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Le blog de la souris jaune

L'invité du soir :))

21 Décembre 2014, 16:13pm

Publié par LaSourisJOne

L'invité du soir :))

Ce premier roman de Fiona Mc Farlane est incroyable, incroyable de force, étouffant, troublant... L'invité du soir (The Night guest, dans son titre original) est un titre très inspiré ; il contient toute l'ambiguïté du roman, son pouvoir évocateur, son creuset d'angoisses... Il aurait aussi bien pu s'écrire 'L'invitée du soir' et désigner cette Frida chtonienne, qui entre tel un boulet de canon implacable dans la vie tranquille du personnage principal, Ruth, au soir de sa vie. Et bien sûr, l'invité du soir c'est ce qui rôde, ce qui fait peur, ce qui sourd au fond de soi, formidablement incarné par le tigre, le tigre au pas lent, au souffle épais, qui vient à la lisière du réel, visiter la maison.

Ce récit déstabilise, remue : non, on ne veut pas voir cette pauvre vieille femme abusée par cette autre, qui profite de sa fragilité ! Il rend incroyablement compte de la façon dont Ruth bascule, perd pied, 'aidée' par cette adjuvante qui n'en est pas une, Frida. Ruth, originaire des Fidji, vit seule, dans une maison au bord des dunes, au bord de la mer, en Australie ; elle a 75 ans. On est dans sa tête, si bien qu'on sait quand elle a toute sa raison ou quand elle déraille ; et alors que cette femme a, au début de l'histoire toute sa raison, malgré le tigre qui incarne ce soir-là la peur de l'endormissement, la peur de l'autre monde aussi peut-être, bref, on suit le déraillement de Ruth malgré elle, entrainée sur ce chemin par cette femme qui se présente chez elle, Frida, et s'immisce dans sa vie au prétexte de l'aider.

Tel un bulldozer, elle ravage ses repères, accroît sa dépendance, puis ira jusqu'à la dépouiller de son argent. Dans un mélange extraordinaire de confusion des sentiments ; la pauvre Ruth en perd son latin, celle qui l'aide pourrait être une personne malveillante ? La romancière réussit ce tour de force de nous faire suivre ce personnage étrangement lucide, et vaincu tout à la fois ; il y a ce mélange de sentiments, la fragilité des personnes âgées, à la merci de, l'éloignement des fils Jeffrey et Phillip, qui vivent leur vie d'hommes mariés loin de leur mère et de cette Frida. Les plongées dans le passé, les manies incroyables de cette Frida (ses médicaments, son obsession de la propreté et du nettoyage à l'eucalyptus, ses tenues blanches, ses teintures de cheveux...), et puis ce tigre, cet extraordinaire tigre auquel Frida donne de la densité, et la nature, bien sûr, la nature écrin de beauté et à la fois écrin étouffant, de végétation qui étouffe, envahit, emprisonne...

Vraiment étonnant. Savoureux.

L'invité du soir, Fiona Mc Farlane, éd. L'Olivier, 2014 (2013 éd originale). Traduit de l'Anglais (Australie).

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Le temps des vrais bonheurs :)

14 Décembre 2014, 10:41am

Publié par LaSourisJOne

Le temps des vrais bonheurs :)

C'est un récit qui prend son temps, avance comme les ricochets d'un galet sur l'eau : un récit antérieur en chasse un autre, celui du présent, avant de revenir au présent. Au présent de trois personnages, du point de vue duquel la narration se place successivement : Jazz, Aruna, et Hassan. Aruna et Jazz se connaissent depuis leur petite enfance, depuis qu'ils se sont choisis ou 'reconnus' dans la cour de l'école, et plus quittés. Jusqu'à peut-être se tromper en se choisissant aussi comme compagnons de vie... La vie, peut-être se charge de leur rappeler que ce choix est peut-être contre-nature... Il y a les fausse-couches, et... les interrogations d'Aruna.

Et puis Hassan, le père de Jazz. A l'hôpital de Kuala Lumpur, en fin de vie. Espérant la mort, que son fils Jazz, qu'il n'a pas vu depuis deux ans, lui refuse obstinément. Ce qu'il croit savoir de l'histoire de ses parents lui occulte toute la vue, et il condamne son père à priori. Les mots seuls permettent de guérir et de sortir de ses oeillères, là encore Jazz l'apprendra sur le fil, tardivement, regrettant amèrement ces deux ans perdus. Le poids des secrets, sur les épaules des enfants qui ne peuvent que se faire des idées, et qui laisse ses mauvaises traces dans les vies, est aussi au coeur de ce récit.

