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Le blog de la souris jaune

litterature nordique

Toujours avec toi :))

26 Décembre 2015, 08:12am

Publié par LaSourisJOne

Toujours avec toi :))

C'est un roman qui se goutte lentement, qui distille petit à petit la flamme qu'il inspire. Si j'ai pu être sceptique au début, et par moments un peu plus tard, c'est sans doute par manque de patience et avec l'habitude des liens plus vite. Maudite impatience. Ici, on ne comprend que plus tard, en son temps, la réelle utilité de la démarche de la jeune femme, Inga, éprouvée par un deuil mal refermé, la mort de son mari deux ans auparavant. Et l'histoire se forme, emplie petit à petit par les récits désolidarisés, de la grand-mère, et d'Inga, donc, à travers ses recherches sur les traces de son passé. L'ensemble finit par former un édifice attachant, et à nous montrer à quel point comprendre, ou tout du moins savoir, ce que notre passé n'a pas apporté jusqu'à nous, est parfois précieux. L'histoire de cette grand-mère, Rakel, va donc nous être révélée via plusieurs sources: les souvenirs des rares personnes qu'Inga peut interroger, un oncle auquel elle est très attachée, une femme qu'elle rencontre suite à ses recherches, le mot de son père, et le don d'une bague, lui qui s'est réfugié, trop marqué par son passé justement, dans son mutisme et sa fin de vie. Avec une lettre comme point de départ, trouvée dans un carton dans la maison de famille où Inga est allée tenter de se ressourcer. Une lettre qui n'a pas été mise là par hasard, mais qui, pourtant, aurait pu ne jamais être trouvée...

Et puis il y a cette Léa, ce double blond pour Rackel qui sans doute donne son nom au roman, 'Toujours avec toi' ; une rencontre fortuite pour la jeune Rackel, mais qui marquera son existence. J'ai aimé l'ambivalance qu'on imagine autour de cette lettre qui nous tient en haleine une grande partie du récit, puisque, cette lettre écrite par Léa évoque une nuit qui a tout changé... Evidemment on imagine quelque chose qui n'est pas, et c'est encore plus fort.

Il y a un fond de guerre, indissociable de l'histoire de sa grand-mère, en 1916 ; la bataille de Jutland, en mer, elle aussi indissociable de son histoire et d'un drame, d'une tragédie qui marqua sa grand-mère. Les femmes sont des personnages qui vont de l'avant, des personnages forts, centraux, et les hommes gravitent autour de ces atomes. Même s'il est difficile de les passer sous silence, notamment Anton, et Jakob, coup de foudre de Rackel (Anton, au destin tragique), et l'homme avec qui elle passera sa vie (Jakob), finalement.

Trois temporalités s'emmèlent pour servir ce récit : 1916, 2007 (celle d'Inga), et 1959, voix de Rackel sur la fin de sa vie, à l'hôpital à 61 ans, malade et mourante, revisitant ses souvenirs. Les deux récits se faisant écho. Avec cette tranche de temps inéliénable, infranchissable de toute façon pour ces deux qui sont de la même famille, dont le destin de l'une a marqué celui de l'autre, quand même, mais qui ne se connaîtront jamais.

Et puis Inga, flageolante dans sa vie professionnelle, talentueuse mais fragile, que les doutes peuvent balayer, apprend grâce à la 'sérénité' que lui apporte de découvrir et comprendre son passé à avoir confiance en elle. Renforce et affime cette photographe talentueuse, qui peut maintenant faire ses choix assumés et plus matures.

Une très belle et profonde balade au gré d'histoires intimes et de la grande histoire ; j'avais lu cette auteure sans avoir fait le lien, Le peigne de Cléopâtre ; j'avoue que sa singularité me donnera envie de retrouver une autre de ses fictions.

Toujours avec toi, Maria Ernestam, éd. Actes Sud, avril 2010.

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Le peigne de Cléopâtre :)

26 Octobre 2014, 21:39pm

Publié par LaSourisJOne

Le peigne de Cléopâtre :)

... Evidemment, les trois fourchettes tordues de la couverture, avec une pointe qu'on peut imaginer trempées dans le sang, sur une nappe à carreaux qu'on pourrait trouver angélique, c'est le livre... Les apparences ne sont pas celles que l'on croit !

