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Le blog de la souris jaune

Articles avec #roman

Beaux rivages :(

18 Décembre 2016, 09:31am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Je voulais le lire, ce livre. 

Sans doute parce que j'avais vu l'auteure à La Grande Librairie, et que tout ce qui s'y disait me faisait envie. La fin d'un amour, la difficulté de couper une histoire et de faire le deuil compte tenu des réseaux sociaux aujourd'hui, la lumière sensée être dans ce livre, et l'espoir... 

Et puis je voulais donner une autre chance à cette auteure, dont Appelez-moi par mon prénom m'avait laissé... à la lisière. Je sais maintenant que je ne renouvelerai pas l'expérience ! Tout m'a déçu dans ce livre... On ne garde rien de ce qui se passe, là. C'est une rencontre de nombrils... Je n'ai trouvé aucun des personnages sympathiques, aucun, même en cherchant bien ! On ne s'y attache pas du tout, ils sont tellement (juste) bobo... La narratrice nous plonge dans l'engluement de sa déception sentimentale sans nous en sortir vraiment, en fait, on dirait que c'est écrit à chaud, sans recul, et j'avoue être restée sur ma faim. Histoires d'egos... Même ses blessures, dont elle nous dit peu, même son travail psychanalytique nous paraît superficiel, ou en tout cas, n'apporte guère de fermeté à l'ensemble. Le hic, c'est que c'est encore une histoire d'amour qui finit mal, enfin, l'histoire d'une femme quittée par un homme, alors, forcément, on n'a guère envie d'être déçus, parce que quitte à en lire encore une, autant qu'elle apporte au moins du plaisir ?... Même la fin, laisse sur sa faim, ou plutôt agace, parce que finalement, c'est l'homme qui a quitté qui garde son emprise sur elle alors même qu'elle a avancé, travaillé (un peu)... A moins que ce ne soit toujours ça ? On travaille, on avance, mais tout nous ramène toujours au grand amour ? Alors si c'était ça, je n'aime pas la manière hasardeuse dont elle nous y mène et qu'il faille un roman pour y arriver là. 

Quant au titre, je n'aurai pas besoin de pester, cette fois, puisqu'elle nous l'explique, sur la fin du roman : la narratrice invite un jeune homme qui l'aime à ne jamais se fermer aux sentiments, et les compare (les sentiments) à une côte : "Je lui fais promettre de ne jamais craindre les sentiments, ces rivages que l'on accoste sans en mesurer ni le danger ni la beauté". Et en tout cas, dans ce livre, il n'est surtout pas question de beaux rivages, ni même en perspective, puisque même la phrase de fin nous ramène, encore, à l'amoureux perdu. Aussi, ce serait plutôt tout le contraire de ce qui fut annoncé, l'espoir n'est que dans le titre, pas dans le livre...

. Beaux rivages, Nina Bouraoui, éd. JC Lattès, août 2016.

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Les règles d'usage :))

15 Décembre 2016, 08:53am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

New-York. Sans qu'on le sache - quelle autre pire manière de flinguer son récit et son suspense aurait été que de nous le dire avant ? - on est en 2001. 11 septembre. Mais la date est trop forte, trop submergée d'informations pour être écrite comme telle et dénuée de sens pour écrire une histoire. Alors, c'est un jour comme les autres. Wendy, 13 ans, va au collège. Ses tracas de collégienne. Ses embrouilles avec sa mère... Son attachement à son petit frère, 4 ans, un peu collant. Le chéri de sa mère, chouette, parfait même, mais contre lequel elle ronchonne quand même... En cours. Et puis, soudain, par les fenêtres du collège... Un fracas... Une pluie de cendres... Le collège qu'on boucle sans rien savoir, sans rien comprendre, en attendant que les familles viennent récupérer leur enfant... Ces premières scènes, ces pages dans le quotidien de la jeune fille, alors qu'elle ne sait pas encore... 