Aruna est partie précipitamment, sur un coup de tête, loin ; à Londres, elle refait sa vie, mais sans finalement 's'impliquer à fond'. Tout simplement parce qu'elle ne peut pas. Trop de choses pas réglées... Son identité (qui sont ses vrais parents ?), quelle histoire avec Jazz ? Alors, une phrase d'un livre, un jour, suffisament forte la fait monter dans un avion sur les traces de la compréhension, à l'assaut des questions, loin de la fuite : retour vers Jazz et Hassan, ses racines... J'aime assez comment les choses avancent dans ce livre là, par petites touches lentes et douces ; et cette phrase, qui déclenche les départs et les retours, et qui me touche beaucoup : "Il est temps de cesser le combat et de rentrer".

J'avoue par contre ne pas vraiment comprendre l'adéquation entre le titre et l'histoire puisque c'est véritablement tout le contraire ; à moins peut-être que 'Le temps des vrais bonheurs' se rapporte à la toute fin du livre, à ce qu'on ne lira pas, mais que le livre a préparé, c'est à dire un temps qui suit le travail que l'on a fait pour régler son passé, et pour être disponible pour un vrai bonheur... :)

Merci chaleureux à Delphine, qui a pris soin de débusquer ce livre pour moi. :))

Le temps des vrais bonheurs, Roopa Farooki, éd. Gaïa, juin 2014.

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13 Décembre 2014, 09:10am

Publié par LaSourisJOne

"L'inextricable culpabilité de quelqu'un qui n'a pas payé pour ce qu'il avait fait, qui a vu les choses tourner en sa faveur plus de fois qu'il ne le méritait".

Roopa FAROOKI

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... 314

11 Décembre 2014, 13:29pm

Publié par LaSourisJOne

" Combien de tragédies secrètes, enterrées au plus profond de gens parfaitement normaux en apparence lorsqu'ils vaquent à leur occupation quotidienne, remplissent leur tâche et retrouvent leurs familles les manches relevées, prêts pour le dîner, combien de tragédies ne demandent qu'à être révélées au grans jour. Combien de tragédies les gens normaux avec des préoccupations normales cachent-ils dans les tréfonds de leur mémoire, ou gravées dans leur coeur ?"

Roopa FAROOKI

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... 313

6 Décembre 2014, 09:08am

Publié par LaSourisJOne

"Bourreau, je suis plus prêt à affronter ta corde, qu'à vivre ligoté à l'espoir qu'on m'accorde".

Roopa FAROOKI

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Dragon bleu, tigre blanc :)

1 Décembre 2014, 09:15am

Publié par LaSourisJOne

Dragon bleu, tigre blanc :)

Chine d'aujourd'hui ou presque. En tout cas à l'ère d'Internet, et des réseaux sociaux, qui permettent un peu de faire avancer la donne, de faire éclater au grand jour les scandales farouchement cachés par le Parti, ou au moins d'interroger sur ceux-ci.

L'intrigue se noue autour de Chen, le personnage principal, une cinquantaine d'années sans doute, qui a fait toute sa carrière brillante à la tête de la police et qui se voit du jour au lendemain 'promu', à la justice, en réalité éloigné de ses affaires et de ses enquêtes.

Commence alors une espèce de bras de fer secret, une espèce de course à l'homme dans l'ombre ; une contre-enquête de Chen pour tenter de savoir qui en veut à son poste, et bientôt à sa vie. Métro, restaurants, hôtels, autant de lieux anonymes qui concourent à la discrétion vont faire partie du cadre de ce roman. Ainsi qu'un certain nombre de personnages bienveillants qui font partie des amis de Chen et vont l'aider discrètement et de loin, à mener son enquête. C'est toute la Chine et son héritage qui viennent à nous, notamment par le biais de son attachement à l'opéra et sa poésie. Le directeur de police Chen est lui même amateur de poésie et traducteur de TS Eliot.

La spirale se resserre, il dégage son espace pour trouver du champ et mener son enquête, entre voyages sur la tombe de sa mère, attachement à la mère, inquiétée à son tour via une tentative d'intimidation et rencontre de jeunes femmes 'ernai' jeunes femmes entretenues.

