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Le blog de la souris jaune

La grande nageuse

16 Février 2015, 13:08pm

Publié par LaSourisJOne

La grande nageuse

Peinture et marine, les deux univers de ce narrateur. Avec une grande 'nageuse', de mère en fille, qui marque la vie du narrateur : la belle 'Gaëlle', belle femme qui fait phantasmer les adolescents dans la baie de Quiberon, puis Marion, la fille de celle-ci, pour qui le narrateur n'a aucun sentiment amoureux, cela se sent, même s'il s'en persuade, et c'est ce qui trace sa vie et marque sa vie. Pourtant, ils entrent dans la vie de l'autre un peu par hasard, continuent de se fréquenter un peu par désoeuvrement, et vont faire leur vie ensemble.

Etrange, cette résignation, cette abdication, cette autopersuasion du narrateur, pour cette femme, Marion, qu'il choisit sans choisir. En fait, il choisit la peinture (encore que !), et tout le reste est accessoire. Même s'il tente de se raconter des histoires autour. Du coup, c'est assez particulier, ce récit. Il est une certaine conception de l'amour. En tout cas de l'attachement. Récit très linéaire, on attend quelque chose. Que quelque chose sourde enfin de cette narration très chronologique et linéaire (même s'il a de jolis passages sur la condition de peintre, les doutes, la navigation).

Finalement ce qui arrive enfin, on ne sait pas si c'est cela que le récit nous prépare à attendre, peut-être : la mort de Marion, brutale. Marion est une femme qu'il regarde, qu'il dessine, fébrilement, mais est-ce une femme qu'il connaît ? Malgré leur vie commune, malgré leur enfant ? Ils vivent à côté, et finalement, si lui semble trouver cela normal, on peut s'interroger si c'est son cas à elle. Encore qu'elle a l'air hermétique à tout échange, quand même. Ce ne sont pas des personnages que j'ai beaucoup aimés, même s'ils m'ont intriguée. Et il faut reconnaître qu'ils ont une certaine réalité, même s'ils demeurent hors de mon entendement

En tout cas, ce gars-là s'est accroché à cette figure qu'il admire comme à une bouée, et il a tissé autour ses chemins, sa peinture, les affres de la création, qui ne sont pas si mal rendues, et cette vocation marine, sur laquelle il s'interroge beaucoup. La mer, est donc évidemment aussi, sous ses formes assez multiples, au coeur de ce roman également.

Médiathèque de Pleurtuit.

. La grande nageuse, Olivier Frébourg, éd. Mercure de France. 2014.

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... 330

15 Février 2015, 21:44pm

Publié par LaSourisJOne

"Je n'ai jamais su si le silence était un aveu de faiblesse ou de force. Le symptôme du refus du monde."

Olivier FREBOURG

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Pas pleurer :)))

12 Février 2015, 13:20pm

Publié par LaSourisJOne

Pas pleurer :)))

Quel plaisir de lecture, que ce livre ! Il a obtenu le dernier prix Goncourt ; j'en savais peu de choses, et surtout, le titre ne m'avait pas forcément interpellée. Quelle erreur ! J'ai véritablement adoré.

Dès le départ si tant est que l'on ne se laisse pas effrayer par le premier paragraphe qui nous parle de Bernanos que l'on connaît peut-être peu, dès le départ donc on entre dans un récit qui se caractérise déjà par une agréable richesse et un étonnement de la langue. L'intrusion brutale de l'oral dans un style pouvant être très écrit est un vrai régal parce que tout cela est complètement en adéquation avec la narration ; le style s'imprègne et marque ce qui est raconté. Ainsi, nous avons aussi le savoureux mélange dans cette langue entre les hésitations de l'espagnol, à travers la langue maternelle, et le niveau du français correct et même littéraire, de la fille : la narratrice est la fille (née en France), qui écoute sa mère raconter son été 1936, en Espagne, son pays d'origine. Les deux niveaux de langue s'emmêlent, pour un résultat très réussi. Génial aussi, l'interruption brutale du texte, quand le locuteur que l'on imagine est interrompu dans ses propos. Cela donne une espèce de force de l'instantanéité à son récit, alors même qu'elle nous plonge des dizaines et des dizaines d'années de cela.

