerre mondiale en France, c'est plus précisément la guerre à Saint-Malo, Paris, et en Allemagne, dont il est question. Avec des choses qu'on ne lit pas sans effroi, et même sans angoissante résonnance, qui donne à voir la genèse du parti nazi, et des jeunesses hitlériennes. Quelques chapitres sont intenables, par l'édification des jeunes garçons par l'effroi, le groupe, l'humiliation, la peur, l'exemple horrifiant ; le personnage de Frédéric, le jeune homme sacrifié, le rêveur, amoureux des oiseaux qui ne concèdera rien, digne, est beau et terriblement poignant. Sa fin terrible, bouleversante.

Le personnage principal n'est pas celui-là, enfin l'un des personnages principaux : c'est Werner, jeune Allemand aux cheveux blancs depuis son enfance. On le suit intimement : son père mort à la mine, sa vie à l'orphelinat avec sa précieuse soeur Jutta, vie heureuse mais : il ne veut pas de cette vie à la mine. Alors la solution unique, s'il fait partie de l'excellence, l'autre solution, ce sont ces jeunesses 'Hitlériennes'. Sans qu'elles ne soient jamais nommées, les mots catégoriques auraient tendance à étiqueter : là, c'est la vie quoitidienne de Werner, ses abdications pour accéder à une vie autre. Et puis là-bas, son manque de sa soeur, qu'il s'efforce d'enfouir, de même que sa pensée.

Et puis il y a parallèlement de très très beaux personnages en France ; le père de Marie-Laure, qui élève seul sa fille, aveugle jeune à 7 ans, à Paris, avant qu'ils ne partent pour Saint-Malo, retrouver l'oncle, à pied, quand il ne sera plus possible de vivre à Paris au début de la guerre. Et là un monde tout en finesse, tout en beauté, en humanité ciselée et lumineuse. Là aussi la vie est rude, on a à faire à un monde de travailleurs, mais il est ébloui, éclaboussé de lumière par les gestes d'amour de ce père pour sa fille. Père serrurier, gardien des clés du Museum d'histoire naturelle de Paris : il lui fabrique des maquettes, précises, de bois, pour qu'il puisse se retrouver dans la ville d'abord Paris puis Saint-Malo. A chaque anniversaire il lui offre une boîte, un casse-tête pour éprouver sa vivacité, avec un petit cadeau dedans. Et puis il y a ce diamant, l'Océan de flammes' et sa légende, caché au fond du Musée. Un diamant qui protégerait en même temps qu'il décimerait... Et cet Allemand, qui le traque. Et puis bien sûr, cette sublime histoire des ondes, qui touchent et rassemblent les êtres au delà des frontières, les ondes de radio émises par l'oncle, et entendues - hasard stupéfiant, mais on n'a vraiment pas envie de mégoter ! - alors qu'il était petit, avec sa soeur en Allemagne.

Anthony Doerr nous balade dans Saint-Malo, dans la rue Vauborel, et ses ruelles avec brio. On y est. Je ne sais pas ce qu'en dirait les vieux Malouins, mais vraiment il y a là un sacré boulot. La guerre pendant cette période et la vie à Saint-Malo avec les bandelettes de papier dans les miches de pain, et Marie-Laure, Marie-Laure, ses pas dans la ville, son appréhension du monde de l'intérieur, avec les yeux de l'âme. Vraiment, vraiment, j'ai adoré. Et je sais déjà, que je mettrai du temps à entrer dans une autre lecture, un autre univers.

Bibliothèque d'Evran.

. Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr, 2014 (EU), éd. Albin Michel, avril 2015.

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Le renversement des pôles

23 Novembre 2015, 22:49pm

Publié par LaSourisJOne

Le renversement des pôles

Je ne sais pas bien si ce livre sera pour moi victime de cette semaine de 'bruit blanc', pour reprendre l'expression de François Busnel, c'est possible. En tout cas, cette petite histoire de vies ordinaires, modernes, ne m'a pas convaincue. Ouai, bof, j'aurais envie de dire. Mais...

Même si les choses sont assez bien croquées, la vie croisée de ces deux familles, les petits travers modernes, les chemins où l'on se fourvoie parce qu'on s'accroche à des faux-semblants, ou à de faux étendards, telle que le besoin d'avoir toujours plus, ou mieux (une nouvelle voiture, un nouveau téléphone, etc.) pour combler ses manques, la course à l'enrichissement, là encore pour combler une vie pleine de vide, cette vie vaine des adultes qui courent après ce qu'il ne savent pas vraiment, ne m'a évidemment, pas conquise. Et ca restera pour moi un énième bouquin sur les petites insatisfactions de la vie conjugale et de famille, quand on a 40 ans, ou à peu près.

Mais c'était peut-être parce que c'était une semaine de 'bruit blanc', et qu'aucun livre, peut-être ne pouvait me séduire.

Aussi, j'aurais peut-être dû laisser Nathalie Côte et son Renversement des pôles sombrer dans l'oubli sans passer par la case de ce blog...

Médiathèque de Saint-Malo.

Le renversement des pôles, Nathalie Côte, sept 2015; Edition Flammarion.

