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Le blog de la souris jaune

Résultat pour “La petite pièce hexagonale”

Le Caveau de famille

15 Avril 2011, 14:45pm

Publié par la souris jaune

Evidemment, j'ai abordé ce livre-là avec une pointe d’appréhension : c’est quand même la suite du Mec de la Tombe d’à côté !9782847201925-le-caveau-de-famille-1-.jpg Et le suspense est là : on a laissé Désirée et Benny aux prises avec leurs différences…

Ca commence par un petit arrangement avec l’amour. Ces deux-là, elle bibliothécaire et urbaine, lui paysan et rural, qui ont tellement peur de leurs discordances, tellement peur qu’elles soient plus fortes que tout, trouvent un alibi pour se rapprocher, un alibi qui dérange un peu. Mais on s’en accommode, quand on comprend qu’ils ont juste peur de croire que l’amour peut être plus fort, et qu’ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. Même principe que le premier récit : les chapitres se succèdent, tantôt racontés par Désirée, tantôt par Benny. Au cours de sept années. Ca commence bien, on respire, les propos sont toujours sensibles, et l’histoire avance. Parfois on a peur que ça ne dure pas, que certains épisodes préfigurent une fin, déchirante ou mesquine… L’auteur a-t-elle repris ses personnages, qu’on a chéri, pour les sacrifier sous nos yeux ? Un peu plus loin, on a peur encore, qu’elle nous livre un fait-divers horrible, comme une pirouette détestable pour faire se dénouer son histoire… On va suivre ce couple, et leur famille… Le fait est qu’avec Katarina Mazetti, on ne sait jamais comment ça va finir. Le caveau de famille : le titre est évidemment un clin d’œil, sur le même champ lexical, au premier livre… Mais il veut dire beaucoup ! On a aimé, même si c’est rude. Rude et sans concession pour la vie de famille ; en creux, elle nous livre les décalages entre les réalités de l’homme et de la femme…

Heureusement, l’amour, malgré tout, coûte que coûte, reste sauf, presque intact ; c’est lui qui transcende le quotidien, et il en faut une sacrée dose, se dit-on. L’amour, comme une percée de soleil dans un jour de pluie…

 

. Le Caveau de famille, Katarina MAZETTI, éd. Gaïa, mars 2011.

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:) :( Le lièvre de Vatanen

22 Août 2008, 14:16pm

Publié par la souris jaune

J'entre dans le livre en sachant que c'est LE livre qui a conquis les foules nordiques, et que c'est LE roman écologique par excellence. Franchement, je ne savais même pas qu'il pouvait y avoir des "romans écolo". Ca veut dire quoi ? Qu'après l'avoir lu, vous prenez votre carte au parti ? Vous écrivez une lettre d'amour à Cohn-Bendit ? Vous filez sur la plage la plus proche pour la passer au peigne fin et la nettoyer de ses immondices ? Eh bien, j'ai vu. C'est presque tout ça à la fois. Si. Enfin, si vous accrochez ! Donc, de quoi il retourne ? Le personnage principal, Vatanen donc, est un journaliste, parti en reportage avec un collègue. Revenu de tout, de sa vie sentimentale, et de sa vie en général. Soudain, un lièvre traverse la route. Coup de frein. Les deux hommes sortent de la voiture, et tandis que l'un reste dans les préoccupations de la vie réelle, pour l'autre la vie bascule : le lièvre, alibi du récit, va changer la vie du journaliste. C'est sans doute ça LE propos le plus intéressant du livre : tout d'un coup, parce qu'on est prêt, attentif au monde et réceptif aux événements, une chance s'offre à nous de changer notre vie. Qu'est-ce qui fait que c'est "ça", ce petit détail insignifiant (là, le lièvre), qui fait tout basculer ? Eternelle grande question. A laquelle chacun trouve ses réponses, même si ici, le personnage ne les cherche pas. Notre personnage principal va rythmer sa vie sur celle du lièvre, et transformer la sienne... Nous plongeant dans un monde rural qui nous ramène des décennies en arrière, dans un espace temps qui n'a plus les mêmes codes que ceux de notre monde qui va trop vite et laisse derrière lui sa traîne d'insatisfactions. Vatanen en tous cas tourne la page, pour se rapprocher des vraies valeurs de survivance, de chaleur et d'amitié... D'ailleurs, le cheminement de celui-ci va le mener à trouver l'amour : se trouver soi mène au chemin vers l'autre...
Très éloigné de l'appitoiement, on est ici dans le constat brut, et dans la narration des faits. Le livre est une parabole, en somme, qui nous raconte un parcours initiatique, sur fond de remise en question de la vie moderne. Et évidemment, ceux qui assistent à la transformation (ou la subissent) sont dépeints avec une relative finesse comme des êtres peu sensibles, enfermés dans leurs préjugés... Forcément. Histoire de rappeler qu'il est difficile de s'affirmer différent.
Ca n'est pas sans rappeler "L'Alchimiste" de Poelho Coelo, dans l'extrême simplicité du propos se voulant message universel... Mais en mieux.

