Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de la souris jaune

Articles avec #femme

Le grand marin :)

3 Avril 2016, 11:00am

Publié par LaSourisJOne

Le grand marin :)

Roman.

J'avais beaucoup entendu parler de ce roman, de ce premier roman de cette femme Catherine Poulain, Le Grand marin ; j'ai fini par avoir envie de le lire et d'entrer dans son histoire de mer au bout de la terre.

Incontestablement, il y a une certaine force, un style, une écriture. Une atmosphère.

C'est l'histoire de Lili, dont on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'elle quitte sa bourgade de Manosque-les-Couteaux pour aller pêcher la morue en Alaska. Son départ ressemble à une fuite, ça on le comprend très vite entre les lignes, derrière les mots, une fuite pour oublier. Ou pour s'oublier. Ce petit bout de femme qui rêve de s'abîmer dans un milieu d'homme, il y a quelque chose de l'expiation, d'une volonté de se faire payer, d'une volonté de se faire mal pour remplacer un mal plus violent ; c'est l'impression que ça m'a donné.

En tout cas, bienvenue dans un monde où les marins sont des hommes qui braillent ou parlent peu, boivent. Mais pour être juste avec son tableau, elle nous donne en effet le versant 'intérieur' (très très loin de la psychologie) de ce profil, étant donné qu'elle est comme eux. Et qu'elle veut être comme eux. On dirait qu'elle veut punir sa condition de femme. Evidemment la question que je me suis posée tout au long du livre c'est, si c'est à cause de ce traumatisme de Manosque-les-Couteaux, ou si c'est la nature du personnage qui ne s'estime guère, c'est peu de le dire. Dans le livre, attention à ne pas le sauter, quelques bribes de réponses, ou ce qu'on peut voir comme tel, par le biais d'un paragraphe.

Elle semble vouloir à tout prix se prouver qu'elle peut faire aussi bien que les hommes en la matière : avec son petit corps fluet, mais ses grandes mains de marin, on est avec elle dans la cale, au corps à corps avec les poissons qu'elle éviscère, quand elle mange les coeurs encore chauds des poissons crus, dans la houle, les lois de la mer et des hommes de la mer.

Et puis dans les bars. Très souvent dans les bars. Avec ce bout de femme qui lutte durement contre sa fragilité de femme, naïve, innocente souvent, mais dont on sent une détermination hors du commun.

Tous ces hommes qui rôdent surtout dans la deuxième partie autour d'elle, des hommes paumés, épris d'un extrême noir, comme des mouches autour d'une charogne, c'est encore comme une part d'elle même qu'on sent en tension avec un danger imminent encore ; et puis il y a le Grand marin, dont elle semble tomber amoureuse, sans pour autant être prête à concéder sa liberté.

La finitude de ces personnages, ce rapport au monde 'brut', cette façon de se positionner dans la souffrance, dans la dureté, leur côté désabusé, le monceau d'écorchure qu'ils trainent dans la vie m'a fait penser aux personnages d'Olivier Adam, je l'avoue.

Mais j'ai mangé des embrums, j'ai baigné sur le pont, dans la cale, avec les poissons qu'on éviscère. J'y serais restée un tout petit peu moins longtemps que les 400 pages, j'avoue que j'ai peiné sur les 100 dernières, toutefois, il y a évidemment quelque chose de fort dans ce texte qu'il est difficile d'égratigner.

. Le grand marin, Catherine Poulain, éd. de l'Olivier. Février 2016.

Voir les commentaires

Syngué Sabour :))

19 Mars 2016, 20:22pm

Publié par LaSourisJOne

Syngué Sabour :))

Le plaisir de lire, et le sens de la lecture est revenu avec ce livre-là.

Ecrit comme une pièce de théâtre, autour d'un personnage féminin central et de ce qu'on pourrait imaginer des didascalies. En narration extérieure.

