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Le blog de la souris jaune

Articles avec #rapport au corps

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce :)

21 Août 2016, 08:49am

Publié par LaSourisJOne

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce :)

Roman.

Véritablement conquise par La petite communiste qui ne souriait jamais (2014), j'avais très envie de lire un autre Lola Lafon. J'avais trouvé celui-ci, que j'ai lu pendant mes récentes vacances.

Evidemment, ce livre est loin, loin d'être une lecture légère. Mais je crois qu'avoir du temps pour le lire a été une très bonne chose. C'est le deuxième livre de Lola Lafon qui me fait me dire que véritablement, il y a 'quelqu'un' derrière ces pages.

Encore une fois, le rapport au corps, à son corps de femme est au coeur du livre. Toujours un rapport souffrant, contraint, lié à ce que les autres en font. Cette lecture n'est pas facile, mais extrêmement intéressante. Elle interroge beaucoup sur ce que l'on accepte de la société, sur la révolte, sur la trace que laissent des blessures ; sur la proximité entre deux êtres qui ont vécu le même trauma. Sur l'absence de limites, et la frontière, ténue, qui peut décider de faire sauter les limites... Sur la folie et la raison, donc évidemment.

On est dans un récit intime, un voire deux, ou trois d'ailleurs, melés. Des jeunes femmes. Deux se sont rencontrées dans un groupe de parole, le mardi soir, groupe de parole des victimes d'un viol ; avec ses mots à la fois pudiques et trashs, la narratrice va nous livrer la vie de ces femmes fracassées par la prise de force de leur corps. Elle ne s'arrête pas à la surface d'un instant, pour voir le trauma et ses conséquences, là, à un moment de vie ; non, elle fouille en profondeur, et donne à voir comment cet acte peut modifier jusqu'aux fondements. Elle ne s'arrête pas en chemin, et explore, au delà de la plainte qui peut être déposée, au dela de la justice, ce qu'un corps, ce qu'un être pourrait faire, pour vivre après.

Là, on est aux prises avec un quotidien qui doit se vivre, sans appitoiement, à partir d'un événement qui forcément, a tout modifié. Cela c'est ce qu'on se dit, à la lecture. En rien ce n'est formalisé. Il y a ces proximités naissantes, ces amitiés électives entre filles, qui réchauffent et grisent ; et puis il y a la fille qui va loin, qui va très loin dans l'analyse, dans la réflexion, dans les actes et le rejet d'une société peu satisfaisante. Entre dans des actions révolutionnaires, faisant naître un collectif "Les petites filles au bout du chemin". Il y a un peu de Nadja (Breton) dans ce livre-là, et particulièrement dans ce personnage-là. Il y a la fille qui est aux prises avec le réel, garde pied dedans, et celle qui est passée outre. Et la troisième amie, qui elle vit un coma, ce qui permet d'interroger le corps dans un autre de ses aspects, le corps qui s'arrête, quoi, comment, après un coma ?

Là encore, dans ce livre-là, la danse n'est pas loin. La danse, dans sa version 'travail' qui mène à la libération du corps, la danse comme exercice rude, presque maltraitant, mais finalement moins maltraitant que ce qu'un être humain peut faire à un autre en décidant de le 'prendre' sans son consentement... Il y a là encore, des pistes de réflexion extrêmement riches, c'est un travail très impressionnant, même s'il est parfois difficile, et pesant à lire.

. Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, Lola LAFON, Flammarion, 2011 ; puis éd. Babel Actes Sud mai 2014.

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Arithmétique de la chair :)

7 Août 2016, 09:42am

Publié par LaSourisJOne

Arithmétique de la chair :)

Roman.

Evidemment, ce livre-là, si on ne me l'avait pas mis entre les mains, je ne l'aurais probablement jamais lu. La couverture, le nom... Et cela aurait été dommage.

Car j'ai aimé. Ce livre est singulier, je m'y suis coulée sans freins. Il surprend. Il nous donne à voir une conception du monde radicale, mais intéressante. Entre mathématiques, goût rassurant pour les chiffres qui décrivent le monde sans surprise et permettent de le rendre rassurant, et monde réel, extérieur où l'on peut se perdre. Evidemment, on se dit que les mathématiques qui sauvent pourraient être tout autre chose. Alors ce livre ressemble à une allégorie. Mais il s'y ajoute une dimension supplémentaire : le rapport au corps. De l'aveu de la narratrice parfois pas forcément compris, mais, et c'est là que cela étonne, comme étant souverain. Vivant sa vie au delà de l'esprit... Finalement, quand j'écris cela, je me dis que ça ne manque pas de sens.

