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Le blog de la souris jaune

chemin de vie

Amours :))

17 Avril 2018, 18:48pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Deuxième découverte, réussie de Leonor de Recondo, après Rêves oubliés (paru en 2012) pour moi.

Charme de ce livre-ci, qui nous invite à plonger dans une époque, un siècle en arrière, si rude et si cruelle pour les femmes.

On mesure le chemin effectué, même s'il en reste à faire...

Le statut de domestique détermine bien souvent une condition, et prédestine assurément. Ainsi, les femmes peuvent se faire engrosser comme si c'était normal par l'homme de la maison... Après, il s'agit de cacher l'histoire sous le tapis, et elle, et l'enfant qui en naît parfois, en sont les dommages colatéraux !...

Ici, Victoire est la jeune femme de la maison. Naïve, évidemment, pure, forcément. 

Son mari, pas jugé, pas condamné fait sa petite affaire dans le lit de la bonne...

Mais un détournement inattendu des événements va apporter sa touche extrêmement lumineuse à cette histoire : les deux femmes se trouvent, entre culpabilité et difficulté à assumer évidemment, mais cette histoire est belle. La fin, bien que tragique (on peste, on peste, on aurait tellement voulu que ça puisse finir autrement !) est elle aussi très poignante et belle.

Médiathèque de Saint-Malo.

. Amours, Léonor de Recondo, éd. Sabine Wespieser, janvier 2015.

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Miss cyclone :))

15 Avril 2018, 17:05pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Ayant vraiment pris beaucoup de plaisir à la lecture de La Drôle de vie de Zelda Zonk, j'ai eu envie de tenter ma chance à nouveau, et de m'essayer à un autre livre de cette auteure. Chance : il y en avait un à la médiathèque. 

Quelle réussite ! Conquise, encore une fois.

Ses personnages sont véritablement attachants.

Histoire de deux amies, qui vivent à une quarantaine de km de New-York, des amies qui ne se ressemblent guère, Angela et June. Mais indissociables. La belle force d'Angela, qui accepte son destin avec détermination et optimisme est attachante. 

De la même manière que l'importance qu'elle accorde aux liens, aux êtres.

Alors elle suit son destin, et Nick. Belle vie que la leur. Les coups de canifs du destin dans leur parcours n'entachera rien, et cette histoire demeurera lumineuse.

Malgré les trahisons. 

Et la perte. 

En arrière plan du roman, le parc d'attraction du père de Nick, et les événements tragiques du 11 septembre 2001. 

Un grand plaisir de lecture.

Médiathèque de Saint-Malo.

. Miss cyclone, Laurence Peyrin. Ed Calmann-Lévy, 2017.

 

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L'amie prodigieuse, 4:))

24 Mars 2018, 14:34pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Alors voila. Je viens de refermer la dernière page du dernier tome de l'Amie prodigieuse. Voila un mois pile que je vis, je respire, je pense Elena Ferrante. Un mois pile, emportée de ligne en ligne, sans intermède, d'un livre à l'autre. J'ai ralenti, la lecture des quelques dernières pages, pour m'en imprégner vraiment, peu désireuse de quitter cette histoire, cette proximité avec Elena, cet univers. J'ai été avalée par ce livre et tout son histoire, ou par ces quatre livres et leur histoire. Avalée, oui, c'est ça. C'est troublant de refermer ce dernier tome en se disant que ces quelques dizaines de vie qu'elle vient de nous raconter, avec toute leur richesse, leur densité, pourrait très bien être sa vie, et de n'en rien savoir. Tellement agréable de se dire qu'on en saura rien, et prier pour que ce mystère demeure, moi ça me va bien.

Donc, dernier volet. Après quarante ans. Je ne peux évidemment pas en dire grand chose, bien entendu, pour tous ceux qui attendent de le lire avec impatience... :) Il y a donc un événement majeur, au coeur de ce livre-là, qui continue de marquer les destins, un destin en particulier, mais tous finalement, tant ils sont intrinsèquement liés.

J'aurais pu me dire que celui-ci bredouillait un peu, comme avec le second, mais si peu. Et c'est tellement proche de la vraie vie et de son rythme. Et puis le temps passe quand même, inexorable, vers le dénouement.

J'ai tant aimé l'histoire de cette amitié, et la toute fin, aussi, qui ne déçoit pas évidemment, puisqu'histoire est conçue en cercle, et qu'elle nous donne à la fin une note mystérieuse qu'on a envie de déguster, en y pensant, en cherchant la clé, sans jamais y parvenir.