Enfin, le compagnon de sa mère arrive, portant Louie (comme Louis Amstrong) dans ses bras. Il lui apprend ce qui s'est passé, ce 11 septembre... Or : sa mère était ce matin-là partie travailler, légère, sa robe et ses sandales à talons rouges, à son bureau, comme chaque jour... dans l'une des deux tours jumelles. 

Commence alors, à la mesure de la personnalité des trois protagonistes, l'attente. Avec ce que chacun y met. L'espoir... longtemps... Et puis Wendy comprend. Son vrai père, celui qui ne l'a pas élevée et dont sa mère, belle et lumineuse, lui traçait le portrait d'un homme vivant pour lui, sans se soucier des autres, arrive un jour, à l'improviste, et veut emmener Wendy... Alors, elle se résout à partir pour la Californie, comme un déchirement au départ... Mais elle part.

On va la voir, pas à pas, lentement, avancer. A son rythme, avec ses moyens. Les choses qu'elle met en place, le temps qui fait son oeuvre... Les rencontres qu'elle fait, alors qu'elle ne peut plus aller au collège - qui lui paraît alors si vain. Le libraire. Mais aussi cette jeune femme, si jeune, qui a donné la vie à un bébé, alors qu'elle même n'a pas fini de grandir ou presque... 

Les souvenirs affluent, à leur rythme, sans aucune maîtrise. C'est tellement juste, ça paraît tellement proche du réel... Ce passage du temps est véritablement très bien donné à voir. Et puis cette lente, inexorable reconstruction. Juste parce qu'on n'a pas le choix. Sans leçon, sans manuel, parce qu'il n'y en a pas...

Joyce Maynard une fois encore (J'avais vraiment beaucoup aimé L'homme de la montagne, déjà) s'empare d'un fait-divers - et pas des moindres, cette fois-ci, tellement indissociables d'histoires, déjà - et le travaille dans le registre de l'intime. Du point de vue de l'intériorité d'un ou plusieurs personnages.

Merci à Mélanie, pour le partage !

Les règles d'usage, Joyce Maynard, éd. Philippe Rey, septembre 2016

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Continuer :)))

30 Novembre 2016, 07:48am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Je suis entrée doucement, à petits pas, dans ce livre. Un peu déconcertée par l'emploi du présent et les paysages. Et puis plus le récit avançait, plus j'étais prise. Captivée, capturée par cette histoire...

Alors : ce fils de 16 ans qui déraille, qui s'isole, s'emprisonne dans un monde de plus en plus dénué de mots, et amorce une grosse connerie... La mère, qui l'élève, comme elle peut, avec sa volonté, sa force et ses faiblesses humaines, regarde, voit, et décide... La beauté de cette décision qui va tout changer ! La luminosité d'un choix qui porte parce que c'est celui qu'on avait l'impression devoir faire ! La petitesse de ce père qui revient épisodiquement, qui se croit au dessus d'eux, d'elle, et qui est au dessous de tout... Mais rien de trop psychologique, là dedans. Un merveilleux dosage sans pathos non plus. 

Les temporalités du récit s'emmêlent très naturellement et se donnent de la force mutuelle pour éclairer qui le présent (la chevauchée à cheval), qui le passé (du fils, de la mère). Je sais que l'épopée sauvage ne m'aurait pas suffi en elle-même qu'elle est amplifiée par ces morceaux de quotidien d'avant.

Il y a du David Vann dans ce Laurent Mauvignier, dans ce face-à-face entre cette mère et son fils de 16 ans. Rugueux sur l'intériorité de chacun, sans consession, sans faux-semblant jusqu'à l'âpreté. La fragilité, les failles, la grande errance qui est la notre, les tatonnements... 

Ca interroge beaucoup sur ce qu'on fait, et sur cette vigilance que malgré le tourbillon de la vie, il ne faut jamais perdre. C'est touchant, merveilleusement touchant et source d'espoir de voir le progressif retour à la vie de l'adolescent, venu d'une volonté, et du retour à l'essentiel. Ca donne la foi en ce que l'on croit et qui est si souvent mis à mal par beaucoup de choses alentours (les bien-pensants, le temps, la course au temps, ...). C'est une magnifique trouée de lumière, qui donne envie d'y revenir. Je pense d'ailleurs que j'aurai envie de le relire, ce livre.

