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Le blog de la souris jaune

destinee

Novellas, Les grand-mères, Victoria et les Staveney, Un enfant de l'amour :)))

8 Octobre 2017, 09:01am

Publié par LaSourisJOne

Grosses nouvelles, ou petits romans. 

A la manière de Zweig, exactement, d'ailleurs j'ai trouvé que ces deux auteurs ne manquaient pas de points communs dans l'extraordinaire maîtrise de la narration d'un récit.

Donc, Doris Lessing. Une découverte ! Quel bonheur, de se dire que de telles pépites restent encore inexplorées pour soi. 

J'ai donc pris un profond plaisir à la lecture de ces trois textes.

Pas à pas, elle nous emmène dans les entrelacs d'une histoire intime insoupçonnée, insoupçonnable, et aiguise notre curiosité un peu comme savait le faire Zweig. Etonnant, très étonnant cette focalisation externe sur le héros d'abord, comme si on le découvrait - c'est si logique - d'abord de l'exérieur, comme une caméra verrait une scène sans comprendre, puis on se rapproche et on bascule au plus près d'un personnage. C'est brillant.

Et puis ce qui m'a beaucoup intéressée aussi, c'est sa vision des êtres, sous-tendue par un déterminisme familial, et social ; son idée que nature et culture s'opposent, et l'espèce de regret, de déchirement, de paradoxe qu'il y a entre le besoin de changer de classe en faisant des études, et l'impossibilité de revenir en arrière ensuite, coincé alors dans un entre-deux insoluble ; l'innocence s'oppose à la douleur de savoir. 

Les trois récits sont très, très attachants : autant ce récit autour d'un quatuor étonnament insécable, mères et fils (Les grand-mères) ; que l'histoire de ce soldat rendu éperdument amoureux en quatre jours, et qui ne tournera jamais la page de cet amour (Un enfant de l'amour) que l'histoire de cette jeune fille noire qui a un enfant avec un jeune homme riche ; très intéressante vision des choses d'abord Victoria fuit, se terre, elle a honte, puis elle comprend petit à petit la chance que cela pourrait être pour sa fille ; elle se rapproche alors de cette famille qui ne la rejette pas, au contraire, mais... les choses ne sont pas si simples (Victoria et les Staveney). 

J'ai adoré.

L'auteure a obtenu le Nobel de littérature en 2007.

Merci à Yann S. pour ce cadeau, son goût sûr et cette magnifique découverte.

. Novellas, Les grand-mères, Victoria et les Staveney, Un enfant de l'amour, Doris Lessing, J'ai Lu, 2016.

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Lettre à la république des aubergines :)

7 Mars 2016, 22:00pm

Publié par LaSourisJOne

Lettre à la république des aubergines :)

L'auteur est né à Bagdad ; libéré de deux ans de prison pour raisons politiques, il est parvenu à fuir son pays en 1996. Il vit en Allemagne aujourd'hui. La biographie de cet auteur a d'incontestables résonnances avec son court roman, léger et grave tout à la fois : plusieurs chapitres nous donnent des voix, à lire, à commencer par celle de Salim, un jeune étudiant emprisonné puis libéré sur l'intervention de sa famille qui n'a d'autre choix que de s'exiler en Jordanie. Pendant deux ans, il pense à sa femme, restée là-bas, et veut lui écrire une lettre. Mais il craint pour sa vie. Alors on va suivre les rouages complexes, souterrains, clandestins, d'acheminement d'une lettre d'amour. En entendant plusieurs voix, dont des chauffeurs de taxi, des proches du gouvernement... Sans affects, tachant de vivre dans des situations prédestinées par la force d'un régime. La voix, la dernière voix et seule féminine, la femme de celui qui veille à la sûreté traquant les lettres est intéressante : on y voit la condition de la femme, tellement écrasée par plus fort qu'elle, qu'il vaut mieux souvent se taire, ne pas savoir pour continuer à avoir une vie à peu près dorée si tant est que ce soit le cas. Pourtant, elle va entrer dans le bureau de son mari (défendu), trouver cette lettre et chercher à voir, à savoir, peut-être à sauver cette femme...

Pourquoi Lettre à la république des aubergines ? On apprend dans le roman que la république des aubergines' est une façon d'appeler l'Irak, parce que les guerres ont fait qu'il reste tellement peu à manger qu'il ne reste que des aubergines, que les Irakiennes déclinent sous différentes façons pour varier les plats...

Le roman finit par un extrait de la lettre que le jeune homme cherche à envoyer à sa femme : "La légitimité de notre histoire réside sûrement dans le fait qu'elle n'est ni légitime, ni illégitime. Elle n'est qu'une histoire mésopotamienne". Ca résume sûrement beaucoup : dans ces contrées, la part de choix est tellement inexistante... Il faut tacher de se frayer un chemin qui épargne, c'est tout. Penser à cela est évidemment troublant, on n'est pas tous égaux, évidemment, en fonction de l'endroit où l'on naît...

Médiathèque de Saint-Malo.

Lettre à la république des aubergines, Abbas Khider, éd. Piranha, 2016, pour la traduction française.

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... 366

16 Juin 2015, 13:05pm

Publié par LaSourisJOne

"Dans les familles de femmes, les traits de caractère n'avaient-ils pas tendance à sauter une génération ? Ma mère, en réaction à sa propre mère trop sobre, avait pris son contre-pied en choisissant une existence mouvementée ; moi qu'elle avait élevée, je m'étais juré de ne pas lui ressembler et je menais une vie frugale, à son opposé".

Ito OGAWA

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Le carnet rouge :))

28 Avril 2015, 21:27pm

Publié par LaSourisJOne

Le carnet rouge :))

Roman ado. Filles.

Pur bonheur. Je l'ai dévoré, celui-là. Ce petit roman apparemment très neutre a le mérite d'entrer dans le réel et de le désacraliser. Le Népal, par exemple, et la vision 'carte postale' qu'on en a, malgré l'actualité cinglante de ce pays en ce moment. Au delà des clichés, un peu faciles qui font qu'on pourrait souhaiter y vivre, on est plongé là dans une histoire de racines familiales, via un carnet rouge, où l'héroïne découvre enfin, après 16 ans de silence subi et de déni de la part de sa mère, l'histoire de sa grand-mère, sacrifiée comme fille à 3 ans comme 'kumari' destin choyé mais transitoire dont la désillusion est rude, puis comme prostituée parce qu'elle n'a pas appris à se défendre de ce monde... L'héroïne, Marie, qui reçoit tout en pleine face sans dosage va apprendre à accepter ce que l'on ne maîtrise pas, ce qui fait partie de notre passé, et nous constitue. Et puis la parole, déliée, permet d'avancer.

Amitiés, force du lien qui se construit jour après jour, acceptation de son destin ; l'histoire de cette Marie qui rencontre un grand-père par hasard, bani de la famille et comprendra toute son histoire par son biais fut une belle découverte. Je vous la recommande. :)

Médiathèque de Saint-Malo.

Le carnet rouge, Anne-Lise Heurtier, éd. Castermann, 2011.

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