. L'amie prodigieuse, IV, L'enfant perdue. Gallimard. Janvier 2018.

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L'amie prodigieuse, 3 :)))

14 Mars 2018, 20:34pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Troisième et avant-dernier volet de l'Amie prodigieuse, donc, dévoré sans lassitude et avec tout autant de plaisir, d'impatience de me replonger dans sa lecture, et je pourrais dire que j'ai aimé (mais c'est très personnel), ce troisième tome autant que le premier. Sans occulter le second.

J'ai énormément aimé celui-ci pour les choix d'affirmation que fait la narratrice, pour la vision d'un écart entre deux mondes, un lettré, un de l'héritage familial, qui se creuse ; l'immersion dans un contexte politique, historique, et social, surtout social avec des entreprises à la Germinal sur la rude, très rude condition ouvrière : comment fait-on pour s'en sortir quand on a que ça ? qu'est ce qu'on accepte ? Jusqu'à quel point ? Et j'avoue que j'ai beaucoup aimé voir la narratrice gérer de main affirmée la difficile condition de son amie, dans son usine. 

Bien sûr, on le voit, la dissension se creuse, aussi, entre ces deux-là, mais...

Et puis le choix du coeur (même si on craint le pire), de la narratrice.

Toujours aussi palpitant.

. L'Amie prodigieuse, 3, celle qui fuit et celle qui reste, Folio.

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L'Amie prodigieuse, 2 :))

7 Mars 2018, 19:09pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

J'ai hésité à mettre trois, ou deux sourires. J'ai finalement opté pour deux, tout en me disant pourtant que je m'étais jetée dedans avec tout autant de passion que dans le premier ; je reconnais simplement tout petits patinements, dans la vie de Lila, mais qui à aucun moment ne m'ont donné envie de lâcher le livre bien au contraire. 

On lui reconnaîtra encore une fois ce talent de nous laisser en "suspens", comme à la fin d'un épisode ou saison d'une série : avec la volonté rageuse de savoir, tous les détails de ce qu'elle a amorcé.

C'est d'autant plus époustouflant, qu'on voit bien que ce récit prend toute son architecture comme vie de la narratrice (on ne se hasardera pas à dire vie de l'auteure, mais évidemment, c'est plausible, vu les circonstances), et qu'une fois encore chaque épisode, chaque anecdote nous sont livrés de la même manière : une phrase d'appel nous donne immédiatement envie de savoir ce qu'elle va nous raconter, et même s'il s'agit d'un petit événement, elle nous aspire dans les entrelacs de sa vie, et nous en voulons toujours plus.

C'est en tout cas ce que je ressens à l'issue de ce tome 2, donc, et donc environ 1200 pages plus tard : je suis soulagée parce que la vie de Lila et d'Elena m'attend encore, elle n'est pas terminée, et tout ces personnages que j'ai vu vivre dans ce quartier peu aisé de Naples, je vais les retrouver, sans doute pour le pire, mais aussi tout simplement à l'échelle d'une vie, de vies et de péripéties de vies.

L'amitié s'est évidemment transformée, la dépendance demeure, mais dans ces quelques années de vie, la concurrence, une concurrence souterraine, habite sans doute les deux protagonistes. 

Alors : je leur ai donné 18 ans à la fin du premier tome, elles étaient en réalité plus jeunes, elles avaient 16 ans, on dira que ce tome aborde donc les cinq années suivantes, pas plus.

Ce qui fait encore une fois son charme incomparable, c'est que la narration n'a rien de linéaire, la narratrice (dont on oublie pas qu'elle a 60 ans), nous livre ces deux histoires selon sa logique, sa mise en perspective, son souhait de raconter ces deux vies enchevêtrées par périodes, et à leur manière.

Je suis encore conquise par cette Amie prodigieuse n°2, la dimension sociale prend encore une fois tout son sens, là par rapport au mariage, aux études supérieures, et elle nous donne à voir comment on chemine, à Naples, sur ces problématiques-là, dans les années 60, et dans un quartier pauvre...

Je vais encore une fois me précipiter sur le tome 3...

. L'Amie prodigieuse 2, Le Nouveau nom, Elena Ferrante, Folio ; 2012 en Italie, 2016 pour la traduction française.

