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Le blog de la souris jaune

Résultat pour “La petite pièce hexagonale”

L'amant japonais

9 Janvier 2022, 08:43am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Ouuuuuuf. Ce petit mot d'attaque est dur et sans doute non mérité. Mais la lecture de ce livre m'a parue longue, longue (comme un jour sans pain ! dit le proverbe d'antan)... J'aurais aimé aimer ce livre, je crois, et peut-être mon ressenti est-il lié une fois encore au contexte... Une chose est sûre c'est que j'ai lu ce livre-là avec un grand détachement, il n'est pas parvenu à accaparer mon esprit.

Souvent l'âge est au coeur du récit, l'âge, et là, ainsi, cela ne m'a pas intéressée (moi qui aime tant les récits où une personne d'un certain âge est le héros ou l'héroïne). Je ne me suis pas attachée aux personnages sans comprendre pourquoi.

Le récit est très entrecoisé (trop ?).

C'est l'histoire d'Alma, qu'on rencontre à 80 ans dans une maison de retraite américaine. Elle a de l'argent. Elle parvient à garder un style de vie comme avant, avec échappées, liberté, autonomie... Elle prend une jeune assistante, Irina, qui l'aide dans sa paperasse, etc. Il y a sans doute un peu de similitude dans les deux destins de départ : Alma est arrivée aux Etats-Unis de Pologne, déracinée pendant la guerre, enfant, pour rester en vie. Irina d'extraction très pauvre vient elle aussi d'un pays d'où elle est arrivée enfant, et son destin familial est plus qu'horrible.

Il y a donc en second plan, l'histoire de reconstruction lente de cette jeune femme. Dommage peut-être qu'il soit tant en second plan ? Je ne sais.

Alma, donc : a grandi dans une famille aimante, chez un oncle, aux côtés de ses trois enfants. Elle devient vite complice du garçon, Nathaniel, ou plutôt elle en fait comme un grand frère protecteur... 

Dans ce foyer il y a aussi une famille japonaise, dont là encore on va suivre le terrible destin (j'ai découvert le sort atroce réservé aux Américains d'origine japonaise dans les années 45, au moment de la guerre avec les Japonais) ; ce sont les jardiniers de la demeure. Alma et le fils Ichimei, seront très proches, et amoureux, jusqu'à la fin de leurs jours. Seulement, ils ne s'épouseront pas... C'est cette hisoire, dont je n'ai pas aimé particulièrement le traitement, je crois... Bon, ce livre et moi, on s'est ratés !

Passer à autre chose.

. L'amant japonais, Isabel Allende, 2015.

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Une machine comme moi :))))

4 Juillet 2022, 12:49pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Que soit bénie France Culture et ses émissions qui chaque fois m'éveillent, me nourrissent, me réjouissent... Je dois donc cette lecture enchanteresse à Entendez-vous l'Eco, une émission passionnante qui étudie chaque aspect y compris littéraire au prisme de la science et de l'économie.

Conseil de lecture d'une dernière émission de l'année, celui-ci, que j'ai donc emprunté et dévoré en deux jours ! Quel bonheur de lecture, comme en témoigne donc le nombre de sourires...

Ce récit est palpitant. J'avais déjà lu à plusieurs reprises Ian McEwan ; celui-ci est tout à fait passionnant.

L'histoire se déroule en Angleterre en 1982 ; mais un 1982 du futur : il faut vous imaginer tout le contexte historique de cette année-là (Thatcher, les Falflands, des manifestations...) mais sur fond de modernité totale et même absolue puisqu'il est possible alors d'acheter par exemple un robot humanoïde, pour un montant assez élévé, certes, mais possible. 25 "Adam" et "Eve" sont mis sur le marché, et notre narrateur, passionné par le domaine, et l'anthropologie, ayant amassé une petite fortune grâce à un héritage saute le pas et achète une de ces machines. Un "Adam" puisqu'il ne reste plus de Eve. Il l'accueille dans son appartement, le même en chargement, et partage ce Adam avec sa voisine de dessus, avec qui il noue des liens de plus en plus serrés, d'affection... Va suivre une histoire palpitante autour de la vie de ces deux personnages, de celle du robot, avec l'intrusion du passé de Miranda... Autour de questions évidemment philosophiques : qu'est ce que l'amour ? Quelle place pour la moralité face à l'amour et dans une société ? La vengeance est-elle possible, tolérable, y compris face au pire des méfaits, des crimes ? Que pourrait concevoir, comprendre, percevoir un robot de nos fonctionnements humains, y compris le plus sophistiqué ?

