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Le blog de la souris jaune

histoire

Victor Hugo vient de mourir

8 Janvier 2016, 22:44pm

Publié par LaSourisJOne

Victor Hugo vient de mourir

L'idée de me plonger dans une fresque historique, ou au moins un roman autour d'un grand homme me plaisait bien. J'avoue que je n'ai pas été conquise. Fouillis, fatras, pas hiérarchisé... On apprend à la fin pourquoi l'auteure se lance dans ce récit, assez inégal, de la mort d'Hugo, hommage posthume à son père... Je crois que j'aurais bien aimé le savoir avant. Cela dit, ça finit sur une note pessimiste, sombre, sans ouverture, et je ne suis guère fan, je me dis : tout ça pour ça ! Nous livrer la mort d'un grand homme pour nous dire qu'il n'a laissé aucune trace, sans espoir d'ouverture !? J'ai été agacée par les 'rapports de police', les tractations autour de ses funérailles, cela ne m'a guère intéressée. Par contre, quelques idées auraient à mon sens mérité d'être creusées ; ah, ceux qui 'finissent', au Panthéon, honneur absolu, demeurent privés d'honneurs éternels, enfermés sans que personne, ni même les oiseaux puissent venir leur rendre hommage, pour le reste des jours, j'ai aimé cette idée ; j'ai regretté que les deux personnages des amis d'Hugo, sa garde rapprochée, Meurice et Lockroy ne soient pas plus développés, finalement, toute cette vie qu'ils construisent autour de ce grand homme, dans une fidélité absolue, je l'ai découvert, c'était intéressant à creuser, malheureusement, on reste un peu sur sa faim. Les rouages de la mise en place du cortège sont chiants, le cortège en lui-même quand enfin il arrive et qu'il est décrit l'est joliment, mais... finalement ce n'est pas le coeur du récit ! Dommage. En tout cas, je crois que cela m'a donné envie de (re)lire du Hugo et de comprendre en quoi il a pu marquer à ce point, plus qu'un autre, son époque.

Médiathèque de Saint-Malo.

Victor Hugo vient de mourir, Judith Perrignon, éd. de l'Iconoclaste, 2015.

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir :))

10 Décembre 2015, 07:57am

Publié par LaSourisJOne

Toute la lumière que nous ne pouvons voir :))

Cela aurait été trop facile de balayer d'un trait de manche un travail un peu trop rapide, un peu trop léger, un peu trop superficiel d'un Américain qui s'avance sur un terrain qu'on a l'impression de tellement connaître : la seconde guerre mondiale, en France. Et pourtant. Ce livre-là est passionnant, lumineux. Plus que la seconde guerre mondiale en France, c'est plus précisément la guerre à Saint-Malo, Paris, et en Allemagne, dont il est question. Avec des choses qu'on ne lit pas sans effroi, et même sans angoissante résonnance, qui donne à voir la genèse du parti nazi, et des jeunesses hitlériennes. Quelques chapitres sont intenables, par l'édification des jeunes garçons par l'effroi, le groupe, l'humiliation, la peur, l'exemple horrifiant ; le personnage de Frédéric, le jeune homme sacrifié, le rêveur, amoureux des oiseaux qui ne concèdera rien, digne, est beau et terriblement poignant. Sa fin terrible, bouleversante.

Le personnage principal n'est pas celui-là, enfin l'un des personnages principaux : c'est Werner, jeune Allemand aux cheveux blancs depuis son enfance. On le suit intimement : son père mort à la mine, sa vie à l'orphelinat avec sa précieuse soeur Jutta, vie heureuse mais : il ne veut pas de cette vie à la mine. Alors la solution unique, s'il fait partie de l'excellence, l'autre solution, ce sont ces jeunesses 'Hitlériennes'. Sans qu'elles ne soient jamais nommées, les mots catégoriques auraient tendance à étiqueter : là, c'est la vie quoitidienne de Werner, ses abdications pour accéder à une vie autre. Et puis là-bas, son manque de sa soeur, qu'il s'efforce d'enfouir, de même que sa pensée.