. Le Lièvre de Vatanen, Arto Paasilinna

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Un amour :)

30 Décembre 2012, 16:29pm

Publié par la souris jaune

un-amour-dino-buzzati-9782221077825-1-.gifAh, le bonheur de retrouver Dino Buzzati, j'avais tellement aimé son Désert des Tartares, ainsi que ses nouvelles, le K ! Le plaisir n'est pas démenti, avec ce livre.

C'est l'histoire d'un presque quinquagénaire (49 ans), architecte, et de sa passion dévorante pour une toute jeune prostituée, Laïde, sur près de deux ans. Passion qui se transforme en obsession, et qui l'asservit, sans qu'il puisse faire appel à sa raison et résister, se redresser, fuir...

"Tu as voulu oublier ton âge ? Tu as défié avec tes seules forces la méchanceté d'une fille qui montait à l'assaut de la vie ? Tu t'es obstiné en un jeu inconnu qui n'était pas fait pour toi ? Tu as cru que tu pourrais redevenir un enfant ?", lui dit en guise de leçon, une autre prostituée, à la fin du livre. Un livre qui nous montre aussi à quel point on est aveugle en "amour" tant qu'on ne veut rien voir !

C'est formidablement décrit. Les tourments d'Antonio, les facéties et la fausse candeur de la jeune femme, le faux cousin Marcello, les mères maquerelles... Et la ville de Milan, fond souvent nocturne du roman, qui a une place si belle aussi dans ce livre, ainsi que la ville de Modène.

On aime, la formidable leçon de l'autre prostituée, à la toute fin du livre ; celle qui lui dit qu'évidemment il se trompe, et que ce qu'il vit n'est pas l'amour ! Ses tourments n'ont rien à voir, et d'ailleurs, que lui donne-t-il lui pour valoir qu'elle l'aime en retour ? Sa suffisance de petit bourgeois, alors même qu'il veut juste la tenir prisonnière, et ne lui propose même pas d'entrer dans son cercle d'amis, familial, ou le mariage ?...

C'est une écriture qui court, qui coule, qui emporte. Dans les tourments de la passion amoureuse, savoureux. Et qui parle de l'illusion qu'on peut préférer alors même qu'elle est terrible, parce qu'elle nous cache ce vers quoi l'on court si sûrement, la mort...

Merci beaucoup Patricia pour cette lecture, c'est à toi que je la dois !!

 

. Un amour, Dino Buzzati, 1963 (Italie), Robert Laffont, 1964.

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Des illusions :)

6 Mars 2013, 10:02am

Publié par la souris jaune

des_illusions.jpgEt dire que j'ai failli laisser glisser ce livre, et passer à autre chose : cela aurait été vraiment dommage ! Zapper, parce que sa quatrième de couverture est un extrait du premier texte qui le constitue, celui qui me parle le moins, parce que j'aime si peu les récits d'enfance... Pourtant cette voix d'enfant trouve sa place dans ce joli ensemble.