On assiste au monologue intérieur, comme une confession, de la femme, qui veille son mari blessé. Son mari dont elle attend un geste, pour penser qu'il est vivant. Pourtant il respire. Malgré la balle qu'il a reçue dans la nuque. Et elle l'alimente, patiemment, le soigne... Et se confie à lui, comme à une 'Syngué Sabour', une pierre précieuse, une pierre de la patience qui une fois qu'elle a reçu toutes les confessions explose et guérit... On a là un récit touchant, d'une femme, qui oscile entre la raison et la folie, gorgée de frustrations, pragmatique... On lit une sacrée satyre de la masculinité musulmanne, ou d'une certaine masculinité musulmanne. Qui fait la guerre, prend, possède, ne respèce pas, ne considère pas la femme... Elle, dans son attente douloureuse de sa résurrection va raconter, ses blessures, son histoire intime, et parler à son mari comme elle ne lui a jamais parlé... Toute cela sur fond de guerre, de bombes, de kalachnikov dans la rue, d'intrusions, de murs soufflés... Monde, réalité rude, plus que rude.

Mais on garde en mémoire ses mots, et chaque image que fait naître le récit, dans cette chambre où elle prend soin de ce mari, pourtant : le matelas, au milieu de la pièce, le rideau vert derrière lequel elle finit par le cacher, le rideau aux oiseaux migrateurs bleu et jaune, et puis les insectes, plus libres d'aller et venir que les humains, y compris dans les corps...

C'est vraiment un beau récit.

Merci à Charlotte, qui m'a donné envie de le lire.

. Syngué Sabour, Atiq Rahimi, éd. POL 2008, Folio 2010.

Voir les commentaires

La tête ne sert pas qu'à retenir les cheveux :)

21 Février 2016, 22:55pm

Publié par LaSourisJOne

La tête ne sert pas qu'à retenir les cheveux :)

Roman ado.

Ah, les éditions Thierry Magnier, bénies soient-elles. J'y ai vraiment lu des pépites. Encore une lecture que je ne regrette pas, par leur biais.

Un livre sur l'excision. Qui cherche à informer, plutôt qu'à condamner de façon radicale. Informer pour faire cesser cette coutume barbare qui consiste à "mutiler" les fillettes pour maîtriser le plaisir des femmes. Enfin, ce que raconte une des protagonistes (du Sénégal), cette coutume est perpétuée par les femmes pour être dans la norme, parce que les femmes non excisées seraient ostracisées et malheureuses parce que non dans la norme ; mais les mères souffrent dans leur chair de faire subir cela à leurs filles...

C'est donc l'histoire d'Awa, 16 ans, qui vit en France, à Villepinte. Un jour, se plaignant de douleurs au sexe, elle ose aller au Planning familial et ... apprend qu'elle a été excisée. Choc. Révolte. Et peur, pour ses deux jeunes soeurs : l'ont-elles été aussi ? Pourrait-elle les sauver si cela n'avait pas été le cas ? Suit alors une histoire, menée avec un certain suspense, autour des deux soeurs ; avec rouages des services de protection mis en branle, surveillance pour protéger la toute jeune soeur, traque du réseau d'exciseuses qui perdurerait dans la région parisienne... Avec des passages hauts en couleur, parfois drôles, car le roman est traité aussi sur le mode de l'humour. Bien que didactique (on a parfois du mal à croire à l'âge des jeunes protagonistes tant ils paraissent dotés d'une maturité hors norme), le roman est séduisant, et amène aussi les réflexions sur le racisme, à partir là encore d'éléments concrets, scientifiques qui balaient la conception des races et donc du racisme. Ainsi, la tante, Dado, émancipée, enfin, vivant à l'européenne (mais elle aussi excisée), universitaire, amène des réflexions qui font rire mais font mouche, toujours basées sur des études sérieuses qui plus est. Les sentiments, la souffrance intime des protagonistes, les réminiscences d'un passé oublié sont là aussi joliment bien amenés et bien rendus. Tout cela sur fond de modernité, et donc entre modernité et tradition, à l'époque du web mais aussi avec l'apport de l'Afrique dans les moeurs de la banlieue, notamment la cuisine. En voulant éloigner les écueils des clichés, tournés en dérision par le biais notamment des scénarii cinémtographiques proposés à la jeune Ernestine, qui veut faire du cinéma, et qui finalement... ne se laissera pas enfermer dans les stéréotypes.