Un grand merci à Sandrine pour sa transmission :)

Bibliothèque d'Evran.

. Continuer, Laurent Mauvignier, éd. de Minuit, septembre 2016

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24 heures de la vie d'une femme :))

23 Novembre 2016, 22:14pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Parfois, revenir aux fondamentaux fait du bien. C'est étonnant toutefois de voir que je garderai encore en tête précisément les scènes, les passages, qui y étaient déjà gravées : celles des mains, fascinantes, au casino, et celle de la balade en fiacre, au long de la corniche, ce moment de partage, serein, suspendu, entre ces deux protagonistes... Le reste se diluait dans ma mémoire, et ma mémoire travaillera de même, je pense avec le reste du texte. Alors, sauver de l'oubli, cette mise en situation, chère à Zweig, d'un début qui fait naître l'histoire, mais qui n'est pas l'histoire ; un début qui évoque au protagoniste une scène de son souvenir, une tranche de son histoire, et qui va nous la livrer. Là, la disparition de Mme Henriette, accusée par certains de s'être envolée en une nuit avec un homme inconnu encore la veille... Le narrateur, ou celui qui écoutera l'histoire de la protagoniste, va encore se révéler dans ce qui est cher à l'auteur : l'absence de jugement. Et c'est ce qui fera venir, naître la confidence, la confession. 

J'avais - comment est-ce possible ! - presque oublié l'excès, qui sourd chez Zweig. L'excès en émotion, sentiment, ressenti, en première fois, en tout... Qui renforce le côté exceptionnel des instants. Et puis il y a la course après le temps, dont je ne me souvenais plus, dans ce livre précis, de l'héroïne, quel suspense, où tout va se jouer, ou se perdre, les minutes qui défilent alors qu'elle doit retrouver le jeune homme pour prendre son train à la gare, et le suivre, alors qu'il ne le sait pas... La vieille tante, qui l'accapare, Zweig a tant fait monter la pression, qu'on est agacé nous même par cette cruche qui va tout faire rater, alors que les minutes défilent, et on est las, comme l'héroïne, alors que le train part... Non, c'est impossible ! Et puis le récit ne s'arrête pas là, bien sûr... Reste encore un rebondissement, et une fin d'histoire qui n'en est pas une, qui pourrait laisser sur sa fin, comme souvent dans la vie... Ce jeune homme qu'elle retrouve, il n'a pas tenu sa promesse, elle essaye de lui faire entendre raison, à chaud il ne l'entend pas, alors déboussolée, alors qu'il ne lui donne que sa colère, elle va fuir, loin, loin... Et nous on se demande (même si on a tort de se le demander) : que se serait-il passé, si elle avait attendu ? Si elle l'avait retrouvé à froid ? Non, c'est stupide, ce qui ne doit pas être ne doit pas être, tout simplement, et Zweig excelle à nous livrer des histoires fortes et tellement proches de l'entendement humain...

Une belle plongée dans un livre aimé.

. 24 heures de la vie d'une femme, Stefan Zweig, 1ère édition 1927. (Ed. Le Livre de poche)

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Appelez-moi par mon prénom

19 Novembre 2016, 17:24pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Je n'avais encore jamais lu cette auteure, qui est à l'honneur avec un nouveau livre pour la dernière rentrée littéraire. Ce livre-là, acheté lors d'un désherbage de médiathèque, m'en donnait l'occasion.

En tout premier lieu, ce titre restera un mystère : j'avoue que je ne comprends pas vraiment son sens... Et que je n'en vois pas le lien avec le livre, surtout... Alors, en cherchant bien, je pourrais imaginer que... puisqu'elle nous livre (ou semble nous livrer, comment savoir si c'est de la fiction ou si ça n'en est pas ?) son autre versant, celui de la femme derrière l'auteure, ou accrochée à l'auteure, eh bien, il s'agirait de cela ? Mouai... 

