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Le blog de la souris jaune

Résultat pour “La petite pièce hexagonale”

Etta et Otto (Et Russel et James) :(

2 Janvier 2016, 11:02am

Publié par LaSourisJOne

Etta et Otto (Et Russel et James) :(

Bon alors. Ce roman-là m'avait drôlement donné envie. Une femme, sur la fin de sa vie, à 83 ans, décide qu'elle n'a jamais vu la mer et qu'elle veut la voir, qu'elle ira, à pied, pour cela jusqu'à elle. Elle part, un matin, subrepticement, sans prévenir son mari, Otto. On va suivre Etta dans son avancée, et Otto dans sa solitude, son attente ; une attente qu'il transforme avec courage en quelque chose de beau, j'avoue que j'ai adoré le voir aménager sa solitude ; petit à petit ; par les recettes de cuisine d'Etta qu'il va tenter de faire, on va trouver les traces de l'amour ou de la prévenance d'Etta pour Otto dans les recettes elles-mêmes, et puis il y a ces journaux qu'il achète en grand nombre parce qu'Etta (dont il ne peut qu'imaginer l'avancée) y est, photographiée par un curieux à son insu ; et ce qu'il va trouver pour habiter sa solitude pour utiliser tout ce papier : il va se mettre à sculpter, à confectionner tous ces animaux un peu partout, en papier maché. A l'image de ses artistes d'art brut, artistes sans le savoir, l'abbé Fouré, le facteur Cheval... Dans son avancée, Etta rencontre un coyotte, qu'elle appelle James, et qui va la suivre, et lui parler au long de son avancée. Mythe ou réel, déjà ? En tout cas, pourquoi pas. Ce livre m'a fait penser à tout un courant de littérature où la nature est chantre, personnage autant que les humains... Pourquoi pas... En tout cas, James ne m'a pas dérangée. Cela dit...

Les nombreux retour dans leur passé m'ont saoulée. La jeunesse d'Etta et d'Otto pendant la guerre 14-18, eh bien j'avoue que ça ne m'intéressait pas, je ne m'attendais pas à lire ça ici, et ça nous éloigne de l'épopée. Ah oui, si : on croit deviner avec cette narration quelque chose de profondément triste si tel est le cas : Etta a choisi Otto parce qu'ils se sont écrits pendant qu'il était à la guerre ; Russel aimait terriblement Etta, croyant mort Otto ils entreprennent une histoire, Otto revient et il semble qu'il s'installe dans la vie d'Etta. On a l'impression que c'est ainsi. Et en même temps, ce qui est frappant c'est l'absence de 'sentiments', dans le récit du passé ; il n'y en a pas, il n'y a que des faits, bruts.

Je crois que sans cette partie du passé le livre m'aurait beaucoup plus plu. Du coup, plus associé au fait que l'épopée s'effiloche sans qu'on comprenne bien comment (Otto se confond avec Etta, une journaliste sortie de nulle part en mal de vie concrète finit sa marche avec elle, James disparaît, on pense qu'il est mort, et puis il réapparaît...), c'est une tristesse insidieuse, une mélancolie diffuse que ce récit nous apporte. Pas de lumière, comme je l'avais imaginé, mais plus une fermeture. Finissent-ils en maison de retraite ? Les blouses qu'on voit sur la fin, sont-ce celles des maisons de retraite ? Ou l'auteur a t-elle finit par méler les deux temporalités (la blessure de guerre d'Otto, l'oreille, l'hôpital et l'hôpital pour Otto en fin de vie, et Etta au bout de son voyage) ? Je ne sais pas, et j'avoue que je n'ai pas vraiment envie de le savoir.

Si je suis contente d'avoir connu cette auteure, je suis avant tout contente d'avoir quitté son univers et son histoire.

Etta et Otto (Et Russel et James), Emma Hooper, traduit de l'anglais (Canada) par Carole Hanna, éd. Les Escales, octobre 2015.

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Treize petites enveloppes bleues

13 Novembre 2011, 20:59pm

Publié par la souris jaune

treize-petites-enveloppes-bleue-1-.jpgRoman ado.