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L'Amie prodigieuse :)))

28 Février 2018, 21:27pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Quand je pars en voyage, j'aime ce moment privilégié de choisir les livres, le livre si c'est un voyage court, qui m'accompagneront(ra). Et quand c'est à l'étranger, ce choix est encore plus précieux, car je sais que je n'aurai pas la solution de me ruer vers une librairie pour en acheter un autre... Alors, pour ce court voyage à Londres, j'avais choisi l'Amie prodigieuse, dont j'avais tant entendu parler, et Elena Ferrante, pour m'accompagner. Que je ne regrette pas ce choix ! Quel bonheur de me dire que ce livre, et ceux qui suivront, me rappeleront mon voyage, et inversement ! Je l'ai donc dévoré. Je le retrouvais comme une gourmandise dans mes temps de pause. Et j'attends avec impatience de me jeter dans le second tome, car l'histoire d'Elena et Lila m'a vraiment capturée. 

Bienvenue à Naples. Quartier populaire. J'appréhendais un récit d'enfance (ça ne vous étonnera pas), c'est bien plus que cela, évidemment. D'autant que la narratrice nous saisit d'emblée, puisqu'elle a quelque soixante ans passés, qu'elle nous dit que celle qu'elle connaît si bien, son amie Lila, a disparu de la circulation, fidèle à son fantasme de le faire un jour, et qu'elle va s'employer à lutter pour qu'elle ne disparaisse pas, et raconter par le menu leurs pas, à elles deux, dans la vie, depuis leurs premiers pas ensemble. C'est à dire depuis qu'elles avaient... 7, 8, 9 ans ? Le premier tome (Delph, je vais penser à toi sur ce coup-là, en ne disant pas jusqu'à quel événement) passe en revue dix ans de leur vie. Autrement dit, jusqu'à leurs 18 ans.

J'ai adoré, comme beaucoup donc semble-t-il, tant ce livre est un phénomène que je comprends maintenant, la vie entremélée de ces deux-là. La riche complexité et à la fois simplicité de leur lien. Le déterminisme de leur milieu, et les actes qu'elles mettent en place, chacune à leur manière, pour s'en dégager. Mais ce livre ne se résume pas, tant la richesse et la densité des liens doit se lire.

Nourrie d'ambivalences. 

C'est superbe et passionnant, et j'attends avec impatience de me plonger dans le second tome pour suivre la suite de leur aventure.

Je rejoins donc Mélanie (pensées pour toi !) qui avait tant aimé ce livre, j'ai mis le temps, mais j'y suis venue au bon moment, je crois :)

. L'amie prodigieuse, Elena Ferrante, Folio, 2011.

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La beauté des jours :)

4 Février 2018, 15:33pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Voila. Je referme enfin ce livre que j'ai lu lentement. Enfin, referme, pas tout à fait, je le laisse un peu ouvert pour en respirer encore les dernières pages. 

J'ai réappris à lire lentement, avec ce livre. Et j'ai fini par en goûter l'atmosphère, moi qui me cabrais au début de sa lecture, par son style dont je ne suis pas vraiment fan. Phrases simples et courtes. Restitution d'une ambiance rurale, qui n'est pas sans évoquer pour moi des souvenirs enfantins. Rythme lent, d'un temps qui coule sans que ne se passe grand chose.

Mais c'est ça qu'elle donne à voir, et plutôt brillamment, si tant est qu'on ne bloque pas sur sa façon d'écrire : de petits vies qui s'écoulent, la beauté de ces vies-là, pour faire en sorte que les choses durent. Pour ne pas déconstruire ce qu'on a construit.

C'est joli, ce cheminement de Jeanne avec elle-même. Ce qu'elle est, ce qu'elle était, et comment elles se retrouvent, ces deux Jeanne, sans s'être jamais complètement perdues. Avec ce lien, ce trait d'union entre cette Jeanne du présent et du passé, Abramovitc. L'artiste, qui la fascine depuis toujours. Qui se livre à des performances extrêmes. Dans son quotidien de cela, elle suit, toujours, l'artualité de son idole. Et cela la maintient connectée avec elle-même. L'autre part d'elle-même, c'est ce qu'elle a créé, Rémy, son mari, si ancré dans son quotidien, l'amour qui en ressort, de ces attachements de leurs vies, et leurs deux filles, grandes, qui commencent à vivre leur propre vie.