Et puis il y a parallèlement de très très beaux personnages en France ; le père de Marie-Laure, qui élève seul sa fille, aveugle jeune à 7 ans, à Paris, avant qu'ils ne partent pour Saint-Malo, retrouver l'oncle, à pied, quand il ne sera plus possible de vivre à Paris au début de la guerre. Et là un monde tout en finesse, tout en beauté, en humanité ciselée et lumineuse. Là aussi la vie est rude, on a à faire à un monde de travailleurs, mais il est ébloui, éclaboussé de lumière par les gestes d'amour de ce père pour sa fille. Père serrurier, gardien des clés du Museum d'histoire naturelle de Paris : il lui fabrique des maquettes, précises, de bois, pour qu'il puisse se retrouver dans la ville d'abord Paris puis Saint-Malo. A chaque anniversaire il lui offre une boîte, un casse-tête pour éprouver sa vivacité, avec un petit cadeau dedans. Et puis il y a ce diamant, l'Océan de flammes' et sa légende, caché au fond du Musée. Un diamant qui protégerait en même temps qu'il décimerait... Et cet Allemand, qui le traque. Et puis bien sûr, cette sublime histoire des ondes, qui touchent et rassemblent les êtres au delà des frontières, les ondes de radio émises par l'oncle, et entendues - hasard stupéfiant, mais on n'a vraiment pas envie de mégoter ! - alors qu'il était petit, avec sa soeur en Allemagne.

Anthony Doerr nous balade dans Saint-Malo, dans la rue Vauborel, et ses ruelles avec brio. On y est. Je ne sais pas ce qu'en dirait les vieux Malouins, mais vraiment il y a là un sacré boulot. La guerre pendant cette période et la vie à Saint-Malo avec les bandelettes de papier dans les miches de pain, et Marie-Laure, Marie-Laure, ses pas dans la ville, son appréhension du monde de l'intérieur, avec les yeux de l'âme. Vraiment, vraiment, j'ai adoré. Et je sais déjà, que je mettrai du temps à entrer dans une autre lecture, un autre univers.

Bibliothèque d'Evran.

. Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr, 2014 (EU), éd. Albin Michel, avril 2015.

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... 347

29 Mars 2015, 23:16pm

Publié par LaSourisJOne

"... Le dernier moment où tout le monde a plus ou moins fait semblant de s'aimer, juste avant le début du troisième millénaire et qu'il n'ouvre la porte aux vents puants du ressentiment. Ils empoisonnent l'Europe comme jamais depuis les années 1930, étant d'ailleurs légèrement différents ; si le danger restait le même, on ne lui laisserait pas le temps de naître".

Charles DANTZIG

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Pas pleurer :)))

12 Février 2015, 13:20pm

Publié par LaSourisJOne

Pas pleurer :)))

Quel plaisir de lecture, que ce livre ! Il a obtenu le dernier prix Goncourt ; j'en savais peu de choses, et surtout, le titre ne m'avait pas forcément interpellée. Quelle erreur ! J'ai véritablement adoré.

Dès le départ si tant est que l'on ne se laisse pas effrayer par le premier paragraphe qui nous parle de Bernanos que l'on connaît peut-être peu, dès le départ donc on entre dans un récit qui se caractérise déjà par une agréable richesse et un étonnement de la langue. L'intrusion brutale de l'oral dans un style pouvant être très écrit est un vrai régal parce que tout cela est complètement en adéquation avec la narration ; le style s'imprègne et marque ce qui est raconté. Ainsi, nous avons aussi le savoureux mélange dans cette langue entre les hésitations de l'espagnol, à travers la langue maternelle, et le niveau du français correct et même littéraire, de la fille : la narratrice est la fille (née en France), qui écoute sa mère raconter son été 1936, en Espagne, son pays d'origine. Les deux niveaux de langue s'emmêlent, pour un résultat très réussi. Génial aussi, l'interruption brutale du texte, quand le locuteur que l'on imagine est interrompu dans ses propos. Cela donne une espèce de force de l'instantanéité à son récit, alors même qu'elle nous plonge des dizaines et des dizaines d'années de cela.

C'est extraordinaire. Nous vivons donc cette année 1936 en Espagne, et les suivantes, la naissance d'une prise de conscience ouvrière et libertaire ; la résistance nationale, soutenue par le clergé, à travers la bouche de cette jeune femme Montse, il y a 75 ans ; et puis il y a Josep, le frère, le révolté ; et Diégo, qui deviendra le mari de circonstances, opposant, rival historique du frère ; chaque personnage est passionnant, donné à voir avec une vraie finesse ; et puis il y a de loin en loin, comme une prise de recul parallèle, par la narratrice, le récit de ce que traverse Bernanos, qui souffre en son âme de ce que son pays subit.