J'ai dû aimer le titre, et la quatrième de couverture m'a donné envie de lire ce livre : l'histoire était séduisante... Une tante, chérie par sa nièce, envoie une lettre, puis une série de 13 lettres sous enveloppes bleues dans un colis à sa nièce. Colis posthume, puisque cette tante est décédée d'une tumeur au cerveau... Tante qui (mais ça semble être sa nature) sera partie sans prévenir, sans explication, à un moment de son histoire, alors même qu'elle comptait tant pour sa nièce... Ces 13 lettres seront des injonctions à voyager à travers l'Europe, pour cette jeune américaine, très jeune américaine de 17 ans. Et la jeune fille s'éxécute.

Si le livre se lit vite, et reste assez plaisant, il est somme toute un peu décevant : pas à la hauteur des espérances que l'on pouvait en avoir. Ainsi, l'angrage dans la réalité, pour que le tout soit plausible, est évidemment un peu léger : comment imaginer une seule seconde que des parents laissent partir une jeune fille à travers le monde aussi longtemps ? en imaginant que ceux-ci ne soient pas prévenus... Comment imaginer que pas un seul instant (même si elle a besoin de régler des choses avec son passé, à travers les mots de sa tante) qu'elle ne songe à prévenir sa famille, donner des nouvelles, famille qui doit être morte d'inquiétude ? Mais admettons que cela n'est pas l'essentiel. D'ailleurs, la tante a fixé comme consigne : "aucune communication liée aux nouvelles technologies pendant ce voyage". Dommage que cette consigne ne soit pas plus pédagogiques, et qu'il n'y ait pas davantage d'explications, de sens derrière celle-ci. Mais admettons. Le périple est un peu frustrant, puisque la tante la fait traverser un nombre inconsidéré de pays (elle doit se rendre à Londres, à Paris, au Danemark, à Rome, en Grêce, et tout cela est somme toute assez rapide ! Le passage sur chaque lieu est trop "éclair", et aucun sens véritable ne s'en dégage vraiment la plupart du temps, si ce n'est la reconstitution de la vie de la tante... Pourquoi pas ? Heureusement qu'elle donne enfin un sens par de la gratitude à ces personnes qui ont croisé son chemin et aidée, enfin, juste à l'égard de celui qu'elle découvre comme son oncle... Le périple peut paraître un peu vain : mais il est vrai que la dernière enveloppe ne sera jamais lue, aussi on peut imaginer des leçons, et des clés qu'aurait pu y mettre la tante : le sac qui contenait les lettres est dérobé avant que la jeune fille n'ait eu l'occasion de lire la treizième. Dommage que le roman débouche finalement sur une vente aux enchère de toutes ses toiles, et que l'aboutissement soit, don de la tante, une énorme somme d'argent ! On reste sur sa faim de cette quête qui se solde par cela. La jeune fille qui se croyait inintéressante trouve finalement une certaine confiance en elle, mais parce qu'elle a traversé l'Europe et fait des choses folles. Doit-on dire à un ado que la confiance en soi s'acquiert à ce prix ? Découvrir le monde, pourquoi pas, à condition à mon sens que ce ne soit pas une fuite en avant...

 

. Treize petites enveloppes bleues, Maureen Johnson, éd. Gallimard Jeunesse, paru en 2006.

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Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce :)

21 Août 2016, 08:49am

Publié par LaSourisJOne

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce :)

Roman.

Véritablement conquise par La petite communiste qui ne souriait jamais (2014), j'avais très envie de lire un autre Lola Lafon. J'avais trouvé celui-ci, que j'ai lu pendant mes récentes vacances.

Evidemment, ce livre est loin, loin d'être une lecture légère. Mais je crois qu'avoir du temps pour le lire a été une très bonne chose. C'est le deuxième livre de Lola Lafon qui me fait me dire que véritablement, il y a 'quelqu'un' derrière ces pages.

Encore une fois, le rapport au corps, à son corps de femme est au coeur du livre. Toujours un rapport souffrant, contraint, lié à ce que les autres en font. Cette lecture n'est pas facile, mais extrêmement intéressante. Elle interroge beaucoup sur ce que l'on accepte de la société, sur la révolte, sur la trace que laissent des blessures ; sur la proximité entre deux êtres qui ont vécu le même trauma. Sur l'absence de limites, et la frontière, ténue, qui peut décider de faire sauter les limites... Sur la folie et la raison, donc évidemment.