En tout cas, c'est l'histoire d'une histoire d'amour provoquée par la volonté qu'elle naisse de l'auteure (ou de la narratrice). Tout découle de son envie de vivre cette histoire. A partir d'une rencontre, dans une librairie, lors d'une dédicace. On ne sait pas bien pourquoi elle va se mettre à fantasmer sur ce très jeune homme de 25 ans, mais c'est ce qui se passe, ou plus à lui construire une réalité, comme on construirait un roman : elle semble romancer sa vie. Elle transforme ce jeune homme en obscession, le cherche par le biais de ce qu'elle peut trouver de lui, un blog notamment. Va suivre une correspondance entre eux (qu'on ne lira pas, mais c'est ce qu'elle nous dit), et la naissance d'un amour véritablement. On ne sait pas bien dans quelle mesure la force avec laquelle elle l'a désiré est l'artisan de cette réussite, mais après tout... En tout cas, ils vont se voir, chez l'une à Paris, chez l'autre à Lyon (ou en Suisse ? je ne sais plus), et finalement tomber amoureux. Mais comme le livre s'arrête à peu près là, on dira que c'est le récit d'un amour fantasmé, puis concrétisé, et donné à voir dans ses prémisses. 

C'est plutôt littéraire, enfin, plutôt une littérature de l'esprit, pas du corps. J'ai fini par m'agacer un peu de ses "J'avais l'idée" que... qui reviennent souvent, et lui servent à lancer un certain nombre de ses réflexions, cela dit, puisque c'est assez bien écrit, et loin d'être creux, on passe... Toutefois, on ne peut pas dire que cette lecture m'ait passionnée !

A tenter à nouveau, par le biais d'un autre livre ? Peut-être...

. Appelez-moi par mon prénom, Nina Bouraoui, éd. Stock, 2008.

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L'espionne de Tanger :))

6 Novembre 2016, 18:57pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

L'histoire de ce livre se déroule dans les années 30 en Espagne, puis pendant la seconde guerre mondiale en Espagne et dans le protectorat espagnol du Maroc. Autour du personnage principal, une jeune femme, Sira, espagnole, donc. A partir de son histoire d'amour, choix amoureux, point de départ de sa vie telle qu'elle le sera. On voit que ce coup de foudre, laissant alors l'homme avec qui elle s'apprêtait à se marier, va orienter toute sa destinée. 

A partir d'une trahison, Sira va lentement quitter la naïveté. Confrontée au réel brutal. A l'obligation de compenser la trahison pour pouvoir s'en sortir. 

Pas à pas, on va suivre la jeune femme dans la vie qu'elle se trace, avec cette marge de manoeuvre très ténue qui est la sienne. Et s'étonner de la rigidité qu'elle met dans certains choix. Comprendre comment cette femme, pragmatique, va se mettre au service d'un pays, parce que cela correspond à sa croyance d'éviter la guerre. La scène qui l'amène à s'y décider est assez intéressante, elle hésite, et c'est un échange avec sa mère, sobre, qui va la décider. Sa mère qui lui dit : si ton action peut aider l'Espagne à éviter de vivre encore une guerre, alors fais le. Et c'est ainsi que Sira va entrer dans un système de fonctionnement extrêmement contraignant pour elle, avec la conviction jamais remise en cause de servir son pays. J'aime ce journaliste qui croise sa route, on enrage de ne pas la voir tout lacher pour le suivre... On suit tous ces personnages avec bonheur, le récit est dense mais tient en haleine toute la durée de ses 600 pages. 

J'ai beaucoup aimé.

Et c'est à Luocine que je dois cette lecture ! Merci Luocine ! 

L'espionne de Tanger, Maria Duenas, éd. Robert Laffont, 2012 (2009 pour l'édition espagnole).

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Un homme dangereux :)

26 Septembre 2016, 22:23pm

Publié par LaSourisJOne

Un homme dangereux :)

Roman.

C'est un livre sur lequel il n'est pas facile d'écrire. Un livre en miroir, en loupe, qui pourrait aussi bien être un roman qu'une autobiographie, avec scrutation de son propre passé, et mise en lumière de sa propre vie de manière fulgurante et déconcertante si l'on y pense par ce passé.

