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Le blog de la souris jaune

... 205

23 Mai 2013, 20:40pm

Publié par la souris jaune

"N'attendez rien des autres, faites comme si tout l'avenir de l'espèce dépendait de vos seuls efforts".

Roy LEWIS

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... 204

22 Mai 2013, 22:44pm

Publié par la souris jaune

"On peut avancer ou reculer, rester sur place est impossible".

Roy LEWIS

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Si tout n'a pas péri avec mon innocence

12 Mai 2013, 15:07pm

Publié par la souris jaune

9782818017463-0-1511233.jpgOula. Que dire de ce livre-là ? C'est un livre loin du consensus, ou du politiquement correct.

Un livre autour d'une adolescence, qui parle du suicide d'un enfant mal-aimé (le petit frère, mis à mal par l'intransigeance du regard des autres), de désillusions et de désenchantement, d'abdications et de sexualité. Sur fond de famille tuyau-de-poëlle, assez ignoble en tant que famille, dont la description n'a pas été sans me rappeler l'univers d'un Albert Cohen et de ses Valeureux : personnages hauts en couleur, atypiques non dans l'héroïsme, mais souvent dans le grotesque ou le ridicule, "défauts" qui finissent parfois d'ailleurs par être transcendés...

La narratrice a 20 ans, et raconte. Sa famille, odieuse d'immaturité, d'irresponsabilité, d'égoïsme... Et avec laquelle il faut pourtant grandir. Ses humiliations constitutives. Son amour pour Charles Baudelaire. Son petit ami. Le suicide de son jeune frère. Et puis comment elle décide de reléguer le désir dans d'autres sphères, de vendre son corps pour s'extraire de sa cellule familiale. Etonnante et quelque peu dérangeante vision de la prostitution ; et en même temps validant l'idée selon laquelle notre corps n'est pas le dernier rempart de notre liberté, et que l'offrir en pâture n'est pas pire que d'être caissière dans un supermarché... C'est désabusé. Bien sûr, ça vient interroger les stigmates que la vie nous donne, et malgré lesquels il faut bien pourtant poursuivre, et avancer...

La vision du désir est intéressante ; plus inattendu ce plaidoyer final en faveur des femmes excisées...

Emmanuelle Bayamack-Tam écrit dans une langue très riche d'images et de vocabulaire, d'un niveau soutenu, et bien à elle. C'est évidemment ce qui donne sa densité et son unicité à ce livre... logo-ev 2013 320x240-5d2b8

 

. Si tout n'a pa s péri avec mon innocence, Emmanuelle Bayamack-Tam, éd. P.O.L, janvier 2013.

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Moi, Ambrose, roi du scrabble :)

6 Mai 2013, 20:59pm

Publié par la souris jaune

Nielsen-Susin---Moi--Ambrose--roi-du-Scrabble.jpgRoman ado.

C'est finalement assez simple de voir les travers d'une mère qui croit protéger son enfant, et qui en fin de compte l'étouffe !! Je trouve cet aspect, même s'il est sans doute un peu accentué et caricatural, assez bien rendu. 

Et il y a cet enfant de 12 ans, qui pardonne tout à sa mère, pour finalement la protéger, elle, et l'épargner... Tous ses excès en matière de protection, parce que le père a été fauché subitement par une rupture d'anévrisme et qu'elle couve son fils comme le lait sur le feu pour qu'il ne lui arrive rien à son tour... Allant jusqu'à déménager, changer de ville, dès que quelque chose ne va pas... A devenir hystérique s'il arrive quelque chose à son rejeton... 

Raconté par le fils, Ambrose, c'est habilement mené.

Cela dit, Ambrose n'a pas d'amis, jamais, et on finit par comprendre que le fait d'être arrachés à des situations en suspens à tout bout de champ n'aide pas Ambrose à se tisser des liens... Lui déjà si spécial, particulier, différent, parce qu'ayant une personnalité déjà bien marquée... Et la différence a cet âge, on le sait, est un sujet de souffrance !

Bref. Cet Ambrose est attachant, avec ses questions, ses remarques, sa langue bien pendue.

Et surtout sa nouvelle amitié : il s'entiche du fils des voisins, un soit-disant "caïd" qui sort de prison et qu'il rencontre à sa sortie... Sa candeur, sa solitude et sa curiosité vont le pousser à connaître ce voisin, et l'un et l'autre vont s'apporter beaucoup, alors même que le pari était loin d'être gagné d'avance !

On peut regretter que la mère (ça paraît d'ailleurs étonnant qu'elle y mette autant de résistances) reste aussi optue aussi longtemps, notamment sur ce loubard qu'elle juge et refuse de connaître, et auquel elle refuse tout crédit...

Elle s'enferme dans ses certitudes, et même les échanges avec son fils mèneront à l'impasse...

Juqu'à la "leçon"... Facile, de s'enfermer derrière une barrière protectrice, bien au chaud dans son malheur ? En tout cas, Ambrose finit par s'épanouir aux côtés de ce jeune Corso (c'est son prénom), et du club de scrabble de la ville...