Entre légèreté et sérieux, sur un sujet grave, un joli roman, qui aborde un sujet fort avec une vraie histoire de fiction, et sans tabou.

Médiathèque de Saint-Malo.

. La tête ne sert pas qu'à retenir les cheveux, Pauline Penot et Sabine Panet, éd. Thierry Magnier, août 2015.

Voir les commentaires

La confession de la lionne

9 Février 2016, 11:48am

Publié par LaSourisJOne

La confession de la lionne

Que dire de ce livre-là... Qu'il ne m'a pas emportée. Que peut-être, ce n'est pas de la faute du livre. Je sais que je l'ai emprunté pour la couverture, cette lionne altière et ce titre. Il m'a donné envie d'entrer dans un changement de peau, dans un ailleurs, un autre monde.

Et finalement, le voyage ne s'est pas opéré. Je suis restée moi, et j'ai eu beaucoup de mal à m'émouvoir de ce que je lisais. Est-ce la narration qui n'a pas pu me prendre, et pourquoi ? Etais-je trop loin de ces pratiques, croyances, rituels qui façonnent irrémédiablement les êtres, au Mozambique ? Je n'ai rien ressenti, en tout cas, et je le regrette.

Car c'est le destin des femmes, là-bas, qui nous est donné à voir, dans les villages de brousse retirés de tout. Des femmes fantôme, à qui les hommes, les usages, et du coup la transmission, les filiations ont retiré toute existence. Parce qu'elles sont des femmes à la merci des hommes, dont le destin appartient aux hommes, et aussi tout autant aux sorciers, et aux croyances les plus folles ; ainsi, elles sont à la merci des rites les plus aberrants, mais puisqu'il y a le poids du passé, des usages, le danger que représente la nature et les animaux sauvages, on s'y plie. Quitte à sacrifier un être, une femme.

Ici, la part de sauvagerie de l'homme, sa part de bestialité est au coeur du récit. Et puis il y a la part de mal faite aux femmes ; ce récit est un interstice entre la violence subie et la rébellion. Et nous avons deux récits qui se 'répondent', non, se mèlent ; celui du 'chasseur', qui n'a de chasseur que le nom : il est plus aux prises avec ses insomnies, ses maux, son manque d'amour ; il va partir au Mozambique, comme pour une dernière chasse, chasser le lion qui tue les humains. Et l'autre voix, celle de Mariamar, jeune femme dont on ne sait à peine, où dont on peut imaginer tour à tour plein de destins, si elle est vive, morte, sacrifiée, ou lionne. Tout à la fois, peut-être. Sa destinée est tragique, en tout cas, sans que personne ne s'en émeuve, et l'on découvre qui sont les véritables lions, là-bas : les hommes, les pères, qui boivent, frappent, et violent leurs filles. Quant aux lionnes (les femmes), elles subissent ou se défendent, sacrifient leur fille parce qu'elles même ont payé, ou alors, comme Mariamar, sacrifie toutes les femmes alentour, pour qu'enfin, la race s'éteigne et que les femmes cessent de souffrir.

La question de la mort et de la folie sont deux questions mélées dans ce livre également, et évidemment, sur la part sombre et qui nous dévore de l'humain, c'est très intéressant.

Médiathèque de Saint-Malo.

La confession de la lionne, Mia Couto, éd. Métailié. Janvier 2015. Traduit du portugais (Mozambique) par E. Monteiro Rodrigues.

Voir les commentaires

Lady Roxane :)

26 Janvier 2016, 22:03pm

Publié par LaSourisJOne

Lady Roxane :)

Roman.

