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Le blog de la souris jaune

Articles avec #histoire

Un long week-end dans les Ardennes :)

23 Décembre 2014, 13:14pm

Publié par LaSourisJOne

Un long week-end dans les Ardennes :)

C'est par hasard, que j'ai mis la main sur ce livre, chez une bouquiniste, et j'avoue ne pas l'avoir lâché avant d'en avoir terminé. J'ai aimé celui-ci, son ambiance, le lieu central de ce livre, Breidablick, vaste domaine peuplé de sapins noirs, au coeur des Ardennes... Où sa propriétaire, une certaine Edith Waldschade, pianiste de renom, vit, et surtout élève des loups... Evidemment ça m'intriguait beaucoup cette histoire. Les loups en tant que tels ne sont pas si présents, mais ce qu'ils représentent, à travers leurs multiples évocations jalonne le livre, traversé habilement par ces différentes incarnations. Aussi, plein d'histoires se mèlent ici ; celle d'Edith avec son amour, violoniste israélien, disparu brusquement ; celle du père d'Edith bien sûr, le savant, l'érudit, noble icône pour sa fille, plus trouble pour d'autres ; ce jeune journaliste, passionné par les loups, qui fera un passage par cette maison pour creuser sa passion ; et puis bien sûr, cette famille annexe, greffée sur Edith, sa soeur, son mari et leur ado de fille, qui vit à ses crochets sur les lieux, et laisse entrer des courants exploitables par les détracteurs...

Car un vaste domaine, des loups, un savant qui vécut pendant la seconde guerre mondiale et régime nazi... Bien sûr, il y a aussi la piste des clans, sectes, groupuscules d'extrême droite qui exploitent les symboles... Edith luttant de façon forcenée contre ça, au point sans doute (le doute est laissé, finalement) de ne pas vouloir voir ? En tout cas, son père avait peut-être écrit des choses pas si catholiques que ça, et le semeur de trouble, le faux-frère, celui dont la figure vient surgir dans le roman, et dans le domaine, est là pour agiter le passé, un passé, quitte à mentir, travestir, détruire ?

J'ai aimé aussi la concentration du temps en quelques jours, semaine, même si finalement, à l'échelle de ce temps court, il se passe pas mal de choses, le point de vue de la narration, avec ce naïf journaleux passionné de loups... Dommage que les loups (qu'on aurait aimé voir en tant que tels !) disparaissent très vite ; finalement, ils hantent quand même par le fait qu'on les recherche, et ils créent quand même dans le récit et pour le lecteur un horizon d'attente... De ces loups qu'Edith aime, chérit, apprivoise de loin, de très loin quand même, loups qui sont aussi incarnations machiavéliques, comme finalement, ce qu'en a fait la grande Histoire...

Je le relirai sans doute. Ah, j'oublie de dire que dans sa langue originelle (le néerlandais), ce livre s'appelait 'Fenrir' ; du sens, car Fenrir, dans la mythologie nordique, c'est le loup sombre, le loup noir...

. Un long week-end dans les Ardennes, Hella S. HAASSE, éd. Actes Sud, Babel, 2001, 2000 pour la publication originale (Pays-Bas).

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Le roi disait que j'étais diable :(

9 Novembre 2014, 08:51am

Publié par LaSourisJOne

Le roi disait que j'étais diable :(

... Il y a des auteurs qui dès que l'on se coule dans leur livre, nous parlent véritablement, et viennent toucher des résonnances au plus profond de soi. Ils ont les mots qui nous touchent. Et il y en a d'autres qui irrémédiablement, resteront à la surface. Je suis contrainte d'avouer que celle-ci, avec ce livre-là (puisque je n'ai jamais lu d'autres livres de Clara Dupont-Monod) fait partie des livres qui demeurent loin de moi. Ainsi, j'ai bien dû lire ce livre 3 fois : chaque phrase, trois fois, pour qu'elles fassent sens en moi. Et encore, sens... J'ai eu envie de lire ce livre en entendant son auteur lors d'une interview sur France Inter ; l'idée de découvrir ce personnage historique, Aliénor d'Aquitaine, que je ne connais pas du tout, personnage haut en couleurs semble t-il même si l'Histoire ne nous a transmis aucun portrait d'elle, m'a séduite.