Les imbrications entre les différents actes sont véritablement passionnants.

Je recommande vivement et espère même le relire un jour !

. Une machine comme moi, Ian McEwan, 2019 éd. originale (anglais), 2020, fr.

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Le répondeur :)

25 Juin 2022, 20:59pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Il faut que je parle de ce livre, plutôt raffraîchissant !

Tant en terme de sujet que d'écriture. Sujet étonnant. Très bien écrit, langue soutenue, ce qui est plutôt plaisant car pas si fréquent.

L'histoire d'une homme dont la profession est d'être imitateur. Il imite, et en fait des spectacles. Mais il imite des personnalités inconnues, méconnues, peu connues du grand public, premier sujet très intéressant, car il ne manque pas de talent, bien au contraire, il est brillant : la problématique de l'art, du talent artistique mais qui reste dans "une niche" dès lors qu'il est loin du grand nombre... Ca prête à sourire, évidemment, de lire les personnalités qu'il imite à la perfection, mais aussi à réfléchir. D'autant qu'on voit aussi la difficulté d'une salle de spectacle parisienne, petite, avec une programmation en marge, évidemment c'est intéressant, comme problématique...

En tout cas : un jour, un romancier connu vient voir son spectacle ; il se trouve que c'est un romancier qu'il admire. Ils se voient à l'issue du spectacle, et le romancier lui fait une demande peu commune et inattendue : il le paie s'il accepte de faire sa voix, de prendre sa place pour décrocher son téléphone, pendant qu'il pourra écrire, enfin, se plonger dans sa création pleinement ! Y compris avec ses proches, dont sa fille, ou son ex-femme... Il lui fournit un gros classeur, des fiches, par interlocuteur, avec des éléments à savoir, pour aider... Et il lui fait confiance. Evidemment l'imitateur est effrayé, d'abord, puis tenté... Il a carte blanche ! 

Alors s'en suivent des péripéties en cascade engendrées par le fait de se mettre dans la peau d'un autre...

C'était intéressant, plaisant, mais je me suis lassée et je n'ai pas été passionnée pendant toute la lecture...

Dommage, je trouve que le roman n'a pas tenu ses promesses sur la longueur , ou alors c'est moi qui me suis lassée vite du procédé malgré une belle écriture (mais des coquilles dans l'édition)...

A découvrir cependant, et un auteur à découvrir.

. Le répondeur, Luc Blainvillain, éd. Quidam, 2020.

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La vie de Marianne :)

5 Août 2022, 13:02pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Surprenant et intéressant roman de Marivaux, sur la condition de la femme au XVIIIe siècle !

C'est ce que j'en retiendrais pour faire court.

Il est long, ce roman, il faut le reconnaître, découpé en 11 parties ; son processus de narration est intéressant, il intrigue : c'est Marianne qui semble nous raconter sa vie, s'adressant pour se faire à une amie, et il semble qu'elle lui adresse 11 parties de sa vie, non sans la commenter.

Elle part mal dans la vie, cette pauvre Marianne : ses parents sont tués alors qu'elle a 2 ans et demi dans une attaque de diligence... Elle est aussi dans la diligence, mais elle est épargnée... Et en même temps, elle se construit à partir de ça, avec pragmatisme et force d'âme, la petite Marianne...

Ici aussi, la générosité, le sens de l'accueil et du don, des personnes de ce siècle, qui n'hésitent pas à reccueillir une fillette dans le besoin... Marianne grandit et un jour que, très jolie et coquette, elle tombe au sortir de la messe, un jeune homme, Valville, la ramasse et l'emmène chez elle... S'en éprend... Marianne avait rencontré sa mère préalablement et noué une forte amitié avec celle-ci... Marianne épousera-t-elle Valville ? Elle n'a pas un sou... Est-ce possible, en ce temps ?

Le récit de Marivaux fait plus vrai que vrai, on a l'impression de voir, d'entendre Marianne penser ; 

sur la fin, il s'entremèle avec celui d'une religieuse au couvent qui lui confie l'histoire de sa propre vie, peut-être pour la dissuader d'entrer au couvent... A l'époque, c'était cette alternative pour la femme : un mariage, quel qu'il soit, ou le couvent...