Et Martin. Celui dont on ne saura pas vraiment s'il aurait pu être l'autre homme de sa vie, ou qui restera l'autre homme de sa vie, sans que Jeanne ne veuille en tout cas casser ce qu'elle a construit. Alors s'efforcer d'enfouir en soi les espérances, les doutes quand ils arrivent, pour se raccrocher fort, fort, à ce qu'on a construit. 

Martin qui part au Japon sur lîle de Teshima, pour entendre les battements de coeur au sein d'une petite cabane... Il aurait voulu l'y emmener, mais ce n'est pas sa vie.

C'est beau.

Je ne peux que lui rendre hommage, après avoir tant douté, et décrié son écriture.

Delph, nous pourrons enfin en parler, comme je sais que tu l'as lu !

. La beauté des jours, Claudie Gallay, éd. Actes Sud, 2017.

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Un temps égaré :)

15 Septembre 2017, 20:28pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

J'ai commencé par être agacée par les personnages de ce livre, les personnages masculins répondant à l'archétype du type riche, irrespectueux et trompant sa femme allégrement sans aucune considération pour quiconque. Cela aurait été très limité, comme intérêt de suivre un personnage comme celui-ci. Et puis les choses changent. Parce que coup sur coup, l'une de ses maîtresses avec qui il se montre odieux fait une tentative de suicide, et que dans la foulée, sa femme, qui a reçu les échanges de ces deux-là, le quitte (enfin). Ce que raconte la narratrice de la psychologie de cette femme-là, qui ferme les yeux jusqu'à la goutte d'eau de trop, est intéressant. En tout cas, l'odieux personnage, Eric Meyer, qui se drogue et a adopté une vie où il ne s'autorise que la performance' va "péter les plombs", un soir, aller trop loin, et se retrouver interné.

A partir de là, les choses sont réellement intéressantes. Par ses rencontres, contraintes, avec un autre monde que celui des finances, où il s'est bati une vie sans respect de l'autre. Parce qu'il va être confronté à cet autre dans sa différence, et dans sa fragilité, de pleine face, et qu'il sera crédible qu'il doute de ce qu'il est, un peu, petit à petit... L'échange avec ce psychiatre, trop vite abandonné à mon sens par contre dans l'approfondissement d'un personnage, est lui aussi très intéressant ; Eric Meyer va accepter enfin d'ouvrir le livre enterré de son passé, être amené à l'accepter, lui qui s'en était coupé, tellement amoureux de sa mère, pour ne pas en souffrir. C'est ainsi qu'il s'était construit ; finalement, il découvre qu'il peut, qu'il doit peut-être même, se construire autrement. 

Il y a cette meilleure amie, attachante, fidèle des fidèles, qui malgré un froid de 10 ans, revient pour le faire avancer. Sa fille, aussi, lucide, et forte. Et son imaginaire, qu'il avait mobilisé pour sa fille. Comme une faille dans le paysage aride et inhumain dont il avait constitué sa personnalité. 

Je reste un peu sur ma faim, quant à la fin... Mais, j'aurais pris plaisir à voir l'évolution de ce personnage, l'histoire est racontée efficacement.

Le titre est efficace aussi, il intrigue, il revet plusieurs sens. Quel est ce "temps égaré" pour Eric Meyer ? L'essentiel de sa vie active, où il s'est aveuglé pour avancer, ou ce moment de la prise de conscience soudaine, nécessaire, douloureuse ? Chacun sa réponse. :)

Médiathèque de Saint-Malo.

. Un temps égaré, Marie-Laure de Cazotte, éd. Albin Michel, 2014.

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Mercy, Mary, Patty :)

11 Septembre 2017, 22:00pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Les livres de Lola Lafon (La petite communiste qui ne souriait jamais) laissent son lecteur sonné, abasourdi, comme après le passage d'une énorme vague. Alors, encore, avec celui-ci. Ils échappent à la classification traditionnelle, au 'J'aime, j'aime pas', plus que jamais hors de propos.

Parce qu'ils font réfléchir, ils entraînent, ils cueillent, ils dérangent. Celui-là n'échappe pas à la règle, sans doute pour des raisons un peu différentes. Certes, il y a le style, inégalé, unique, propre à elle. 