La difficulté dans ce récit a résidé pour moi à s'y retrouver dans la multitude de noms chinois (Yu, Qai, Li...) : on s'y perd !!! J'ai aimé me régaler en même temps que les personnages de tous les plats typiques de Shangaï, en fonction des lieux (bords de lacs, karaoké, restaurant occidental, typique, etc.) et vivre à leur rythme, bien différent du nôtre...

Dragon bleu, tigre blanc, Qiu Xiaolong, éd. Liana Levi. Mars 2014.

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Un été outremer :)

22 Novembre 2014, 16:17pm

Publié par LaSourisJOne

Un été outremer :)

Roman ado.

Quelle charmante balade avec ce jeune homme de 18 ans, qui rate son bac scientifique, et part sur les traces de ses racines à Alger, et en Haute Kabylie... En fait, Félicien vit une vie normale en région parisienne au sein d'une famille qu'on imagine plutôt aisée, sans problème particulier ; la famille est complètement en arrière-plan, ce n'est pas l'histoire de ce livre. Ici, Ce n'est pas non plus l'histoire d'une 'rupture', d'un passage à vide ; plutôt celle d'un cheminement. Donc, Félicien sait qu'il a été adopté. Il garde ça dans un coin de sa tête, jusqu'au moment où il a besoin d'en savoir plus, le jour de ses 18 ans. Il découvre qu'il est arabe, et que sa mère est Algérienne. Alors, le garçon qui devait passer un mois en Corse avec ses parents décide de se rendre sur les traces de sa mère. Il ne renie pas sa famille adoptive, bien au contraire, seulement il a besoin de compléter le puzzle. Alors il part, à l'aventure, et sans rien dire. Tout juste appelle-t-il une ou deux fois sa petite soeur... Et il arrive en Algérie. Ce qu'il en raconte est beau, touchant. A travers ses yeux d'adolescent aimant passionnément la photographie, avec lui cette terre algérienne... De belle rencontre en belle rencontre, humaine comme de paysages, il nous livre sa trajectoire, jusqu'à cette meilleure amie de sa mère, qui lui livre un bout d'elle...

Une belle recherche de son identité, une ouverture à soi et au monde, une jolie trajectoire, sans renier son histoire, au contraire, puisqu'il va garder les deux... Et puis il y a ces yeux verts, qui le caractérisent, lui l'arabe, comme sa mère, et comme son demi-frère...

Qu'est ce que c'est une jolie balade ! Je le recommande.

Un été outremer, Anne Vantal, éd. Actes Sud Junior, 2006.

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La reine des mots

21 Novembre 2014, 15:40pm

Publié par LaSourisJOne

La reine des mots

Roman ado.

J'ai lu ce livre avec un plaisir modéré. C'est en tout cas un livre qui se met entre les mains d'ado. Car cela donne à voir les bienfaits de l'échange, de la parole avec des adultes quand on perd pied. C'est un livre aussi sur les secrets, les tabous d'adultes, le silence qui pèse parfois, faute de ne savoir comment dire, et qui peut détruire, ou empêcher un ado de grandir, de s'épanouir momentanément. Ici le personnage principal est une jeune fille qui a environ 16 ans, brillante, qui aime passionnément les mots. Et dont le couple parental, qui représentait sa cellule protectrice, idéalisée, éclate. L'ado va perdre pied. Attirer l'attention, malgré elle. Ca c'est rudement bien donné à voir : car on avance dans la lecture au même rythme qu'elle, et les séances chez le psychiatre, même s'il lui arrive de se cabrer, montre que comprendre les choses aide à avancer. Et l'on va voir que finalement, c'est en dénouant les silences de ses parents qu'elle va parvenir à s'en sortir. Bien fait. J'ai été peu sensible aux 'jeux de mots' de la narratrice et la narration parfois sur ce mode, mais c'est une lecture qui n'est pas désagréable.

Alors par contre... Il faut dire à Arnaud Cabasson pour son procain livre, que non, le cap Fréhel n'est pas au bord de l'Océan, et que ce ne sont pas les reflets de l'Atlantique que l'on peut mirer à ses pieds. C'est mieux s'il écrit que c'est la mer, et que c'est la Manche...!

La reine des mots, Arnaud Cabasson, éd. Flammarion, 2011.

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Viviane Elisabeth Fauville

13 Novembre 2014, 20:47pm

Publié par LaSourisJOne

Viviane Elisabeth Fauville

Circonspecte.