C'est un livre qui nous berne, nous lecteur, et on aime pas beaucoup ça, on préfère être dans la confidence, à l'insu des personnages... Mais là, les personnages en savent plus que nous. Et plus, même que les autres personnages. Mari, Anna et Fredrik, trois amis, aux apparences trompeuses. Un peu comme un ciel clair et lumineux qui soudain se retrouve chargé de nuages. Les personnages nous sont donnés à voir au début du livre à travers ce qui les fait vivre, rayonner, être sur pieds, à travers la complicité qui les lie. Et puis au fur et à mesure que le récit avance (et c'est ça le coup de maître finalement), la médaille se retourne à notre insu. Et l'on voit que tout est loin d'être aussi rose que ça. Y compris dans leur présent, émanation de leur passé familial, ou sentimental. On découvre sans jamais aucune lourdeur les 'racines du mal', via leur histoire familiale, l'air de rien, comme on soulève un caillou... Méfions-nous des apparences. Et l'amour, c'est quoi l'amour ? Peut-on vaincre un passé familial trop chargé ? Pas toujours, Fredrik en la preuve sacrifiée.

Le peigne de Cléopâtre ? C'est le nom que les 3 amis donnent à leur société, destinée à régler les problèmes des gens. Bénéfique à priori, oui, mais jusqu'où ? Ce nom vient de la découverte par Anna dans un musée, de ce fameux peigne de Cléopâtre, qui nourrit la réflexion... Evidemment la question du mal et du bien, parfois sourdement liés, est au coeur du livre. Avec cette question cruciale, taboue, au nom de quoi peut-on supprimer quelqu'un ? Attention, la frontière entre le mal et le bien est parfois ténue...

Découverte de la littérature suédoise, après Katarina Mazetti, cette auteure était la deuxième que je découvrais. Merci à Delphine pour la découverte !

. Le peigne de Cléopâtre, Maria Ernestam, éd. Gaïa. 2007, et 2013 pour la traduction française.

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La lettre à Helga

3 Juin 2014, 15:15pm

Publié par LaSourisJOne

La lettre à Helga

La force de la nature, et de la terre : c'est ce que je retiens de ce que je connais de la littérature nordique. Ici, encore. Il y a les forces à l'état brut, et l'on n'a pas oublié que l'homme n'est qu'une petite parcelle dans un grand tout. Mais bref. Ici, c'est donc la lettre d'un vieillard, 90 ans, à Helga. Une femme pour laquelle il a ressenti un puissant appel sexuel, sensuel, chtonien... Il écrit à cette femme, et son récit ne manque pas d'humour, de sincérité ; il lui écrit combien elle a marqué sa vie, tant par sa présence distante que dans l'absence, véritablement - et bien que marié - obsédé par elle, par ses formes pleines surtout. C'est en cela que c'est un récit du corps, bien plus que de l'esprit. L'amour ici est une puissante vague bien plus qu'un état d'âme. A ses aveux, il mèle ses souvenirs de fermier d'Islande, mais aussi de nombreuses références littéraires, orales ou écrites, et l'on découvre une terre où l'écrit, le récit, fait partie d'un quotidien (il est vrai que l'écriveur se souvient d'une époque aux alentours de 1945)... Il est aussi un formidable plaidoyer pour le respect de soi : au nom de l'amour, ou du désir, on ne peut renoncer à soi et à ses valeurs... Et c'est ce qu'il explique également longuement à Helga, la raison pour laquelle il n'est pas parti avec elle en ville, tout simplement parce que la ville l'aurait tué, émoussé, toute son âme étant à la campagne. Il y a ces raisons conscientes ; et puis il y a sans doute aussi l'inconscient, qui là encore n'est pas occulté : ainsi, il sent aussi que s'il n'est pas parti, même au prix de souffrances, c'est aussi parce que cela lui permettait de rêver l'objet de son désir... Et c'est à la fin de la lettre que par une pirouette, on découvre que la destinataire de la lettre ne la lira jamais, ultime pirouette du narrateur : Helga n'est plus... Pour autant, on a aimé (sans excès !) les confessions de ce vieux fou, qui ne mégottent pas sur le langage, et parle franc, tout autant que poétique.

La lettre à Helga, Bergsveinn Birgisson, littérature étrangère. Islande : 2010 ; éd. Zulma, 2013.

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