On est dans un récit intime, un voire deux, ou trois d'ailleurs, melés. Des jeunes femmes. Deux se sont rencontrées dans un groupe de parole, le mardi soir, groupe de parole des victimes d'un viol ; avec ses mots à la fois pudiques et trashs, la narratrice va nous livrer la vie de ces femmes fracassées par la prise de force de leur corps. Elle ne s'arrête pas à la surface d'un instant, pour voir le trauma et ses conséquences, là, à un moment de vie ; non, elle fouille en profondeur, et donne à voir comment cet acte peut modifier jusqu'aux fondements. Elle ne s'arrête pas en chemin, et explore, au delà de la plainte qui peut être déposée, au dela de la justice, ce qu'un corps, ce qu'un être pourrait faire, pour vivre après.

Là, on est aux prises avec un quotidien qui doit se vivre, sans appitoiement, à partir d'un événement qui forcément, a tout modifié. Cela c'est ce qu'on se dit, à la lecture. En rien ce n'est formalisé. Il y a ces proximités naissantes, ces amitiés électives entre filles, qui réchauffent et grisent ; et puis il y a la fille qui va loin, qui va très loin dans l'analyse, dans la réflexion, dans les actes et le rejet d'une société peu satisfaisante. Entre dans des actions révolutionnaires, faisant naître un collectif "Les petites filles au bout du chemin". Il y a un peu de Nadja (Breton) dans ce livre-là, et particulièrement dans ce personnage-là. Il y a la fille qui est aux prises avec le réel, garde pied dedans, et celle qui est passée outre. Et la troisième amie, qui elle vit un coma, ce qui permet d'interroger le corps dans un autre de ses aspects, le corps qui s'arrête, quoi, comment, après un coma ?

Là encore, dans ce livre-là, la danse n'est pas loin. La danse, dans sa version 'travail' qui mène à la libération du corps, la danse comme exercice rude, presque maltraitant, mais finalement moins maltraitant que ce qu'un être humain peut faire à un autre en décidant de le 'prendre' sans son consentement... Il y a là encore, des pistes de réflexion extrêmement riches, c'est un travail très impressionnant, même s'il est parfois difficile, et pesant à lire.

. Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, Lola LAFON, Flammarion, 2011 ; puis éd. Babel Actes Sud mai 2014.

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Reste aussi longtemps que tu voudras

24 Octobre 2021, 12:31pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Ce livre-là n'est pas si simple à évincer d'un revers de manche ou d'un haussement de sourcil dédaigneux. Car, il y a quand même un point de vue, pas si fréquent, et même si on peut contester les choix de l'héroïne, l'histoire interpelle, quand même. En outre, le livre est assez épais, et il n'est pas si mal écrit, ni ennuyeux. Je n'ai pas adoré les personnages, pour autant, et tout particulièrement la meilleure amie, que je trouve peu intéressante - et c'est dommage - dommage, une fois encore.

Bon : la narratrice est une jeune femme, qui arrive en Italie, chez sa meilleure amie qu'elle n'a pas vu depuis 3 ans, avec ses valises pour une durée indéterminée. La meilleure amie, qui est mariée, vit avec son acariâtre et infecte belle-mère, tient des chambres d'hôtes, l'accueille. On découvre petit à petit qu'elles sont dans des problématiques de vie inversées, ce qui va avoir tendance à ne pas les lier, en tout cas à faire qu'aucun lien profond ne se tisse ou se retisse (car quel était-il, ce lien, alors qu'elles étaient en fac toutes les deux ?Peut-être un peu superficiel ? ). En tout cas : Hannah, la meilleure amie, veut un enfant qui ne vient pas, est en phase de tests de fertilité ; notre héroïne débarque après un événement de sa vie qui tarde à être dit (ce suspense, ou cette retenue dans ce qu'on imagine terrible est plutôt bien travaillé, bien vu) ; on craint le pire autour d'un enfant, autour d'une naissance, d'un enfant mort-né peut-être... Du coup, pour ceux qui voudraient le lire, arrêtez-vous là à la lecture de ce billet ! Pour les autres, je divulgache un peu plus : en fait, l'enfant est bien en vie, il a quelques mois, elle l'a laissé avec son père à sa naissance, n'acceptant pas sa nouvelle maternité. N'acceptant pas non plus ce qu'elle a vécu pendant l'accouchement. Son point de vue de femme blessée est intéressant même si on ne le partage pas . Elle part, donc, et décide de tenter d'oublier, de vivre comme une jeune femme sans liens, de faire des rencontres et de retrouver une féminité/sexualité oubliée, jamais connue ? Entre liens purement sexuels et amitiés se tissant en Italie, le choix d'éloignement d'une jeune femme incapable de rentrer... Et l'animosité entre les deux amies qui continuent à vivre sous le même toit et ne se comprennent pas/plus. C'est intéressant, même si je n'ai pas adoré les choix et peut-être regretté que cette échappée ne ressemble pas à une façon de se soigner, d'avancer, d'apprendre à savoir où est son chemin, et en même temps : est-ce que cela ne ressemble pas à la vie, parfois ?