 

. Moi Ambrose, roi du scrabble, Susin Nielsen, éd. Hélium, 2012

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Désolations :))

2 Mai 2013, 21:46pm

Publié par la souris jaune


4 105911088 north 320xEvidemment, avec un titre comme celui-ci, il ne fallait pas s'attendre à quelque chose de rose, rose, rose. Mais j'ai beaucoup aimé.

David Vann nous donne à voir deux couples, à deux extrémités de leur histoire... La fin, et le début. L'image de l'un pouvant faire penser à ce que pourrait devenir l'autre. Irène et Gary, elle ex-institutrice de maternelle, lui thésard avorté, qui repporte chacun de ses non-accomplissements sur le dos de son épouse. 30 ans de mariage. Et Rhoda (leur fille), et Jim. Elle, assistante vétérinaire, lui dentiste. Vivant ensemble depuis un an, grâce aux moyens de Jim, dans une maison de rêve. Alors qu'ils songent au mariage, lui ne pense qu'à une chose soudain : la tromper, pour les dix ans de "jeunesse" qu'il lui reste encore ! Et puis plus discret, il pourrait y avoir un troisième couple, presque en clair-obscur, secondaire, Mark (le fils d'Irène et Gary), adolescent attardé, marin, vivant dès qu'il le peu aussi légèrement que possible grâce aux paradis artificiels, et Karen.

Pendant toute cette histoire, Irène est aux prises soudain avec un mal de crâne persistant, un mal qui la vrille de douleur, l'entraine à se gaver de médicaments, mais qui ne se tait jamais, et la prive de sommeil... Ajoutant un ressort dramatique, qui enfle, enfle et se gonfle monstrueusement, pour aboutir à la terrible fin.

Et puis il y a cette cabane, que Garry s'est mis en tête de construire, égoïstement, sur cette île perdue au milieu du lac. Comme une vision difforme de ce qu'est devenu leur amour.

Evidemment, la nature humaine apparaît ici avec toutes ses lourdeurs, ses imperfections, ses obscessions... L'homme, surtout, n'en ressort pas grandi. Incapable d'assumer ses échecs, les faisant porter à d'autres ; égoïste, ou n'ayant d'issue pour le bonheur qu'à travers la drogue... La femme qui s'engage, indissociable de l'amour et de l'engagement amoureux. Que l'homme accepte à ses dépens, pour se perdre.

Personne dans cette histoire n'a le courage de dire stop, de tenter de se recontruire autrement. Tous semblent emportés par le cours inéluctable des choses, résignés...

Le tout dans une nature qui donne à ce roman un cadre de désolation, qui renforce la dureté du drame (car évidemment, l'issue est terrible !) : l'Alaska, et une petite île perdue, derrière un lac, souvent aux prises avec la neige, le froid, le vent, la tempête... 

Belle découverte que ce livre. L'auteur, né en Alaska sur l'île Adak, sera au salon Etonnants Voyageurs à Saint-Malo du 18logo-ev 2013 320x240-5d2b8
 au 20 mai.

 

. Désolations, David Vann. Ed. Gallmeister, paru en 2011 sous le titre Caribou Island

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...203

28 Avril 2013, 20:58pm

Publié par la souris jaune

"Quand une chose avait pris l'ascendant sur votre existence, ne finissait-elle pas par définir ce que vous étiez, même si c'était purement physiologique ?"

David VANN

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Les insurrections singulières :))

27 Avril 2013, 21:26pm

Publié par la souris jaune

Les-insurrections-singulieres.jpgC'est une histoire de rêves, confrontés aux contraintes de la vie réelle... 

C'est l'histoire d'Antoine. Quadragénaire aux prises avec sa vie trop étroite, ou mal à sa mesure. Quitté par Karima, avec qui il a passé quatre ans, un amour dans lequel là aussi, il se reproche de ne pas être allé au bout. Antoine l'ouvrier, qui travaille à l'usine ; qui fait seule naître les mots, les mots de la révolte, alors même qu'il se sent imposteur, lorsqu'il harangue ses compagnons de boulot devant la menace de l'internationale... 

Antoine se revoit à 8 ans, alors qu'il courait éperdu sous la pluie, étouffant déjà ; chez ses parents, il souffre de voir ses parents résignés, dans leur destin de tous les jours. Il accompagne sa mère sur les marchés. Rencontre Marcel, l'homme des livres ; et s'enfuit. Puis, c'est un des livres de Marcel qui sera le déclencheur. Alors que "Lusine" délocalise une partie de sa production au Brésil, à Monledave, Marcel retrouve pour lui une biographie d'un certain Jean de Monlevade, parti à la fin du XIXème siècle, à l'assaut du Brésil, y installer des hauts fourneaux... Ce sera la révélation, le déclic pour Antoine. Soudain Antoine veut connaître ces autres ouvriers du Brésil... Marcel et lui partent pour leur premier long voyage, eux qui n'ont jamais voyagé... Et Antoine, jusqu'alors toujours emprisonné dans son incapacité à dire va se libérer, et ressentir la joie d'être enfin vivant, et au monde, jusqu'à celle belle rencontre avec Thaïs, la passionnée, celle dont les doigts cousent la beauté à travers les tissus... 