J'ai aimé ; même si j'ai éprouvé parfois un peu de lassitude à voir les personnages dans leur "transport" de sentiments : se baiser les mains, pleurer d'émotion à torrent, homme comme femme... C'est parfois un peu indigeste, sans doute pour une lectrice du 21e siècle que je suis... 

Il faut que je précise ici que le roman est inachevé... Alors évidemment, après 500 pages, ça s'achève brutalement ! A noter qu'une Suite de la vie de Marianne a été écrite par une femme de l'époque qui s'est targuée d'écrire comme Marivaux (il faut préciser que la Vie de Marianne fut un très grand succès auprès de ses contemporains !)

. La Vie de Marianne, Marivaux, publié entre 1731 et 1742. 

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Slade House :))

11 Septembre 2022, 08:33am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Eh bien, eh bien... Comment ce livre-ci m'est-il tombé entre les mains ?! Je ne saurais dire... En tout cas, je ne regrette vraiment pas ! 

Il est pour le moins surprenant. Très bien ficelé. Nous tient en haleine. On s'attache aux personnages, la narration est habile et bien menée. Mais... au pays des revenants ! Non, dit comme ça, ça marche pas. 

Comment vous expliquer ? Les chapitres se succèdent, non dans un ordre forcément chronologique, mais des bulles d'un temps commun se déroulant tous les neuf ans. J'ai trouvé que nous n'avons pas de mal à identifier les personnages, alors que dans ce type de livre, ça arrive parfois...

Bon, allez, j'essaie de vous le raconter un peu... Vous comprendrez pourquoi j'attends, j'hésite : 

les deux personnages principaux, enfin qui créent le fil de l'histoire sont un frère et une soeur, des jumeaux... non, je ne dois pas vous en dire plus !

Si je suis entrée dans ce livre, sans doute, c'est parce que le premier chapitre nous cueille : j'ai véritablement été happée par l'histoire, et j'ai forcément eu envie de voir ce qui se passait après...

Bon, je reessaie : dites-vous qu'il sera ici question d'une quête d'âmes, d'enquêtes, de maison hantée... Tout cela est à la frontière du réel, et bien au-dela, le suspense est haletant alors on fonce... Je trouve que c'est raconté avec une certaine distance, et avec brio alors on prend.

Bon, je ne suis pas parvenue à vous en dire plus ! Vous rencontrerez un enquêteur, une jeune femme et sa bande d'amis qui souffre de sa grosseur et de son apparence physique, la soeur de cette jeune femme, un garçon d'une douzaine d'années et sa mère... Une maison bourgeoise, dissimulée dans une réelle, derrière une petite porte sombre, presqu'invisible...

Et toujours, le frère et la soeur, machiavéliques...

Je sais, c'est mystérieux. Mais je vous recommande !

. Slade House, David Mitchell, anglais, 2016 ; traduction française 2019, éditions de l'Olivier.

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Croire aux fauves :)

18 Septembre 2022, 09:40am

Publié par LaSourisJOne

Roman... 

Roman, et récit autobiographique : on se doute que c'est aussi cela.

J'ai commencé par être très emballée par ce livre : j'aimais sa narration, l'histoire, le rythme...

Mais l'analyse a pris le pas sur l'histoire, et je l'ai regretté... J'aurais aimé que ce livre reste sur le plan de la narration, puisque tout pouvait y être palpitant, avec un tout petit peu d'anlyse pourquoi pas... Ici, elle prend beaucoup beaucoup de place, doublée de réflexion sur la vie et cet aspect-là ne m'a pas plu. Ce sont donc mes réserves quant à ce livre.

Le point de départ est donc tout à fait extraordinaire : nous rencontrons l'héroïne, anthropologue, sur de hautes plaines du Kamtchaka en URSS, alors qu'elle vient de livrer combat à un ours, sanguinolente... 

Et elle en réchappe. Evidemment, c'est la chose incroyable. La femme qui a survécu à l'ours. 

Nous suivrons son après, sa tentative de reconstruction, physique tout d'abord : d'hôpitaux en hôpitaux, d'abord en Russie, puis en France, à la SAlpêtrière et à Grenoble pour "récupérer" un visage en partie emporté par l'ours... Rudes épreuves, péripéties hospitalières peu encourageantes : tout cela est très intéressant.

