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Le blog de la souris jaune

Articles avec #roman

Le temps des vrais bonheurs :)

14 Décembre 2014, 10:41am

Publié par LaSourisJOne

Le temps des vrais bonheurs :)

C'est un récit qui prend son temps, avance comme les ricochets d'un galet sur l'eau : un récit antérieur en chasse un autre, celui du présent, avant de revenir au présent. Au présent de trois personnages, du point de vue duquel la narration se place successivement : Jazz, Aruna, et Hassan. Aruna et Jazz se connaissent depuis leur petite enfance, depuis qu'ils se sont choisis ou 'reconnus' dans la cour de l'école, et plus quittés. Jusqu'à peut-être se tromper en se choisissant aussi comme compagnons de vie... La vie, peut-être se charge de leur rappeler que ce choix est peut-être contre-nature... Il y a les fausse-couches, et... les interrogations d'Aruna.

Et puis Hassan, le père de Jazz. A l'hôpital de Kuala Lumpur, en fin de vie. Espérant la mort, que son fils Jazz, qu'il n'a pas vu depuis deux ans, lui refuse obstinément. Ce qu'il croit savoir de l'histoire de ses parents lui occulte toute la vue, et il condamne son père à priori. Les mots seuls permettent de guérir et de sortir de ses oeillères, là encore Jazz l'apprendra sur le fil, tardivement, regrettant amèrement ces deux ans perdus. Le poids des secrets, sur les épaules des enfants qui ne peuvent que se faire des idées, et qui laisse ses mauvaises traces dans les vies, est aussi au coeur de ce récit.

Aruna est partie précipitamment, sur un coup de tête, loin ; à Londres, elle refait sa vie, mais sans finalement 's'impliquer à fond'. Tout simplement parce qu'elle ne peut pas. Trop de choses pas réglées... Son identité (qui sont ses vrais parents ?), quelle histoire avec Jazz ? Alors, une phrase d'un livre, un jour, suffisament forte la fait monter dans un avion sur les traces de la compréhension, à l'assaut des questions, loin de la fuite : retour vers Jazz et Hassan, ses racines... J'aime assez comment les choses avancent dans ce livre là, par petites touches lentes et douces ; et cette phrase, qui déclenche les départs et les retours, et qui me touche beaucoup : "Il est temps de cesser le combat et de rentrer".

J'avoue par contre ne pas vraiment comprendre l'adéquation entre le titre et l'histoire puisque c'est véritablement tout le contraire ; à moins peut-être que 'Le temps des vrais bonheurs' se rapporte à la toute fin du livre, à ce qu'on ne lira pas, mais que le livre a préparé, c'est à dire un temps qui suit le travail que l'on a fait pour régler son passé, et pour être disponible pour un vrai bonheur... :)

Merci chaleureux à Delphine, qui a pris soin de débusquer ce livre pour moi. :))

Le temps des vrais bonheurs, Roopa Farooki, éd. Gaïa, juin 2014.

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Dragon bleu, tigre blanc :)

1 Décembre 2014, 09:15am

Publié par LaSourisJOne

Dragon bleu, tigre blanc :)

Chine d'aujourd'hui ou presque. En tout cas à l'ère d'Internet, et des réseaux sociaux, qui permettent un peu de faire avancer la donne, de faire éclater au grand jour les scandales farouchement cachés par le Parti, ou au moins d'interroger sur ceux-ci.

L'intrigue se noue autour de Chen, le personnage principal, une cinquantaine d'années sans doute, qui a fait toute sa carrière brillante à la tête de la police et qui se voit du jour au lendemain 'promu', à la justice, en réalité éloigné de ses affaires et de ses enquêtes.