Et évidemment, cela résonne en nous longtemps. A plein de niveaux. Car la naissance d'une résistance, c'est touchant ; car oui, chaque époque a son lot de courageux, et son lot de faibles, qui ralentissent et empêchent les changements. Aujourd'hui, encore, évidemment, dans une période où les salariés laissent un lourd tribut au nom de l'emploi raréfié à leurs conditions de travail et à leur considération, ce texte ne peut que résonner encore, et encore. Il est beau ce personnage de Josep, qui espère, qui se bat, qui croit, qui veut que les choses changent, et qui est vaincu... C'est un très très beau récit, que je garderai longtemps en moi, et que je me vois bien relire...

Médiathèque de Pleurtuit.

. Pas pleurer, Lydie Salvayre, éd. Seuil, août 2014.

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Un long week-end dans les Ardennes :)

23 Décembre 2014, 13:14pm

Publié par LaSourisJOne

Un long week-end dans les Ardennes :)

C'est par hasard, que j'ai mis la main sur ce livre, chez une bouquiniste, et j'avoue ne pas l'avoir lâché avant d'en avoir terminé. J'ai aimé celui-ci, son ambiance, le lieu central de ce livre, Breidablick, vaste domaine peuplé de sapins noirs, au coeur des Ardennes... Où sa propriétaire, une certaine Edith Waldschade, pianiste de renom, vit, et surtout élève des loups... Evidemment ça m'intriguait beaucoup cette histoire. Les loups en tant que tels ne sont pas si présents, mais ce qu'ils représentent, à travers leurs multiples évocations jalonne le livre, traversé habilement par ces différentes incarnations. Aussi, plein d'histoires se mèlent ici ; celle d'Edith avec son amour, violoniste israélien, disparu brusquement ; celle du père d'Edith bien sûr, le savant, l'érudit, noble icône pour sa fille, plus trouble pour d'autres ; ce jeune journaliste, passionné par les loups, qui fera un passage par cette maison pour creuser sa passion ; et puis bien sûr, cette famille annexe, greffée sur Edith, sa soeur, son mari et leur ado de fille, qui vit à ses crochets sur les lieux, et laisse entrer des courants exploitables par les détracteurs...

Car un vaste domaine, des loups, un savant qui vécut pendant la seconde guerre mondiale et régime nazi... Bien sûr, il y a aussi la piste des clans, sectes, groupuscules d'extrême droite qui exploitent les symboles... Edith luttant de façon forcenée contre ça, au point sans doute (le doute est laissé, finalement) de ne pas vouloir voir ? En tout cas, son père avait peut-être écrit des choses pas si catholiques que ça, et le semeur de trouble, le faux-frère, celui dont la figure vient surgir dans le roman, et dans le domaine, est là pour agiter le passé, un passé, quitte à mentir, travestir, détruire ?

J'ai aimé aussi la concentration du temps en quelques jours, semaine, même si finalement, à l'échelle de ce temps court, il se passe pas mal de choses, le point de vue de la narration, avec ce naïf journaleux passionné de loups... Dommage que les loups (qu'on aurait aimé voir en tant que tels !) disparaissent très vite ; finalement, ils hantent quand même par le fait qu'on les recherche, et ils créent quand même dans le récit et pour le lecteur un horizon d'attente... De ces loups qu'Edith aime, chérit, apprivoise de loin, de très loin quand même, loups qui sont aussi incarnations machiavéliques, comme finalement, ce qu'en a fait la grande Histoire...

Je le relirai sans doute. Ah, j'oublie de dire que dans sa langue originelle (le néerlandais), ce livre s'appelait 'Fenrir' ; du sens, car Fenrir, dans la mythologie nordique, c'est le loup sombre, le loup noir...

. Un long week-end dans les Ardennes, Hella S. HAASSE, éd. Actes Sud, Babel, 2001, 2000 pour la publication originale (Pays-Bas).