C'est extraordinaire. Nous vivons donc cette année 1936 en Espagne, et les suivantes, la naissance d'une prise de conscience ouvrière et libertaire ; la résistance nationale, soutenue par le clergé, à travers la bouche de cette jeune femme Montse, il y a 75 ans ; et puis il y a Josep, le frère, le révolté ; et Diégo, qui deviendra le mari de circonstances, opposant, rival historique du frère ; chaque personnage est passionnant, donné à voir avec une vraie finesse ; et puis il y a de loin en loin, comme une prise de recul parallèle, par la narratrice, le récit de ce que traverse Bernanos, qui souffre en son âme de ce que son pays subit.

Et évidemment, cela résonne en nous longtemps. A plein de niveaux. Car la naissance d'une résistance, c'est touchant ; car oui, chaque époque a son lot de courageux, et son lot de faibles, qui ralentissent et empêchent les changements. Aujourd'hui, encore, évidemment, dans une période où les salariés laissent un lourd tribut au nom de l'emploi raréfié à leurs conditions de travail et à leur considération, ce texte ne peut que résonner encore, et encore. Il est beau ce personnage de Josep, qui espère, qui se bat, qui croit, qui veut que les choses changent, et qui est vaincu... C'est un très très beau récit, que je garderai longtemps en moi, et que je me vois bien relire...

Médiathèque de Pleurtuit.

. Pas pleurer, Lydie Salvayre, éd. Seuil, août 2014.

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... 329

10 Février 2015, 22:05pm

Publié par LaSourisJOne

"Les hommes ont de plus en plus tendance à s'abuser et se mentir, c'est un progrès mais à rebours ; ils se laissent gruger avec délectation par le premier qui parle fort et qui leur dit Suivez le guide ; ils sont peureux, rampants et prompts à s'asservir, et leur servile peur leur tient lieu de morale".

Lydie SALVAYRE

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... 328

10 Février 2015, 07:18am

Publié par LaSourisJOne

"L'esprit humain peut devenir un endroit de tourments bien plus cruels que tous ceux de l'enfer".

Lydie SALVAYRE

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Selon Faustin

8 Février 2015, 10:50am

Publié par LaSourisJOne

Selon Faustin

Roman ado.

(A partir de la 3ème).

Faustin est un ado qui habite quelque part où il fait toujours beau (sic), et où on fait toujours du surf. Où les garçons sont tous blonds, aux cheveux décolorés, et bronzés, voire cramés par le soleil. Ah, en France. Quelque part donc aux alentours de l'Aquitaine et de la Côte basque, genre Hossegor... Il a 15 ans.

Les thématiques abordées sont intéressantes : comment fait-on pour vivre dans un univers qui nous marque malgré soi, comment fait-on pour y échapper, peut-on y échapper ? (En l'occurence, le surf, et le conditionnement à la norme, le fait de faire du surf, y compris dans les têtes des parents, qui ne conçoivent rien autrement, notamment pour leurs enfants). Très intéressant aussi, cette complexité des rapports avec les parents, la difficulté des mots, de la compréhension intergénération, la nécessité qu'on a parfois, de creuser son sillon tout seul, ou avec un frère... Et puis le prisme que l'on incarne parfois, à ses dépens, pour ses parents, et qui est source de souffrance est assez bien donné à voir, notamment via les rapports au père.

Et puis, le désamour. Comment fait-on pour vivre quand on croyait aimer de toutes ses forces, quand l'autre ne veut pas de nous, vit sa vie hors de nous ? Comment cesser d'aimer ? Faustin traverse toutes ces étapes. D'abord la croyance que si, de toute façon, Lise lui reviendra ; puis la fuite, loin de tous les lieux où il risque de la croiser, et puis enfin la désillusion, l'acceptation que nous ne l'aimons plus, et que nos chemins sont distincts. Intéressant, l'exploitation de ce chemin dans la peau d'un ado.

Cela dit, je n'ai pas tellement aimé la narration, avec beaucoup de 'on', le style... Et cela ne m'a personnellement, pas passionné. Je lui reconnais cela dit des thèmes originaux, et je pense qu'il peut plaire aux ados.

Médiathèque de Pleurtuit.

. Selon Faustin, Emmanuelle Richard, éd. L'Ecole des Loisirs, Médium. 2010

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.. 327

7 Février 2015, 13:08pm

Publié par LaSourisJOne

"Pourquoi faut-il toujours que l'on rate les gens parce qu'on ne les rencontre pas au bon moment ?"