Commence alors une espèce de bras de fer secret, une espèce de course à l'homme dans l'ombre ; une contre-enquête de Chen pour tenter de savoir qui en veut à son poste, et bientôt à sa vie. Métro, restaurants, hôtels, autant de lieux anonymes qui concourent à la discrétion vont faire partie du cadre de ce roman. Ainsi qu'un certain nombre de personnages bienveillants qui font partie des amis de Chen et vont l'aider discrètement et de loin, à mener son enquête. C'est toute la Chine et son héritage qui viennent à nous, notamment par le biais de son attachement à l'opéra et sa poésie. Le directeur de police Chen est lui même amateur de poésie et traducteur de TS Eliot.

La spirale se resserre, il dégage son espace pour trouver du champ et mener son enquête, entre voyages sur la tombe de sa mère, attachement à la mère, inquiétée à son tour via une tentative d'intimidation et rencontre de jeunes femmes 'ernai' jeunes femmes entretenues.

La difficulté dans ce récit a résidé pour moi à s'y retrouver dans la multitude de noms chinois (Yu, Qai, Li...) : on s'y perd !!! J'ai aimé me régaler en même temps que les personnages de tous les plats typiques de Shangaï, en fonction des lieux (bords de lacs, karaoké, restaurant occidental, typique, etc.) et vivre à leur rythme, bien différent du nôtre...

Dragon bleu, tigre blanc, Qiu Xiaolong, éd. Liana Levi. Mars 2014.

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Viviane Elisabeth Fauville

13 Novembre 2014, 20:47pm

Publié par LaSourisJOne

Viviane Elisabeth Fauville

Circonspecte.

Alors là, j'avoue que j'ai pas tout suivi. On est sensé être dans la tête d'une femme, Viviane, mère d'un bébé, que le mari vient de plaquer, et dont la mère est morte. Elle réalise un meurtre, de sang froid, sans qu'on comprenne bien pourquoi (ou si, pour exister, croit-on comprendre, et parce que son psy ne lui accorde même pas ça non plus ?), de son psy. Fait une série d'actes irrationnels, iraisonnés, une enquête sur cet assassinat, se tape un patient de son psy... Et puis finalement sa mère n'est pas morte ? J'avoue que je n'ai pas compris grand chose à ce livre-là.

L'idée est sans doute d'être dans la tête de quelqu'un qui perd pied, marquée par l'abandon de son mari ; l'ennui c'est que l'auteur ne nous aide pas du tout, aucune clé pour installer son personnage dans un contexte sensé, on ne sait pas ce qui l'est ou ce qui ne l'est pas, et on ne sait pas si c'est habile, ou juste pénible. Ca peut être les deux, notez : peut-être habile, même si moi j'ai trouvé ça agaçant.

Et même si j'ai trouvé quelques bons côtés au livre, notamment dans la narration, c'est pas mal raconté ; l'utilisation du pronom personnel 'vous' est là encore assez déstabilisante, vous êtes dans la peau de cette femme, sauf que vous avez du mal à y être, justement.

Le relire une seconde fois ?

Je remercie quand même Bertrand pour cette histoire qui, sur le papier, avait tout pour me séduire. :)

. Viviane Elisabeth Fauville, Julia Deck, éd. Minuit Double. 2012, 2014.

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Le roi disait que j'étais diable :(

9 Novembre 2014, 08:51am

Publié par LaSourisJOne

Le roi disait que j'étais diable :(

... Il y a des auteurs qui dès que l'on se coule dans leur livre, nous parlent véritablement, et viennent toucher des résonnances au plus profond de soi. Ils ont les mots qui nous touchent. Et il y en a d'autres qui irrémédiablement, resteront à la surface. Je suis contrainte d'avouer que celle-ci, avec ce livre-là (puisque je n'ai jamais lu d'autres livres de Clara Dupont-Monod) fait partie des livres qui demeurent loin de moi. Ainsi, j'ai bien dû lire ce livre 3 fois : chaque phrase, trois fois, pour qu'elles fassent sens en moi. Et encore, sens... J'ai eu envie de lire ce livre en entendant son auteur lors d'une interview sur France Inter ; l'idée de découvrir ce personnage historique, Aliénor d'Aquitaine, que je ne connais pas du tout, personnage haut en couleurs semble t-il même si l'Histoire ne nous a transmis aucun portrait d'elle, m'a séduite.

