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Le blog de la souris jaune

Articles avec #femme

Arithmétique de la chair :)

7 Août 2016, 09:42am

Publié par LaSourisJOne

Arithmétique de la chair :)

Roman.

Evidemment, ce livre-là, si on ne me l'avait pas mis entre les mains, je ne l'aurais probablement jamais lu. La couverture, le nom... Et cela aurait été dommage.

Car j'ai aimé. Ce livre est singulier, je m'y suis coulée sans freins. Il surprend. Il nous donne à voir une conception du monde radicale, mais intéressante. Entre mathématiques, goût rassurant pour les chiffres qui décrivent le monde sans surprise et permettent de le rendre rassurant, et monde réel, extérieur où l'on peut se perdre. Evidemment, on se dit que les mathématiques qui sauvent pourraient être tout autre chose. Alors ce livre ressemble à une allégorie. Mais il s'y ajoute une dimension supplémentaire : le rapport au corps. De l'aveu de la narratrice parfois pas forcément compris, mais, et c'est là que cela étonne, comme étant souverain. Vivant sa vie au delà de l'esprit... Finalement, quand j'écris cela, je me dis que ça ne manque pas de sens.

En tout cas, cette Bettina est experte en chiffres et donc comptable dans une entreprise. Son corps se caractérise par un fort embompoint, elle vit une vie solitaire, se satisfait de peu, flanquée de ses écrans, et cela ne la gêne pas, elle est sereine. Et son corps se met à enfler, jusqu'à atteindre l'obésité des 96 kg. Elle s'étonne, elle qui mange si peu pour tenter de réguler ce corps... Puis, surviennent les événements qui vont bouleverser ce chemin : elle s'inscrit à un concours de mathématiques, concours télévisé, le remporte, et elle et son corps, elle et sa sérénité vont devenir des espèces d'icônes, parce que ressenties comme 'profondémement authentiques' et uniques dans le paysage actuel. Cela permet au passage à l'auteur de passer un regard largement critique et sans doute manichéen (même si on peut lui reconnaître qu'elle le connaît bien !) le monde de la télévision et des médias. C'est sans doute ce que je reprocherais à ce livre : de se laisser aller à des catégorisations trop rapides et simplistes. De faire entrer certains de ses personnages secondaires dans des 'schémas' (le patron de son entreprise est nécessairement sans qu'aucune chance ne lui soit donnée un petit bourgeois de courte vue gouverné à la maison par sa femme, par exemple ; mais cela sert aussi la finalité de son livre, son propos).

Donc, il y a dans ce personnage principal et dans son rapport au monde une sincérité, une authenticité, et une indépendance d'esprit qui séduisent. Bien sûr, on peut s'étonner de la suite, mais ce n'est pas pour déplaire, qu'un livre nous étonne : elle va séduire, séduire quelqu'un qu'il devait être impossible de séduire ; et, parce que c'est là sa personnalité, rester accrochée à cet amour qu'elle juge hors dimension, infini. Comme peuvent l'être les chiffres, en oubliant que l'humain est fait de faiblesses, de fragilités, et en refusant qu'il soit aussi fait de renoncements et de recommencements. C'est un être authentique, entier, comme le nombre, mais qui renonce, plutôt que de tenter de reconstruire... J'ai trouvé cette lecture très raffraîchissante.

Merci à Annie et à Delph de me l'avoir permise.

. Arithmétique de la Chair, Macha Méril, éd. Flammarion, mars 2016.

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Le cercle des femmes :)

25 Juillet 2016, 22:27pm

Publié par LaSourisJOne

Le cercle des femmes :)

Une histoire de femmes. Une histoire de famille. Une histoire avec plusieurs générations de femmes, forcément ça me plaît... Même si j'avoue que la narratrice n'a pas emporté ma totale adhésion, alors, forcément, j'ai plus de réserves que je n'aurais pu en avoir...

Je la trouve trop enfantine, trop crédule, trop...

J'ai aimé, pourtant, me plonger dans leurs histoires, leurs rouages, ce qui a fait leurs personnalités, entre secrets, et chemins, choix de vie, dictés parfois par l'hérédité, par un destin de mère qu'on ne veut pas suivre, ou qui nous modèle...