Un recueil de nouvelles pas comme les autres, puisque les nouvelles se succèdent malicieusement et sont reliées toutes ensembles comme un collier de perles, par un clin d'oeil discret, qu'on voit ou qu'on ne voit pas, mais qu'on se surprend à chercher, d'un texte à l'autre... Ainsi, tel personnage si secondaire dans l'un des textes va soudain prendre la plus grande place dans le texte qui suit... et tous ces personnages se retrouver comme en un bouquet final au dernier (avant-dernier ?) chapitre, pour la fête des voisins... Chaque texte se lit comme un seul, mais fait partie d'un tout. Et c'est finalement une jolie métaphore de nos vies d'humains : elles se conçoivent dans leur solitude, mais aussi dans un ensemble, notre quartier, notre village, notre réseau d'amitiés, et revêtent un éclairage autre, parce que moins intime...

L'auteur nous offre une promenade dans une galerie de "portraits" ou plutôt une galerie de vies modernes... Etats d'âme d'une mère de famille, interrogations sur l'absurdité d'un monde administratif, souffrances des solitudes, après-rupture amoureuse, passion destructrice qui laisse exhangue... Chaque texte nous touche avec force. Tout y est juste, authentique, et bien écrit. J'avoue qu'il m'a souvent rendue mélancolique, tant ce qu'il vient interroger chez nous (notre rapport au passage du temps, nos changements, nos alliances et mésalliances) est juste... Coup de coeur pour Marthe et Georges, ce couple âgé indissociable l'un de l'autre, malgré Alzheimer ("Dans leurs regards délavés par le temps, reste l'incandescence des ultimes rendez-vous, là où les âmes se rejoignent, à l'origine de la vérité") ; Des illusions, ou le paradoxe de la recherche amoureuse alors même qu'on ne tricote plus les efforts d'échanges avec ses propres voisins, ou encore Hors Circuit, l'histoire de Ludo, au chômage, confronté à l'absurdité d'une inscriptions à l'agence pour l'Emploi... 

Quant aux petits dessins qui jalonnent le livre, chapitre après chapitre, vifs et aériens, ils sont une jolie respiration dans le livre. Une jolie découverte. Merci Arnaud ! 

 

. Des illusions, Elisabeth Berlan-Mary, illustrations Jeanne du Tertre, éd. Yellow concept, 2012.

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Désolations :))

2 Mai 2013, 21:46pm

Publié par la souris jaune


4 105911088 north 320xEvidemment, avec un titre comme celui-ci, il ne fallait pas s'attendre à quelque chose de rose, rose, rose. Mais j'ai beaucoup aimé.

David Vann nous donne à voir deux couples, à deux extrémités de leur histoire... La fin, et le début. L'image de l'un pouvant faire penser à ce que pourrait devenir l'autre. Irène et Gary, elle ex-institutrice de maternelle, lui thésard avorté, qui repporte chacun de ses non-accomplissements sur le dos de son épouse. 30 ans de mariage. Et Rhoda (leur fille), et Jim. Elle, assistante vétérinaire, lui dentiste. Vivant ensemble depuis un an, grâce aux moyens de Jim, dans une maison de rêve. Alors qu'ils songent au mariage, lui ne pense qu'à une chose soudain : la tromper, pour les dix ans de "jeunesse" qu'il lui reste encore ! Et puis plus discret, il pourrait y avoir un troisième couple, presque en clair-obscur, secondaire, Mark (le fils d'Irène et Gary), adolescent attardé, marin, vivant dès qu'il le peu aussi légèrement que possible grâce aux paradis artificiels, et Karen.

Pendant toute cette histoire, Irène est aux prises soudain avec un mal de crâne persistant, un mal qui la vrille de douleur, l'entraine à se gaver de médicaments, mais qui ne se tait jamais, et la prive de sommeil... Ajoutant un ressort dramatique, qui enfle, enfle et se gonfle monstrueusement, pour aboutir à la terrible fin.

Et puis il y a cette cabane, que Garry s'est mis en tête de construire, égoïstement, sur cette île perdue au milieu du lac. Comme une vision difforme de ce qu'est devenu leur amour.

Evidemment, la nature humaine apparaît ici avec toutes ses lourdeurs, ses imperfections, ses obscessions... L'homme, surtout, n'en ressort pas grandi. Incapable d'assumer ses échecs, les faisant porter à d'autres ; égoïste, ou n'ayant d'issue pour le bonheur qu'à travers la drogue... La femme qui s'engage, indissociable de l'amour et de l'engagement amoureux. Que l'homme accepte à ses dépens, pour se perdre.