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Le nageur

12 Novembre 2015, 18:38pm

Publié par LaSourisJOne

Le nageur

.. J'aurais bien aimé être enthousiaste pour ce livre. Le fait est qu'il m'a ennuyée, souvent, et qu'il m'a fallu tous les efforts de la raison pour ne pas empêcher mon esprit de divaguer quand je me plongeais dans sa lecture.

Il y avait des ingrédients, pourtant. Mais... Rien, dans le style. Oh, certes, des descriptions, des vues de paysages donnés à voir pour produire des effets, en Grande Bretagne, mais qui ne produisent aucune émotion. Et puis ces trois parties du roman, le hic, c'est que rien ne nous accroche aux personnages, malgré la dureté de leur histoire. Malgré sans doute aussi, la cinglante leçon à l'égard de nos sociétés permissives et intolérantes à l'égard de 'l'autre', incarné ici par un migrant. Sans doute, justement, peut-être rendu indigeste par une trop criante leçon. Je ne sais pas. Le fait est que je n'ai pas été conquise, alors même que l'histoire avait tout pour me plaire.

L'histoire se déroule donc sur une bonne quinzaine d'année, par le prisme de trois personnages. Ria, d'abord. 43 ans, vivant seule, dans sa maison de famille, avec un facho comme frère avec lequel elle s'efforce de garder de courtoises relations de surface ; femme poète, qui tente d'écriture des poèmes, qui se font rares depuis une histoire douloureuse, de dépit amoureux : son mari l'a quittée parce qu'elle ne peut avoir d'enfant. Arrive alors, un été, le lumineux, jeune médecin de 28 ans, nageant dans la rivière. Migrant, ayant quitté son pays le Sri Lanka en guerre, parce qu'il voulait sauver des vies et non en prendre. Et Ria, entre culpabilité et désir, renaît. Finalement, cette partie s'arrête trop vite, sur une terrible injustice qui cueille Ben en plein envol et Ria en pleine renaissance. Puis c'est Anula, qui raconte. On découvre que c'est la mère, au terrible destin, de Ben. Pas gai, pas gai. Enfin, Lydia, 16 ans, qu'on découvre en séance de thérapie, jeune Lydia, adolescente aussi légère qu'elle le peut, mais qui porte le lourd passé de son histoire. Lydia donc, qui n'est autre que la fille... de Ria et de Ben, qui n'aura donc pas connu son père...

Eric, le bel ami, père de substitution de Ria est finalement la belle trouée de lumière de ce roman là, même s'il est laissé au second plan.

Médiathèque de Saint-Malo.

Le nageur, Roma Tearne, ed. Albin Michel, 2015.

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Portrait de l'écrivain en animal domestique :)

3 Novembre 2015, 18:01pm

Publié par LaSourisJOne

Portrait de l'écrivain en animal domestique :)

Lydie Salvayre aime les pirouettes. C'en est incontestablement une, une virevolte, qu'elle mène et qu'elle retourne. Pour confronter deux inconciliables, à priori, deux opposés, qui n'ont aucune chance de se comprendre : le roi du hamburger, le roi planétaire du hamburger, et un écrivain, ou plutôt une écrivaine. Trempé dans une dérision et autodérision qu'elle affectionne, le récit nous balade pendant six mois, et plus, où ces deux-là vont cohabiter. Plus, parce qu'elle nous livre un récit à postériori (deux ans plus tard), alibi qui tient d'ailleurs moyennement, mais a le mérite de tenir et de prolonger le récit au delà de l'expérience. Evidemment, le récit tient tout en soi par le style, les pirouettes de styles, les hardiesses, la richesse du vocabulaire qui nous cueille aux moments où on l'attend le moins. Le postulat tient pour cela, sans doute. Le postulat ? Comment vivre avec ce qu'on abhorre le plus ? Eh bien, en oubliant un peu ses principes, en jouissant de la fortune du premier (le roi du hamburger), et surtout, sans doute, en étant fasciné par ce qui n'est pas soi. La narratrice se retrouve dans cette position, face à ce type sur-puissant, arrogant à l'extrême, vulgaire, n'ayant peur de rien : et c'est cette extrêmité qui fait sans doute tenir l'édifice. Parallèlement à une forme de doux, bientôt alangui et proportionnel mépris d'elle-même, dans l'oubli de ce qui nous a constitué. Et un peu de la douceur reposante de s'oublier soi-même. Avec une parabole, qu'on peut avoir envie de voir : la satisfaction de ses plaisirs sans raffinement, à l'image du concept de Mac Donald's, gave, mais ne nourrit pas. Si bien qu'à la fin, quelque part dieu merci, on finit, et même le roi du hamburger par se dire : à quoi bon ? Pas de morale, évidemment, dans ce livre, ce serait trop simple. Ou alors ce serait simplement : on court après ce qu'on peut. Peu importe quoi ? Hum...

L'exercice de voltige se lit agréablement, en tout cas, et j'ai retrouvé avec plaisir Lydie Salvayre, après Pas pleurer.