Alors il y a le décès que personne n'attendait, de l'arrière-grand mère, Alice. Toutes se retrouvent dans la maison de celle-ci. Parlent, évidemment. Rangent, aussi, les affaires. Et découvrent (la plus jeune, qui fouine, la fille) une boîte, qui révèle le secret d'Alice. Elle a tu, toute sa vie (seule sa meilleure amie, qui est là aussi, le savait) la raison de la disparition de son mari. Parti, l'abandonnant, pour une vie simultanée d'abord, puis pour cette autre, ailleurs. Par fierté ? Par honte elle a gardé ce secret ? On imagine que les choix de vie de cette famille, de toutes les femmes de cette famille, eurent pu être changés, le sachant....

Ces femmes qui perdent l'arrière-grand-mère, dont on apprendra petit à petit les secrets, évidemment, cela concerne ; il y a ces silences, parce qu'on ne peut faire autrement, et qui, si l'on s'en était dispensé, auraient marqué différement une vie. On le sait, mais peut-on faire autrement ? Cela concerne, mais à aucun moment ça n'a réussi à me toucher ; c'est sans doute finalement essentiellement ce que je reproche à ce livre-là.

Merci à Luocine pour la découverte.

. Le cercle des femmes, Sophie Brocas, éd. Juliard, mai 2014.

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Le roman de Louise :)

19 Mai 2016, 22:23pm

Publié par LaSourisJOne

Le roman de Louise :)

Ce roman d'Henri Gougaud nous donne à voir la vie, sous la forme d'un roman, de Louise Michel. Un roman biographique, on s'en doute, où se mèlent sa voix, ses écrits, les faits historiques de l'époque en un livre qui se lit comme un roman.

Décrite comme un beau personnage exalté, entier, viscéralement attaché aux autres, et principalement les plus pauvres, Louise Michel à travers le prisme de cet auteur suscite l'admiration, la fascination : on se demande déjà, en premier lieu, comment elle fit pour traverser une période aussi tumultueuse politiquement, et vivre jusqu'à l'âge de 75 ans, décédant d'une pneumonie ; il y a dans ce personnage une hargne au combat, à la révolution, au delà de toute peur. Seuls ses attachements peuvent la fragiliser (et la fortifier parfois) : celui à sa mère, Marianne, par dessus tout, ou à Théophile Ferré, dont elle est vraisemenblablement éperdument amoureuse, et qui tombera, victime de la révolution, quand elle ne choit pas. Malgré les procès, les emprisonnements nombreux, l'exil forcé à Cayenne... Et ce n'est pas lorsqu'elle est emprisonnée qu'elle semble le plus malheureuse ; elle nous apparaît parfois à la lisière de la folie, mais jamais sans ressources, culturelles, essentiellement. Sa résistance, sa verve provocante, sans jamais se trahir forcent le respect. C'est un beau personnage, et une histoire forte qui nous est livrée là, et qui ne manque pas de résonner aujourd'hui, alors qu'une société bascule, sans qu'on se demande de laquelle on accouchera. Louise Michel l'attendait de ses voeux pour un monde meilleur, au profit égalitaire de tous, cette révolution. Mais y est-on enfin, à la révolution qu'elle escomptait, le meilleur à la portée de tous ? Rien n'est moins sûr...

Institutrice, elle met son énergie à éduquer parce que c'est la valeur en laquelle elle croit, apporter la culture à tous ; de même qu'elle est toujours avide d'apprendre, de partages, d'écoute, comme avec le peuple canaque autour de Nouméa lorsqu'elle est exilée à Cayenne.

Une belle page d'Histoire même romancée, une leçon de courage et d'abnégation.

Médiathèque de Saint-Malo.

Le roman de Louise, Henri Gougaud, éd. Albin Michel, 2014.

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Le grand marin :)

3 Avril 2016, 11:00am

Publié par LaSourisJOne

Le grand marin :)

Roman.

J'avais beaucoup entendu parler de ce roman, de ce premier roman de cette femme Catherine Poulain, Le Grand marin ; j'ai fini par avoir envie de le lire et d'entrer dans son histoire de mer au bout de la terre.

Incontestablement, il y a une certaine force, un style, une écriture. Une atmosphère.