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Le roi disait que j'étais diable :(

9 Novembre 2014, 08:51am

Publié par LaSourisJOne

Le roi disait que j'étais diable :(

... Il y a des auteurs qui dès que l'on se coule dans leur livre, nous parlent véritablement, et viennent toucher des résonnances au plus profond de soi. Ils ont les mots qui nous touchent. Et il y en a d'autres qui irrémédiablement, resteront à la surface. Je suis contrainte d'avouer que celle-ci, avec ce livre-là (puisque je n'ai jamais lu d'autres livres de Clara Dupont-Monod) fait partie des livres qui demeurent loin de moi. Ainsi, j'ai bien dû lire ce livre 3 fois : chaque phrase, trois fois, pour qu'elles fassent sens en moi. Et encore, sens... J'ai eu envie de lire ce livre en entendant son auteur lors d'une interview sur France Inter ; l'idée de découvrir ce personnage historique, Aliénor d'Aquitaine, que je ne connais pas du tout, personnage haut en couleurs semble t-il même si l'Histoire ne nous a transmis aucun portrait d'elle, m'a séduite.

Je dirai qu'en ce qui me concerne, elle rate sa cible à demi. Complètement, si c'est Aliénor qu'elle voulait donner à voir ! La narration nous donne à 'pénétrer' tantôt Aliénor, donc, tantôt Louis VII, celui qui devient son époux, au XIème siècle. Nous découvrons la femme du sud de la France avant son mariage, et pendant les premières années de celui-ci. On a bien compris que tout les oppose. Mais autant j'ai 'compris', saisi, senti le personnage de Louis VII, autant pas du tout celui d'Aliénor. Je trouve (puisque c'était ce qu'elle voulait faire) qu'elle n'explore pas assez les creux de l'Histoire, elle ne les remplit pas. Aliénor aime le luxe, la guerre, la poésie, et partir seule à dos de cheval dans les rues de Paris ; en revanche, ce qu'elle est, ce qu'elle veut vraiment, j'avoue m'est resté très mystérieux, opaque. Alors certes le livre pourrait se dire bien écrit, il ne manque pas de descriptions qui se veulent antropomorphiques, j'ai découvert une tranche de l'Histoire que je ne connaissais pas ; certes, utiliser l'intime pour aborder la grande Histoire est une fabuleuse idée, mais pour ce faire, j'ai préféré Carole Martinez, Carmen Posadas avec Son Ruban Rouge ou dans un autre genre Irvin Yalom. En fait, hormis quand l'auteur incarne le roi Louis, finalement, dont elle parvient à nous faire sentir ce qu'il ressent, je me suis ennuyée...

. Le roi disait que j'étais diable, Clara Dupont-Monod, éd. Grasset, sept 2014.

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Six mois, six jours :)

29 Octobre 2014, 22:19pm

Publié par LaSourisJOne

Six mois, six jours :)

Le narrateur est un personnage d'environ 75 ans, cynique, et d'emblée se plaçant comme quelqu'un d'antipathique, peu conciliant, mysantrope, se revendiquant comme tel ; il faut dire que ses caractéristiques nous sont rapidement explicables par son passé, sa personnalité, ses choix : il a été pendant plus de 40 ans aux services d'une famille richissime, en Allemagne, de riches industriels dont il était l'homme de confiance. Il a fonctionné dans l'ombre de cette famille, sans autre prétention, jusqu'au moment où il en est limogé, sans autre forme de considération ; bien sûr, qu'à travers la constitution de sa personnalité, son intention de 'ne pas leur faire de cadeau' en racontant leurs zones d'ombres, leur histoire, s'entend. Ce portrait dépeint, et une fois qu'on sait très vite que le narrateur est ainsi, il nous livre l'histoire de la fille de l'industriel. Entre autres. Mais de cette fille, belle femme, de 45 ans, mariée, trois enfants, dont la vocation est d'être 'femme et fille d'industriel, en représentation surveillée perpétuelle, qui un jour, succombe au charme d'un homme. Jusqu'à en perdre le sens de la rationnalité ; sacrifiant à son amant la prudence qui lui est coutumière. Leur histoire 'd'amour', est habilement racontée par cet homme qui l'imagine, et la voit tout à la fois, homme de l'ombre silencieux, omniprésent. Et cet amant pour lequel elle succombe... se rêvelera un maître chanteur. Tragique marque de confiance pour cette femme qui ne s'est jamais autorisé celle-ci... La passion de cette femme durera six mois, la narration six jours... Le portrait de cette femme, de cette passion, de cette famille ayant largement collaboré pendant la guerre au régime nazi est très justement donné à voir, par le prisme de cet homme de confiance froid et implacable, et dont la narration ajoute de la dramaturgie à l'ensemble. Un récit qui m'a plu à plus d'un titre, donc...