Je dirai qu'en ce qui me concerne, elle rate sa cible à demi. Complètement, si c'est Aliénor qu'elle voulait donner à voir ! La narration nous donne à 'pénétrer' tantôt Aliénor, donc, tantôt Louis VII, celui qui devient son époux, au XIème siècle. Nous découvrons la femme du sud de la France avant son mariage, et pendant les premières années de celui-ci. On a bien compris que tout les oppose. Mais autant j'ai 'compris', saisi, senti le personnage de Louis VII, autant pas du tout celui d'Aliénor. Je trouve (puisque c'était ce qu'elle voulait faire) qu'elle n'explore pas assez les creux de l'Histoire, elle ne les remplit pas. Aliénor aime le luxe, la guerre, la poésie, et partir seule à dos de cheval dans les rues de Paris ; en revanche, ce qu'elle est, ce qu'elle veut vraiment, j'avoue m'est resté très mystérieux, opaque. Alors certes le livre pourrait se dire bien écrit, il ne manque pas de descriptions qui se veulent antropomorphiques, j'ai découvert une tranche de l'Histoire que je ne connaissais pas ; certes, utiliser l'intime pour aborder la grande Histoire est une fabuleuse idée, mais pour ce faire, j'ai préféré Carole Martinez, Carmen Posadas avec Son Ruban Rouge ou dans un autre genre Irvin Yalom. En fait, hormis quand l'auteur incarne le roi Louis, finalement, dont elle parvient à nous faire sentir ce qu'il ressent, je me suis ennuyée...

. Le roi disait que j'étais diable, Clara Dupont-Monod, éd. Grasset, sept 2014.

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L'homme de la montagne :))

7 Novembre 2014, 11:37am

Publié par LaSourisJOne

L'homme de la montagne :))

Je n'avais pas particulièrement été emballée par ’Les Filles de l’Ouragan’ , que du coup je reprendrai peut-être. Car le dernier livre de la romancière américaine Joyce Maynard,’L’homme de la montagne’ qui vient de paraître en France m’a véritablement emballée ! J'ai été emportée comme par une spirale haletante, persistante. On ne lâche pas ce livre qui oscille entre le policier et le roman initiatique avant d’en avoir fini et espéré que la romancière ne nous laisserait pas sans nous dire qui est cet effroyable ’Etrangleur du Crépuscule’ !
Le récit nous est livré par Rachel (Farrah pour son père, inspecteur de police). Une Rachel qu’on rencontre enfant, mais aussi à 45 ans, alors qu’elle aura cheminé, vécu une partie de sa vie et sera véritablement devenue romancière. Comme par une astucieuse et très réussie mise en abyme, on aura l’impression de lire le livre de Rachel sur ’L’homme de la montagne’….
On est donc plongé dans le monde vu par une ado, dont l’univers est constitué par son inséparable et précieuse sœur, leurs jeux à la lisière de l’enfance et de l’âge adulte, son père, qu’elle adule et qu’elle adulera jusqu’à la fin de sa vie ; la mère, plus en arrière-plan, est à sa manière attachante, aimante à sa façon, même si elle laisse ses filles un peu désœuvrées, tourmentée par sa dépression, et se réfugiant dans ses livres.
Survient alors un meurtre horrible d’une femme, au pied de chez elles, dans la montagne, premier d’une série de meurtres infinis. La romancière manie à la perfection les rouages du suspense, sans en abuser. La narration par le prisme de cette adolescente qui se construit est extrêmement attachante ; l’angoisse qui sourd dans la petite communauté, l’ascension puis la chute du père, héros déchu parce qu’il échoue à trouver le coupable est elle aussi passionnante. Et puis quarante ans plus tard, la romancière qui n’a pas oublié, marquée par cette affaire comme au fer rouge, l’empêchant même de construire sa vie, y reviendra…
Palpitant !


L’homme de la montagne, Joyce Maynard, éd. Philippe Rey, Août 2014.