Ce qui est tout à fait intéressant aussi, et qui reste assez peu raconté finalement même si ça tisse l'arrière-plan du livre pour une partie du livre cependant, c'est sa vie là-bas, sa vie au contact de la population, les liens qui se tissent et le contexte de défiance gouvernemental à l'égard des étrangers, voir de certains civils par rapport à des zones stratégiques où elle passe...

Nous la voyons écrire, tenter de se reconstruire, et tenter de comprendre, évidemment. Ce qu'on peut comprendre, aussi ! Pourquoi elle y est allée, pourquoi elle a survécu, ce qu'elle va devenir... Mais tout cela est souvent très métaphysique, ce que je regrette donc.

Etonnante découverte cependant, et évidemment fascinante. J'aimerais bien lire autre chose d'elle sur le sujet, je crois.

. Croire aux fauves, Nastassja Martin, ed. Verticales, 2019.

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La passe-miroir, les fiancés dé l'hiver - Tome 1 :))

19 Août 2017, 19:55pm

Publié par LaSourisJOne

Roman jeunesse.

Les fiancés de l'hiver : c'est le premier tome de la trilogie de Christelle Dabos La passe-miroir. Un univers en soi, puisque tout repose sur la construction d'un univers, d'un monde, de mondes... On apprend tout dans ce premier tome, et ça ressemble à de l'héroïc fantasy pour filles, si tant est que cela ne soit pas mixte ! 

L'héroïne est une jeune fille qui vit dans son monde, préservé, tranquille, où elle a tous ses repères, les Animistes. On découvre la construction de ce monde-là, construction qui fonde la construction de chacun des mondes. Prédomine une espèce de "chef de clan", ici une femme, qui est en réalité une ancêtre, très belle, très puissante... Tous ont des pouvoirs particuliers. Notre héroïne est peu jolie, empruntée, maladroite, mais elle est dotée d'une personnalité sincère, authentique, et qui ne demandera qu'à s'affirmer, ce qu'on va voir tout au long de ce livre... 

Car, elle qui est parfaitement heureuse en tant que liseuse dans un musée (elle a le pouvoir de 'lire', de pénétrer l'histoire des objets et donc d'identifier un peu de l'histoire de ceux qui l'ont possédé à travers le temps, elle qui a refusé deux époux, elle va se retrouver sans autre choix possible fiancée à un jeune homme, Thorn, dans un autre monde... 

Transférée là bas à son corps défendant, avec sa tante sensée la chaperonner jusqu'à son mariage six mois plus tard, elle va vivre des moments très tourmentés, difficiles, âpres, et faire l'apprentissage de ce nouveau monde, et notamment d'une cour, où tous les faux-semblants et les chausse-trappes sont permis... 

Grandir, évoluer dans un univers hostile, se sauver, essayer d'avancer et de se préserver, faire attention à la confiance qu'on peut accorder : tel est le lot d'Ophélie. Très maladroite, elle ne va pas être au bout de ses peines, et se voir imposer bien au delà des limites qui auraient dû être les siennes... Mais elle tient. Se disant qu'elle serait radiée de ses deux univers si tel n'est pas le cas... Mais elle est aussi très attachante, par son authenticité, malgré sa maladresse, et les rapports qu'elle entretient avec ce Thorn honni de tous, y compris d'elle, sont intéressants dans leurs toutes petites évolutions progressives, psychologiquement très intéressantes, au fil du livre. 

On retiendra quelques personnages très marquants, comme le Chevalier, le détestable enfant de 10 ans qui martirise son entourage de ses pouvoirs pour s'octroyer l'attention exclusive de Bérénilde, la somptueuse tante de Thorn, ou encore Gaëlle, la mécanicienne, personnage très secondaire, mais attachant, de même que la vieille Hildegarde... 

Un monde véritablement intéressant et captivant à découvrir, une prouesse imaginaire à saluer, vraiment.

Je m'empresse de me ruer sur le tome 2 !

. La passe-miroir, les fiancés de l'hiver, (Tome 1), éd. Jeunesse Gallimard, 2013 ; Livre de Poche.

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L'île des oubliés :)))

12 Août 2017, 12:29pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

J'ai véritablement aimé me plonger entre les pages de ce livre, et cotoyer ce tourbillon de personnages, entre 1953 et 2001, qui constituent le passé et l'histoire de l'héroïne, Alexis, jusqu'à son présent...

