Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de la souris jaune

Articles avec #age

Bon rétablissement

13 Mars 2016, 00:38am

Publié par LaSourisJOne

Bon rétablissement

Ce ne sera pas encore ce livre-là qui me grisera. Au moins, celui-ci, je l'ai fini.

Au début ça m'a plu, enfin, relativement, me sachant assez peu fan des livres de Marie-Sabine Roger, de son écriture, de ses histoires. Et puis il m'a ennuyée. Et puis il m'a agacée, et également déprimée. Tiens, on peut pas finalement dire que c'est très positif, tout ça ! Il y a donc ce type, revenu de tout, cynique, mais dont les avis, qui se veulent exprimés grâce à des jeux de mots et de langue, sont d'une bofitude souvent agaçante.

Ah, quand même, l'histoire : un type, d'une cinquantaine d'années, est repêché un jour à 5h du matin et arrive dans le coma à l'hôpital. On ne sait pas vraiment ce qui s'est passé, lui-même a oublié (mais en fait on s'en fout assez rapidement) ; dans la chambre de ce type qui n'aime pas les autres, ou plutôt qui ne sait plus qu'il a aimé un jour les autres, un certain nombre de personnes va défiler. Lui, réveillé mais cloué au lit, va subir ces passages. Une jeune ado de 14 ans pot de colle qui squatte son ordi, son sauveur, le flic, les médecins, sa famille... C'est agaçant, parce que c'est presque dégoulinant de 'je vous apprends la vie', : ah, je découvre que les jeunes filles peuvent accoucher à 14 ans, ah, je découvre que les étudiants peuvent se prostituer pour payer leurs études...

Le personnage qui replonge dans son passé à intervalles réguliers, entre les passages et les venues de ses visiteurs, c'est chiant à mourir (peut-être parce que c'est du survol ?) et ça n'apporte pas grand chose, bref...

Ca se veut positif, mais le type qui fait le bilan de sa vie et qui fait le constat que le temps file et qu'on n'aura pas de deuxième chance, j'ai trouvé ça franchement pas bien optimiste. C'est pas parce qu'on met des gens ensemble, et qu'ils se découvrent humains grâce à leurs échances que ça en fait un livre positif pour autant...

Médiathèque de Saint-Malo.

Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger, éd. du Rouergue, 2012.

Voir les commentaires

Les hommes meurent, les femmes vieillissent :))

3 Janvier 2015, 20:30pm

Publié par LaSourisJOne

Les hommes meurent, les femmes vieillissent :))

Nous voici dans les coulisses de l'Eden, un cabinet d'esthéticienne tenu par Alice. J'allais écrire un cabinet d'esthéticienne pas comme les autres. Là où on pourrait attendre de la légèreté, à partir d'un sujet qui pourrait sembler futile, la beauté féminine, on a du grave, du lourd, du vrai. Et c'est à une belle galerie de portraits, qu'on est conviés ici. Alice donne, et touche, au sens premier comme au sens figuré, sa clientèle ; ceux qui y viennent y reviennent. Tous âges, de 16 à 94 ans... A travers une galerie familiale, ou presque ; à partir de la fiche, établie avec sensibilité, comme une fiche d'identité, de chacune, chacun, par Alice, avec les goûts, les préférences, les traits de personnalités qui les caractérisent brièvement. Puis, un chapitre où chacun, chacune, s'exprime, autour de sa vie, ce qui marque l'existence, ce qu'elle/qu'il trouve à L'Eden, qui va déménager, et s'installer en face, dans l'appartement laissé vacant par Eve, suicidée que personne ne peut oublier... Portraits sans concessions, touchants, forts, non sans humour, sans distance sur soi aussi, etqui évoquent le passage du temps. Le passage du temps sur les corps, et sur les âmes ; les orientations d'une vie, avec ses virages, ses duretés, et ce qui fait qu'on est debout, parce qu'il faut bien. portraits de femmes touchants, forts, et des voix qu'on n'oublie pas.

Très beau moment de lecture.

Médiathèque de Pleurtuit.

