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Le blog de la souris jaune

:)) Comment j'ai liquidé le siècle

13 Juin 2010, 11:08am

Publié par la souris jaune

« Nous n'avons jamais mis le pied dans une entreprise, ce repaire de besogneux. Nous nous foutons de ce qu'elles produisent, du nombre de personnes qu'elles emploient. Nos profits sont vos pertes. Pour nous, il n'y aura jamais de punition. » : cette phrase du personnage principal pour se désigner ainsi que ses collègues traders est bien révélateur du livre, et de son état d'esprit.

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C'est vraiment jouissif. Incisif. bien écrit. Intelligent. Avec des phrases à l'emporte-pièce, qui frappent juste. Le personnage principal, Pierre, est un trader. Fils d'une famille de Clermont-Ferrand. Un trader toutefois, et c'est la force de ce récit, qui ne se raconte pas d'histoire, sans illusions. Autrement dit, il a conscience de ce qu'il fait. D'où l'histoire racontée avec, pour nous, un certain cynisme, évidemment, mais qui pour lui n'en est pas. C'est ce qui, pour le lecteur, donne un récit froidement grinçant, d'un quotidien clairement assumé. Pas pour autant porté aux nues, évidemment. On voit finalement évoluer l'enfant d'un siècle cynique, qui utilise les mêmes armes que les autres. En conscience. Pour finalement, finir par jouer le rouage destructeur, toujours en conscience. Pas d'évolution du personnage sur ce plan là : puisque le personnage n'aimait de toute façon pas particulièrement ce qu'il faisait, pas de raison non plus qu'il se mette tout d'un coup à décider qu'il le déteste. Non. La prise de conscience s'assume plutôt petit à petit. Et petit à petit, le héros passe à l'acte. Il répandra le virus (informatique) destructeur dans toute la planète, presque naturellement, par le biais "d'amis" (plutôt de connaissances ! A-t-on des amis, dans ce milieu ?!), via uné clé USB sur laquelle figure Hello Kitty... Cette petite bonne femme japonaise si à la mode, prisée par les enfants et ados... Le personnage de la femme, la messagère du mal (ou du bien ?), Mme Krudson, richisse et puissantissime femme de l'ombre, octogénaire, malade... Pourtant, c'est elle qui manipule les puissants... Et c'est elle aussi, parce qu'elle voit tout d'un coup la menace d'une Chine qui écraserait les Etats-Unis, et qu'elle ne peut l'accepter, c'est elle donc, qui veut la destruction du système. C'est elle qui choisit Pierre, donc, et lui fournit la clé USB. On croise alors un personnage, amer, aigri... Je me rends compte que c'est difficile de qualifier tout ce qui constitue ce roman, finalement, puisque tout est inversé ! Le mal qui est fomenté est sans doute le bien...

D'ailleurs, je me suis dit finalement que ce livre était le pendant inversé du "Dieu voyage toujours incognito" !! C'est rigolo... Sauf que l'un se réclame angélique, et l'autre diabolique... !

Dans les deux textes, il y a un personnage manipulé par une autre, sensée représenter quelque chose de supérieur (Dieu ? Le Diable ?)... Et ce duo donnera dans les deux cas de gros bouleversements sur soi, et sur le monde...

C'est assez frappant, et en creusant, on se rend compte que le monde des traders, ou des actionnaires est tout à fait présent dans les deux livres...

Je pense qu'en filigrane, cela pose évidemment la question du sens, et de la non-trahison de ses valeurs : suivre le chemin qu'on trouvera au fond de soi...

Enfin, pour en finir sur ce roman de Flore Vasseur qui décidément m'a beaucoup plu, un autre roman s'insère dans le premier : le roman familial, rude, avec la fille anorexique... Une fille marquée par notre modernité, puisqu'elle passe d'hospitalisations en hospitalisations, fait partie d'associations d'anorexiques, et passe des heures sur les réseaux sociaux sur internet...

C'est vraiment rassérénant de voir notre siècle senti, épinglé à ce point-là par un auteur, une femme qui plus est.

A lire !!

 

. Comment j'ai liquidé le siècle, Flore Vasseur. Avril 2010.

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...26

13 Juin 2010, 11:06am

Publié par la souris jaune

"Il y a deux sortes de gens : ceux qui s'effondrent quand s'ouvre la porte du toril et ceux à qui cela donne du courage".

