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Le blog de la souris jaune

24 heures de la vie d'une femme :))

23 Novembre 2016, 22:14pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Parfois, revenir aux fondamentaux fait du bien. C'est étonnant toutefois de voir que je garderai encore en tête précisément les scènes, les passages, qui y étaient déjà gravées : celles des mains, fascinantes, au casino, et celle de la balade en fiacre, au long de la corniche, ce moment de partage, serein, suspendu, entre ces deux protagonistes... Le reste se diluait dans ma mémoire, et ma mémoire travaillera de même, je pense avec le reste du texte. Alors, sauver de l'oubli, cette mise en situation, chère à Zweig, d'un début qui fait naître l'histoire, mais qui n'est pas l'histoire ; un début qui évoque au protagoniste une scène de son souvenir, une tranche de son histoire, et qui va nous la livrer. Là, la disparition de Mme Henriette, accusée par certains de s'être envolée en une nuit avec un homme inconnu encore la veille... Le narrateur, ou celui qui écoutera l'histoire de la protagoniste, va encore se révéler dans ce qui est cher à l'auteur : l'absence de jugement. Et c'est ce qui fera venir, naître la confidence, la confession. 

J'avais - comment est-ce possible ! - presque oublié l'excès, qui sourd chez Zweig. L'excès en émotion, sentiment, ressenti, en première fois, en tout... Qui renforce le côté exceptionnel des instants. Et puis il y a la course après le temps, dont je ne me souvenais plus, dans ce livre précis, de l'héroïne, quel suspense, où tout va se jouer, ou se perdre, les minutes qui défilent alors qu'elle doit retrouver le jeune homme pour prendre son train à la gare, et le suivre, alors qu'il ne le sait pas... La vieille tante, qui l'accapare, Zweig a tant fait monter la pression, qu'on est agacé nous même par cette cruche qui va tout faire rater, alors que les minutes défilent, et on est las, comme l'héroïne, alors que le train part... Non, c'est impossible ! Et puis le récit ne s'arrête pas là, bien sûr... Reste encore un rebondissement, et une fin d'histoire qui n'en est pas une, qui pourrait laisser sur sa fin, comme souvent dans la vie... Ce jeune homme qu'elle retrouve, il n'a pas tenu sa promesse, elle essaye de lui faire entendre raison, à chaud il ne l'entend pas, alors déboussolée, alors qu'il ne lui donne que sa colère, elle va fuir, loin, loin... Et nous on se demande (même si on a tort de se le demander) : que se serait-il passé, si elle avait attendu ? Si elle l'avait retrouvé à froid ? Non, c'est stupide, ce qui ne doit pas être ne doit pas être, tout simplement, et Zweig excelle à nous livrer des histoires fortes et tellement proches de l'entendement humain...

Une belle plongée dans un livre aimé.

. 24 heures de la vie d'une femme, Stefan Zweig, 1ère édition 1927. (Ed. Le Livre de poche)

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... 456

23 Novembre 2016, 07:58am

Publié par LaSourisJOne

"Vieillir n'est, au fond, pas autre chose que n'avoir plus peur de son passé".

Stefan ZWEIG

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Ma mère, le crabe et moi :)

20 Novembre 2016, 19:09pm

Publié par LaSourisJOne

Roman ado.

Bon, Anne Percin, j'en ai de toute façon de bons souvenirs, volatiles, sans doute, mais bons, d'un plaisir certain ! (Comment bien rater ses vacances, 2010 notamment). Alors, ne boudons pas notre plaisir ! Evidemment, celui-là, légère réticence, puisqu'il y était question, je le savais, de cancer, du sein. Et puis me dire, si j'y arrive pas, je m'arrêterai ! Et puis, en fait, même si rien ne nous est épargné, c'est narré avec tellement d'humour, que ça fait du bien. Humour, auto-dérision de l'héroïne, 15 ans, aussi... J'adhère ! Donc, l'ado. Blog gothique, etc. Et puis la mère, avec qui elle vit seule parce que son père l'a larguée pour une pétasse, qui a un cancer du sein. J'aime la manière dont elle commence à s'en méfier, à s'interroger, regrettant, pestant contre sa mère qui fait la brave pour la protéger et tente de le lui dire au dernier moment ; j'ai aimé le côté 'deux pieds dans le plat' volontaire, plein d'humour, de l'ado ; sa façon d'affronter, parce qu'il n'y a pas le choix, parce qu'il faut bien traverser, coûte que coûte... Son soutien impulsif lorsque sa mère a honte de sortir sans cheveux et qu'elle se rase violemment la tête et les sourcils devant sa mère, lui disant mais ça repousse ! Son courage d'affronter son collège, empruntée et de plus en plus forte, avec cette toute nouvelle tête, née de l'impulsion, la complicité qui naît entre la mère et sa fille, sur le mode du rire, le discret soutien, l'affection qui se voit et s'accepte, et puis la volonté alors de l'ado, de se dépasser... Parce qu'on a qu'une vie, parce que pourquoi pas ?

Très plaisant !