C'est le dernier roman de l'Anglais Daniel Defoe (auteur de Robinson Crusoe), publié en 1724. Bond dans un autre temps, des siècles en arrière, et j'avoue que j'ai apprécié de me frotter à une autre langue, une autre époque, d'autres moeurs... Mentionné par un invité dans une émission de France Culture il y a peu de temps, j'avais noté la référence, et ai pu l'emprunter en édition 'La Pléiade', ce qui m'a évité de me rendre compte que c'était un pavé d'environ 400 pages. C'est raffraîchissant, malgré la narration relativement ampoulée, et les nombreux détails d'une histoire fleuve. Impossible cela dit, et c'est étonnant, d'en sauter quelques uns, le livre se lit comme un roman foisonnant dont il ne faut rater une ligne. C'est l'histoire d'une vie singulière, narrée par le personnage féminin principal, Lady Roxana. Tout est à replacer dans l'époque, et m'a paru intéressant : ce destin d'une femme qui choisit sa vie, avec grand pragmatisme, grand sens des affaires, après un mariage malheureux et choisit une grande partie de sa vie de ne pas transiger avec sa liberté. Aussi, il y a ce premier mariage qui la marque, parce que l'époux inconséquent la laisse avec plusieurs enfants sans le sou, et dans la misère. Pour sauver sa peau, et celle de ses enfants elle les quitte et les fait confier à une partie de sa famille plus fortunée, même si l'on verra que le rapport aux enfants, pour cette femme, ou pour cette époque, est tout autre, puisqu'ils arrivent sans que l'on puisse en maîtriser la venue, que la mortalité est sans doute élevée on imagine et l'on voit ici un attachement très très relatif. Reconstituant sa fortune, profitant de la vie et de son physique avantageux, ne rechignant pas aux honneurs et à être courtisée, sans toutefois jamais céder aux sentiments, elle mène ses affaires financières, assure ses placements financiers et associe son destin à des hommes dont elle pense ne rien avoir à craindre en matière de revers de fortune. Il y a aussi l'amie, la servante Amy, confidente, qui la sert presque jusque la fin ; finalement elle va tout de même, - et on lit là un véritable contrat bourré de garanties - épouser à nouveau un homme, après avoir juré qu'il n'en serait plus jamais le cas : le destin des femmes à cette époque est intéressant à contempler, celle que l'on surnomma Lady Roxane explique qu'une fois mariée, tout pouvoir appartient au mari, et il en est fini de son libre-arbitre. Elle se gardera de cela jusqu'à la fin. Mue par une peur d'y concéder plus forte que tout. Puis viennent les remords, quant aux enfants, les tractations qu'elle établit pour leur venir en aide sans ruiner sa réputation, car à l'époque aussi, grandement, et pour elle, il y a au coeur de tout, la préoccupation d'une réputation. Ces remords l'accompagnent, la minent, et finalement, la fin est quand même très étonnante (voire un peu courte ?) : cinq lignes, et elle qui roulait sur l'or et avait tout fait pour, essuie des revers de fortune - à nouveau, malgré ses précautions extrêmes - dont elle ne nous dit rien. Mais qui la plongent à nouveau dans la misère. Comme s'il y avait une "morale" ? Evidemment, il y a ici encore des excès dont on s'amuse parfois, qui peuvent être lourds, mais qui font partie du charme du récit : les flots de larmes, les défaillances en cas de bouleversements, les conversations très longues pour en arriver à convaincre un interlocuteur, mais tous ces excès restent charmants. Je ne dirais pas que c'est un grand livre dans sa forme et dans son écriture, redondant souvent, toutefois, je trouve le témoignage vraiment précieux quant à un destin féminin, qui en dit beaucoup sur lui et sur celui des autres, d'un autre temps, où la femme était si peu maître -normalement - de son destin.

Médiathèque de Saint-Malo.

Lady Roxane, Daniel Defoe, 1724.

Voir les commentaires

... 421

21 Janvier 2016, 21:01pm

Publié par LaSourisJOne

"Si j'avais l'infortune d'être femme, j'étais décidée à ne pas empirer ma condition par des questions de sexe ; et que, la liberté semblant être le privilège des hommes, je serais une femme-homme : née libre, je mourrais telle".

Daniel DEFOE

Voir les commentaires

J'ai eu des nuits ridicules

13 Septembre 2015, 12:52pm

Publié par LaSourisJOne

J'ai eu des nuits ridicules

Histoire moderne, histoire de femme moderne. Ayant choisi, en tout cas vivant hors couple. Expérience des histoires qui meublent, et du détachement.

