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Le blog de la souris jaune

famille

Le malentendu

20 Avril 2019, 14:51pm

Publié par LaSourisJOne

Théâtre.

Bon, bon, bon. Etre heureuse de découvrir, encore et encore, et là, le théâtre de Camus. Savoir que je n'en suis pas fan... Enfin : je dirais que je pourrais en aimer l'écriture, mais pas les idées, tant pis pour les puristes et amoureux de l'auteur.

Je trouve plus de lumière dans une tragédie d'Anouilh. Et je m'autorise à les rapprocher parce que ces deux pièces ont vu le jour exactement à la même période.

Mais bref, tentons de dire ici ce qu'il en est : 

Une mère, une fille. (Martha est jouée lors de la première représentation, par Maria Casarès, la maîtresse de Camus dans la vraie vie, donc). La mère et la fille tiennent une auberge ; on comprend à travers leurs conversations qu'elles règlent leur compte à certains clients, pour leur prendre leur argent, lorsqu'elles pensent que c'est sans danger ; elles lui font boire un thé empoisonné et ensuite s'en débarassent dans la rivière. La mère en est lasse, la fille veut continuer, parce qu'elle rêve d'ailleurs, du soleil de l'Algérie. Comme une échappatoire, enfin, à leur vie, le fils y ayant eu droit, lui ? 

Et justement, un jour, là, c'est le fils qui revient. Son frère, mais elles ne le reconnaissent pas. Lui veut les aider enfin. Elles vont mener à bien une fois de plus leur dessein sans savoir à temps que cette fois-ci... elles tueront leur fils et frère.

Ce côté inexorable que l'on voit arriver est intéressant ; cependant, je me retrouve très peu dans la noirceur humaine de Camus.

Merci à Delphine, qui m'a permis cette découverte. Mille mercis.

. Le malentendu, Albert Camus, 1944.

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Antigone :))

14 Avril 2019, 21:03pm

Publié par LaSourisJOne

Théâtre.

Bonheur que de se replonger dans l'histoire d'Antigone, en grande fan que je suis de l'Antigone d'Anouilh. Celle, originelle, de Sophocle.

Elle est évidemment plus complexe, sans doute "chargée" par les strophes et antistrophes antiques poétiques et lyriques, des chants entre les scènes. Digeste, cependant, en tout cas, là, à cette période de ma vie, c'est ce que je me suis dit.

Alors : la version de Sophocle commence par une entrevue entre les deux frangines. Pas de nourrice ici. Ismène a plus de "solidité" que celle d'Anouilh.

Créon est très rude, "un", indivisible, peu nuancé, tranché, buté ; y compris avec son fils Hémon qui pourtant vient habilement lui parler et précher la raison. Y compris en tentant d'infléchir le père parce que le peuple donne raison à Antigone. Mais Créon ne veut rien entendre.

Chez Sophocle, c'est Tirésias (qui n'existe pas dans la version d'Anouilh), le devin, qui vient parler à Créon, pour lui dire de cesser tout cela, de donner sa sépulture au mort et de sauver Antigone, ou il lui arrivera malheur. Créon s'obstine encore, mais, à l'annonce du malheur, il finit par accepter de plier. Il va sur le corps de Polynice, lui donne un tombeau, va jusqu'à Antigone qu'il a condamnée à mourir sous terre, mais là il est trop tard : Antigone est déjà morte, Hémon est là, tente de l'atteindre, lui, son père, et se retourne alors son épée contre lui-même... Eurydice l'apprenant, se donne la mort à son tour. Et Créon se repend, comprenant ses erreurs ! Pas de repentance chez Anouilh, son Créon a juste le sentiment du devoir accompli...

Cette pièce, émanant des siècles passés, est décidément fascinante : qu'une femme ait pu avoir cette importance-là, il y a 25 siècles, chez Sophocle, et dans ce peuple, m'émeut... 

Parce que c'était il y a 25 siècles......

. Antigone, Sophocle, (440 av JC).

 

 

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La mort du roi Tsongor :)))

19 Février 2019, 21:40pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Prix Goncourt des lycéens 2002.

Splendide. Vraiment, je suis heureuse de l'avoir acheté, parce que je pense que je le relirai.

Il est fort, il est beau ce livre-là ; il a la force d'une tragédie, où le destin tire inéluctablement les êtres vers ce qu'ils ont cherché... Ou ne sont pas parvenus à éviter.

Ici, les hommes se font la guerre sans se rendre compte que l'orgueil les perd, stupidement, et que c'est leur vie, qu'ils perdent, à ne point vouloir céder ni réfléchir. 