C'est l'histoire de Lili, dont on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'elle quitte sa bourgade de Manosque-les-Couteaux pour aller pêcher la morue en Alaska. Son départ ressemble à une fuite, ça on le comprend très vite entre les lignes, derrière les mots, une fuite pour oublier. Ou pour s'oublier. Ce petit bout de femme qui rêve de s'abîmer dans un milieu d'homme, il y a quelque chose de l'expiation, d'une volonté de se faire payer, d'une volonté de se faire mal pour remplacer un mal plus violent ; c'est l'impression que ça m'a donné.

En tout cas, bienvenue dans un monde où les marins sont des hommes qui braillent ou parlent peu, boivent. Mais pour être juste avec son tableau, elle nous donne en effet le versant 'intérieur' (très très loin de la psychologie) de ce profil, étant donné qu'elle est comme eux. Et qu'elle veut être comme eux. On dirait qu'elle veut punir sa condition de femme. Evidemment la question que je me suis posée tout au long du livre c'est, si c'est à cause de ce traumatisme de Manosque-les-Couteaux, ou si c'est la nature du personnage qui ne s'estime guère, c'est peu de le dire. Dans le livre, attention à ne pas le sauter, quelques bribes de réponses, ou ce qu'on peut voir comme tel, par le biais d'un paragraphe.

Elle semble vouloir à tout prix se prouver qu'elle peut faire aussi bien que les hommes en la matière : avec son petit corps fluet, mais ses grandes mains de marin, on est avec elle dans la cale, au corps à corps avec les poissons qu'elle éviscère, quand elle mange les coeurs encore chauds des poissons crus, dans la houle, les lois de la mer et des hommes de la mer.

Et puis dans les bars. Très souvent dans les bars. Avec ce bout de femme qui lutte durement contre sa fragilité de femme, naïve, innocente souvent, mais dont on sent une détermination hors du commun.

Tous ces hommes qui rôdent surtout dans la deuxième partie autour d'elle, des hommes paumés, épris d'un extrême noir, comme des mouches autour d'une charogne, c'est encore comme une part d'elle même qu'on sent en tension avec un danger imminent encore ; et puis il y a le Grand marin, dont elle semble tomber amoureuse, sans pour autant être prête à concéder sa liberté.

La finitude de ces personnages, ce rapport au monde 'brut', cette façon de se positionner dans la souffrance, dans la dureté, leur côté désabusé, le monceau d'écorchure qu'ils trainent dans la vie m'a fait penser aux personnages d'Olivier Adam, je l'avoue.

Mais j'ai mangé des embrums, j'ai baigné sur le pont, dans la cale, avec les poissons qu'on éviscère. J'y serais restée un tout petit peu moins longtemps que les 400 pages, j'avoue que j'ai peiné sur les 100 dernières, toutefois, il y a évidemment quelque chose de fort dans ce texte qu'il est difficile d'égratigner.

. Le grand marin, Catherine Poulain, éd. de l'Olivier. Février 2016.

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Syngué Sabour :))

19 Mars 2016, 20:22pm

Publié par LaSourisJOne

Syngué Sabour :))

Le plaisir de lire, et le sens de la lecture est revenu avec ce livre-là.

Ecrit comme une pièce de théâtre, autour d'un personnage féminin central et de ce qu'on pourrait imaginer des didascalies. En narration extérieure.

On assiste au monologue intérieur, comme une confession, de la femme, qui veille son mari blessé. Son mari dont elle attend un geste, pour penser qu'il est vivant. Pourtant il respire. Malgré la balle qu'il a reçue dans la nuque. Et elle l'alimente, patiemment, le soigne... Et se confie à lui, comme à une 'Syngué Sabour', une pierre précieuse, une pierre de la patience qui une fois qu'elle a reçu toutes les confessions explose et guérit... On a là un récit touchant, d'une femme, qui oscile entre la raison et la folie, gorgée de frustrations, pragmatique... On lit une sacrée satyre de la masculinité musulmanne, ou d'une certaine masculinité musulmanne. Qui fait la guerre, prend, possède, ne respèce pas, ne considère pas la femme... Elle, dans son attente douloureuse de sa résurrection va raconter, ses blessures, son histoire intime, et parler à son mari comme elle ne lui a jamais parlé... Toute cela sur fond de guerre, de bombes, de kalachnikov dans la rue, d'intrusions, de murs soufflés... Monde, réalité rude, plus que rude.