Intéressant en cela.

Tout est marqué là par l'ère moderne : les échanges de SMS, la connexion permanente des êtres, les êtres qui se croisent et ne se 'nourrissent pas' ; et puis des discussions, échanges plutôt 'beauf' finalement, mais finalement ça aussi c'est l'air du temps, on ne satisfait de la surface des choses.

Et il y a ce jeune garçon, ado, de presque 15 ans, que l'héroïne trouve dans la rue. Désemparé, et un peu muet. Pourquoi va-t-elle lui ouvrir sa porte, dans une ère où on n'ouvre plus sa porte aux gens ? Ca... En tout cas, le livre prend là une autre tournure. Peu à peu, naît l'attachement, qui ne se nomme pas, qu'elle ne connaît pas... L'inquiétude pour ce garçon qu'elle ne connaît pas, les questions qu'elle se pose quand il n'est pas là, mêlés à l'ambivalence liée à ses habitudes, à sa façon de vivre solitaire. On apprend petit à petit que c'est un gamin du XVIème, fugueur pour échapper à un frère et probablement à des violences sexuelles, mais des violences qui dans ce milieu ne peuvent pas être entendues.

Le jeune garçon vient en tout cas, par sa présence, ses besoins, interroger l'héroïne sur ses choix de vie. Sur ses besoins de coucher un être à ses côtés quand vient la nuit, peu importe lequel, sur l'individualisme de notre ère. Pas déplaisant, mais pas non plus complètement conquise...

Médiathèque de Saint-Malo.

J'ai eu des nuits ridicules, Anna Rozen, éd. Le Dilettante, 2014.

Voir les commentaires

Chambre à part :)

3 Août 2015, 10:35am

Publié par LaSourisJOne

Chambre à part :)

Je suis entrée dans ce livre en toute innocence. Parce qu'il m'a fait de l'oeil dans un rayon de médiathèque et qu'en lisant la 4ème de couverture, cela m'a intrigué, séduit : c'était tout un programme, une gageure : comment faire pour que l'amour survive, vive toujours fort, né de/en 68 et toujours trente ans plus tard ? Comment un couple se construisait au quotidien avec succès ? Ca a suffi à me donner envie de lire ce livre. Etrangement, je n'avais pas identifié le nom de l'auteur, qui pour moi restait inconnu. Petit à petit... le dessinateur de presse brillant et génial dont la narratrice s'éprend en 1968 n'est-il pas... Wolinski ? Evidemment, la coïncidence serait trop grande... Le témoignage, beau en soi, prenait plus de force encore,compte tenu de ce destin injuste qui lui ôta la vie le 7 janvier dernier. Ce livre ayant été écrit bien avant, il y a au moins 13 ans par sa femme, journaliste et écrivain.

C'est une jolie voix, que celle de Maryse Wolinski. Une singulière trajectoire, qu'elle nous livre là, qui ne cherche pas à dissimuler. Une trajectoire habitée par une présence à ses côtés, celle de Georges Wolinski, qu'elle ne nomme pas dans son livre, comme en une dernière pudeur respectueuse. Il est 'Il', 'lui', on sait... Ce qui marque, ce qui frappe, c'est l'extraordinaire histoire de ce couple, demeuré amoureux malgré les tourments, malgré les rencontres, malgré les milieux, malgré l'époque, en une beauté très touchante. Une incroyable ode à l'amour, réel.

Enserrée par un incipit où elle raconte une soirée chez des amis, et la noble fragilité soudaine ressentie par son mari, qu'elle doit emmener à l'hôpital avant de lui dire : "toi tu ne vieilliras jamais ; je t'interdis de vieillir", et le retour narratif à l'hôpital à la toute fin du livre, l'écriture de ce livre résonne comme la mise en mots d'une peur, le défi à la mort, en faisant revivre par les mots la trajectoire touchante ; un livre qui résonne comme un acte d'amour.