Une auteure, en outre que je ne connaissais pas du tout.

Je serais curieuse de voir quelles autres thématiques ou quels autres sujets elle a par ailleurs exploré.

. Reste aussi longtemps que tu voudras, Mélanie Taquet, Eyrolles Poche, 2018 ; 2020 pour l'édition de poche.

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir :))

10 Décembre 2015, 07:57am

Publié par LaSourisJOne

Toute la lumière que nous ne pouvons voir :))

Cela aurait été trop facile de balayer d'un trait de manche un travail un peu trop rapide, un peu trop léger, un peu trop superficiel d'un Américain qui s'avance sur un terrain qu'on a l'impression de tellement connaître : la seconde guerre mondiale, en France. Et pourtant. Ce livre-là est passionnant, lumineux. Plus que la seconde guerre mondiale en France, c'est plus précisément la guerre à Saint-Malo, Paris, et en Allemagne, dont il est question. Avec des choses qu'on ne lit pas sans effroi, et même sans angoissante résonnance, qui donne à voir la genèse du parti nazi, et des jeunesses hitlériennes. Quelques chapitres sont intenables, par l'édification des jeunes garçons par l'effroi, le groupe, l'humiliation, la peur, l'exemple horrifiant ; le personnage de Frédéric, le jeune homme sacrifié, le rêveur, amoureux des oiseaux qui ne concèdera rien, digne, est beau et terriblement poignant. Sa fin terrible, bouleversante.

Le personnage principal n'est pas celui-là, enfin l'un des personnages principaux : c'est Werner, jeune Allemand aux cheveux blancs depuis son enfance. On le suit intimement : son père mort à la mine, sa vie à l'orphelinat avec sa précieuse soeur Jutta, vie heureuse mais : il ne veut pas de cette vie à la mine. Alors la solution unique, s'il fait partie de l'excellence, l'autre solution, ce sont ces jeunesses 'Hitlériennes'. Sans qu'elles ne soient jamais nommées, les mots catégoriques auraient tendance à étiqueter : là, c'est la vie quoitidienne de Werner, ses abdications pour accéder à une vie autre. Et puis là-bas, son manque de sa soeur, qu'il s'efforce d'enfouir, de même que sa pensée.

Et puis il y a parallèlement de très très beaux personnages en France ; le père de Marie-Laure, qui élève seul sa fille, aveugle jeune à 7 ans, à Paris, avant qu'ils ne partent pour Saint-Malo, retrouver l'oncle, à pied, quand il ne sera plus possible de vivre à Paris au début de la guerre. Et là un monde tout en finesse, tout en beauté, en humanité ciselée et lumineuse. Là aussi la vie est rude, on a à faire à un monde de travailleurs, mais il est ébloui, éclaboussé de lumière par les gestes d'amour de ce père pour sa fille. Père serrurier, gardien des clés du Museum d'histoire naturelle de Paris : il lui fabrique des maquettes, précises, de bois, pour qu'il puisse se retrouver dans la ville d'abord Paris puis Saint-Malo. A chaque anniversaire il lui offre une boîte, un casse-tête pour éprouver sa vivacité, avec un petit cadeau dedans. Et puis il y a ce diamant, l'Océan de flammes' et sa légende, caché au fond du Musée. Un diamant qui protégerait en même temps qu'il décimerait... Et cet Allemand, qui le traque. Et puis bien sûr, cette sublime histoire des ondes, qui touchent et rassemblent les êtres au delà des frontières, les ondes de radio émises par l'oncle, et entendues - hasard stupéfiant, mais on n'a vraiment pas envie de mégoter ! - alors qu'il était petit, avec sa soeur en Allemagne.