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Le rendez-vous de Venise :))

29 Octobre 2014, 23:11pm

Publié par LaSourisJOne

Le rendez-vous de Venise  :))

Ce livre est une petite pépite. Je l'ai découvert par hasard, ainsi que son auteur. Quel régal, quelle belle promenade avec cette poignée de personnages en miroir, et surtout au gré de la peinture, que ce livre nous amène à regarder différemment, avec tant d'humanité ! J'ai adoré. Dans la peau d'un homme, d'une trentaine d'année, qui vit dans l'aura de son oncle, érudit, savant connaisseur, extrêmement pointu, et reconnu de la peinture et des peintres italiens et flamands... Déjà celui-ci, l'oncle, nous offre des voyages savoureux au gré de ces peintures qu'il nous invite à revisiter et à regarder à nouveau comme il les voit, et ce, par le prisme du neveu, qui trace sa route dans les pas de son oncle, sans douter, sans ciller, pétri d'admiration. Lui donc, aussi, va devenir connaisseur de peinture. Vivant, accompagnant l'oncle au gré de ses déplacements, qui à Venise, qui à Rome... Et à son décès, il trouve un carnet. Carnet qu'il se met à lire, et dont il nous livre la lecture, entremélée de ses commentaires, carnet qui lui révéle... une femme dans la vie de son oncle. Quoi ? Mais il ne le savait pas. C'est savoureusement jaloux ; on s'amuse de son énervement à découvrir un autre (une en l'occurrence !) privilégié, dans les secrets de cet oncle... Il résiste, refuse, réfute, non ce n'est pas son oncle, et puis il va bien devoir se rendre à l'évidence, son oncle a aimé, à son insu, et n'était-ce pas son droit ? Le neveu va rencontrer cette femme, par hasard, leur entrevue est vraiment savoureuse ; quelle vision, croisement des regards, autour de cet oncle, absent, mais pourtant tellement là, ayant marqué leurs deux vies ! Et puis il y a cette histoire en miroir, que vivre le neveu, avec la fille de Judith, l'aimée de son oncle. C'est drôle, touchant, vraiment vraiment bien. Brillant.

. Le rendez-vous de Venise, Philippe Beaussant, éd. Fayard, 2003. Paru en Poche en 2005.

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Six mois, six jours :)

29 Octobre 2014, 22:19pm

Publié par LaSourisJOne

Six mois, six jours :)

Le narrateur est un personnage d'environ 75 ans, cynique, et d'emblée se plaçant comme quelqu'un d'antipathique, peu conciliant, mysantrope, se revendiquant comme tel ; il faut dire que ses caractéristiques nous sont rapidement explicables par son passé, sa personnalité, ses choix : il a été pendant plus de 40 ans aux services d'une famille richissime, en Allemagne, de riches industriels dont il était l'homme de confiance. Il a fonctionné dans l'ombre de cette famille, sans autre prétention, jusqu'au moment où il en est limogé, sans autre forme de considération ; bien sûr, qu'à travers la constitution de sa personnalité, son intention de 'ne pas leur faire de cadeau' en racontant leurs zones d'ombres, leur histoire, s'entend. Ce portrait dépeint, et une fois qu'on sait très vite que le narrateur est ainsi, il nous livre l'histoire de la fille de l'industriel. Entre autres. Mais de cette fille, belle femme, de 45 ans, mariée, trois enfants, dont la vocation est d'être 'femme et fille d'industriel, en représentation surveillée perpétuelle, qui un jour, succombe au charme d'un homme. Jusqu'à en perdre le sens de la rationnalité ; sacrifiant à son amant la prudence qui lui est coutumière. Leur histoire 'd'amour', est habilement racontée par cet homme qui l'imagine, et la voit tout à la fois, homme de l'ombre silencieux, omniprésent. Et cet amant pour lequel elle succombe... se rêvelera un maître chanteur. Tragique marque de confiance pour cette femme qui ne s'est jamais autorisé celle-ci... La passion de cette femme durera six mois, la narration six jours... Le portrait de cette femme, de cette passion, de cette famille ayant largement collaboré pendant la guerre au régime nazi est très justement donné à voir, par le prisme de cet homme de confiance froid et implacable, et dont la narration ajoute de la dramaturgie à l'ensemble. Un récit qui m'a plu à plus d'un titre, donc...