. Six mois, six jours, Karine Tuil, éditions Grasset, 2010.

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Cette nuit, je l'ai vue :))

1 Juin 2014, 21:21pm

Publié par LaSourisJOne

Cette nuit, je l'ai vue :))

Très très belle découverte que ce livre, et cet auteur slovène. Ici se succèdent les voix, autour de la disparition d'un couple bourgeois, Véronika et Léo. Surtout autour de ce personnage, Veronika, haut en couleurs, gai, plein de vie, insouciant, écoutant ses envies et les partageant... Pendant la guerre, entre 1942 et 1944. D'abord, la voix du militaire, chargé de cavalerie, sérieux, investi dans sa mission de militaire... A qui de plus hauts gradés confient une mission qui ne l'inspirent guère : initier une femme, Véronika, à l'art de monter à cheval... A lui, le militaire, d'abord il se cabre, puis s'installe une forte complicité entre le duo improbable. Et ce premier chapitre est touchant, sensible, beau, on y lit l'amour naissant pour cette femme, amour finalement partagé ; elle va alors quitter son mari pour aller vivre son aventure, avant de retrouver son mari pour une existence plus opulente, et plus riches de découvertes et de partages. Le militaire nous laisse donc sur sa trace à elle, qu'il a perdue, et qu'il regrette... Puis, les voix se succèdent encore toujours aussi belles et troublantes, chacune révélant un pan de l'histoire, par petites touches... La mère de Véronika, qui l'attend, les yeux rivés à la fenêtre, depuis le soir où elle a disparu ; le médecin allemand, lui aussi touché par la grâce de Véronika, et dont la présence malgré lui aux côtés du couple marqua le destin de celui-ci ; la jeune femme, travaillant au Manoir, et aimant sa maîtresse, touchante de dévotion, et d'impuissance ; et puis Jéranek, celui par qui tout arrive, le garçon de ferme... Leur issue est troublante de force, irrévocable et tellement révoltante, tellement proche sans doute de ce qui se passa sans doute si souvent, dans le sillage de la guerre... entrainant son lot d'injustices, d'approximations, de vengeances pour de 'mauvaises' raisons... C'est un très beau récit que celui-ci que j'ai vraiment vraiment beaucoup aimé.

L'auteur sera présent au salon Etonants Voyageurs, à Saint-Malo, le week-end prochain...

. Cette nuit, je l'ai vue, Drago Jancar, Phébus, littérature étrangère. 2014.

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Le problème Spinoza :)))

7 Mars 2014, 09:44am

Publié par LaSourisJOne

Le problème Spinoza :)))