Anthony Doerr nous balade dans Saint-Malo, dans la rue Vauborel, et ses ruelles avec brio. On y est. Je ne sais pas ce qu'en dirait les vieux Malouins, mais vraiment il y a là un sacré boulot. La guerre pendant cette période et la vie à Saint-Malo avec les bandelettes de papier dans les miches de pain, et Marie-Laure, Marie-Laure, ses pas dans la ville, son appréhension du monde de l'intérieur, avec les yeux de l'âme. Vraiment, vraiment, j'ai adoré. Et je sais déjà, que je mettrai du temps à entrer dans une autre lecture, un autre univers.

Bibliothèque d'Evran.

. Toute la lumière que nous ne pouvons voir, Anthony Doerr, 2014 (EU), éd. Albin Michel, avril 2015.

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Passé imparfait :)))

19 Juillet 2015, 07:43am

Publié par LaSourisJOne

Passé imparfait :)))

Ce livre n'a pas été par certains côtés sans me rappeler Le complexe d'Eden Bellwether, de Benjamin Wood, que j'avais chroniqué ici, et vraiment adoré. Autour d'un personnage masculin à la personnalité forte, et fascinante, et une bande de jeunes gens d'un milieu plutôt aisé, qui gravitent autout de lui. La fascination de tous pour celui-ci déterminant un certain nombre d'événements, de relations...

Mais bref. Ici, je pense à Damian. Jeune homme très beau, mais d'un milieu modeste, qui réussit à s'introduire dans la haute société anglaise et y laisser sa pate par le biais du narrateur. Cela en 1968. Mais ce livre va avoir le mérite de nous faire osciller avec bonheur (et une excitation impatiente bienvenue en matière de lecture !) entre cette période, et 40 ans plus tard, autrement dit 2008, autrement dit aujourd'hui, alors que ne narrateur atteint la soixantaine. Il se trouve que Damian, qu'il a perdu de vue depuis 40 ans, devenu immensément riche, le convoque, alors qu'il ne lui reste que peu de temps à vivre. Et lui confie une mission folle : retourner sur les traces de leur passé, et retrouver le fils qu'il a eu avec une femme (qui l'en a averti par une lettre non signée) sans qu'il sache laquelle.

Le narrateur, qui est écrivain (il y a une mise en abyme tout à fait plausible qui fait que l'homme qui nous raconte cette histoire pourrait très bien être celui qui écrit cette histoire !), accepte et va, de fait, être contraint de replonger dans son passé puisque c'est aussi le sien, découvrir ce que sont devenues ces femmes qui ont compté pour lui dans sa jeunesse, réinterpréter le passé, les actes du passé, et surtout, revoir son diagnostic sur ces diverses relations... Et aussi, parce que le passé vient réintérroger le présent, il va aussi faire bouger sa vie, sentimentale notamment. Les entrecoisements de temporalités sont très riches, très habiles, passionnants. Le narrateur en profite pour jeter un regard vif et cynique sur notre époque et ses moeurs, au regard de celles d'il y a juste 40 ans. On aime évidemment, ces balancements entre deux périodes... C'est très surprenant de voir évoluer ce milieu aristocrate ou de haute bourgeoisie, à l'égard duquel il ne manque pas de se montrer critique de façon savoureuse (sans pour autant leur ôter la distinction, et un certain panache, perdus depuis dit-il), un milieu qui semble appartenir à une époque qui serait beaucoup plus lointaine... Avec tous ces codes vestimentaires, ces grands repas où il faut impressionner, ces bals de Débutantes, et ces femmes qui n'ont pas ou presque pas voix au chapitre quant à leurs choix sentimentaux...

Ah, coup de maître : il y a cette fameuse soirée au Portugal, qui jalonne l'histoire. Mais dont on ne sait rien, jusqu'aux dernières pages, puisque c'est à la toute fin de l'histoire, alors qu'on a déjà lu 630 pages qu'on découvre ce qu'il s'est passé là, en 1970... Evidemment, on relève des indices, mais on finit par se dire qu'on en saura rien de cette soirée traumatisante ! Il attise tout au long du livre et avec délice notre curiosité. Les liens sont extraordinairement bien tissés, et on lit tout en même temps une extraordinaire, non des extraordinaires histoires d'amour. Dont une, d'un romantisme absolu, quand on y pense, au sens littéral du terme. Séréna, la jeune et belle aristocrate dont est épris le narrateur, éperdue d'amour pour Damian, elle, d'un amour réciproque et tué dans l'oeuf par Damian pour des raisons qu'on apprend petit à petit...