En tout cas, cette Bettina est experte en chiffres et donc comptable dans une entreprise. Son corps se caractérise par un fort embompoint, elle vit une vie solitaire, se satisfait de peu, flanquée de ses écrans, et cela ne la gêne pas, elle est sereine. Et son corps se met à enfler, jusqu'à atteindre l'obésité des 96 kg. Elle s'étonne, elle qui mange si peu pour tenter de réguler ce corps... Puis, surviennent les événements qui vont bouleverser ce chemin : elle s'inscrit à un concours de mathématiques, concours télévisé, le remporte, et elle et son corps, elle et sa sérénité vont devenir des espèces d'icônes, parce que ressenties comme 'profondémement authentiques' et uniques dans le paysage actuel. Cela permet au passage à l'auteur de passer un regard largement critique et sans doute manichéen (même si on peut lui reconnaître qu'elle le connaît bien !) le monde de la télévision et des médias. C'est sans doute ce que je reprocherais à ce livre : de se laisser aller à des catégorisations trop rapides et simplistes. De faire entrer certains de ses personnages secondaires dans des 'schémas' (le patron de son entreprise est nécessairement sans qu'aucune chance ne lui soit donnée un petit bourgeois de courte vue gouverné à la maison par sa femme, par exemple ; mais cela sert aussi la finalité de son livre, son propos).

Donc, il y a dans ce personnage principal et dans son rapport au monde une sincérité, une authenticité, et une indépendance d'esprit qui séduisent. Bien sûr, on peut s'étonner de la suite, mais ce n'est pas pour déplaire, qu'un livre nous étonne : elle va séduire, séduire quelqu'un qu'il devait être impossible de séduire ; et, parce que c'est là sa personnalité, rester accrochée à cet amour qu'elle juge hors dimension, infini. Comme peuvent l'être les chiffres, en oubliant que l'humain est fait de faiblesses, de fragilités, et en refusant qu'il soit aussi fait de renoncements et de recommencements. C'est un être authentique, entier, comme le nombre, mais qui renonce, plutôt que de tenter de reconstruire... J'ai trouvé cette lecture très raffraîchissante.

Merci à Annie et à Delph de me l'avoir permise.

. Arithmétique de la Chair, Macha Méril, éd. Flammarion, mars 2016.

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Les hommes meurent, les femmes vieillissent :))

3 Janvier 2015, 20:30pm

Publié par LaSourisJOne

Les hommes meurent, les femmes vieillissent :))

Nous voici dans les coulisses de l'Eden, un cabinet d'esthéticienne tenu par Alice. J'allais écrire un cabinet d'esthéticienne pas comme les autres. Là où on pourrait attendre de la légèreté, à partir d'un sujet qui pourrait sembler futile, la beauté féminine, on a du grave, du lourd, du vrai. Et c'est à une belle galerie de portraits, qu'on est conviés ici. Alice donne, et touche, au sens premier comme au sens figuré, sa clientèle ; ceux qui y viennent y reviennent. Tous âges, de 16 à 94 ans... A travers une galerie familiale, ou presque ; à partir de la fiche, établie avec sensibilité, comme une fiche d'identité, de chacune, chacun, par Alice, avec les goûts, les préférences, les traits de personnalités qui les caractérisent brièvement. Puis, un chapitre où chacun, chacune, s'exprime, autour de sa vie, ce qui marque l'existence, ce qu'elle/qu'il trouve à L'Eden, qui va déménager, et s'installer en face, dans l'appartement laissé vacant par Eve, suicidée que personne ne peut oublier... Portraits sans concessions, touchants, forts, non sans humour, sans distance sur soi aussi, etqui évoquent le passage du temps. Le passage du temps sur les corps, et sur les âmes ; les orientations d'une vie, avec ses virages, ses duretés, et ce qui fait qu'on est debout, parce qu'il faut bien. portraits de femmes touchants, forts, et des voix qu'on n'oublie pas.

Très beau moment de lecture.

Médiathèque de Pleurtuit.

Les hommes meurent, les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles, éd. Belfond, 2014.

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