J'ai aimé le lent cheminement d'Antoine, ses plaques obscures qu'on voit bouger tout doucement au creux de lui-même, son avancée à tâtons, belle parce que humble ; j'ai aimé le père, et son carnet noir, touchant dans ce geste de consigner chaque jour, si peu, mais sans relâche, ce qui se passe à l'usine, ses secrets de fabrique, et parfois, rien. Juste la date, et un bouleversant trait sous la date, puis celle du lendemain.

A la fin de son livre, Jeanne Benameur raconte que ce sont plusieurs rencontres avec les salariés d'Arcelor-Mittal qui lui ont donné envie d'écrire ce livre ; des rencontres où dire était fondamental, pour les salariés, qui trouvaient un espace précieux pour exprimer leurs souffrances et leurs doutes... 

Après Profanes, ce second Benameur me donne décidément envie d'en découvrir d'autres... Merci Amandine de m'avoir chaleuresement recommandé celui-ci !

 

. Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, éd. Actes Sud. Janvier 2011

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... 202

23 Avril 2013, 15:37pm

Publié par la souris jaune

"Mais ouvrez-leur les yeux, aux gosses, bon Dieu, tant qu'ils ont encore envie d'horizon, apprenez-leur plutôt à se révolter, à chercher leur place dans le monde, pas à prendre juste celle qu'on leur attribue à la louche, allez ho, toi ici, toi là !".

Jeanne BENAMEUR

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... 201

23 Avril 2013, 15:32pm

Publié par la souris jaune

"Est-ce que c'est humain d'être enfermé pour un môme toute la sainte journée et pour un homme, est-ce que c'est humain ? et répéter les mêmes gestes de plus en plus vite, de mieux en mieux ? C'est ça, vivre ?"

Jeanne BENAMEUR

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Cinq femmes chinoises

21 Avril 2013, 18:00pm

Publié par la souris jaune

cinq-femmes-chinoises-M108381.jpgIl y a Xiu, la férue de gymnastique, gymnastique qu'elle garde en elle comme un petit bout perdu de son enfance. Daxia, sa fille, celle qui veut fabriquer "des abris pour y nicher des hommes, les arracher à la bouillasse" et qui devient pour cela architecte. Mei, la meilleure amie de Daxia, la "fashion victim", celle qui veut vivre "tout de suite au mieux avant de mourir, pourir". Fang, la riche épouse, l'homosexuelle, dans un pays où cette différence est sévèrement réprimée et punie ; et Baoying, belle-soeur de Fang, fascinée par la cuisine, marquée par la rudesse de son destin... 

Pourtant, dans ces vies-là, on avance. On ne s'appesantit pas. A Pékin, Shanghaï, Hong-Kong...

A l'image, assez belle, de Fang qui contemple le monde derrière la vitre de son appartement au 41ème étage de la grande ville, Chantal Pelletier déroule, en accéléré, à nous en donner le vertige, le cours de ces cinq vies. Des vies emprisonnées dans un héritage familial, souvent vécu comme un fardeau qu'on porte et qu'il faut rejetter pour s'extraire, emprisonnées par l'histoire de la Chine.

Les drames sont forts, mais on passe : on est troublés par ce mode narratif qui nous entraine très vite d'un événement à l'autre, via des phrases courtes, des enchainements d'actions incessants, comme si les événements n'avaient pas de conséquences morales, mentales, psychologiques (la rédemption, le pardon, l'oubli, le deuil, la culpabilité semblent ne pas exister). Finalement, le paysage est le seul qui s'humanise parfois, mais dans l'outrance, le choc, la brutalité. Le paysage est animal monstrueux, qui broie, écrase. Ca aussi, il faut faire avec. L'humain est à sa toute petite place, toute petite, celle où il maîtrise si peu, bien loin d'une forme d'arrogance occidentale, où l'on a l'illusion qu'on peut tout maîtriser, décider. Dans ces vies chinoises, tout bascule sans avertissement, et il n'y a d'autre choix n'est autre que de courber le dos et d'avancer encore. Ces femmes sont des combattantes de la vie. Où le sentiment n'a que très peu sa place.

Un récit froid, glacé, à l'image de ces visages de porcelaine de femmes chinoises ; un récit vertigineux, écrit sans fioriture, assez proche de ce qu'on imagine de l'état d'esprit chinois : celui de la nécessité.logo-ev_2013_320x240-5d2b8.jpg

 

. Cinq femmes chinoises, Chantal Pelletier, éd. Joëlle Losfeld. Janvier 2013. Chantal Pelletier sera présente au salon Etonnants Voyageurs à Saint-Malo du 18 au 20 mai.

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