Médiathèque de Saint-Malo.

Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin, sept 2015. Prix ados 2016-2017 35.

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... 455

19 Novembre 2016, 22:04pm

Publié par LaSourisJOne

"Il y a des choses qu'on n'a pas du tout envie de croire possibles. On les pousse tout au bout de son cerveau, dans un petit coin sombre où on ne les voit plus, comme on planque des trucs sous le lit de sa chambre".

Anne PERCIN

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Appelez-moi par mon prénom

19 Novembre 2016, 17:24pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Je n'avais encore jamais lu cette auteure, qui est à l'honneur avec un nouveau livre pour la dernière rentrée littéraire. Ce livre-là, acheté lors d'un désherbage de médiathèque, m'en donnait l'occasion.

En tout premier lieu, ce titre restera un mystère : j'avoue que je ne comprends pas vraiment son sens... Et que je n'en vois pas le lien avec le livre, surtout... Alors, en cherchant bien, je pourrais imaginer que... puisqu'elle nous livre (ou semble nous livrer, comment savoir si c'est de la fiction ou si ça n'en est pas ?) son autre versant, celui de la femme derrière l'auteure, ou accrochée à l'auteure, eh bien, il s'agirait de cela ? Mouai... 

En tout cas, c'est l'histoire d'une histoire d'amour provoquée par la volonté qu'elle naisse de l'auteure (ou de la narratrice). Tout découle de son envie de vivre cette histoire. A partir d'une rencontre, dans une librairie, lors d'une dédicace. On ne sait pas bien pourquoi elle va se mettre à fantasmer sur ce très jeune homme de 25 ans, mais c'est ce qui se passe, ou plus à lui construire une réalité, comme on construirait un roman : elle semble romancer sa vie. Elle transforme ce jeune homme en obscession, le cherche par le biais de ce qu'elle peut trouver de lui, un blog notamment. Va suivre une correspondance entre eux (qu'on ne lira pas, mais c'est ce qu'elle nous dit), et la naissance d'un amour véritablement. On ne sait pas bien dans quelle mesure la force avec laquelle elle l'a désiré est l'artisan de cette réussite, mais après tout... En tout cas, ils vont se voir, chez l'une à Paris, chez l'autre à Lyon (ou en Suisse ? je ne sais plus), et finalement tomber amoureux. Mais comme le livre s'arrête à peu près là, on dira que c'est le récit d'un amour fantasmé, puis concrétisé, et donné à voir dans ses prémisses. 

C'est plutôt littéraire, enfin, plutôt une littérature de l'esprit, pas du corps. J'ai fini par m'agacer un peu de ses "J'avais l'idée" que... qui reviennent souvent, et lui servent à lancer un certain nombre de ses réflexions, cela dit, puisque c'est assez bien écrit, et loin d'être creux, on passe... Toutefois, on ne peut pas dire que cette lecture m'ait passionnée !

A tenter à nouveau, par le biais d'un autre livre ? Peut-être...

. Appelez-moi par mon prénom, Nina Bouraoui, éd. Stock, 2008.

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... 454

13 Novembre 2016, 09:44am

Publié par LaSourisJOne

"J'avais l'idée que les relations amoureuses avaient un rapport avec la philosophie. Il y était question de vérité et d'illusion".

Nina BOURAOUI

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... 453

13 Novembre 2016, 09:21am

Publié par LaSourisJOne

"Je restais discrète, me protégeant des mots, le langage pouvant lui aussi défaire les vérités".

Nina BOURAOUI

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L'espionne de Tanger :))

6 Novembre 2016, 18:57pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

L'histoire de ce livre se déroule dans les années 30 en Espagne, puis pendant la seconde guerre mondiale en Espagne et dans le protectorat espagnol du Maroc. Autour du personnage principal, une jeune femme, Sira, espagnole, donc. A partir de son histoire d'amour, choix amoureux, point de départ de sa vie telle qu'elle le sera. On voit que ce coup de foudre, laissant alors l'homme avec qui elle s'apprêtait à se marier, va orienter toute sa destinée. 

A partir d'une trahison, Sira va lentement quitter la naïveté. Confrontée au réel brutal. A l'obligation de compenser la trahison pour pouvoir s'en sortir. 

Pas à pas, on va suivre la jeune femme dans la vie qu'elle se trace, avec cette marge de manoeuvre très ténue qui est la sienne. Et s'étonner de la rigidité qu'elle met dans certains choix. Comprendre comment cette femme, pragmatique, va se mettre au service d'un pays, parce que cela correspond à sa croyance d'éviter la guerre. La scène qui l'amène à s'y décider est assez intéressante, elle hésite, et c'est un échange avec sa mère, sobre, qui va la décider. Sa mère qui lui dit : si ton action peut aider l'Espagne à éviter de vivre encore une guerre, alors fais le. Et c'est ainsi que Sira va entrer dans un système de fonctionnement extrêmement contraignant pour elle, avec la conviction jamais remise en cause de servir son pays. J'aime ce journaliste qui croise sa route, on enrage de ne pas la voir tout lacher pour le suivre... On suit tous ces personnages avec bonheur, le récit est dense mais tient en haleine toute la durée de ses 600 pages. 