Je dirai qu'en ce qui me concerne, elle rate sa cible à demi. Complètement, si c'est Aliénor qu'elle voulait donner à voir ! La narration nous donne à 'pénétrer' tantôt Aliénor, donc, tantôt Louis VII, celui qui devient son époux, au XIème siècle. Nous découvrons la femme du sud de la France avant son mariage, et pendant les premières années de celui-ci. On a bien compris que tout les oppose. Mais autant j'ai 'compris', saisi, senti le personnage de Louis VII, autant pas du tout celui d'Aliénor. Je trouve (puisque c'était ce qu'elle voulait faire) qu'elle n'explore pas assez les creux de l'Histoire, elle ne les remplit pas. Aliénor aime le luxe, la guerre, la poésie, et partir seule à dos de cheval dans les rues de Paris ; en revanche, ce qu'elle est, ce qu'elle veut vraiment, j'avoue m'est resté très mystérieux, opaque. Alors certes le livre pourrait se dire bien écrit, il ne manque pas de descriptions qui se veulent antropomorphiques, j'ai découvert une tranche de l'Histoire que je ne connaissais pas ; certes, utiliser l'intime pour aborder la grande Histoire est une fabuleuse idée, mais pour ce faire, j'ai préféré Carole Martinez, Carmen Posadas avec Son Ruban Rouge ou dans un autre genre Irvin Yalom. En fait, hormis quand l'auteur incarne le roi Louis, finalement, dont elle parvient à nous faire sentir ce qu'il ressent, je me suis ennuyée...

. Le roi disait que j'étais diable, Clara Dupont-Monod, éd. Grasset, sept 2014.

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Six mois, six jours :)

29 Octobre 2014, 22:19pm

Publié par LaSourisJOne

Six mois, six jours :)

Le narrateur est un personnage d'environ 75 ans, cynique, et d'emblée se plaçant comme quelqu'un d'antipathique, peu conciliant, mysantrope, se revendiquant comme tel ; il faut dire que ses caractéristiques nous sont rapidement explicables par son passé, sa personnalité, ses choix : il a été pendant plus de 40 ans aux services d'une famille richissime, en Allemagne, de riches industriels dont il était l'homme de confiance. Il a fonctionné dans l'ombre de cette famille, sans autre prétention, jusqu'au moment où il en est limogé, sans autre forme de considération ; bien sûr, qu'à travers la constitution de sa personnalité, son intention de 'ne pas leur faire de cadeau' en racontant leurs zones d'ombres, leur histoire, s'entend. Ce portrait dépeint, et une fois qu'on sait très vite que le narrateur est ainsi, il nous livre l'histoire de la fille de l'industriel. Entre autres. Mais de cette fille, belle femme, de 45 ans, mariée, trois enfants, dont la vocation est d'être 'femme et fille d'industriel, en représentation surveillée perpétuelle, qui un jour, succombe au charme d'un homme. Jusqu'à en perdre le sens de la rationnalité ; sacrifiant à son amant la prudence qui lui est coutumière. Leur histoire 'd'amour', est habilement racontée par cet homme qui l'imagine, et la voit tout à la fois, homme de l'ombre silencieux, omniprésent. Et cet amant pour lequel elle succombe... se rêvelera un maître chanteur. Tragique marque de confiance pour cette femme qui ne s'est jamais autorisé celle-ci... La passion de cette femme durera six mois, la narration six jours... Le portrait de cette femme, de cette passion, de cette famille ayant largement collaboré pendant la guerre au régime nazi est très justement donné à voir, par le prisme de cet homme de confiance froid et implacable, et dont la narration ajoute de la dramaturgie à l'ensemble. Un récit qui m'a plu à plus d'un titre, donc...

. Six mois, six jours, Karine Tuil, éditions Grasset, 2010.

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Cette nuit, je l'ai vue :))

1 Juin 2014, 21:21pm

Publié par LaSourisJOne

Cette nuit, je l'ai vue :))