 

Carmen POSADAS

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...25

15 Mai 2010, 23:23pm

Publié par la souris jaune

"C'est toujours vers la fin d'un cycle survolté

qu'on retourne à ce qui nous semble

plus naturel".

 

Dany LAFERRIERE

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...24

15 Mai 2010, 23:20pm

Publié par la souris jaune

"Le petit avion passe sans sourciller

sous le grand sablier

qui efface le ruban de la mémoire.

Il n'est pas donné à tout le monde de renaître".

 

Dany LAFERRIERE

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...23

15 Mai 2010, 23:16pm

Publié par la souris jaune

"Aujourd'hui je dors plutôt

afin de quitter mon corps

et calmer ma soif des visages d'autrefois".

 

Dany LAFERRIERE

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...22

2 Avril 2010, 21:33pm

Publié par la souris jaune

"Pendant combien de temps réussit-on ainsi à aller contre ce qu'on souhaiterait ? Et si on y arrive - est ce qu'on est pas déjà plus qu'à moitié mort ?"

 

Bernhard SCHLINK

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:) La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique

7 Janvier 2010, 21:12pm

Publié par la souris jaune

9782879297033[1]  J'aime beaucoup l'intelligence, la finesse de Martin Page. J'avais déjà lu avec un certain étonnement "Peut-être une histoire d'amour", je me suis jetée avec appétit et curiosité dans cet autre opus du l'auteur.
C'est... comment dire, évidemment déconcertant. Décoiffant. Comme déjà était surprenant son "Peut-être une histoire d'amour". Peut-être que celui-ci traine un peu. Mais c'est très, très intéressant : On assiste ici - comme pour le premier roman cité - à la naissance au monde du personnage principal, à l'implication de celui-ci dans sa propre vie par l'irruption d'un événement extérieur. La première fois, c'était par le biais d'un message laissé sur son répondeur ; là, c'est par le biais d'un fait divers. Une femme, âgée de 71 ans, respectable, noire, se fait agresser dans Paris par un policier. Elle reçoit un coup de matraque sur la tête, gratuit : celle-ci s'était refusée à lui donner ses papiers d'identité. La femme tombe dans le coma. Puis se réveille, et c'est là qu'entre en jeu notre personnage principal : c'est le chargé des discours du maire de la Ville. Il doit aller à son chevet, et tenter d'influer sur ses désidératas, pour que sa déclaration publique ne soit pas trop choc. En fait, la femme exprime un voeu : "je veux faire disparaître Paris". ! La suite du roman tourne autour de cette déclaration, et de ses diverses interprétations possibles par le personnage principal. Parallèlement, celui-ci, qui était peu impliqué dans sa vie personnelle (il voit une femme une fois par semaine, dans un hôtel, toujours la même femme) prend conscience de ce qu'il souhaite finalement, en l'occurence cette femme... C'est intéressant, très intéressant. Ca évoque aussi ce qui change et qui devient : la ville de Paris qui se transforme, et qui reste elle, tout en étant différente... tout comme peut-être les humains ?

. La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique, Martin PAGE, éditions de l'Olivier.

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:)) Madame Shakespeare ou la femme de Stratford

3 Décembre 2009, 20:58pm

Publié par la souris jaune

Roman par lettres.

Anca, merci Anca pour ta finesse, ton intelligence. Encore un roman (épistolaire) que je ne regrette pas d'avoir lu.  La correspondance (fictive) entre Shakespeare et sa femme, sa muse. Dont il est séparé parce qu'elle croit en ses talents littéraires, et qu'elle l'envoie à Londres pour qu'il écrive et aie du succès. A travers les lettres des deux protagonistes, on voit ce pauvre Shakespeare qui se meurt d'amour et de désir pour elle, au final assez "médiocre", et elle, magistrale, de don pour le destin de l'autre, sûre d'elle. Elle le motive, lui souffle des idées ; c'est drôle, enlevé, et superbement écrit...

 

. Madame Shakeaspare ou la femme de Stratford, Anca Visdéi, éd. La Femme pressée.