J'ai beaucoup aimé.

Et c'est à Luocine que je dois cette lecture ! Merci Luocine ! 

L'espionne de Tanger, Maria Duenas, éd. Robert Laffont, 2012 (2009 pour l'édition espagnole).

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Le pacte du silence :))

19 Octobre 2016, 19:28pm

Publié par LaSourisJOne

Roman.

Je dois reconnaître que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. L'histoire d'Elisabeth, femme d'environ 57 ans, active, chef d'une entreprise florissante de porcelaine à côté de Limoges. Au coeur de sa vie, marquée par un lourd secret, tu à son fils unique Louis élevé seul au delà de ses six ans, sans que ce fils en connaisse la raison. Adulte, à et à l'occasion d'une 'gaffe' de la grand-mère dont on fête le centenaire, qui mentionne la prison faite par son père, le fils interroge et veut savoir. Et Elisabeth va être obligée de déterrer ce passé qu'elle a tout fait pour enterrer. Tout en ne se donnant pas le droit de reconstruire vraiment une autre vie. En s'astreignant au travail... C'est assez passionnant, tous ces personnages qu'on va découvrir, cette famille dont on va suivre de près les membres, au fil d'une enquête qui va nous tenir jusqu'au bout en haleine, avec envoi de messages anonymes en prime en haleine, sur les traces de la reconstitution de ce qui s'est passé, via un détective privé. Il y a ceux qui ont besoin de la vérité pour continuer à avancer, et ceux qui ont tout intérêt à la cacher, ou qu'elle demeure tue. 

Il y a bien sûr un peu trop de trahisons sur la trajectoire d'Elisabeth, mais son évolution, son cheminement, ses affrontements avec son fils, ses croyances, ses certitudes balayées, tout cela est très intéressant. Ainsi que la reconquête de... Ah non, je vous dis pas. :)

Merci chaleureux à Sophie, pour la découverte !

. Le pacte du silence, Martine Delomme, éd. Calmann-Levy, 2016.

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Marilyn Monroe :))

12 Octobre 2016, 22:00pm

Publié par LaSourisJOne

Marilyn Monroe :))

Biographie.

Cette biographie de Marilyn Monroe se lit comme un roman. Sauf qu'on voit, sans que la lecture en soit alourdie - de nombreuses notes de bas de pages, ou en annexes, référencent précisément les sources - que le récit est largement documenté. Que l'auteur a pris le temps du recul, de l'analyse. Et c'est tout à la fois cela qu'elle nous livre, en même temps que le récit de la jeune star la plus adulée au monde : l'analyse, la perception sensible d'une vie.

Elle nous raconte son enfance, et va y chercher les prémisses d'une existence profondément douloureuse. J'avais déjà lu une biographie beaucoup plus factuelle de l'icone américaine blonde, là, j'ai l'impression d'avoir ressenti les tourments qu'elle a pu vivre tout au long de son existence. Les tourments, les joies, les humiliations, les attentes, les désillusions. Son lourd passé familial n'est pas aidant, et on a l'impression qu'elle l'a trainé toute sa vie. Y compris dans sa quête d'amour et de reconnaissance perpétuelles. L'envers du décor, les tournages de ses films (de véritables chemins de croix pour les équipes, compte tenu du manque de confiance en elle qui la fait arriver des heures en retard pour chaque tournage), leur perception par le public et la souffrance qu'elle met pour y arriver est touchant. Les hommes de sa vie, ceux qu'elle a aimé, et pourquoi ; victime des passions de ceux qui l'entourent la plupart du temps éblouis par ce qu'elle donne à voir, elle traverse la vie comme en sursis. La liste des films qu'on lui propose la meurtrit, dépitée qu'elle sera éternellement de n'être que cette femme-objet, rôle dans lequel on la cantonne, elle tout à la fois à l'origine de cette image, et profondément victime de celle-ci. Anne Plantagenet nous donne à voir une femme fragile, au corps adulé par la planète, et qui l'utilisera pour exister... L'auteur a la grâce qu'aurait attendu Marilyn de ne pas nous livrer sa mort en pâture, de cesser son récit en nous expliquant que oui, des parts d'ombre subsistent autour de sa mort, ce 4 août 1962, avec les autopsies multiples et l'acharnement qu'on a pu mettre à scruter chaque parcelle de son corps comme de son vivant, mais justement, elle se refuse à se livrer à la même manoeuvre qui causa sa destruction.

Di Maggio le cogneur qui fit livrer chaque jour pendant 20 ans une rose rouge sur sa tombe, Arthur Miller l'intellectuel qu'elle voulut tant, les Kennedy, plongée au plus près d'un mythe rendu à sa nature de femme fragile au destin douloureux derrière les éclats.

J'ai beaucoup aimé.

Médiathèque de Saint-Malo.

. Marilyn Monroe, Anne Plantagenet, Editions Gallimard, 2007. Folio biographies, 2012.

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