Mais on garde en mémoire ses mots, et chaque image que fait naître le récit, dans cette chambre où elle prend soin de ce mari, pourtant : le matelas, au milieu de la pièce, le rideau vert derrière lequel elle finit par le cacher, le rideau aux oiseaux migrateurs bleu et jaune, et puis les insectes, plus libres d'aller et venir que les humains, y compris dans les corps...

C'est vraiment un beau récit.

Merci à Charlotte, qui m'a donné envie de le lire.

. Syngué Sabour, Atiq Rahimi, éd. POL 2008, Folio 2010.

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La tête ne sert pas qu'à retenir les cheveux :)

21 Février 2016, 22:55pm

Publié par LaSourisJOne

La tête ne sert pas qu'à retenir les cheveux :)

Roman ado.

Ah, les éditions Thierry Magnier, bénies soient-elles. J'y ai vraiment lu des pépites. Encore une lecture que je ne regrette pas, par leur biais.

Un livre sur l'excision. Qui cherche à informer, plutôt qu'à condamner de façon radicale. Informer pour faire cesser cette coutume barbare qui consiste à "mutiler" les fillettes pour maîtriser le plaisir des femmes. Enfin, ce que raconte une des protagonistes (du Sénégal), cette coutume est perpétuée par les femmes pour être dans la norme, parce que les femmes non excisées seraient ostracisées et malheureuses parce que non dans la norme ; mais les mères souffrent dans leur chair de faire subir cela à leurs filles...

C'est donc l'histoire d'Awa, 16 ans, qui vit en France, à Villepinte. Un jour, se plaignant de douleurs au sexe, elle ose aller au Planning familial et ... apprend qu'elle a été excisée. Choc. Révolte. Et peur, pour ses deux jeunes soeurs : l'ont-elles été aussi ? Pourrait-elle les sauver si cela n'avait pas été le cas ? Suit alors une histoire, menée avec un certain suspense, autour des deux soeurs ; avec rouages des services de protection mis en branle, surveillance pour protéger la toute jeune soeur, traque du réseau d'exciseuses qui perdurerait dans la région parisienne... Avec des passages hauts en couleur, parfois drôles, car le roman est traité aussi sur le mode de l'humour. Bien que didactique (on a parfois du mal à croire à l'âge des jeunes protagonistes tant ils paraissent dotés d'une maturité hors norme), le roman est séduisant, et amène aussi les réflexions sur le racisme, à partir là encore d'éléments concrets, scientifiques qui balaient la conception des races et donc du racisme. Ainsi, la tante, Dado, émancipée, enfin, vivant à l'européenne (mais elle aussi excisée), universitaire, amène des réflexions qui font rire mais font mouche, toujours basées sur des études sérieuses qui plus est. Les sentiments, la souffrance intime des protagonistes, les réminiscences d'un passé oublié sont là aussi joliment bien amenés et bien rendus. Tout cela sur fond de modernité, et donc entre modernité et tradition, à l'époque du web mais aussi avec l'apport de l'Afrique dans les moeurs de la banlieue, notamment la cuisine. En voulant éloigner les écueils des clichés, tournés en dérision par le biais notamment des scénarii cinémtographiques proposés à la jeune Ernestine, qui veut faire du cinéma, et qui finalement... ne se laissera pas enfermer dans les stéréotypes.

Entre légèreté et sérieux, sur un sujet grave, un joli roman, qui aborde un sujet fort avec une vraie histoire de fiction, et sans tabou.

Médiathèque de Saint-Malo.

. La tête ne sert pas qu'à retenir les cheveux, Pauline Penot et Sabine Panet, éd. Thierry Magnier, août 2015.

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La confession de la lionne

9 Février 2016, 11:48am

Publié par LaSourisJOne

La confession de la lionne

Que dire de ce livre-là... Qu'il ne m'a pas emportée. Que peut-être, ce n'est pas de la faute du livre. Je sais que je l'ai emprunté pour la couverture, cette lionne altière et ce titre. Il m'a donné envie d'entrer dans un changement de peau, dans un ailleurs, un autre monde.

Et finalement, le voyage ne s'est pas opéré. Je suis restée moi, et j'ai eu beaucoup de mal à m'émouvoir de ce que je lisais. Est-ce la narration qui n'a pas pu me prendre, et pourquoi ? Etais-je trop loin de ces pratiques, croyances, rituels qui façonnent irrémédiablement les êtres, au Mozambique ? Je n'ai rien ressenti, en tout cas, et je le regrette.