Emmanuelle RICHARD

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Orages :)

31 Janvier 2015, 22:21pm

Publié par LaSourisJOne

Orages :)

"J'ai entendu un ami auteur dire un jour lors d'un débat que la seule question qui lui semblait importante quant il s'agissait d'écriture était de savoir d'où l'on écrit. J'écris de l'exil". C'est l'exergue du roman, mais finalement ça en dit beaucoup.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, roman d'un parcours initiatique, d'une jeune femme de 15 à 30 ans. Pragmatique. Qui vit. Sans pouvoir s'offrir le luxe de la glose. J'ai beaucoup aimé cette force, qui la guide par dela elle même ; une force qu'on n'a pas besoin de comprendre, ou que l'on n'a pas besoin que l'on nous explique, mais que l'on sens, finalement. Alors il y a cette jeune narratrice, dont le corps reste enfant, parce qu'elle pense qu'ainsi elle retiendra sa mère en train de mourir d'un cancer. Dont le père est parti pour reconstruire sa vie avec une autre famille. Et qui reste marquée par ce Sachat/Alexandre, qui appartient à son passé. A belgrade. Comment se construire avec cet héritage, et une ville qui affronte la guerre ? Pragmatiquement, en partant d'abord, puis en lambeaux, et en y revenant. Pas en conscience, plutôt en écoutant ce qu'impulse le corps. C'est ainsi que l'on suit la trajectoire de Tamara, le personnage principal. Elle est forte cette histoire avec cet Alexandre, devenu plus que mauvais garçon, mais que les souvenirs d'enfance lient l'un à l'autre. Comme s'ils faisaient revivre l'ancien temps, jeunes égarés, malmenés par les chemins qu'il faut se construire coûte que coûte, sans repère. Elle est forte cette histoire, et touchante, entre Tamara et Alexandre, entre Tamara et tous les gens qu'elle croise, elle qui est à vif, et qui se recout petit à petit, se reconsolide petit à petit, parce qu'il faut bien, parce que si l'on choisit de vivre, eh bien...

Un très très bel hymne à la vie, simple. A la force de vie.

Et un très beau récit sur Belgrade et une partie de son histoire sombre.

Médiathèque de Pleurtuit.

Orages, Sonia Ristic, éd. Actes Sud Junior, 2008.

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... 326

31 Janvier 2015, 10:35am

Publié par LaSourisJOne

"J'ai fini par apprendre ça aussi, à ne pas me débattre, à ne plus m'épuiser, à attendre que ça passe en donnant le change".

Sonia RISTIC

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Journal d'une accoucheuse

28 Janvier 2015, 20:40pm

Publié par LaSourisJOne

Journal d'une accoucheuse

C'est un journal au sens où c'est un récit relativement introspectif, pas un journal intime au sens classique du mot, avec les jours et leur écoulement matérialisé par leur date... Les repères de temporalité sont beaucoup plus flous, plus imprécis, et je serai bien en peine de vous dire sur combien de temps l'histoire s'écoule. Ou alors mes repères ne viendront justement pas de la narratrice, mais me seront donnés par le fait que les personnages dont elle parle ont vieilli un peu, que leur vie a changé, et donc que le temps a passé...

J'ai eu beaucoup de mal à suivre les personnages, parce que j'ai été extrêmement perdue avec la multiplicité des prénoms indiens ; Pooja, Zubeida, Sid, etc, etc... Toutes ont pour point commun de graviter dans le sillage de la gynécologue, personnage principale qui exerce son métier avec conviction et pragmatisme ; le temps passe aussi pour elle, elle qui aime Sid depuis toujours, mais qu'elle a laissé filé, parce qu'elle n'a pas osé lui dire, et que l'un et l'autre ne se rendent pas compte que le temps passe et qu'il passe sans eux...

Bref. Vies de femmes. Vies de femmes parfois dirigées par le poids des croyances, des héritages familiaux, et ça dessine des tragédies. Dans un pays où annoncer le sexe de l'enfant est interdit, où le sexe de l'enfant fait l'objet d'une réglementation, et où la contraception de la femme loin d'une évidence... Intéressant, pour cet aspect des choses. Intéressant aussi d'être dans la peau de cette gynécologue, avec un parti-pris, culturel je pense, de légereté, dans lequel je me retrouve moins.

Mille mercis à Clotilde pour son cadeau, et d'avoir pris le soin de choisir ce livre pour moi, pour son exploration kaléidoscopique du monde féminin.

. Journal d'une accoucheuse, Priyamvada Purushotham, éd. Actes Sud, 2014.

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