Quelle lecture enthousiasmante. Je la dois à Delphine, à qui j'envoie mille mercis. Merci d'avoir été ma formidable passeuse vers ce livre, et à plus d'un titre... :)

Médiathèque de Dinard.

Passé imparfait, Julian Fellowes, éd. Sonatine, 2014 (2008, pour l'édition, anglaise, originale).

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Je ne suis pas celle que je suis

1 Mai 2012, 10:17am

Publié par la souris jaune

9782081227545-1-.jpgLe récit commence en 1994 par deux (courtes) séances de psychanalyses, à Paris, mi-drôles, mi-tragiques, où l'héroïne est aux prises avec ses démons intérieurs et incapable de parler. Puis, bond dans le temps et retour en arrière, 1990, Iran : la même jeune femme quatre ans plus tôt... On découvre donc avec lenteur comme la construction de ce récit, l'histoire de la narratrice. Pour guérir, pour se dire au psychanalyste comme à nous-même, elle va devoir procéder au dévoilement de soi, comme on épluche un oignon...

Pas facile d'écrire sur ce livre. De décrire ce qui constitue la mosaïque de cette oeuvre. Le fait est que la narratrice nous livre pas à pas, petites touches par petites touches, son histoire. Non, pas son histoire, on ne peut surtout pas l'affirmer, et tel est le souhait de l'auteur, qui dans une pirouette à la fin du livre se joue une ultime fois de la réalité en nous disant, surtout, ne me demandez pas si cette histoire est la mienne... Et c'est bien le propre de ce livre, le crédo sur lequel il repose à de très nombreux niveaux : manipuler la réalité, jouer avec elle, l'ignorer ou la transcender sert à survivre. C'est ce que fait l'enfant pour supporter sa dure existence d'enfant, de fille, dans une famille traditionnelle iranienne ; son esprit s'échappe, elle meurt à elle-même (et son corps la trahit, puisque ça fait l'objet de longues discussions avec son analyste) ; ce que fait la jeune femme, tête brûlée, en se rêvant un autre destin, en prenant la peau d'un homme la nuit, pour qu'autre chose existe. Et c'est le lot de la femme devenue adulte, installée à Paris, qui s'obstine à faire cette psychanalyse, mais se cache, fuit, derrière de multiples visages, pour retarder le moment terrible, écho insupportable à la souffrance primaire, de dire. Bref, c'est l'histoire d'une femme iranienne, coincée dans le carcan de la société iranienne. La vie qu'elle nous fait vivre par procuration à Téhéran lorsqu'elle est jeune femme, alterne avec ses "séances" de psychanalyse. Et là... on a très envie de dire qu'il s'agit là d'une acerbe remise en question de la psychanalyse, mais on pourrait encore se tromper. Car Chahdortt Djavann nous apprend sans doute à nous méfier de ce que l'on croit voir... Cela dit, on vit toutes les séances dans leur répétition ; et pour le coup, si la psychanalyse peut aider (La narratrice n'arrive t-elle pas à la fin du livre, après avoir lutté, résisté, hué, conspué son psy, à une embellie, une éclaircie par le langage, et à une réconciliation (par les mots) avec son père ?), le psychanalyste, lui, n'en ressort pas grandi. Et là, on sent tout le scepticisme qu'elle éprouve à l'égard d'un type souvent médiocre, aux prises avec sa vie personnelle, et qui n'assène à ses analysants que des "hum", et des "oui"... Je confesse d'ailleurs que ceux-ci, dans leur répétition m'ont parfois harassée, les séances en général d'ailleurs, car on avance peu, très peu, et même souvent on recule... Mais, n'est-ce pas habilement ce que l'auteur veut aussi nous livrer là, à travers la structure même de son roman (ou est-ce l'écriture iranienne ?) ? : il faut de nombreuses, très nombreuses séances pour parvenir à se dire, et aussi souvent on n'avance pas... Bref, réalité du livre insaisissable ou presque.