Personne dans cette histoire n'a le courage de dire stop, de tenter de se recontruire autrement. Tous semblent emportés par le cours inéluctable des choses, résignés...

Le tout dans une nature qui donne à ce roman un cadre de désolation, qui renforce la dureté du drame (car évidemment, l'issue est terrible !) : l'Alaska, et une petite île perdue, derrière un lac, souvent aux prises avec la neige, le froid, le vent, la tempête... 

Belle découverte que ce livre. L'auteur, né en Alaska sur l'île Adak, sera au salon Etonnants Voyageurs à Saint-Malo du 18logo-ev 2013 320x240-5d2b8
 au 20 mai.

 

. Désolations, David Vann. Ed. Gallmeister, paru en 2011 sous le titre Caribou Island

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La femme de chambre du Titanic :))

9 Février 2014, 12:07pm

Publié par LaSourisJOne

La femme de chambre du Titanic :))

J'ai beaucoup aimé être emportée en 1912, dans ces terres sombres et austères de la France maritime, dans ce port où la vie est rude et où chaque effort est nécessaire et prend sens. Là, l'imaginaire prend toute sa force. Parce que c'est finalement la seule bulle de sortie, d'évasion, (avec l'alcool !) possible ; du coup, le coeur du récit, un récit dans le récit, en est d'autant plus fort.

Tout commence par un rite étrange, dans le milieu des dockers, et on découvre Horty, le docker, portant un veau vivant sur le dos, dans une course de rapidité, sali par les urines du veau... Mais il gagne. Pour la cinquième année consécutive. Mais cette fois-ci, il ne gagne pas de la viande comme d'habitude, mais bien quelque chose qui va changer sa vie : une soirée et une nuit, à Southampton, pour assister au départ du gigantesque navire Titanic... Et là il fera une rencontre, qu'il magnifie, qu'il mythifie, mais qui va changer sa vie. Je découvrais cet auteur, mais j'avoue que j'ai vraiment beaucoup aimé sa façon de nous dessiner, par petites touches certaines, ses personnages principaux, à travers leurs actes... Ainsi que la manière dont il fait avancer le récit... Et même si, au milieu du récit, celui-ci reste comme en suspension, justement, et qu'il n'avance plus beaucoup... Cela participe à tendre l'attention du lecteur, à aiguiser son impatience, tout à son envie d'en savoir plus, un peu comme ces spectacteurs qui écoutent le récit d'Horty, entre réalité et rêve, sur "la femme de chambre du Titanic". Je crois que je me laisserai assez vite tenter par un autre livre de Decoin, pour voir à quoi ressemble le reste....

Il semble que ce livre ait fait l'objet d'une interprétation cinématographique en 1997.

. La femme de chambre du Titanic, Didier Decoin, Ed du Seuil 1991.

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Cette nuit, je l'ai vue :))

1 Juin 2014, 21:21pm

Publié par LaSourisJOne

Cette nuit, je l'ai vue :))

Très très belle découverte que ce livre, et cet auteur slovène. Ici se succèdent les voix, autour de la disparition d'un couple bourgeois, Véronika et Léo. Surtout autour de ce personnage, Veronika, haut en couleurs, gai, plein de vie, insouciant, écoutant ses envies et les partageant... Pendant la guerre, entre 1942 et 1944. D'abord, la voix du militaire, chargé de cavalerie, sérieux, investi dans sa mission de militaire... A qui de plus hauts gradés confient une mission qui ne l'inspirent guère : initier une femme, Véronika, à l'art de monter à cheval... A lui, le militaire, d'abord il se cabre, puis s'installe une forte complicité entre le duo improbable. Et ce premier chapitre est touchant, sensible, beau, on y lit l'amour naissant pour cette femme, amour finalement partagé ; elle va alors quitter son mari pour aller vivre son aventure, avant de retrouver son mari pour une existence plus opulente, et plus riches de découvertes et de partages. Le militaire nous laisse donc sur sa trace à elle, qu'il a perdue, et qu'il regrette... Puis, les voix se succèdent encore toujours aussi belles et troublantes, chacune révélant un pan de l'histoire, par petites touches... La mère de Véronika, qui l'attend, les yeux rivés à la fenêtre, depuis le soir où elle a disparu ; le médecin allemand, lui aussi touché par la grâce de Véronika, et dont la présence malgré lui aux côtés du couple marqua le destin de celui-ci ; la jeune femme, travaillant au Manoir, et aimant sa maîtresse, touchante de dévotion, et d'impuissance ; et puis Jéranek, celui par qui tout arrive, le garçon de ferme... Leur issue est troublante de force, irrévocable et tellement révoltante, tellement proche sans doute de ce qui se passa sans doute si souvent, dans le sillage de la guerre... entrainant son lot d'injustices, d'approximations, de vengeances pour de 'mauvaises' raisons... C'est un très beau récit que celui-ci que j'ai vraiment vraiment beaucoup aimé.