C'est donc l'histoire d'Emilie, mariée, deux enfants, écrivain (ça pourrait être l'auteure ?), insérée dans un milieu artistique parisien, auteur de films, et de livres pour lutter contre l'antisémitisme, et la haine primaire. Située clairement dans un présent qui nous est trop familier, si bien qu'aucune distorsion ne peut véritablement s'opérer. Mariée à un médecin depuis longtemps, le couple vit ensemble, sans plus se toucher. L'un à côté de l'autre. Elle a un amant qui ne porte pas à conséquence. Et puis elle rencontre un type, de son milieu littéraire, qui lui est présenté par une connaissance commune, et qui est en tous points odieux. Décrit fidèlement, sans concession, on ne peut que se demander ce qui fait qu'elle s'accroche, et fantasme sur ce type. Il est beaucoup plus vieux qu'elle, il est moche, il est désagréable. On suppose qu'il exerce par le verbe une certaine fascination sur elle. Toujours est-il qu'elle va commencer par attendre des signes de lui, entretenir une espèce de flamme, recevoir du mal de ce type, et pourtant continuer. Lorsqu'elle voudra échapper à ses griffes, avec l'aide de son mari, elle ne se relèvera guère. Il lui faudra écrire, écrire sur cela, pour finalement plonger dans ses racines familiales, l'histoire de sa grand-mère, aiguillée par ce type odieux qui se comporte avec elle de manière antisémite et humiliante qui plus est, pour découvrir que, comme sa grand-mère, elle n'échappera pas au mal engendré par un type machiavélique qui la détruira...

Et en cela elle compare ces destins individuels à ceux que la France réserve à ses juifs... C'est difficile à comprendre, difficile tant il y a de mal et de perversité, mais c'est un ressenti qui ne peut être contesté, car face à la haine de soi distillée par l'autre, comment réagir ? Comment ne pas intérioriser, si l'on est fragile, la haine de soi ?

On se sauve en écrivant, mais on s'y perd aussi...

. Un homme dangereux, Emilie Frèche, éd. Stock, septembre 2015 ; J'ai Lu, juillet 2016.

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La chaise numéro 14 :))

12 Septembre 2016, 21:59pm

Publié par LaSourisJOne

La chaise numéro 14 :))

Roman.

Un roman sur une période de l'histoire terrible, la libération qui suivit l'occupation par les Allemands, et celle des règlements de compte, des basses et iniques vengeances. La libération de toutes les mauvaises pulsions, et des mauvais instincts. Le sujet de ce livre c'est ça, une femme, tondue. Des moments qui précèdent ce douloureux événement, aux semaines qui suivent, et ce qu'elle en fait. C'est très beau, très fort. J'ai aimé suivre ce personnage et sa détermination, la voie qu'elle emprunte pour laver cet affront qu'on lui a fait. Ce courage qu'elle a d'affirmer qu'elle n'est coupable de rien (elle a aimé un officier allemand, passionément, ils se sont aimés), que l'amour n'est pas une raison suffisante pour induire cette honte qu'on inflige à un être d'être tondue en public et de perdre le symbole de sa féminité. Alors, avec une sourde détermination, elle va établir une liste des personnes qu'elle va vouloir voir 'plier', abdiquer devant elle pour ce qu'ils ont fait. Une liste, un nombre, cinq ; cinq, et l'on retrouve cette fascination du personnage pour les chiffres, dont elle se dit dépendante ; ainsi, le numéro de la chaise, correspond au numéro qu'on donne aux chaises de bistrot alors, chaise numéro 14, parce qu'il faut six pièces de bois et huit vis pour la faire tenir. La chaise de l'auberge tenue par son père, qu'on est allée chercher pour la tondre, en public. Une chaise, qui fait partie d'un rituel, d'une cérémonie qui l'accompagnent pour aller au bout de ce qu'elle s'est fixée ; cette chaise, qui se décolore avec le temps mais qu'elle emporte avec elle, cette robe, blanche, immaculée, celle que sa mère porta avant sa mort, d'un autre temps, qu'elle portait pour être tondue et qu'elle remet chaque fois qu'elle va à la rencontre de l'un des cinq.