On sait, pourtant, elle ne nous le cache pas, que cet amour commence par une admiration sans borne, une fascination éperdue pour cet homme ; qu'elle aurait pu se perdre, s'oublier, dans cet amour, face à cet homme... Mais le joli objet, "la petite jeune fille blonde" va devenir sujet, affirmer sa personnalité et l'un l'autre évoluer dans les méandres de l'amour, plus fort que tout. Elle s'affirmera féministe face à un personnage qui croquait les femmes comme des objets ; son attachement au communisme est passé au crible aussi, sans complaisance, objectivement, sous tous les angles ; leurs relations mondaines... L'un et l'autre deviennent touchants, parce qu'ils sont généreux, et qu'ils aiment, clé merveilleuse.

Médiathèque de Dinard.

. Chambre à part, Maryse Wolinski, éd. Albin Michel, 2002, Le Livre de Poche.

Voir les commentaires

... 346

27 Mars 2015, 13:11pm

Publié par LaSourisJOne

"L'élégance des femmes invente toujours un geste pour en remplacer un autre".

Charles DANTZIG

Voir les commentaires

La petite communiste qui ne souriait jamais :))

4 Mars 2015, 20:49pm

Publié par LaSourisJOne

La petite communiste qui ne souriait jamais :))

D'abord il faut peut-être vous dire que 'la petite communiste qui ne souriait jamais', c'est Nadia Comaneci. La championne olympique de gymnastique, roumaine, aux JO de 1976. Aucune raison pour qu'à priori cette histoire m'intéresse... Et pourtant... J'ai adoré.

Je sais gré à Lola Lafon de nous donner à voir que toute biographie est toujours une fiction ; tant il est vrai que toute vie garde toujours en elle sa part de mystère, de secrets. Il n'en reste pas moins que ce livre est une touchante ôde à la complexité de la nature humaine, qui tisse ses fils de faits historiques, des archives du pays, de témoignages (à priori, mais ils peuvent aussi être de la fiction), des pleins et les creux racontés (à priori) par l'héroïne elle-même... Tout en laissant toujours la part de doutes, d'un doute délicat, respectueux quant aux hypothèses... C'est une touchante réflexion sur l'identité, la confection d'un héros, mais aussi la complexité de la condition féminine, de notre rapport au corps, tant à travers la perception intime que médiatique... En nous donnant à voir cette fillette adulée en tant que telle puis rejetée, salie, parce qu'elle grandit, parce qu'elle change, parce qu'elle devient femme, c'est un récit très fort sur le passage du temps et notre acceptation de celui-ci, qui ici s'est cristallisé dans son rejet le plus extrême... Les passages où elle parle de 'sa maladie', parce qu'elle devient femme (elle a ses règles, prend des formes, et tout cela est un frein à l'exercice pur de la gymnastique dans son excellence) sont très très forts. En nous donnant à voir l'aridité d'un régime, l'inflexibilité de celui-ci, elle nous le donne à voir à travers les commentaires de Nadia par opposition à celui auquel on le compare, qui a, lui aussi, ses déviances qu'on ne voit plus... Il est si facile de juger l'autre, beaucoup moins soi... Le régime de Ceaucescu est donné à voir de façon factuelle, sans jugement, une fois encore, malgré le fait que l'auteur- la narratrice se pose en biographe, occidentale, et qu'elle a forcément son avis. J'adore les réflexions de Nadia qui défend le régime qui l'a façonnée, par opposition à une abondance insensée, et cette conception qu'elle acceptait son destin parce que bien que très dur, il lui donnait la possibilité d'exister dans 'l'extraordinaire', par opposition au destin des femmes, au destin tout tracé, mariage, puis mère, ménagère... Rien ne se pose comme meilleur, tout est à relativiser, elle nous ote le droit de juger, elle donne à voir. Bien écrit, vraiment une très belle réussite.

C'est toi, Luocine, qui m'a donné envie de le lire, alors que j'avais dû le voir quelques dizaines de fois avant sans qu'il me tente. Merci !

Médiathèque de Pleurtuit.

. La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon. Ed. Actes Sud, 2014.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 > >>