L'auteur sera présent au salon Etonants Voyageurs, à Saint-Malo, le week-end prochain...

. Cette nuit, je l'ai vue, Drago Jancar, Phébus, littérature étrangère. 2014.

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La lettre à Helga

3 Juin 2014, 15:15pm

Publié par LaSourisJOne

La lettre à Helga

La force de la nature, et de la terre : c'est ce que je retiens de ce que je connais de la littérature nordique. Ici, encore. Il y a les forces à l'état brut, et l'on n'a pas oublié que l'homme n'est qu'une petite parcelle dans un grand tout. Mais bref. Ici, c'est donc la lettre d'un vieillard, 90 ans, à Helga. Une femme pour laquelle il a ressenti un puissant appel sexuel, sensuel, chtonien... Il écrit à cette femme, et son récit ne manque pas d'humour, de sincérité ; il lui écrit combien elle a marqué sa vie, tant par sa présence distante que dans l'absence, véritablement - et bien que marié - obsédé par elle, par ses formes pleines surtout. C'est en cela que c'est un récit du corps, bien plus que de l'esprit. L'amour ici est une puissante vague bien plus qu'un état d'âme. A ses aveux, il mèle ses souvenirs de fermier d'Islande, mais aussi de nombreuses références littéraires, orales ou écrites, et l'on découvre une terre où l'écrit, le récit, fait partie d'un quotidien (il est vrai que l'écriveur se souvient d'une époque aux alentours de 1945)... Il est aussi un formidable plaidoyer pour le respect de soi : au nom de l'amour, ou du désir, on ne peut renoncer à soi et à ses valeurs... Et c'est ce qu'il explique également longuement à Helga, la raison pour laquelle il n'est pas parti avec elle en ville, tout simplement parce que la ville l'aurait tué, émoussé, toute son âme étant à la campagne. Il y a ces raisons conscientes ; et puis il y a sans doute aussi l'inconscient, qui là encore n'est pas occulté : ainsi, il sent aussi que s'il n'est pas parti, même au prix de souffrances, c'est aussi parce que cela lui permettait de rêver l'objet de son désir... Et c'est à la fin de la lettre que par une pirouette, on découvre que la destinataire de la lettre ne la lira jamais, ultime pirouette du narrateur : Helga n'est plus... Pour autant, on a aimé (sans excès !) les confessions de ce vieux fou, qui ne mégottent pas sur le langage, et parle franc, tout autant que poétique.

La lettre à Helga, Bergsveinn Birgisson, littérature étrangère. Islande : 2010 ; éd. Zulma, 2013.

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Comme les amours

20 Juillet 2014, 22:05pm

Publié par LaSourisJOne

Comme les amours

Bon, c'est dense. Espagnol. Absolument cérébral. Ca valait le coup de la lecture, parce que c'est intelligent, mais vraiment, vraiment, faut avoir de l'appétit ! Le rythme est extrêmement lent, les phrases très longues, tous les éléments de la narration passés au crible, au scalpel, rien n'est laissé sans analyse... Ouaou. On n'est pas mécontents d'avoir fini.