. Six mois, six jours, Karine Tuil, éditions Grasset, 2010.

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Le peigne de Cléopâtre :)

26 Octobre 2014, 21:39pm

Publié par LaSourisJOne

Le peigne de Cléopâtre :)

... Evidemment, les trois fourchettes tordues de la couverture, avec une pointe qu'on peut imaginer trempées dans le sang, sur une nappe à carreaux qu'on pourrait trouver angélique, c'est le livre... Les apparences ne sont pas celles que l'on croit !

C'est un livre qui nous berne, nous lecteur, et on aime pas beaucoup ça, on préfère être dans la confidence, à l'insu des personnages... Mais là, les personnages en savent plus que nous. Et plus, même que les autres personnages. Mari, Anna et Fredrik, trois amis, aux apparences trompeuses. Un peu comme un ciel clair et lumineux qui soudain se retrouve chargé de nuages. Les personnages nous sont donnés à voir au début du livre à travers ce qui les fait vivre, rayonner, être sur pieds, à travers la complicité qui les lie. Et puis au fur et à mesure que le récit avance (et c'est ça le coup de maître finalement), la médaille se retourne à notre insu. Et l'on voit que tout est loin d'être aussi rose que ça. Y compris dans leur présent, émanation de leur passé familial, ou sentimental. On découvre sans jamais aucune lourdeur les 'racines du mal', via leur histoire familiale, l'air de rien, comme on soulève un caillou... Méfions-nous des apparences. Et l'amour, c'est quoi l'amour ? Peut-on vaincre un passé familial trop chargé ? Pas toujours, Fredrik en la preuve sacrifiée.

Le peigne de Cléopâtre ? C'est le nom que les 3 amis donnent à leur société, destinée à régler les problèmes des gens. Bénéfique à priori, oui, mais jusqu'où ? Ce nom vient de la découverte par Anna dans un musée, de ce fameux peigne de Cléopâtre, qui nourrit la réflexion... Evidemment la question du mal et du bien, parfois sourdement liés, est au coeur du livre. Avec cette question cruciale, taboue, au nom de quoi peut-on supprimer quelqu'un ? Attention, la frontière entre le mal et le bien est parfois ténue...

Découverte de la littérature suédoise, après Katarina Mazetti, cette auteure était la deuxième que je découvrais. Merci à Delphine pour la découverte !

. Le peigne de Cléopâtre, Maria Ernestam, éd. Gaïa. 2007, et 2013 pour la traduction française.

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Un garçon singulier :)

28 Septembre 2014, 15:24pm

Publié par LaSourisJOne

Un garçon singulier :)

Entrer dans un Grimbert me demande, je ne sais pourquoi, un effort particulier. C'est une impression que j'avais déjà ressentie en lisant 'Un secret' (dont je ne garde d'ailleurs aucun souvenir), et force est de constater qu'une fois encore, entrer dans celui-ci m'a demandé le même effort. Je ne sais pas pourquoi, au fil de la lecture, surtout au début, les mots ne s'impregnent pas en moi, ne font pas sens, si bien que je suis obligée de relire plusieurs fois les phrases pour les incorporer, et que 'ça fasse histoire'. Je ne me l'explique pas. Peut-être les descriptions 'extérieures' y sont pour quelque chose ? Je ne sais pas. En tout cas, je ne regrette pas ma persévérance, car j'ai beaucoup aimé celui-ci. Peut-être mes trois heures de train n'y sont pas étrangères, le fait est que j'ai lu ce petit livre dans son intégralité ou presque pendant ce trajet... Qu'en garderai-je ? J'espère plus quelque chose, et en tout cas plus qu'Un secret ! Mais de cela nous n'avons pas le pouvoir de décider...