Alors il y a Tsongor, le roi, qui quitta la terre de son père pour construire un royaume plus grand que le sien ; pendant vingt ans il combattit, jusqu'au jour où il en eut assez. Il fit son serviteur un de ses derniers hommes conquis, et ces deux-là échangent un pacte, un pacte de mort... Les années passent, le serviteur prendra la vie de son maître un jour, tel était le pacte. Et le jour arrive ; seulement, les deux hommes sont devenus amis... 

Et puis il y a sa fille, Samilia, que Tsongor promet à un riche époux. Tout va bien, nous sommes à la veille du mariage et tous sont heureux, y compris Samilia, à l'idée de cette union. Mais un voyageur solitaire surgit, sorti du passé, et il rapporte un serment d'enfance que lui et Samilia s'étaient échangés : ils se marieraient, et c'est pour acquérir de la valeur qu'il est parti sur les routes, pour mieux revenir et la mériter... 

Quel dilemne ! Que faire ? Tsongor, refusant de trancher ou pressentant la guerre, décide que le jour de sa mort est arrivé. Il laisse alors derrière lui, des hommes qui vont s'entretuer pendant des années, sans réfléchir, par orgueil, et dont le combat est absurde...

Et il y a le jeune fils de Tsongor, que celui-ci a chargé de construire sept tombeaux pour lui, et que mine de rien, en le condamnant à l'exil, il sauve de ces pêchés d'orgueil, de destruction, de haine, de guerre... 

Entre légendes et mythologies, force des paroles données, force des serments et des attachements, c'est beau, c'est très très beau...

J'ai adoré.

. La mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé, Actes Sud 2002 ; Le Livre de Poche 2018

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Petit pays :))

17 Février 2019, 09:51am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Prix Goncourt des lycéens 2016.

Qu'écrire sur ce livre... Les mots arrivent souvent en deça. C'est évidemment le cas ici. Gaby, Gabriel, évoque son retour dans son pays, 20 ans après l'avoir quitté. D'ailleurs il ne l'a pas quitté, il l'a fui, comme il l'explique lui-même. Il nous raconte alors son enfance là-bas avant de partir, ses 10 ans et 11 ans au Burundi, en lisière du Rwanda. Alors que la haine, incompréhensible pour le narrateur, entre les hutu et les tutsi est en train de naître, et dans le cadre de ce génocide... D'abord des anecdotes d'enfant, d'enfant simple, qui vit dans une impasse et retrouve ses copains pour attraper les mangues, à l'aide d'une perche, dans les jardins... Et puis l'irruption de la haine, des gangs, l'incompréhensible obligation de soudain choisir un camp... Et puis il reste sa voisine d'origine grecque, qui lui ouvre sa maison, où il découvre une vaste bibliothèque, et où soudain, son réel si dur se teinte d'imaginaire.

Alors 20 ans plus tard, justement, quand il retourne sur place, il y retourne parce que, décidée, elle lui a légué ses livres... 

Il y a la figure de la mère, terrible figure marquée par le génocide de sa famille, et qui ne s'en sortira plus... Le narrateur a cette comparaison forte du génocide à une marée noire, si on s'en sort on est mazouté à vie. C'est le cas de sa pauvre maman... 

Quand l'innoncence de l'enfance se mèle à l'horreur de la haine et de la guerre, ce livre donne envie d'aimer encore plus ses proches...

Bibliothèque d'Evran.

Merci à Delphine pour ce prêt précieux.

. Petit pays, Gaël Faye, 2016.

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Au pied de la falaise :))

5 Décembre 2018, 16:23pm

Publié par LaSourisJOne

BD.

Quelle tranquille et sereine balade au gré des pages de cette BD ! 

J'ai aimé l'univers, le dessin, la poésie qui ne cède rien au réel ; en Afrique, un petit village pétri des rituels, traditions, séculaires du peuple ; on va suivre Akou, l'enfant Akou, le fils du chef du village. Le temps d'histoires représentatives d'un événement estimé comme fort. Le temps passe sans qu'on s'en aperçoive, et le temps passe aussi dans la BD, pour Akou. Akou devient grand, prend femme, a des enfants, travaille la terre pour faire vivre sa famille... La sagesse qui se dégage de ces pages fait du bien. De petites phrases très justes se glanent, au fil des "leçons de vie" que le quotidien nous donne, le quotidien auquel se frotte Akou, Akou qui ne manque pas de bonté, d'authenticité et de sagesse...

C'est très beau, à tous points de vue.

Un livre qui fait du bien, à mettre entre toutes les mains pour le meilleur...

Médiathèque de Saint-Malo.

. Au pied de la falaise, ByMöko, éd. Noctambule, mai 2017.