Une jeune femme à qui la mère n'a jamais rien voulu raconter de son passé : elle sait juste qu'elle a des origines crétoises. Alors comme elle s'y rend avec son petit ami le temps de vacances, elle insiste auprès de sa mère : elle veut savoir. La mère comprend qu'elle lui doit la vérité, les mots : alors elle lui donne l'adresse de son inséparable meilleure amie, là-bas, à Plaka, en Crète, écrit une lettre à celle-ci, et lui demande de tout raconter, tout, à sa fille. On peut se dire que c'est un terrible cadeau à faire à sa meilleure amie !

Mais le fil se déroule, et on n'a pas envie qu'il s'arrête. Car elle va tout livrer, en remontant plusieurs générations.

On s'attache à chaque génération et à chaque destin. Lourds, parfois. Marqués par une terrible maladie : la lèpre. Au delà des préjugés, on va apprendre à la connaître, à découvrir le fléau qu'elle pouvait être, dévastateur, dans la vie de toute une famille. 

Le premier destin qui nous est raconté m'a, je l'avoue, marquée, j'ai été tentée d'avaler les pages vite pour ne pas trop lire de détails (je vous rassure, ce n'est pas le propos du livre) quant à cette maladie et cette femme, bonne, qu'on n'a pas envie de savoir touchée par ce mal. Et par cet exil terrible qui fut le lot des lépreux, dès le diagnostic posé, sur l'île de Spinalonga, en face Plaka. Cette île accueillit en effet les lépreux entre 1903 et 1957...

C'est bouleversant de l'imaginer. Nous allons vivre le quotidien de deux endroits, l'île et Plaka, liés qui plus est par ce passeur qui s'y rend en barque pour apporter le nécessaire et dont la femme est une de ces lépreuses. Magnifiques liens. On prend la mesure de la douleur de cet exil, tout en découvrant les aménagements pragmatiques des exilés... Puisqu'il faut bien vivre ! L'île est une communauté d'aide, où l'on crée des commerces, des boutiques avec goût, où tout est différent, et a du sens... Et puis il a ce médecin tout en retenue, magnifique également, qui laisse sa trace superbe dans ce roman...

Tourments et sceau de la maladie, poids d'une réputation, origine de séparation, de destins brisés, amours... J'ai profondément aimé ce voyage en Crète, ces destins chargés qui nous mènent jusqu'à cette jeune femme, qui découvre ses racines.

Et l'on se dit que, même si c'est lourd, cette narration d'un passé entier est un sacré cadeau, précieux, pour avancer dans la vie...

Un grand merci à Samuel, qui m'a mis ce livre entre les mains.

. L'île des oubliés, Victoria Hislop, Le Livre de Poche ; 2005 (Anglais) ; traduction française, 2012.

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L'atelier des miracles :)

21 Septembre 2015, 15:50pm

Publié par LaSourisJOne

L'atelier des miracles :)

J'ai pris beaucoup de plaisir avec cette balade humaine, au coeur de cette petite galerie humaine de tronches abîmées ou en souffrance. Aucun destin n'avait à priori de point commun, et c'est ça qu'on aime. Il y a la gueule cassée, ex-militaire, dur au coeur tendre, qui vit sous un porche parce qu'il ne voulait plus concéder à la hiérarchie militaire dont il ne partageait pas toutes les vues, il y a la gamine (23 ans ?), Millie, qui subit un incendie à son domicile et qui décide de redessiner son histoire en simulant une amnésie, et il y a cette prof d'histoire-géo, que j'ai trouvée très attachante - qui n'est pas sans rappeler cette autre prof victime d'un homme qui la maintient sous son joug mental dans l'Amour et les forêts d'Eric Reinhardt. Et puis il y a ce type, vécu comme une icône, Jean Hart, celui qui prend soin des âmes cassées, et par le biais de son atelier, leur donne une deuxième chance.

Pourquoi les horloges, sur la couverture ? Parce que l'atelier est un ancien atelier d'horlogerie, où l'on réparait les montres, les horloges... Mais je m'égare !

J'ai trouvé très touchant, ce concept de la deuxième chance, de la deuxième vie, de nouveau départ possible pour tous.