Je connais quelqu'un que vous connaissez peut-être aussi qui dit : "Irvin Yalom rend son lecteur intelligent !". Alors je reprends sa tournure avec plaisir, car je trouve que ma chère Luocine a raison. Intelligent, bienveillant, et curieux... Ici, nous pénétrons au coeur de deux périodes de l'Histoire éloignées de plusieurs siècles. 1640, et 1940. Pendant quelques années, voire quelques décennies deux fois, nous allons vivre avec Spinoza d'un côté, Alfred Rosenberg de l'autre. Ce livre est magistral. Car c'est vraiment à l'intérieur qu'il nous entraîne, et il nous aide à comprendre l'incompréhensible. Autour d'une énigme passionnante, pour l'auteur, mais qu'il rend passionnante aussi pour nous : le "problème" Spinoza. A son époque, Spinoza est excommunié par sa communauté juive, pour exprimer ses idées teintées de raison, telle que l'idée selon laquelle une vie après la mort existerait est une hérésie... Les fanatiques, puissamment attachés à leurs croyances prononcent le herem et le voici rejetté de sa communauté. Tout au long de sa vie, il ne cessera de réfléchir, écrire. On pénètre avec intérêt chaque instant de sa vie. Et puis on découvre Alfred Rosenberg, tout au long de sa vie. De son enfance à sa mort, jusqu'au procès de Nuremberg, des grands criminels nazis. Parce qu'il sera l'un des idéologues du parti. Les êtres ne sont plus des figures dans un livre d'Histoire, ils s'incarnent, ils deviennent des êtres de chair animés par leurs passions, marqués par leur passé... Ce livre est extraordinaire tant il aide à voir avec d'autres yeux, car de l'intérieur une période aussi noire de l'Histoire. Il n'excuse pas, évidemment, mais il aide à comprendre, car on peut penser que tout ce qui est raconté ici est juste, y compris au niveau des ressentis, des personnalités... Extraordinaire encore la façon dont les deux histoires se répondent, s'entremèlent malgré elles, parce que l'auteur nous les livre simultanément ; cela donne du poids de la force à quelque chose qui a disparu ; cela redonne une incroyable puissance à des idées, à la pensée, au delà de son concepteur : eh oui, un être traverse les siècles par le biais de sa pensée, et par ce biais est immortel. Etonnante aussi, cette histoire, et béni, ce "caillou" dans la chaussure des nazis : Spinoza. Un juif, qui peut concevoir une telle pensée, et fasciner autant de grands penseurs allemands ! Comment est-ce possible ? L'auteur imagine que c'est ce qui marqua la vie de Rosemberg, ce qu'il ne parviendra jamais à comprendre, ce sur quoi il butera toute sa vie.

De très belles leçons d'Histoire. Car on lit aussi bien sûr l'histoire de l'intolérance de l'autre, malheureusement toujours tapie dans l'ombre, à toutes époques, et qui peut tellement dégénérer, si on ne la raisonne pas... Merci à Brice de m'avoir encouragée à lire ce livre, merci pour la découverte.

. Le problème Spinoza, Irvin Yalom, Avril 2012.

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Le club des incorrigibles optimistes :))

15 Décembre 2013, 12:45pm

Publié par LaSourisJOne

Le club des incorrigibles optimistes :))

On reste longtemps, très très longtemps avec les personnages de ce livre : de fait, "Le club des incorrigibles optimistes", c'est la bagatelle de 750 pages, alors forcément, ça ne s'avale pas en quelques jours. Et puis c'est pas plus mal. Car on finit par être vraiment bien avec tous ces personnages que l'on n'a plus envie de quitter. On les retrouve dans leur quotidien, on aime leurs petits défauts, leurs manies...

C'est un récit enchassé, qui mèle les époques. Même si finalement, on peut dire que l'histoire se déroule plutôt dans les années 1952 à 62, à Paris. Et qu'au terme de l'histoire, on est tentés de relire les premières pages, qui commence par un enterrement, en 1980. Juste pour voir comment les personnages ont vieilli, et ce qu'ils sont devenus, après qu'on les ais quittés.

Beaucoup d'histoires se mèlent ici. Par certains côtés, j'ai pensé à Jonathan Coe et à son "Bienvenue au Club" (en Irlande). Ici, on est dans la peau de Michel, un jeune lycéen. Que l'on voit évoluer et se débattre avec sa famille, ses amis(es)... Et puis surtout au café, où il rencontre une faune incroyable, trucculente, épique (qui évoque celle d'Albert Cohen, et ses Valeureux). Car le livre parle aussi et surtout de l'expatriation. Au Balto, et à l'arrière du Balto, tenu par un Auvergnat, il y a une arrière-salle où l'on joue aux Echecs... Où l'on blague, se fâche, mais avant tout se réjouit d'être en vie, car tous, savent de quoi ils ont réchappé... Leur(s) histoire(s) nous est (sont) livrée(s) habilement, et on se passionne pour celle de chacun ; et on s'attache à tous, excessifs, russes pour la plupart. Et puis il y a Sacha, et le mystère de Sacha... Qui compte tant pour Michel, autour de l'amour de la photographie entre autres, et qui est banni régulièrement du Club... pourquoi ? on ne le saura qu'à la fin, via une révélation troublante, et posthume... C'est très très touchant. Et évidemment, ça donne à voir l'Histoire, avec un grand H avec beaucoup de précautions, car ce sont les hommes, avec leurs failles et leurs forces, qui font l'Histoire... Une lecture très riche.

. Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia. Ed. Albin Michel. 2009

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