Très très belle découverte que ce livre, et cet auteur slovène. Ici se succèdent les voix, autour de la disparition d'un couple bourgeois, Véronika et Léo. Surtout autour de ce personnage, Veronika, haut en couleurs, gai, plein de vie, insouciant, écoutant ses envies et les partageant... Pendant la guerre, entre 1942 et 1944. D'abord, la voix du militaire, chargé de cavalerie, sérieux, investi dans sa mission de militaire... A qui de plus hauts gradés confient une mission qui ne l'inspirent guère : initier une femme, Véronika, à l'art de monter à cheval... A lui, le militaire, d'abord il se cabre, puis s'installe une forte complicité entre le duo improbable. Et ce premier chapitre est touchant, sensible, beau, on y lit l'amour naissant pour cette femme, amour finalement partagé ; elle va alors quitter son mari pour aller vivre son aventure, avant de retrouver son mari pour une existence plus opulente, et plus riches de découvertes et de partages. Le militaire nous laisse donc sur sa trace à elle, qu'il a perdue, et qu'il regrette... Puis, les voix se succèdent encore toujours aussi belles et troublantes, chacune révélant un pan de l'histoire, par petites touches... La mère de Véronika, qui l'attend, les yeux rivés à la fenêtre, depuis le soir où elle a disparu ; le médecin allemand, lui aussi touché par la grâce de Véronika, et dont la présence malgré lui aux côtés du couple marqua le destin de celui-ci ; la jeune femme, travaillant au Manoir, et aimant sa maîtresse, touchante de dévotion, et d'impuissance ; et puis Jéranek, celui par qui tout arrive, le garçon de ferme... Leur issue est troublante de force, irrévocable et tellement révoltante, tellement proche sans doute de ce qui se passa sans doute si souvent, dans le sillage de la guerre... entrainant son lot d'injustices, d'approximations, de vengeances pour de 'mauvaises' raisons... C'est un très beau récit que celui-ci que j'ai vraiment vraiment beaucoup aimé.

L'auteur sera présent au salon Etonants Voyageurs, à Saint-Malo, le week-end prochain...

. Cette nuit, je l'ai vue, Drago Jancar, Phébus, littérature étrangère. 2014.

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Le problème Spinoza :)))

7 Mars 2014, 09:44am

Publié par LaSourisJOne

Le problème Spinoza :)))

Je connais quelqu'un que vous connaissez peut-être aussi qui dit : "Irvin Yalom rend son lecteur intelligent !". Alors je reprends sa tournure avec plaisir, car je trouve que ma chère Luocine a raison. Intelligent, bienveillant, et curieux... Ici, nous pénétrons au coeur de deux périodes de l'Histoire éloignées de plusieurs siècles. 1640, et 1940. Pendant quelques années, voire quelques décennies deux fois, nous allons vivre avec Spinoza d'un côté, Alfred Rosenberg de l'autre. Ce livre est magistral. Car c'est vraiment à l'intérieur qu'il nous entraîne, et il nous aide à comprendre l'incompréhensible. Autour d'une énigme passionnante, pour l'auteur, mais qu'il rend passionnante aussi pour nous : le "problème" Spinoza. A son époque, Spinoza est excommunié par sa communauté juive, pour exprimer ses idées teintées de raison, telle que l'idée selon laquelle une vie après la mort existerait est une hérésie... Les fanatiques, puissamment attachés à leurs croyances prononcent le herem et le voici rejetté de sa communauté. Tout au long de sa vie, il ne cessera de réfléchir, écrire. On pénètre avec intérêt chaque instant de sa vie. Et puis on découvre Alfred Rosenberg, tout au long de sa vie. De son enfance à sa mort, jusqu'au procès de Nuremberg, des grands criminels nazis. Parce qu'il sera l'un des idéologues du parti. Les êtres ne sont plus des figures dans un livre d'Histoire, ils s'incarnent, ils deviennent des êtres de chair animés par leurs passions, marqués par leur passé... Ce livre est extraordinaire tant il aide à voir avec d'autres yeux, car de l'intérieur une période aussi noire de l'Histoire. Il n'excuse pas, évidemment, mais il aide à comprendre, car on peut penser que tout ce qui est raconté ici est juste, y compris au niveau des ressentis, des personnalités... Extraordinaire encore la façon dont les deux histoires se répondent, s'entremèlent malgré elles, parce que l'auteur nous les livre simultanément ; cela donne du poids de la force à quelque chose qui a disparu ; cela redonne une incroyable puissance à des idées, à la pensée, au delà de son concepteur : eh oui, un être traverse les siècles par le biais de sa pensée, et par ce biais est immortel. Etonnante aussi, cette histoire, et béni, ce "caillou" dans la chaussure des nazis : Spinoza. Un juif, qui peut concevoir une telle pensée, et fasciner autant de grands penseurs allemands ! Comment est-ce possible ? L'auteur imagine que c'est ce qui marqua la vie de Rosemberg, ce qu'il ne parviendra jamais à comprendre, ce sur quoi il butera toute sa vie.