Alors ça parle de quoi ? Ca commence super bien, on se dit qu'on va le dévorer vite... Une jeune femme, Maria, a l'habitude avant son travail dans une maison d'édition le matin de se rendre dans une petite cafétéria prendre un café ; et tous les jours, elle y croise un couple, qu'elle admire, qu'elle adule, tant il respire la complicité, tant il est beau... Et puis un jour, le couple ne vient plus. Elle met quelques semaines à apprendre qu'en fait, l'homme a été sauvagement assassiné. Elle découvre un article de journal à postériori où sa mort est évoquée, avec une photo sanglante. Touchée, elle entre dans la vie de la femme, brièvement, mais le temps de recontrer le meilleur ami du couple... Et c'est là qu'un second roman dans le roman commence. Elle se prend de passion pour celui-ci, mais elle sait que leur histoire est sans lendemains. Elle le sait épris de l'épouse, et un jour, subrepticement, elle découvre, oh, terreur, qu'il a fait assassiner son meilleur ami... Suivent alors les questions, les interrogations, les réponses à ce propos... Responsabilité, déresponsabilité sont au coeur du récit. Ainsi qu'une vision pragmatique et noire de tous les rouages relationnels : les relations ne sont que nécessités... Belle allégorie de la disparition, puis de la réapparition, autour du Colonel Chabert de Balzac au coeur de ce livre, qui interroge, comme ce livre, sur la mort qu'il faut laisser à sa place : une fois mort, on ne peut plus réapparaître, car quelque soit la durée du deuil, on n'a plus de place ! Et puis on découvre aussi que le titre du livre découle des Trois mousquetaires, et de la qualification de Milady, condamnée à mort par Athos, "belle comme les amours"... C'est complexe, c'est dense, je n'aime pas forcément sa vision des choses, mais c'est plutôt fin. Sans doute un grand auteur, que je ne connaissais pas.

. Comme les amours, Javier Marias, éd. Gallimard, août 2013.

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Un garçon singulier :)

28 Septembre 2014, 15:24pm

Publié par LaSourisJOne

Un garçon singulier :)

Entrer dans un Grimbert me demande, je ne sais pourquoi, un effort particulier. C'est une impression que j'avais déjà ressentie en lisant 'Un secret' (dont je ne garde d'ailleurs aucun souvenir), et force est de constater qu'une fois encore, entrer dans celui-ci m'a demandé le même effort. Je ne sais pas pourquoi, au fil de la lecture, surtout au début, les mots ne s'impregnent pas en moi, ne font pas sens, si bien que je suis obligée de relire plusieurs fois les phrases pour les incorporer, et que 'ça fasse histoire'. Je ne me l'explique pas. Peut-être les descriptions 'extérieures' y sont pour quelque chose ? Je ne sais pas. En tout cas, je ne regrette pas ma persévérance, car j'ai beaucoup aimé celui-ci. Peut-être mes trois heures de train n'y sont pas étrangères, le fait est que j'ai lu ce petit livre dans son intégralité ou presque pendant ce trajet... Qu'en garderai-je ? J'espère plus quelque chose, et en tout cas plus qu'Un secret ! Mais de cela nous n'avons pas le pouvoir de décider...

Bref. Ici se tissent le portrait, en plein ou en creux, de plusieurs 'garçons singuliers', dont les visages, la réalité se superposent... Et nous mènent à plusieurs histoires d'attachements, pour au final, sortir le narrateur de sa 'singularité' douloureuse... C'est donc l'histoire d'un étudiant, qui, confronté à la nécessité de gagner sa vie, et ne sachant qu'en faire, répond à une annonce, où il est demandé d'officier comme garde d'un enfant singulier... Il se trouve que cette mission a lieu exactement sur les lieux où il passa tous les étés de son enfance, et où il connut une amitié masculine, forte, enfouie en lui, intranquille, et un peu nostalgique. Une incroyable relation va se tisser entre ce jeune homme, et le jeune garçon qu'il est chargé de garder ; un garçon sensible, et qui perçoit bien plus qu'il n'y paraît. Sans parler du couple, qui se débat comme ils peuvent avec cet enfant difficile ; très juste et belle peinture, des choix parentaux, tels qu'ils se sont matérialisés là : le père, loin, qui gagne sa vie en haut d'une tour de la Défense, la mère, qui vit difficilement, sombre dans la dépression, puis reprend son activité d'écrivain ; elle aussi aura une personnalité marquante, et non négligeable, absolument pas dans la bienveillance, mais constitutive, pour le narrateur... Une agréable lecture.

Merci à Clotilde pour cette transmission !

Un garçon singulier, Philippe Grimbert, Poche. Paru en mars 2011;

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