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Danser au bord de l'abîme :))

2 Octobre 2018, 18:43pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

D'abord il y eut Luc, pour me recommander de lire ce livre, et déjà je m'étais dit qu'il en avait sûrement la peine ; la dernière salve est venue de l'auteur lui-même, racontant l'attachement profond qu'avait 'la première dame' pour ce livre en le dévorant en une nuit... Et il est tombé entre mes mains merveilleusement samedi dernier, dans l'une de mes bibliothèques préférées. 

J'avais aimé, mais sans l'adorer la Liste de mes envies ; c'est sans doute ce qui ne m'avait pas donné envie de m'y précipiter encore. Je sais maintenant que je chercherai rapidement à lire les autres livres de Grégoire Delacourt. 

Celui-là est fabuleux.

Parce qu'il explore sans freins une, des thématiques et ses conséquences... C'est fort. Emma est mariée, pas malheureuse, trois enfants. Un jour, alors qu'elle ne cherche rien, un midi dans une brasserie, elle tombe éperdue d'amour. Une passion naît, nourrie de ce désir, de ses pensées. Ils ne feront que se regarder, et pourtant ce sont tous les possibles qui sont forts... Jusqu'au jour où ils décident, l'un et l'autre, conquis l'un et l'autre, de tout quitter l'un pour l'autre. Sauf que, la tragédie. Elle quitte son époux et ses enfants. Va le retrouver, mais... Puis, vient la maladie de son mari, à nouveau. Il y a quelque chose d'incroyablement puissant dans le fait de choisir de vivre, ce qu'on avait voulu vivre, là, sans limites. Un accomplissement de soi ultime, troublant, même quand... Plus fort que la mort. Plus fort que la maladie. 

C'est véritablement juste, c'est sans concession, c'est beau parce que c'est humain, tellement humain, avec tous les grains de sable, ou les murs qu'on se prend d'une vie.

J'ai adoré.

Et avec cela, la résonnance d'un texte qu'on a oublié depuis si longtemps, venu de l'enfance, et qui prend soudain tout son sens, toute sa dimension : quand enfin, on découvre pour la première fois, grâce à Grégoire Delacourt, La Petite chèvre de Monsieur Seguin. Et qu'on l'aime éperdument.

Bibliothèque de Lanvallay.

. Danser au bord de l'abîme, Grégoire Delacourt, éd. JC Lattès, 2017.

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Battement d'ailes :)

23 Août 2018, 13:11pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Je me suis laissée tenter par ce livre trouvé au hasard sur une braderie. Et finalement j'ai bien fait, cela me permet d'adoucir mon souvenir de l'auteure Milena Agus ! Je n'avais pas du tout adhéré à Mal de pierres

Avec ce livre-là, dans la peau d'une narratrice, jeune, naïve, candide. Une adolescente probablement. Elle raconte sa famille, son grand-père, son père, sa mère dépressive, et la voisine, "Madame", et surtout elle, d'ailleurs. Une femme, seule, qui a choisi d'avoir sa maison d'hôtes, en Sardaigne. Et qui, malgré l'insistance des promoteurs, ne veut pas vendre son domaine pour qu'il soit transformé. On suit la vie en général de ces deux familles, et les choix de chaque membre de ces deux entités. 

Et cette Madame, attachante, avec ses gri-gris, ses robes découpées dans de vieux tissus, ses amours, sa grande solitude ; une femme qui apparaît en transparence plus fragile que la force qu'il faut sans doute pour choisir ce destin. 

Quant au Battement d'ailes, il est associé au père de la narratrice, parti, ou disparu, la condamnant à imaginer... Et lorsque les couvertures se soulèvent dans les airs comme des ailes, elle se projette dans l'idée que c'est son père qui communique avec elle.

. Battement d'ailes, Milena Agus, 2008 pour la traduction française, éd. Liana Levi.

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La tresse :)

7 Août 2018, 14:03pm

Publié par LaSourisJOne

Roman choral.

Voici l'inconvénient d'avoir tant et tant entendu de bien à propos d'un livre, et c'est le paradoxe : on n'est plus complètement vierge en l'abordant, ou l'horizon d'attente est trop grand, alors j'imagine qu'il part avec un handicap... Je concède que je m'étais attendue à autre chose, quelque chose de plus "soutenu", de plus dense. Mais on se fait aussi, parfois, de fausses idées sur des livres, et ça fait aussi partie de la magie de la lecture. 

Bien sûr, impossible ou difficile de ne pas aimer ce livre. Il me fait penser au Prophète, de Khalil Gibran... Un peu un roman à "message" bienheureux, optimiste, chaleureux, universel... 