Ce qu'on sait en tout cas depuis le début, c'est que sa vie en Iran fut si terrible, que sa personnalité est complètement bousculée, modifiée, frontalière avec la folie ou la shizophrénie, d'où la psychanalyse... Et l'on sait que l'on avance dans la lecture vers l'horreur, ce qui contribue à la construction de quelque chose d'oppressant, à l'image de ce régime iranien qu'elle nous donne à voir : c'est oppressant comme une geole en Iran. On sait qu'on y va, et qu'on y va doucement. L'horreur arrive, l'horreur q'u'on imaginait... L'oppression des femmes en Iran, racontée de l'intérieur, nous fait toucher du doigt à quel point il est négation de la personnalité, et même de l'identité... Et toutes les horreurs que les femmes sont contraintes de subir, parce qu'on leur a nié leur légitimité.

Un roman à la fois simple et complexe, en tout cas très riche...

 

. Je ne suis pas celle que je suis, Chahdortt Djavann, éd. Flammarion. 2011

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La Religieuse :)))

7 Avril 2020, 09:56am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Formidable roman de Diderot, plongée au coeur des couvents, comme un écho bien antérieur au Bal des Folles... Même histoire (de départ) écrite quelques siècles auparavant, entre 1760 et 1780 : une jeune femme, Suzanne Simonin, est envoyée malgré soi dans un couvent pour y être religieuse, sous la pression de son père et de sa mère. Alors qu'elle rêve d'une autre vie, telle que celles de ses soeurs, qui, elles, vont se marier. Alors sa résistance, sa révolte une fois à l'intérieur, et son épopée et ses péripéties dans trois couvents différents... Ses rencontres, à l'intérieur ; son courage, sa force mentale, pour tenir, malgré tout ; sa respectabilité, sa vertu ; les petites et grandes mesquineries des autres, lorsqu'on vit enfermées dans un univers claustral ainsi tout le temps, et nous y voila, ce que dénonce Diderot... Et puis les tendresses, quelles tendresses ?, de certaines soeurs, ou supérieures... On est dans la peau de cette jeune soeur Suzanne, et c'est merveilleusement raconté, en narration interne...

Une effroyable satire des couvents, comme Diderot le dira lui-même, cet auteur du XVIIIe siècle où les grands écrivains se sont élevés pour la tolérance et la liberté. Ainsi, là, le refus de voir l'épanouissement humain entravé par l'enfermement, les familles, l'Eglise, surtout contre le gré d'êtres humains ! Tellement fou.....

En réalité, l'écriture de ce roman s'entoure d'un contexte qui ne manque pas de surprendre, m'enfin, ce qui compte, c'est qu'il ait existé !? En fait, tout est parti d'une "blague" à un ami qu'il s'agissait de faire revenir de Caen à Paris, un ami un peu souffrant... Alors pour l'occuper et l'intéresser, alors qu'on savait qu'il s'était intéressé au sort d'une femme qui réclamait la proclamation de sa sortie et l'annulation de ses voeux, des amis dont Diderot se sont mis à écrire des lettres, des fausses lettres émanant de divers interlocuteurs, autour de cette histoire... Et pour tenir son histoire, Diderot a fini par en écrire un roman ! Les lettres font partie du livre, à la fin de celui-ci, évidemment cela ne manque pas d'interroger les historiens de la littérature sur le genre final de tout cela....

En tout cas, c'est un livre passionnant, qui se dévore ! 

. La Religieuse, Denis Diderot, 1780, publié à titre posthume en 1796.... (Le Livre de poche, Classiques).

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La ferme africaine :)

17 Mai 2020, 10:34am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Depuis le temps que j'entendais parler de ce livre, référence mythique ! Lui aussi, m'attendait, dans ma bibliothèque... Emotion, en le sortant de son rayonnage, et en me disant que j'allais enfin, savoir... Alors, j'ai lu le livre qui inspira le film Out of Africa.... 