Car c'est le destin des femmes, là-bas, qui nous est donné à voir, dans les villages de brousse retirés de tout. Des femmes fantôme, à qui les hommes, les usages, et du coup la transmission, les filiations ont retiré toute existence. Parce qu'elles sont des femmes à la merci des hommes, dont le destin appartient aux hommes, et aussi tout autant aux sorciers, et aux croyances les plus folles ; ainsi, elles sont à la merci des rites les plus aberrants, mais puisqu'il y a le poids du passé, des usages, le danger que représente la nature et les animaux sauvages, on s'y plie. Quitte à sacrifier un être, une femme.

Ici, la part de sauvagerie de l'homme, sa part de bestialité est au coeur du récit. Et puis il y a la part de mal faite aux femmes ; ce récit est un interstice entre la violence subie et la rébellion. Et nous avons deux récits qui se 'répondent', non, se mèlent ; celui du 'chasseur', qui n'a de chasseur que le nom : il est plus aux prises avec ses insomnies, ses maux, son manque d'amour ; il va partir au Mozambique, comme pour une dernière chasse, chasser le lion qui tue les humains. Et l'autre voix, celle de Mariamar, jeune femme dont on ne sait à peine, où dont on peut imaginer tour à tour plein de destins, si elle est vive, morte, sacrifiée, ou lionne. Tout à la fois, peut-être. Sa destinée est tragique, en tout cas, sans que personne ne s'en émeuve, et l'on découvre qui sont les véritables lions, là-bas : les hommes, les pères, qui boivent, frappent, et violent leurs filles. Quant aux lionnes (les femmes), elles subissent ou se défendent, sacrifient leur fille parce qu'elles même ont payé, ou alors, comme Mariamar, sacrifie toutes les femmes alentour, pour qu'enfin, la race s'éteigne et que les femmes cessent de souffrir.

La question de la mort et de la folie sont deux questions mélées dans ce livre également, et évidemment, sur la part sombre et qui nous dévore de l'humain, c'est très intéressant.

Médiathèque de Saint-Malo.

La confession de la lionne, Mia Couto, éd. Métailié. Janvier 2015. Traduit du portugais (Mozambique) par E. Monteiro Rodrigues.

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Lady Roxane :)

26 Janvier 2016, 22:03pm

Publié par LaSourisJOne

Lady Roxane :)

Roman.