Elle ira voir le coiffeur, celui qu'on impulse d'agir, et par la force de son regard, fier, impulse sa demande de pardon ; le maire, les religieuses pétries de mauvaises croyances qui l'ont accablée toute son enfance, les deux GI qui l'ont vue tondre sans rien dire, et Antoine, l'auteur de l'acte... Pour de si mauvaises raisons. L'amoureux éconduit, jaloux, qui se venge par cette blessure qu'il lui inflige. Antoine et son jeune frère. Les personnages sont vraiment joliment campés, on se laisse emporter par ce beau roman, cette voix, cette détermination ; et il y a ce très beau personnage, ce Louis, qui devient son ami bienveillant, qui veille sur elle comme un grand frère ou un père, la soutient. C'est très très beau, bien plus même que ce que j'avais imaginé ; la narration est lumineuse.

Merci à Samuel de l'avoir mis entre mes mains.

. La chaise numéro 14, Fabienne Juhel, éd. du Rouergue, mars 2015.

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Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce :)

21 Août 2016, 08:49am

Publié par LaSourisJOne

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce :)

Roman.

Véritablement conquise par La petite communiste qui ne souriait jamais (2014), j'avais très envie de lire un autre Lola Lafon. J'avais trouvé celui-ci, que j'ai lu pendant mes récentes vacances.

Evidemment, ce livre est loin, loin d'être une lecture légère. Mais je crois qu'avoir du temps pour le lire a été une très bonne chose. C'est le deuxième livre de Lola Lafon qui me fait me dire que véritablement, il y a 'quelqu'un' derrière ces pages.

Encore une fois, le rapport au corps, à son corps de femme est au coeur du livre. Toujours un rapport souffrant, contraint, lié à ce que les autres en font. Cette lecture n'est pas facile, mais extrêmement intéressante. Elle interroge beaucoup sur ce que l'on accepte de la société, sur la révolte, sur la trace que laissent des blessures ; sur la proximité entre deux êtres qui ont vécu le même trauma. Sur l'absence de limites, et la frontière, ténue, qui peut décider de faire sauter les limites... Sur la folie et la raison, donc évidemment.

On est dans un récit intime, un voire deux, ou trois d'ailleurs, melés. Des jeunes femmes. Deux se sont rencontrées dans un groupe de parole, le mardi soir, groupe de parole des victimes d'un viol ; avec ses mots à la fois pudiques et trashs, la narratrice va nous livrer la vie de ces femmes fracassées par la prise de force de leur corps. Elle ne s'arrête pas à la surface d'un instant, pour voir le trauma et ses conséquences, là, à un moment de vie ; non, elle fouille en profondeur, et donne à voir comment cet acte peut modifier jusqu'aux fondements. Elle ne s'arrête pas en chemin, et explore, au delà de la plainte qui peut être déposée, au dela de la justice, ce qu'un corps, ce qu'un être pourrait faire, pour vivre après.

Là, on est aux prises avec un quotidien qui doit se vivre, sans appitoiement, à partir d'un événement qui forcément, a tout modifié. Cela c'est ce qu'on se dit, à la lecture. En rien ce n'est formalisé. Il y a ces proximités naissantes, ces amitiés électives entre filles, qui réchauffent et grisent ; et puis il y a la fille qui va loin, qui va très loin dans l'analyse, dans la réflexion, dans les actes et le rejet d'une société peu satisfaisante. Entre dans des actions révolutionnaires, faisant naître un collectif "Les petites filles au bout du chemin". Il y a un peu de Nadja (Breton) dans ce livre-là, et particulièrement dans ce personnage-là. Il y a la fille qui est aux prises avec le réel, garde pied dedans, et celle qui est passée outre. Et la troisième amie, qui elle vit un coma, ce qui permet d'interroger le corps dans un autre de ses aspects, le corps qui s'arrête, quoi, comment, après un coma ?

