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Le blog de la souris jaune

Articles avec #marins

Bugaled Breizh, 37 secondes :)

8 Octobre 2016, 11:38am

Publié par LaSourisJOne

Bugaled Breizh, 37 secondes :)

BD.

Je sais que je ne lis que très rarement des bandes dessinées. Mais j'ai eu envie de me plonger dans l'histoire tragique de ces marins disparus en mer du Bugaled Breizh. Et j'ai beaucoup aimé. Evidemment, c'est un formidable hommage, engagement, de la part de deux artistes pour ces familles endeuillées, comme un cadeau témoignage qui grave dans l'histoire les cinq marins et leur bateau mystérieusement enseveli par les eaux un certain jour de 2004 ; je trouve déjà la démarche puissamment touchante.

Après m'être étonnée que cette bande dessinée soit en noir et blanc, j'avoue m'être laissée emporter par l'histoire et les dessins. La bande dessinée ne manque pas de rythme, je trouve les dessins très habiles, justes, non verbeux, efficaces ; de même pour le texte. Lorsque des BDs me tombent des mains c'est qu'une image, ou une bulle sont inutiles, lorsqu'une bulle fait la paraphrase du dessin par exemple (autant ne rien écrire dans la bulle !!). Ici, on est loin de cela, c'est percutant, et jamais inutile. Parfois technique pour les non-marins, cela dit, c'est un aspect absolument nécessaire compte tenu du propos, et on le comprend aisément.

Evidemment, le parti-pris de la personnalité du journaliste-enquêteur (souvent adoptée pour incarner des enquêteurs !) revenu de tout, en deuil éperdu de sa femme et donc s'alcoolisant, n'aurait pas manqué de m'agacer si la BD ne m'avait pas complètement séduite. Donc, fi du cliché.

Je n'ai pas non plus été très fan de la fin, oh, juste la dernière page avec le bateau en papier et l'enfant, comme s'il n'était pas facile de trouver une chute à une histoire comme celle-là, et ma foi, on peut vraiment l'imaginer. Ce sont cependant les rares minuscules bémols, car j'ai été convaincue par les images et les textes efficacement mariés. Je trouve aussi le titre '37 secondes' très fort et absolument bien trouvé : 37 secondes, c'est si court, et pourtant, dans la vie de cinq familles, ces 37 secondes-là, elles sont si cruelles...

. Bugaled Breizh, 37 secondes, Pascal Bresson et Erwan Le Saëc, éd. Locus Solus. Octobre 2016.

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Le grand marin :)

3 Avril 2016, 11:00am

Publié par LaSourisJOne

Le grand marin :)

Roman.

J'avais beaucoup entendu parler de ce roman, de ce premier roman de cette femme Catherine Poulain, Le Grand marin ; j'ai fini par avoir envie de le lire et d'entrer dans son histoire de mer au bout de la terre.

Incontestablement, il y a une certaine force, un style, une écriture. Une atmosphère.

C'est l'histoire de Lili, dont on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'elle quitte sa bourgade de Manosque-les-Couteaux pour aller pêcher la morue en Alaska. Son départ ressemble à une fuite, ça on le comprend très vite entre les lignes, derrière les mots, une fuite pour oublier. Ou pour s'oublier. Ce petit bout de femme qui rêve de s'abîmer dans un milieu d'homme, il y a quelque chose de l'expiation, d'une volonté de se faire payer, d'une volonté de se faire mal pour remplacer un mal plus violent ; c'est l'impression que ça m'a donné.

En tout cas, bienvenue dans un monde où les marins sont des hommes qui braillent ou parlent peu, boivent. Mais pour être juste avec son tableau, elle nous donne en effet le versant 'intérieur' (très très loin de la psychologie) de ce profil, étant donné qu'elle est comme eux. Et qu'elle veut être comme eux. On dirait qu'elle veut punir sa condition de femme. Evidemment la question que je me suis posée tout au long du livre c'est, si c'est à cause de ce traumatisme de Manosque-les-Couteaux, ou si c'est la nature du personnage qui ne s'estime guère, c'est peu de le dire. Dans le livre, attention à ne pas le sauter, quelques bribes de réponses, ou ce qu'on peut voir comme tel, par le biais d'un paragraphe.

Elle semble vouloir à tout prix se prouver qu'elle peut faire aussi bien que les hommes en la matière : avec son petit corps fluet, mais ses grandes mains de marin, on est avec elle dans la cale, au corps à corps avec les poissons qu'elle éviscère, quand elle mange les coeurs encore chauds des poissons crus, dans la houle, les lois de la mer et des hommes de la mer.

Et puis dans les bars. Très souvent dans les bars. Avec ce bout de femme qui lutte durement contre sa fragilité de femme, naïve, innocente souvent, mais dont on sent une détermination hors du commun.

Tous ces hommes qui rôdent surtout dans la deuxième partie autour d'elle, des hommes paumés, épris d'un extrême noir, comme des mouches autour d'une charogne, c'est encore comme une part d'elle même qu'on sent en tension avec un danger imminent encore ; et puis il y a le Grand marin, dont elle semble tomber amoureuse, sans pour autant être prête à concéder sa liberté.

La finitude de ces personnages, ce rapport au monde 'brut', cette façon de se positionner dans la souffrance, dans la dureté, leur côté désabusé, le monceau d'écorchure qu'ils trainent dans la vie m'a fait penser aux personnages d'Olivier Adam, je l'avoue.

Mais j'ai mangé des embrums, j'ai baigné sur le pont, dans la cale, avec les poissons qu'on éviscère. J'y serais restée un tout petit peu moins longtemps que les 400 pages, j'avoue que j'ai peiné sur les 100 dernières, toutefois, il y a évidemment quelque chose de fort dans ce texte qu'il est difficile d'égratigner.

. Le grand marin, Catherine Poulain, éd. de l'Olivier. Février 2016.

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