Il se lit très lentement, enfin, je l'ai lu très lentement. Il est comme un journal intime, presque comme un journal "parlé" de la baronne Blixen qui part s'installer en Afrique au moment de la première guerre mondiale, devenant celle qui tient les rênes d'un domaine caféier, d'une ferme avec des boeufs, des chevaux... Cela ressasse énormément, il n'y a pas de narration à proprement parler, enfin, pas véritablement une histoire qui court dans tout le livre et nous mène ; c'est plus la narration de petits faits quotidiens, plutôt détaillés... Parfois passionnants, parfois un peu ennuyeux ! Mais elle décrit les moeurs des différentes peuplades (les Somalis, les Masaïs, les Kikuyus...) qui vivent à ses côtés, ses salariés souvent, ou ses domestiques, alors en cela c'est intéressant... Et puis bien sûr, la nature, et ses animaux sauvages... C'est ce qui m'a le plus intéressé, je dirais... Il y a (je le dis à l'attention des grands amoureux des bêtes) une rudesse difficile, à leur encontre, dans le livre... C'est parfois troublant... Enfin cette grande chasseuse, de lions notamment ne renonce jamais à tuer un animal (sauf par des moyens qui ne lui laissent aucune chance), mais ne peut les supporter captifs... Il y a à ce propos une très, très belle page sur une girafe qu'on emmène et donc qu'on déracine, elle parvient à la rendre très sensible, très touchante... Pas trace d'histoire d'amour dans ce livre, ce qui m'a surpris ! En fait, les hommes qui passent, Denys notamment sont désignés comme des amis, non comme des amants ; et comme elle décrit ce qu'ils font ensemble, nous voyons qu'il n'y est pas question de rapprochement des corps... Ce sont des amis qui trouvent une grande joie à revenir partager des moments avec elle et repartent... 

Et puis, il y a la fin de l'aventure Afrique, lorsque la déroute la contraint à tout vendre...

Je suis contente de l'avoir lue. Je pourrai relire des passages, puisque finalement, ça se lit ainsi, je trouve, plus comme un documentaire que comme un roman...

. La ferme africaine, Karen Blixen, 1937, Folio.

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Repose-toi sur moi :))

28 Juin 2020, 10:19am

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Quel joli titre, n'est-ce pas ? Ce livre encore m'attendait dans ma bibliothèque. Après avoir lu et beaucoup aimé l'avant-dernier livre de Serge Joncour, Chien-loup donc, celui-ci, paru en 2016.

J'ai retrouvé l'écriture touffue, presque brouillonne parfois, mais qui ne me déplaît pas ; ici, on est à la fois dans la tête des deux personnages principaux, sans que ce soit clairement un roman choral ; le point de vue passe de l'un à l'autre, on suit très évidemment ; le style indirect libre imprègne le livre, nous lisons comme ils pensent, semble-t-il... D'où sans doute, l'impression "touffue" (je trouve un lien avec l'écriture de Frédérique Deghelt, que j'aime particulièrement). Et touffue convient particulièrement à l'auteur je trouve, compte tenu des thématiques qui traversent et sont au coeur de ses livres, enfin de ces deux livres : la nature animale de l'homme, l'opposition ville/campagne...

Ici encore des animaux, centraux, enfin pivots dans l'histoire. Ici les deux corbeaux, les deux tourterelles, et un chien...

L'histoire se déroule à Paris, autour d'une cour d'immeuble... Il y a deux immeubles que tout oppose, le faste d'un milieu social, la simplicité d'un autre de l'autre côté... Aurore, mère de famille mariée à un jeune Américain lisse travaille dans la mode, assure tant bien que mal et fait face à la tension de sa situation professionnelle, et tous les jours elle passe à proximité de cette cour, où deux corbeaux noirs la fixent, semblant la narguer, la défier, lui vouloir du mal... Jusqu'au jour où un voisin de l'autre immeuble, là, l'entend, entend ses peurs, la comprend, et il semble que ce soit le seul depuis bien longtemps...

Voila le début de cette histoire ! 

Il y a des rouages de cette histoire, comme celle de Chien-loup quand j'y pense, que j'ai du mal à comprendre, dans sa logique ; mais on sent que dans ces récits, l'instinct brut a sa large part, aussi certaines décisions sont parfois incompréhensibles à nos yeux même au regard de la personnalité du personnage ! 

Là, en l'occurence la décision de parler, à un moment critique très particulier, d'un chien, alors que le fait même d'en parler est évidemment à proscrire... (je sais, vous ne comprenez rien, mais vous comprendrez lorsque vous lirez le livre !)

J'ai dévoré ce livre tout autant que Chien-loup malgré ces petites réserves que je peux en avoir, à aucun moment cela a éreinté mon plaisir !

. Repose-toi sur moi, Serge Joncour, Flammarion, 2016, J'ai Lu Livre de Poche. 

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