Là encore, dans ce livre-là, la danse n'est pas loin. La danse, dans sa version 'travail' qui mène à la libération du corps, la danse comme exercice rude, presque maltraitant, mais finalement moins maltraitant que ce qu'un être humain peut faire à un autre en décidant de le 'prendre' sans son consentement... Il y a là encore, des pistes de réflexion extrêmement riches, c'est un travail très impressionnant, même s'il est parfois difficile, et pesant à lire.

. Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, Lola LAFON, Flammarion, 2011 ; puis éd. Babel Actes Sud mai 2014.

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Arithmétique de la chair :)

7 Août 2016, 09:42am

Publié par LaSourisJOne

Arithmétique de la chair :)

Roman.

Evidemment, ce livre-là, si on ne me l'avait pas mis entre les mains, je ne l'aurais probablement jamais lu. La couverture, le nom... Et cela aurait été dommage.

Car j'ai aimé. Ce livre est singulier, je m'y suis coulée sans freins. Il surprend. Il nous donne à voir une conception du monde radicale, mais intéressante. Entre mathématiques, goût rassurant pour les chiffres qui décrivent le monde sans surprise et permettent de le rendre rassurant, et monde réel, extérieur où l'on peut se perdre. Evidemment, on se dit que les mathématiques qui sauvent pourraient être tout autre chose. Alors ce livre ressemble à une allégorie. Mais il s'y ajoute une dimension supplémentaire : le rapport au corps. De l'aveu de la narratrice parfois pas forcément compris, mais, et c'est là que cela étonne, comme étant souverain. Vivant sa vie au delà de l'esprit... Finalement, quand j'écris cela, je me dis que ça ne manque pas de sens.

En tout cas, cette Bettina est experte en chiffres et donc comptable dans une entreprise. Son corps se caractérise par un fort embompoint, elle vit une vie solitaire, se satisfait de peu, flanquée de ses écrans, et cela ne la gêne pas, elle est sereine. Et son corps se met à enfler, jusqu'à atteindre l'obésité des 96 kg. Elle s'étonne, elle qui mange si peu pour tenter de réguler ce corps... Puis, surviennent les événements qui vont bouleverser ce chemin : elle s'inscrit à un concours de mathématiques, concours télévisé, le remporte, et elle et son corps, elle et sa sérénité vont devenir des espèces d'icônes, parce que ressenties comme 'profondémement authentiques' et uniques dans le paysage actuel. Cela permet au passage à l'auteur de passer un regard largement critique et sans doute manichéen (même si on peut lui reconnaître qu'elle le connaît bien !) le monde de la télévision et des médias. C'est sans doute ce que je reprocherais à ce livre : de se laisser aller à des catégorisations trop rapides et simplistes. De faire entrer certains de ses personnages secondaires dans des 'schémas' (le patron de son entreprise est nécessairement sans qu'aucune chance ne lui soit donnée un petit bourgeois de courte vue gouverné à la maison par sa femme, par exemple ; mais cela sert aussi la finalité de son livre, son propos).

Donc, il y a dans ce personnage principal et dans son rapport au monde une sincérité, une authenticité, et une indépendance d'esprit qui séduisent. Bien sûr, on peut s'étonner de la suite, mais ce n'est pas pour déplaire, qu'un livre nous étonne : elle va séduire, séduire quelqu'un qu'il devait être impossible de séduire ; et, parce que c'est là sa personnalité, rester accrochée à cet amour qu'elle juge hors dimension, infini. Comme peuvent l'être les chiffres, en oubliant que l'humain est fait de faiblesses, de fragilités, et en refusant qu'il soit aussi fait de renoncements et de recommencements. C'est un être authentique, entier, comme le nombre, mais qui renonce, plutôt que de tenter de reconstruire... J'ai trouvé cette lecture très raffraîchissante.

Merci à Annie et à Delph de me l'avoir permise.

. Arithmétique de la Chair, Macha Méril, éd. Flammarion, mars 2016.

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