Alors là, j'avoue que j'ai pas tout suivi. On est sensé être dans la tête d'une femme, Viviane, mère d'un bébé, que le mari vient de plaquer, et dont la mère est morte. Elle réalise un meurtre, de sang froid, sans qu'on comprenne bien pourquoi (ou si, pour exister, croit-on comprendre, et parce que son psy ne lui accorde même pas ça non plus ?), de son psy. Fait une série d'actes irrationnels, iraisonnés, une enquête sur cet assassinat, se tape un patient de son psy... Et puis finalement sa mère n'est pas morte ? J'avoue que je n'ai pas compris grand chose à ce livre-là.

L'idée est sans doute d'être dans la tête de quelqu'un qui perd pied, marquée par l'abandon de son mari ; l'ennui c'est que l'auteur ne nous aide pas du tout, aucune clé pour installer son personnage dans un contexte sensé, on ne sait pas ce qui l'est ou ce qui ne l'est pas, et on ne sait pas si c'est habile, ou juste pénible. Ca peut être les deux, notez : peut-être habile, même si moi j'ai trouvé ça agaçant.

Et même si j'ai trouvé quelques bons côtés au livre, notamment dans la narration, c'est pas mal raconté ; l'utilisation du pronom personnel 'vous' est là encore assez déstabilisante, vous êtes dans la peau de cette femme, sauf que vous avez du mal à y être, justement.

Le relire une seconde fois ?

Je remercie quand même Bertrand pour cette histoire qui, sur le papier, avait tout pour me séduire. :)

. Viviane Elisabeth Fauville, Julia Deck, éd. Minuit Double. 2012, 2014.

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Le roi disait que j'étais diable :(

9 Novembre 2014, 08:51am

Publié par LaSourisJOne

Le roi disait que j'étais diable :(

... Il y a des auteurs qui dès que l'on se coule dans leur livre, nous parlent véritablement, et viennent toucher des résonnances au plus profond de soi. Ils ont les mots qui nous touchent. Et il y en a d'autres qui irrémédiablement, resteront à la surface. Je suis contrainte d'avouer que celle-ci, avec ce livre-là (puisque je n'ai jamais lu d'autres livres de Clara Dupont-Monod) fait partie des livres qui demeurent loin de moi. Ainsi, j'ai bien dû lire ce livre 3 fois : chaque phrase, trois fois, pour qu'elles fassent sens en moi. Et encore, sens... J'ai eu envie de lire ce livre en entendant son auteur lors d'une interview sur France Inter ; l'idée de découvrir ce personnage historique, Aliénor d'Aquitaine, que je ne connais pas du tout, personnage haut en couleurs semble t-il même si l'Histoire ne nous a transmis aucun portrait d'elle, m'a séduite.

Je dirai qu'en ce qui me concerne, elle rate sa cible à demi. Complètement, si c'est Aliénor qu'elle voulait donner à voir ! La narration nous donne à 'pénétrer' tantôt Aliénor, donc, tantôt Louis VII, celui qui devient son époux, au XIème siècle. Nous découvrons la femme du sud de la France avant son mariage, et pendant les premières années de celui-ci. On a bien compris que tout les oppose. Mais autant j'ai 'compris', saisi, senti le personnage de Louis VII, autant pas du tout celui d'Aliénor. Je trouve (puisque c'était ce qu'elle voulait faire) qu'elle n'explore pas assez les creux de l'Histoire, elle ne les remplit pas. Aliénor aime le luxe, la guerre, la poésie, et partir seule à dos de cheval dans les rues de Paris ; en revanche, ce qu'elle est, ce qu'elle veut vraiment, j'avoue m'est resté très mystérieux, opaque. Alors certes le livre pourrait se dire bien écrit, il ne manque pas de descriptions qui se veulent antropomorphiques, j'ai découvert une tranche de l'Histoire que je ne connaissais pas ; certes, utiliser l'intime pour aborder la grande Histoire est une fabuleuse idée, mais pour ce faire, j'ai préféré Carole Martinez, Carmen Posadas avec Son Ruban Rouge ou dans un autre genre Irvin Yalom. En fait, hormis quand l'auteur incarne le roi Louis, finalement, dont elle parvient à nous faire sentir ce qu'il ressent, je me suis ennuyée...

. Le roi disait que j'étais diable, Clara Dupont-Monod, éd. Grasset, sept 2014.

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