Mais il y a l'enchassement des voix ; ce vous, étrange de bout en bout, ce récit en poupées gigognes, pour dire l'analyse d'un fait-divers qui marqua l'année 1974 en Amérique. Essentiellement celui-là. L'enlèvement de Patricia Hearth. Les bandes sons, les articles de journaux, tout cela passé au crible irrationnel, sans cesse sur le fil, de la narratrice. Dont la voix se confond avec, une chose est sûre, c'est que toutes celles qui parlent ont été marquées par cette histoire hors norme de cette jeune fille de milliardaires, enlevées par un groupuscule d'extrême-gauche, dont le dessein est de venir en aide aux pauvres, à ceux que le milliardaire asservit, en tanguant toujours. Fuyant. Et pourtant marquant, marqué, prononcé. Une voix que l'on n'oublie pas. Le livre ne se résume pas, il enchasse, il interroge, il tient en haleine... 

En savez-vous assez sur Patty, alias Tania ? Non, sans doute pas, mais, le livre vous laisse cette part d'inassouvi que laissa sans doute la véritable histoire : on ne peut juger, on ne peut comprendre, on ne peut caractériser, ce serait si simple... Tania est tout à la fois celle qui se rebelle et choisit la cause des combattants que la jeune opprimée par ses parents et son fiancé, dont le pouvoir est l'argent. Et puis il y a les autres, esquissées, mais les autres, quand même, celles qui furent enlevées aussi plus loin dans le temps, et qui refusèrent de revenir dans le giron familial. Parce qu'elles trouvèrent un destin, un sens, une place, plus qu'en l'autre monde, celui où l'on se croit libres. Troublant. 

. Mercy, Mary, Patty, Lola Lafon, éd. Actes Sud, sept 2017.

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La femme au miroir :)

7 Septembre 2017, 22:06pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Trois femmes. L'une à la Renaissance, l'autre au début du XXe siècle entre 1904 et 1920, et une autre aujourd'hui. 

La première fois que j'avais tenté de lire ce livre il y a quelques années, j'avais été rebutée par le style, l'écriture de cet auteur, et le livre m'était tombé des mains rapidement. Particulièrement gênant au début, parce que maladroit, peu habile, commun... Et puis, l'auteur se rôde, ou on l'oublie, cette fois en tout cas, je suis allée assez loin pour avoir envie de poursuivre l'histoire de ces trois destinées de femmes. Et finalement, je n'ai pas regretté. Je l'ai trouvé assez intéressant... Il y a cette Anne de Bruges, si différente des autres femmes et de ce qu'on attend d'elle, auréolée de son innocence tragique ; la seconde particulièrement attachante, avec sa collection de sulfures, mariée, désespérément (pour les autres) stérile, dont la vie va être éclairée par la psychanalyse naissante : particulièrement intéressant cette découverte de la psychanalyse au moment de sa genèse, car les réactions hostiles qu'elle a provoqué ont dû être celles-là ; et puis, cette pauvre star de cinéma, si belle, un peu à la Marilyn, forte et fragile à la fois, engluée dans les attentes des autres, et qui, petit à petit, difficilement, va s'extirper de cela, par défaut, en rejetant ce qu'elle ne veut plus et cherchant à tendre vers ce qui pourrait avoir un peu de sens...

Que ces trois destins se rejoignent n'était pas nécessaire, mais pourquoi pas ? Le bouquet est bien ficelé, et touchant, au bout du compte ; et cette fulgurante association d'époques autour d'un tilleul est finalement assez troublante, en soi. 

Pourquoi La femme au miroir ? Probablement parce que l'image de soi fausse la donne... Le reflet trouble la vue... A l'époque d'Anne de Bruges, le miroir était rare, la réalité était donc appréhendée différemment : on ne connaissait normalement pas son apparence physique ! On ne s'était peut-être jamais vu(e)s soi-même, troublant à imaginer... L'image, d'ailleurs, va être au coeur du drame de sa cousine, la mauvaise Ida, celle par qui tant de mal arrive... Histoire inversée pour la jeune femme contemporaine, l'actrice célèbre, l'excès d'images rend malade celle qui se mire dans les yeux des autres... Quant à la seconde, celle du milieu, elle collectionne faute de se comprendre, de petites bulles de verres qui contiennent la réalité ; la société est trompeuse, et c'est finalement la psychanalyse et la compréhension de soi qui lui permettra de s'épanouir et de vivre son chemin indépendamment des codes et des injonctions... 

. La femme au miroir, Eric-Emmanuel Schmitt, éd. Albin Michel, août 2011.

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