Bref. Ici se tissent le portrait, en plein ou en creux, de plusieurs 'garçons singuliers', dont les visages, la réalité se superposent... Et nous mènent à plusieurs histoires d'attachements, pour au final, sortir le narrateur de sa 'singularité' douloureuse... C'est donc l'histoire d'un étudiant, qui, confronté à la nécessité de gagner sa vie, et ne sachant qu'en faire, répond à une annonce, où il est demandé d'officier comme garde d'un enfant singulier... Il se trouve que cette mission a lieu exactement sur les lieux où il passa tous les étés de son enfance, et où il connut une amitié masculine, forte, enfouie en lui, intranquille, et un peu nostalgique. Une incroyable relation va se tisser entre ce jeune homme, et le jeune garçon qu'il est chargé de garder ; un garçon sensible, et qui perçoit bien plus qu'il n'y paraît. Sans parler du couple, qui se débat comme ils peuvent avec cet enfant difficile ; très juste et belle peinture, des choix parentaux, tels qu'ils se sont matérialisés là : le père, loin, qui gagne sa vie en haut d'une tour de la Défense, la mère, qui vit difficilement, sombre dans la dépression, puis reprend son activité d'écrivain ; elle aussi aura une personnalité marquante, et non négligeable, absolument pas dans la bienveillance, mais constitutive, pour le narrateur... Une agréable lecture.

Merci à Clotilde pour cette transmission !

Un garçon singulier, Philippe Grimbert, Poche. Paru en mars 2011;

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L'art d'écouter les battements de coeur :))

28 Septembre 2014, 15:06pm

Publié par LaSourisJOne

L'art d'écouter les battements de coeur :))

C'est une belle découverte, hasardeuse, mais guidée par une lectrice bienveillante qui se reconnaîtra :), que celle-ci. Et j'ai vraiment pris un plaisir infini, progressif, croissant, à la lecture de ce livre, à cotoyer tous ses personnages. J'ai aimé l'enchassement de la narration. J'ai connu la même impatience que l'héroïne (enfin, est-ce vraiment l'héroïne, pas vraiment !), cette trentenaire qui quitte New-York sur un coup de tête à la recherche improbable de son père, disparu mystérieusement il y a quatre ans. Que va t-elle vraiment chercher à Rangoon, elle semble ne pas le savoir vraiment, ou plutôt si, 'la vérité'. Celle que sa mère a deviné, et dont elle ne veut surtout rien savoir de plus. Alors on est entrainé dans les 20 premières années de celui qui semble bien être son père, à travers le récit merveilleux, tel un conte, d'U-Ba. Personnage rencontré sans que le hasard semble y être pour quelque chose, et qui semblait l'attendre et la connaître. C'est à une réconciliation avec les sens, la puissance des autres sens que la vue, qu'on y invite ici. Et que c'est beau, et touchant, et tellement fort cette idée qu'on ne voit pas bien avec les yeux, ni avec les pieds qu'on voyage ! Cette osmose qu'on découvre, par delà la séparation, entre deux êtres frappés de cécité, et de handicap, est d'une beauté à couper le souffle ; on aime ces personnages, on les voit, arpenter le village de terre, lui bien campé sur ses pieds, elle sur ses épaules; lui servant de regard... On aime l'accuité de l'ouïe du jeune homme, privé de sa vue ; la force de l'attachement, à travers ces gens simples, tant celui, inconditionnel de ces deux personnages, mais aussi entre Su Kui, qui prend l'enfant (le père) sous son aile, l'aimant intuitivement, dans ses premières années de vie... Et la manière dont les destins se dessinent, se tracent, se marquent, et la façon dont les personnages s'y plient.

C'est une très très belle lecture, qu'on a toujours envie de prolonger...

Merci à Delphine, pour sa judicieuse recommandation, et sans qui je n'aurai sans doute pas lu ce livre.

L'art d'écouter les battements de coeur, Jean-Philippe Sendker, JC Lattès, mars 2014.

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