Portrait de l'écrivain en animal domestique, Lydie Salvayre, éd. Points Seuil. 2007

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L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir :)))

18 Octobre 2015, 09:22am

Publié par LaSourisJOne

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir :)))

Magistral. J'ai dévoré ce livre de bout en bout, de la première à la dernière ligne, avec avidité, désir, passion, joie... On entre de plain-pied dans la vie et tout à la fois l'histoire de l'auteur, Rosa Montero, et celle de Marie-Curie, on s'attache aux deux. Ce, avec légèreté, et gravité tout à la fois. Sans l'attirail habituel d'une biographie, sans apesanteur. C'est très, très beau. Avec cette phrase, 'L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir', si belle aussi, qui semble l'alibi du livre en quelque sorte. L'auteure a perdu son mari, Pablo, trois ans auparavant. On entre dans son processus d'écriture, dans les coulisses de son cheminement d'auteure, elle nous explique comment en 2004 elle a laissé en plan un ouvrage sur le Moyen-Age, un roman, à cause d'une histoire de mot impossible à trouver (à l'époque il n'y avait pas la magie d'internet qui vous le trouve instantanément), et finalement sortir de ce récit de cette jungle, pour le lâcher. Et puis alors on lui demande une note biographique, sur Marie Curie. Ce sera Marie Curie. Et une façon de panser son propre deuil, sa perte de Pablo. Ainsi, on a les attachements, les similutdes entre les attitudes, celle de Rosa, celle de Marie ; et donc : "l'idée ridicule de ne plus jamais te revoir", cette phrase qui va aux deux, à l'adresse de l'aimé, parti, pourtant. On entre du côté intime, dans la compréhension pragmatique de la perte de quelqu'un. C'est une belle, lumineuse réflexion sur le deuil, l'amour, la perte de l'être cher, la mort. Et Rosa Montero y va avec finesse, clarté, et non sans humour parfois, au bazooka, à la manière de certains auteurs espagnols qui n'envoient pas dire ce qu'ils ont à dire, ni ne mégottent sur la manière.

La vie de Marie Curie vue par le prisme de Rosa Montero est évidemment touchante, on entre dans les arcanes d'un destin, celui du premier prix Nobel de physique (avec son mari). Retour sur la dureté d'un monde à l'égard des femmes, qui rend cette destinée encore plus forte. Cette femme iradiée, Marie Curie, ce couple iradié, la perte de Pierre, les prix, les recherches, l'amant un peu plus tard, Paul Langevin. Et puis comme un manuel de vie, lumineux toujours, sans être de guimauve, qu'elle semble nous tendre : disons 'Je t'aime', tant qu'il est encore temps. Et si la mort arrive avant que nous ayons pu le dire, disons le quand même, au mort, et au monde, pour terminer l'histoire. J'ai adoré. Formidable et réjouissant récit.

Médiathèque de Saint-Malo.

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero, (publié en 2013 en Espagne), traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse. Editions Métailié, 2015.

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L'ami de jeunesse :))

7 Octobre 2015, 15:46pm

Publié par LaSourisJOne

L'ami de jeunesse :))

J'avoue avoir pris plaisir à me couler dans ce livre. L'histoire d'un psychiatre de 48 ans, entouré de deux pieds nichelés - son meilleur ami de toujours, et son frère -, marié à Elisabeth. En pleine crise de vie sans doute, en plein creux de la vague sans doute, qui décide qu'il va changer de voie, et poursuivre celle qu'il n'a jamais osé poursuivre, celle du professorat. Et qui pour cela, s'inscrit à la Sorbonne, pour reprendre des études d'histoire. Où il rencontre, homme sorti de la séduction depuis longtemps, Charlotte, professeure d'histoire qui ne le laissera pas indifférent.

Tout dans ce livre est drôle. Certes, certes, le narrateur est un ronchon de première, et il fait preuve d'une acidité, d'une aigreur sans pareilles. Mais c'est tellement raffraichissant, en ces temps il est de bon temps d'être toujours consensuel ! Alors même si c'est sans doute excessif, sans doute injuste, j'avoue que j'ai beaucoup ri. Tout en prend plein son grade. Les rugbymen ! J'adore :) Les profs à la Sorbonne ! Ses malades ! La vie, la mort, ceux qui rient... Il y a à la fois une dureté sans nom et une certaine finesse de vue. L'écriture est habile, il ne cède à aucune facilité dans la façon d'écrire, à aucune évidence, et ça c'est plutôt agréable.

Le personnage principal est plein de failles, plein de défauts, il se regarde avec une sincérité touchante. Il avance comme il peut, malgré sa vie bien rangée, établie, son statut de psychiatre... La vision de l'amour est assez belle, loin d'être elle, dénigrée pour le coup, c'est finalement la seule qui échappe au laminage général. Et ces deux pieds nichelés ! Le frangin qui vit en parasite chez lui, et le copain ado attardé qui tient pourtant son resto... Le trio est savoureux. Et sans doute assez proche d'un trio amical de garçons comme on peut en connaître. Certaines scènes sont désopilantes !

Comme quoi le hasard (en l'ocurrence le stand d'une braderie) réserve parfois de belles surprises.

L'ami de jeunesse, Antoine Sénanque, éd. Grasset. Septembre 2008.

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