Evidemment, je n'ai pas manqué d'être plutôt abasourdie et déçue (!), par ce personnage Jean Hart : l'icône déchoit d'une bien cruelle manière ; tout à coup apparaissent ses mobiles, ses failles, ses moyens... Et puis, si à titre individuel on est déçus, cela ne peut que donner du crédit au livre : eh non, on ne vit pas dans le monde de Oui-oui ! Et tout le monde a ses failles... Pourtant, comment comprendre le mal qu'il fait sciemment à deux ex-résidentes qu'il avait pourtant entrepris d'aider ? Pourquoi une telle cruauté à leur égard ? Ok : il est tombé amoureux de Millie-Zelda et il se venge impulsivement ; mais Mariette ? Pourquoi annuler le bien qu'il lui a fait, même si c'était parce qu'il était mandaté par le mauvais mari (financeur de l'Atelier) ? Hum... On ne peut s'empêcher quand même de se dire que fondamentalement, le bonhomme, pourtant admiré de tous, a l'affection et la générosité à géométrie variable... Le livre en tout cas plaide finalement avant tout contre le règne des apparences, et invite à recevoir et accepter les mains qu'on peut nous tendre parfois. Parce que les choses ne sont jamais écrites et qu'elles peuvent changer. De belles rencontres (Monsieur Mike - Millie, ou Millie- Mariette), et de belles leçons de volonté.

Merci profond à Delphine pour ce joli cadeau.

. L'atelier des miracles, Valérie Tong Cuong, éd. Lattès, Janvier 2013. Ed. J'ai Lu : mars 2014.

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Les règles d'usage :))

15 Décembre 2016, 08:53am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

New-York. Sans qu'on le sache - quelle autre pire manière de flinguer son récit et son suspense aurait été que de nous le dire avant ? - on est en 2001. 11 septembre. Mais la date est trop forte, trop submergée d'informations pour être écrite comme telle et dénuée de sens pour écrire une histoire. Alors, c'est un jour comme les autres. Wendy, 13 ans, va au collège. Ses tracas de collégienne. Ses embrouilles avec sa mère... Son attachement à son petit frère, 4 ans, un peu collant. Le chéri de sa mère, chouette, parfait même, mais contre lequel elle ronchonne quand même... En cours. Et puis, soudain, par les fenêtres du collège... Un fracas... Une pluie de cendres... Le collège qu'on boucle sans rien savoir, sans rien comprendre, en attendant que les familles viennent récupérer leur enfant... Ces premières scènes, ces pages dans le quotidien de la jeune fille, alors qu'elle ne sait pas encore... 

Enfin, le compagnon de sa mère arrive, portant Louie (comme Louis Amstrong) dans ses bras. Il lui apprend ce qui s'est passé, ce 11 septembre... Or : sa mère était ce matin-là partie travailler, légère, sa robe et ses sandales à talons rouges, à son bureau, comme chaque jour... dans l'une des deux tours jumelles. 

Commence alors, à la mesure de la personnalité des trois protagonistes, l'attente. Avec ce que chacun y met. L'espoir... longtemps... Et puis Wendy comprend. Son vrai père, celui qui ne l'a pas élevée et dont sa mère, belle et lumineuse, lui traçait le portrait d'un homme vivant pour lui, sans se soucier des autres, arrive un jour, à l'improviste, et veut emmener Wendy... Alors, elle se résout à partir pour la Californie, comme un déchirement au départ... Mais elle part.

On va la voir, pas à pas, lentement, avancer. A son rythme, avec ses moyens. Les choses qu'elle met en place, le temps qui fait son oeuvre... Les rencontres qu'elle fait, alors qu'elle ne peut plus aller au collège - qui lui paraît alors si vain. Le libraire. Mais aussi cette jeune femme, si jeune, qui a donné la vie à un bébé, alors qu'elle même n'a pas fini de grandir ou presque... 

Les souvenirs affluent, à leur rythme, sans aucune maîtrise. C'est tellement juste, ça paraît tellement proche du réel... Ce passage du temps est véritablement très bien donné à voir. Et puis cette lente, inexorable reconstruction. Juste parce qu'on n'a pas le choix. Sans leçon, sans manuel, parce qu'il n'y en a pas...

Joyce Maynard une fois encore (J'avais vraiment beaucoup aimé L'homme de la montagne, déjà) s'empare d'un fait-divers - et pas des moindres, cette fois-ci, tellement indissociables d'histoires, déjà - et le travaille dans le registre de l'intime. Du point de vue de l'intériorité d'un ou plusieurs personnages.

Merci à Mélanie, pour le partage !

Les règles d'usage, Joyce Maynard, éd. Philippe Rey, septembre 2016

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