Les hommes meurent, les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles, éd. Belfond, 2014.

Voir les commentaires

L'invité du soir :))

21 Décembre 2014, 16:13pm

Publié par LaSourisJOne

L'invité du soir :))

Ce premier roman de Fiona Mc Farlane est incroyable, incroyable de force, étouffant, troublant... L'invité du soir (The Night guest, dans son titre original) est un titre très inspiré ; il contient toute l'ambiguïté du roman, son pouvoir évocateur, son creuset d'angoisses... Il aurait aussi bien pu s'écrire 'L'invitée du soir' et désigner cette Frida chtonienne, qui entre tel un boulet de canon implacable dans la vie tranquille du personnage principal, Ruth, au soir de sa vie. Et bien sûr, l'invité du soir c'est ce qui rôde, ce qui fait peur, ce qui sourd au fond de soi, formidablement incarné par le tigre, le tigre au pas lent, au souffle épais, qui vient à la lisière du réel, visiter la maison.

Ce récit déstabilise, remue : non, on ne veut pas voir cette pauvre vieille femme abusée par cette autre, qui profite de sa fragilité ! Il rend incroyablement compte de la façon dont Ruth bascule, perd pied, 'aidée' par cette adjuvante qui n'en est pas une, Frida. Ruth, originaire des Fidji, vit seule, dans une maison au bord des dunes, au bord de la mer, en Australie ; elle a 75 ans. On est dans sa tête, si bien qu'on sait quand elle a toute sa raison ou quand elle déraille ; et alors que cette femme a, au début de l'histoire toute sa raison, malgré le tigre qui incarne ce soir-là la peur de l'endormissement, la peur de l'autre monde aussi peut-être, bref, on suit le déraillement de Ruth malgré elle, entrainée sur ce chemin par cette femme qui se présente chez elle, Frida, et s'immisce dans sa vie au prétexte de l'aider.

Tel un bulldozer, elle ravage ses repères, accroît sa dépendance, puis ira jusqu'à la dépouiller de son argent. Dans un mélange extraordinaire de confusion des sentiments ; la pauvre Ruth en perd son latin, celle qui l'aide pourrait être une personne malveillante ? La romancière réussit ce tour de force de nous faire suivre ce personnage étrangement lucide, et vaincu tout à la fois ; il y a ce mélange de sentiments, la fragilité des personnes âgées, à la merci de, l'éloignement des fils Jeffrey et Phillip, qui vivent leur vie d'hommes mariés loin de leur mère et de cette Frida. Les plongées dans le passé, les manies incroyables de cette Frida (ses médicaments, son obsession de la propreté et du nettoyage à l'eucalyptus, ses tenues blanches, ses teintures de cheveux...), et puis ce tigre, cet extraordinaire tigre auquel Frida donne de la densité, et la nature, bien sûr, la nature écrin de beauté et à la fois écrin étouffant, de végétation qui étouffe, envahit, emprisonne...

Vraiment étonnant. Savoureux.

L'invité du soir, Fiona Mc Farlane, éd. L'Olivier, 2014 (2013 éd originale). Traduit de l'Anglais (Australie).

Voir les commentaires

Le rendez-vous de Venise :))

29 Octobre 2014, 23:11pm

Publié par LaSourisJOne

Le rendez-vous de Venise  :))