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:))) Le Testament caché

8 Novembre 2009, 22:05pm

Publié par la souris jaune

  Une histoire bouleversante, qui nous plonge dans un passé pas si éloigné et l'histoire de l'Irlande. Une femme, âgée, Roseanne, écrit son histoire et la cache sous les lattes de son plancher, dans la chambre de l'asile où elle a été enfermée. Parallèlement, le docteur Grene qui la visite, écrit lui aussi ses ressentis. Dense et formidable.
Bien sûr, d'apprendre que finalement le médecin est le fils de Roseanne n'apporte pas grand chose au récit, et ce détail apporte un rouage à l'histoire plutôt supperflu. Toutefois, je trouve cette alternance d'écrits très intéressante ; je trouve que les deux enchassés sont là pour mettre en lumière le fait que le temps déforme la réalité des choses, la mémoire module la vérité jusqu'à la transformer, l'arranger, la modifier. Et que l'un n'est pas plus fou que l'autre. En l'occurence, Roseanne n'est pas plus folle que le docteur Grene, qui finit par croire que son épouse décédée est à l'étage, et répond au téléphone. La force de la souffrance peut faire naître ce qui n'est pas. Je trouve que le croisement des récits sert à montrer la disproportion dans les vies, la chance inégalement répartie. La mainmise que certains peuvent avoir sur d'autres, jusqu'à posséder ces vies dans leurs mains, et à décider de leur destinée... En cela, je trouve que le médecin est plutôt un écho du père Gaunt, cette figure maléfique qui traverse le récit ; le médecin n'est une figure "bénéfique" qu'à priori. En réalité ils se font écho dans ce qu'ils ont façonné la vie de cette femme qu'ils avaient entre leurs mains : le père Gaunt parce qu'elle ne correspondait pas à ses convenances, à sa religion, et le médecin, juste parce qu'il n'avait pas le temps, et qu'il est passé pendant trente ans à côté de cette vie qu'il aurait sans doute pu améliorer ou sauver. En passant dans sa chambre, rapidement, pendant trente ans, sans réellement tenter de comprendre. Il est vrai que la psychiatrie en était peut-être à ses prémisses... Alors il se donne bonne conscience, à la toute fin, alors qu'elle a 100 ans, et puis il veut juste assouvir sa curiosité, alors qu'il a échoué, dans son rôle de médecin : il n'a rien fait pour elle pendant 30 ans ! Il est donc aussi mauvais que le père Gaunt. Même ses questions, sur la fin de vie de la femme ont des allures cruelles, alors qu'il essaie de raviver sa mémoire, et qu'il est trop tard. Il finit d'ailleurs par le comprendre à la fin. et je trouve que c'est cela qui est intéressant : le retour du médecin sur son échec, presque gratuit, alors qu'elle tente de sauver son esprit, de laisser une trâce, là où personne ne l'a jamais crue. Il y a une tragique disproportion entre la "gratuité" de la confession du médecin, et "l'urgence" de la confession de la patiente. Le réconfort d'ailleurs ne viendra pas de celui qu'on croit : c'est elle qui lui amène son soutien, avec cette main sur l'épaule, quand lui, maladroit, malhabile, ne lui donnera que des questions qu'il ne voit pas cruelles. C'est une formidable réflexion sur le temps et ce qu'en fait l'esprit humain, et sur la fragilité de certains destins humains. J'ai trouvé ça très très beau, très touchant.

Le Testament caché, Sebastian Barry, septembre 2009.

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)): Les Aimants

8 Novembre 2009, 21:32pm

Publié par la souris jaune

Grrrrrr.
Il est vrai que je ne devais pas être très disposée à ce genre de lecture. Après Molinié, "Qu'as-tu fait de cet amour ," ...
Bon, Ava est la fille que le narrateur rencontre à 20 ans, et ils passent 10 ans de bonheurs simples, sans vraiment savoir qu'ils s'aiments, sans avoir mis de mots sur les choses. Ils partagent tout, échangent énormément. Et puis un jour, elle meurt. Et il réalise combien il est mort sans elle. La première partie m'a saoulé, le petit couple de bobos parisiens et sa narration emprunte d'une certaine nostalgie contenue. Et puis les clichés sur la femme aimée, auxquels Van Cawvelaert nous avait déjà habitués : la femme libre et fragile, hautaine et fière, malhabile dans la vie et la société actuelle. La femme quand même qui sort de la voiture "telle une biche" (ah bon, vous avez déjà vu ça ?!), et puis qui marche sur la pointe des pieds (et ça ?) tellement elle est emprunte de grââââce. Grrrrr.
J'ai préféré la toute fin, avec une réflexion sur le temps, le passé et l'avenir, relatifs à une absence...
M'enfin....
. Les Aimants, Jean-Marc Parisis. 2009.

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