J'ai mis un peu de temps à entrer dans l'histoire de ces trois personnages, même si (ou justement parce que) le style est très simple. Certains passages m'ont un peu gênée, enfin, j'aurais pu me dire que c'était trop "démonstratif". Cependant, j'y ai trouvé des ingrédients précieux quand même, des personnages féminins qui font face, qui n'abdiquent pas, coûte que coûte, et qui affrontent le poids de leur destinée. Et puis il y a cette structure tressée, sans trop en dire, qui évidemment est chouette et attachante... Les trois histoires sont finalement soutenues par les autres, et c'est un message assez encourageant, une vision du monde qu'on a envie de ne pas occulter.

Médiathèque de Saint-Malo.

. La tresse, Laeticia Colombani, éd. Grasset, mai 2017.

 

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Une dernière danse :))

7 Juillet 2018, 09:34am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

J'avais déjà lu avec un grand bonheur L'île des oubliés, de cette auteure. 

Deuxième coup de coeur pour Victoria Hislop avec ce livre-là, qui est rudement efficace pour faire naître sous nos yeux les personnages d'une famille, les liens d'attachement qui les unissent, et l'absolue injustice d'un sort induit par le contexte, pour les séparer. (La peste, avec l'île des oubliés, la guerre civile ici).

En outre, j'avais déjà lu plusieurs livres autour de la guerre civile en Espagne, lu un certain nombre de choses, apprécié le Guernica de Picasso... Et pourtant, jamais je n'ai compris aussi bien ce qui s'était passé dans ces années-là, avant 1936 et pendant ces trois ans d'horreur où sous l'impulsion de Franco une partie des Espagnols se sont retournés contre les intellectuels de gauche, les ouvriers, les communistes, la danse... Mon Dieu, je n'imaginais pas que cela avait pu être à ce point. Saga d'une famille pendant cette période, dont le père tient un café ; la saga arrive par le biais de photos dans ce bar que la narratrice découvre par hasard lors d'un voyage à Grenade.. Bien sûr, certains "coïncidences" peuvent faire tiquer, bien sûr ; mais ça ne gâche rien au plaisir que j'ai eu d'entrer dans les deux époques, les deux vies celle de Sonia la narratrice, et son gougeat de mari, et la magnifique famille de Mercedes, la jeune danseuse de flamenco... J'adore cette idée que c'est la danse qui sauve, le fait d'exprimer par son corps ses sentiments, et de s'oublier par ce biais, qui préserve de la rudesse de la vie. Et les frères, le torrerro, et puis les deux autres... Et Javier, le beau Javier...

J'ai aussi découvert la force du flamenco. 

Juste, le titre français ne me paraît pas du tout approprié, je trouve que ce roman n'a rien à voir avec "Une dernière danse", bien au contraire, ce serait plutôt "une première danse", en tout cas quelque chose qui ouvre... Le titre anglais The Return était beaucoup plus approprié.

En tout cas vraiment un roman dans lequel se plonger cet été !

Médiathèque de Saint-Malo.

. Une dernière danse, Victoria Hislop, 2008 ; France, éd. Les Escales mai 2014. 

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This is not a love song :)

10 Juin 2018, 10:02am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Retrouver Jean-Philippe Blondel. Se couler avec toujours autant de plaisir dans son écriture, dans ses récits sensibles, qui nous font ressentir ce qu'ils veulent nous faire ressentir. 

Il est parvenu avec celui-ci à densifier de manière très inattendue et totale la phrase, dans une conversation mondaine et apparemment superficielle : "ah j'ai vu un reportage sur les SDS, c'est terrible". Evidemment, convenu. Et c'est ce qu'on se dit de celle qui la prononce. Et soudain, le récit se poursuit et les personnages sont éclairés d'un jour nouveau, vif et cru, brut très intéressant. Ces personnages qu'on croyait connaître et avoir rangé dans des cases, il faut bien les en sortir, et les redessiner, tous ou presque. Au moins le frère du narrateur, et la belle-soeur. Pas si simple, de ne pas les aimer. Finalement...

Histoire d'attaches familiales, de famille qu'on quitte pour survivre, et se reconstruire ailleurs. En l'occurence en Angleterre pour le narrateur. Histoire d'un passé qui nous rattrappe quand on retourne au plus près de son passé, parce que peut-être on ne peut rester installé dans le déni toujours. Alors savoir, souffrir. Souffrir, vivre avec et accepter, puis reprendre son chemin, en sachant, plus tout à fait le même. Mais en ayant aggloméré son passé recomposé.

. This is not a love song, Jean-PHilippe Blondel, Pocket. 2007.

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