Ce livre est une petite pépite. Je l'ai découvert par hasard, ainsi que son auteur. Quel régal, quelle belle promenade avec cette poignée de personnages en miroir, et surtout au gré de la peinture, que ce livre nous amène à regarder différemment, avec tant d'humanité ! J'ai adoré. Dans la peau d'un homme, d'une trentaine d'année, qui vit dans l'aura de son oncle, érudit, savant connaisseur, extrêmement pointu, et reconnu de la peinture et des peintres italiens et flamands... Déjà celui-ci, l'oncle, nous offre des voyages savoureux au gré de ces peintures qu'il nous invite à revisiter et à regarder à nouveau comme il les voit, et ce, par le prisme du neveu, qui trace sa route dans les pas de son oncle, sans douter, sans ciller, pétri d'admiration. Lui donc, aussi, va devenir connaisseur de peinture. Vivant, accompagnant l'oncle au gré de ses déplacements, qui à Venise, qui à Rome... Et à son décès, il trouve un carnet. Carnet qu'il se met à lire, et dont il nous livre la lecture, entremélée de ses commentaires, carnet qui lui révéle... une femme dans la vie de son oncle. Quoi ? Mais il ne le savait pas. C'est savoureusement jaloux ; on s'amuse de son énervement à découvrir un autre (une en l'occurrence !) privilégié, dans les secrets de cet oncle... Il résiste, refuse, réfute, non ce n'est pas son oncle, et puis il va bien devoir se rendre à l'évidence, son oncle a aimé, à son insu, et n'était-ce pas son droit ? Le neveu va rencontrer cette femme, par hasard, leur entrevue est vraiment savoureuse ; quelle vision, croisement des regards, autour de cet oncle, absent, mais pourtant tellement là, ayant marqué leurs deux vies ! Et puis il y a cette histoire en miroir, que vivre le neveu, avec la fille de Judith, l'aimée de son oncle. C'est drôle, touchant, vraiment vraiment bien. Brillant.

. Le rendez-vous de Venise, Philippe Beaussant, éd. Fayard, 2003. Paru en Poche en 2005.

Voir les commentaires

... 310

26 Octobre 2014, 21:56pm

Publié par LaSourisJOne

"A mon âge, on ne quête plus l'approbation sociale et il y a longtemps qu'on est brouillé avec soi-même".

Karine TUIL

Voir les commentaires

La lettre à Helga

3 Juin 2014, 15:15pm

Publié par LaSourisJOne

La lettre à Helga

La force de la nature, et de la terre : c'est ce que je retiens de ce que je connais de la littérature nordique. Ici, encore. Il y a les forces à l'état brut, et l'on n'a pas oublié que l'homme n'est qu'une petite parcelle dans un grand tout. Mais bref. Ici, c'est donc la lettre d'un vieillard, 90 ans, à Helga. Une femme pour laquelle il a ressenti un puissant appel sexuel, sensuel, chtonien... Il écrit à cette femme, et son récit ne manque pas d'humour, de sincérité ; il lui écrit combien elle a marqué sa vie, tant par sa présence distante que dans l'absence, véritablement - et bien que marié - obsédé par elle, par ses formes pleines surtout. C'est en cela que c'est un récit du corps, bien plus que de l'esprit. L'amour ici est une puissante vague bien plus qu'un état d'âme. A ses aveux, il mèle ses souvenirs de fermier d'Islande, mais aussi de nombreuses références littéraires, orales ou écrites, et l'on découvre une terre où l'écrit, le récit, fait partie d'un quotidien (il est vrai que l'écriveur se souvient d'une époque aux alentours de 1945)... Il est aussi un formidable plaidoyer pour le respect de soi : au nom de l'amour, ou du désir, on ne peut renoncer à soi et à ses valeurs... Et c'est ce qu'il explique également longuement à Helga, la raison pour laquelle il n'est pas parti avec elle en ville, tout simplement parce que la ville l'aurait tué, émoussé, toute son âme étant à la campagne. Il y a ces raisons conscientes ; et puis il y a sans doute aussi l'inconscient, qui là encore n'est pas occulté : ainsi, il sent aussi que s'il n'est pas parti, même au prix de souffrances, c'est aussi parce que cela lui permettait de rêver l'objet de son désir... Et c'est à la fin de la lettre que par une pirouette, on découvre que la destinataire de la lettre ne la lira jamais, ultime pirouette du narrateur : Helga n'est plus... Pour autant, on a aimé (sans excès !) les confessions de ce vieux fou, qui ne mégottent pas sur le langage, et parle franc, tout autant que poétique.

La lettre à Helga, Bergsveinn Birgisson, littérature étrangère. Islande : 2010 ; éd. Zulma, 2013.

Voir les commentaires