C'est le dernier roman de l'Anglais Daniel Defoe (auteur de Robinson Crusoe), publié en 1724. Bond dans un autre temps, des siècles en arrière, et j'avoue que j'ai apprécié de me frotter à une autre langue, une autre époque, d'autres moeurs... Mentionné par un invité dans une émission de France Culture il y a peu de temps, j'avais noté la référence, et ai pu l'emprunter en édition 'La Pléiade', ce qui m'a évité de me rendre compte que c'était un pavé d'environ 400 pages. C'est raffraîchissant, malgré la narration relativement ampoulée, et les nombreux détails d'une histoire fleuve. Impossible cela dit, et c'est étonnant, d'en sauter quelques uns, le livre se lit comme un roman foisonnant dont il ne faut rater une ligne. C'est l'histoire d'une vie singulière, narrée par le personnage féminin principal, Lady Roxana. Tout est à replacer dans l'époque, et m'a paru intéressant : ce destin d'une femme qui choisit sa vie, avec grand pragmatisme, grand sens des affaires, après un mariage malheureux et choisit une grande partie de sa vie de ne pas transiger avec sa liberté. Aussi, il y a ce premier mariage qui la marque, parce que l'époux inconséquent la laisse avec plusieurs enfants sans le sou, et dans la misère. Pour sauver sa peau, et celle de ses enfants elle les quitte et les fait confier à une partie de sa famille plus fortunée, même si l'on verra que le rapport aux enfants, pour cette femme, ou pour cette époque, est tout autre, puisqu'ils arrivent sans que l'on puisse en maîtriser la venue, que la mortalité est sans doute élevée on imagine et l'on voit ici un attachement très très relatif. Reconstituant sa fortune, profitant de la vie et de son physique avantageux, ne rechignant pas aux honneurs et à être courtisée, sans toutefois jamais céder aux sentiments, elle mène ses affaires financières, assure ses placements financiers et associe son destin à des hommes dont elle pense ne rien avoir à craindre en matière de revers de fortune. Il y a aussi l'amie, la servante Amy, confidente, qui la sert presque jusque la fin ; finalement elle va tout de même, - et on lit là un véritable contrat bourré de garanties - épouser à nouveau un homme, après avoir juré qu'il n'en serait plus jamais le cas : le destin des femmes à cette époque est intéressant à contempler, celle que l'on surnomma Lady Roxane explique qu'une fois mariée, tout pouvoir appartient au mari, et il en est fini de son libre-arbitre. Elle se gardera de cela jusqu'à la fin. Mue par une peur d'y concéder plus forte que tout. Puis viennent les remords, quant aux enfants, les tractations qu'elle établit pour leur venir en aide sans ruiner sa réputation, car à l'époque aussi, grandement, et pour elle, il y a au coeur de tout, la préoccupation d'une réputation. Ces remords l'accompagnent, la minent, et finalement, la fin est quand même très étonnante (voire un peu courte ?) : cinq lignes, et elle qui roulait sur l'or et avait tout fait pour, essuie des revers de fortune - à nouveau, malgré ses précautions extrêmes - dont elle ne nous dit rien. Mais qui la plongent à nouveau dans la misère. Comme s'il y avait une "morale" ? Evidemment, il y a ici encore des excès dont on s'amuse parfois, qui peuvent être lourds, mais qui font partie du charme du récit : les flots de larmes, les défaillances en cas de bouleversements, les conversations très longues pour en arriver à convaincre un interlocuteur, mais tous ces excès restent charmants. Je ne dirais pas que c'est un grand livre dans sa forme et dans son écriture, redondant souvent, toutefois, je trouve le témoignage vraiment précieux quant à un destin féminin, qui en dit beaucoup sur lui et sur celui des autres, d'un autre temps, où la femme était si peu maître -normalement - de son destin.

Médiathèque de Saint-Malo.

Lady Roxane, Daniel Defoe, 1724.

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... 421

21 Janvier 2016, 21:01pm

Publié par LaSourisJOne

"Si j'avais l'infortune d'être femme, j'étais décidée à ne pas empirer ma condition par des questions de sexe ; et que, la liberté semblant être le privilège des hommes, je serais une femme-homme : née libre, je mourrais telle".

Daniel DEFOE

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J'ai eu des nuits ridicules

13 Septembre 2015, 12:52pm

Publié par LaSourisJOne

J'ai eu des nuits ridicules

Histoire moderne, histoire de femme moderne. Ayant choisi, en tout cas vivant hors couple. Expérience des histoires qui meublent, et du détachement.

Intéressant en cela.

Tout est marqué là par l'ère moderne : les échanges de SMS, la connexion permanente des êtres, les êtres qui se croisent et ne se 'nourrissent pas' ; et puis des discussions, échanges plutôt 'beauf' finalement, mais finalement ça aussi c'est l'air du temps, on ne satisfait de la surface des choses.

Et il y a ce jeune garçon, ado, de presque 15 ans, que l'héroïne trouve dans la rue. Désemparé, et un peu muet. Pourquoi va-t-elle lui ouvrir sa porte, dans une ère où on n'ouvre plus sa porte aux gens ? Ca... En tout cas, le livre prend là une autre tournure. Peu à peu, naît l'attachement, qui ne se nomme pas, qu'elle ne connaît pas... L'inquiétude pour ce garçon qu'elle ne connaît pas, les questions qu'elle se pose quand il n'est pas là, mêlés à l'ambivalence liée à ses habitudes, à sa façon de vivre solitaire. On apprend petit à petit que c'est un gamin du XVIème, fugueur pour échapper à un frère et probablement à des violences sexuelles, mais des violences qui dans ce milieu ne peuvent pas être entendues.

Le jeune garçon vient en tout cas, par sa présence, ses besoins, interroger l'héroïne sur ses choix de vie. Sur ses besoins de coucher un être à ses côtés quand vient la nuit, peu importe lequel, sur l'individualisme de notre ère. Pas déplaisant, mais pas non plus complètement conquise...

Médiathèque de Saint-Malo.

J'ai eu des nuits ridicules, Anna Rozen, éd. Le Dilettante, 2014.

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