De très belles leçons d'Histoire. Car on lit aussi bien sûr l'histoire de l'intolérance de l'autre, malheureusement toujours tapie dans l'ombre, à toutes époques, et qui peut tellement dégénérer, si on ne la raisonne pas... Merci à Brice de m'avoir encouragée à lire ce livre, merci pour la découverte.

. Le problème Spinoza, Irvin Yalom, Avril 2012.

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Le club des incorrigibles optimistes :))

15 Décembre 2013, 12:45pm

Publié par LaSourisJOne

Le club des incorrigibles optimistes :))

On reste longtemps, très très longtemps avec les personnages de ce livre : de fait, "Le club des incorrigibles optimistes", c'est la bagatelle de 750 pages, alors forcément, ça ne s'avale pas en quelques jours. Et puis c'est pas plus mal. Car on finit par être vraiment bien avec tous ces personnages que l'on n'a plus envie de quitter. On les retrouve dans leur quotidien, on aime leurs petits défauts, leurs manies...

C'est un récit enchassé, qui mèle les époques. Même si finalement, on peut dire que l'histoire se déroule plutôt dans les années 1952 à 62, à Paris. Et qu'au terme de l'histoire, on est tentés de relire les premières pages, qui commence par un enterrement, en 1980. Juste pour voir comment les personnages ont vieilli, et ce qu'ils sont devenus, après qu'on les ais quittés.

Beaucoup d'histoires se mèlent ici. Par certains côtés, j'ai pensé à Jonathan Coe et à son "Bienvenue au Club" (en Irlande). Ici, on est dans la peau de Michel, un jeune lycéen. Que l'on voit évoluer et se débattre avec sa famille, ses amis(es)... Et puis surtout au café, où il rencontre une faune incroyable, trucculente, épique (qui évoque celle d'Albert Cohen, et ses Valeureux). Car le livre parle aussi et surtout de l'expatriation. Au Balto, et à l'arrière du Balto, tenu par un Auvergnat, il y a une arrière-salle où l'on joue aux Echecs... Où l'on blague, se fâche, mais avant tout se réjouit d'être en vie, car tous, savent de quoi ils ont réchappé... Leur(s) histoire(s) nous est (sont) livrée(s) habilement, et on se passionne pour celle de chacun ; et on s'attache à tous, excessifs, russes pour la plupart. Et puis il y a Sacha, et le mystère de Sacha... Qui compte tant pour Michel, autour de l'amour de la photographie entre autres, et qui est banni régulièrement du Club... pourquoi ? on ne le saura qu'à la fin, via une révélation troublante, et posthume... C'est très très touchant. Et évidemment, ça donne à voir l'Histoire, avec un grand H avec beaucoup de précautions, car ce sont les hommes, avec leurs failles et leurs forces, qui font l'Histoire... Une lecture très riche.

. Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia. Ed. Albin Michel. 2009

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En vieillissant les hommes pleurent :)

13 Octobre 2013, 22:23pm

Publié par LaSourisJOne

En vieillissant les hommes pleurent :)

Je suis tombée sur ce livre par hasard ; le titre dit finalement assez peu de ce dont il parle, même s'il restitue assez la sensibilité juste, et touchante, de ce livre. C'est un très beau récit sur la France rurale des années 60. Plongée au coeur d'une famille dans ces années-là, très très bien donnée à voir. Il y a le père, Albert, la soixantaine, marqué par sa guerre en 1940, et la ligne Maginot, dont il a gardé les souvenirs pudiques, et secrets. L'épouse, Suzanne, élégante, belle, qui s'oublie dans sa course à la modernité. L'achat du premier téléviseur, et son intrusion dans le foyer pour la première soirée télé, partagée par tout le village est un très beau moment. Et puis il a la grand-mère, qui n'en finit pas de mourir, qui oscille entre réminiscences et oubli. Et le fils, le petit dernier tandis que l'aîné fait la guerre d'Algérie, le petit dernier qui lit Eugénie Grandet, le premier, le seul de la famille qui lit. Et la guerre. Trois guerres, trois générations d'hommes et leur guerre. C'est un portrait vraiment touchant de chacun des personnages, ainsi qu'une tentative de réhabilitation du souvenir, de ces hommes qui ont tant donné pour leur patrie, et qu'on oublie aujourd'hui. Et une reconquête de l'Histoire, qui marque et laisse ses traces parfois sales là où tant d'hommes ont souffert. C'est très très juste et sensible.

. En vieillissant les hommes pleurent, Jean-Luc Seigle, éd. Flammarion, puis J'ai Lu. Janvier 2012

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