Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de la souris jaune

Dieu surfe au pays basque

28 Juillet 2012, 09:53am

Publié par la souris jaune

dieu-surfe-au-pays-basque-1-.jpgCet auteur m'a étrangement rappelé à de nombreux égards Maarten Troost (La vie sexuelle des Cannibales). Le surf, un mec moderne qui parle de trucs de femme et qui décrit son amour quotidien pour son épouse, les formules, ses agacements (trop) tranchés et faciles quant à certaines choses du quotidien et de la modernité...

Bref. Cela dit, ce livre aura eu le mérité de tomber au bon moment (celui, désagréable, où tous les livres ou presque me tombent des mains !). Au départ j'ai cru que je ne le finirais pas. Il m'agaçait, avec ses formules trop faciles, ses expressions éculées et peu significatives ("un sourire de béni-oui-oui"), ses emportements simplistes (ah, ces femmes et leurs poussettes qui sont les reines du monde... certes... ). Mais j'ai trouvé que le récit prenait de la profondeur. Ainsi, il nous confie une tranche de sa vie sous l'angle de son amour pour sa femme à plusieurs époques (sachant qu'il est jeune, c'est un trentenaire) : j'avoue avoir trouvé très chouette la narration de leur idylle naissante. Leur amour est au coeur de ce livre, et surtout, un drame, celui de la perte d'un nouveau-né, ou d'un foetus. Histoire personnelle et intime qui est la sienne, et surtout celle de sa compagne, qu'il nous livre par son prisme. Avec sa sensibilité de garçon. Sans nous épargner des épisodes sanguinaires, tels qu'il les a perçus, lui spectateur de ce mystère de la maternité pour les hommes. !

Aussi, le récit intercale les époques : il y a celle qui le précède, où elle perdit son bébé Ferdinand (dont elle a coutume de dire qu'il est une comète qui a vécu"cinq jours, un siècle, un millénaire", puisqu'il est né le 29 décembre 2000), puis la grossesse suivante. Il décrit les angoisses, les espoirs, l'affection, la tendresse, et comment il l'accompagne dans ses épreuves, porté par son admiration pour elle. Sans nous épargner ses colères excessives ! Notamment à l'encontre de Dieu (d'où le titre...), dont il dit que de toute façon, s'il existe, il se fout des humains et est parti surfer au pays basque... A noter que l'auteur est né à Bordeaux et a comme patrie le pays basque ! Et que l'existence de Dieu est une question qui l'a préoccupé longtemps : on comprend alors que le titre n'est pas qu'une formule accrocheuse...

 

. Dieu surfe au pays basque, Harold Cobert, éd. Héloïse d'Ormesson, date de parution : mars 2012.

Voir les commentaires

La théorie du panda

23 Juillet 2012, 21:59pm

Publié par la souris jaune

9782843044359-1-.jpgLa théorie du panda... C'est sans doute "la capacité d'être aussi bien partout que n'importe où". A l'image de ce gros panda de peluche, gagné sur une fête foraine, au large faciès souriant, Heureux en apparence où qu'on le pose... Comme sur ce bar, où l'installe José, un des personnages du roman, il sourit toujours. Gabriel avait l'air d'être comme ça. Il est de passage dans un petit village breton, et s'accomode de tout, fait le bien où il passe, donnant, confectionnant de bons repas à des convives d'un ou de plusieurs jours. Ca aurait pu n'être que ça. Assez joliment tourné. Mais on découvre petit à petit, par bribes, l'histoire, terrible, de Gabriel. Sur fond d'un fait-divers insensé, impensable, inacceptable, qui a marqué et transformé sa vie. Et ce que ce personnage en fera est non moins incompréhensible. On reste abasourdi par les quelques courts épisodes sanglants, initiés par l'idée selon laquelle puisque le bonheur est là, ou presque, il faut arrêter l'instant pour faire que plus jamais il n'y ait de bas. Quitte à tout détruire, à commencer par des vies. Evidemment ce personnage est marqué par ce terrible fait-divers. Mais...

Je suis restée sans voix, ou presque à la lecture de ce livre, et aux voies qu'il explore. Où l'on détuit parce qu'on a a mal, pour ne plus croire encore et souffrir à nouveau. Un livre étrange, qui gonfle comme une bulle de savon et éclate dans un dernier sursaut, pour tuer presque tout espoir.

Avec une place centrale pour la nourriture et toutes ses fonctions secondaires ; la nourriture convivialité, don, à travers l'acte de préparer, d'offrir et de partager un bon repas ; la nourriture expression d'un mal-être ; et la nourriture jusqu'à l'auto-destruction, avec cette histoire étrange de ce type qui mange son armoire parce qu'il la décrète responsable de la mort de sa femme...

Avec des personnages adultes paumés comme des adolescents, confrontés à la gratuité de l'existence ; celui qu'on pense le plus adulte (Gabriel) se révèle (on ne sait pas encore ce qu'il a vécu) marqué par une très sombre histoire et choisissant une voie trouble qui procure un profond malaise...

Etrange découverte d'un univers où l'on est installé confortablement, ou presque, et qui bascule...

 

. La théorie du panda, Pascal Garnier, éd. Zulma, 2008

Voir les commentaires

Cette main qui a pris la mienne

21 Juillet 2012, 21:50pm

Publié par la souris jaune

64551823-1-.jpgJe confesse que je n'ai pas aimé ce livre-là autant que "L'étrange disparition d'Esme Lennox" du même auteur.

Pourtant il ne manque pas d'intérêts !

L'installation des personnages dès l'incipit est bluffant, je lui ai trouvé une allure de tragédie grecque... Car c'est à cette manière qu'on découvre les personnages, Alexandra (Lexie) notamment : comme si un choeur extérieur et tout à la fois présent soulevait un coin du voile et nous les donnait à voir. Ainsi, ce sera une constante dans le roman : on regardera les personnages évoluer, sans forcément les comprendre, en tous cas sans introspection.

L'histoire est un entrelacs de deux récits, à deux époques différentes : là encore, l'installation des scènes, quelques détails suffisent à nous faire comprendre dans quel contexte et à quelle période tout cela se passe. En l'occurrence fin des années 50 (Lexie) et aujourd'hui, ou presque pour Elina.

Autre vision surprenante que fait naître cette façon de raconter : celle qu'on nous donne à voir des photos en noir et blanc, des photos anciennes et que c'est celles-là même qu'on a sous les yeux. C'est assez particulier.

Quant à l'histoire, évidemment ce qui nous accroche, c'est l'envie de comprendre quel lien existe entre ces deux histoires : qui sont ces personnages les uns par rapport aux autres ? On devine bien sûr qu'ils sont liés.

Personnellement, l'histoire de Lexie, cette femme libre dans un temps où les hommes font le monde et où il est si dur encore de se faire une place professionnellement m'a beaucoup plus intéressée. L'histoire d'Elina est, finalement, comme une fausse piste... J'avoue que les troubles de Ted, le mari d'Elina, m'ont moins passionnés, même s'ils sont étonnants bien sûr, ne serait-ce que dans ce qu'ils suggèrent : le passé remonte toujours, et parfois d'étrange manière...

La question de la maternité est également réccurrente dans les deux histoires, avec un éclairage un peu différent, mais autour d'un leitmotiv plutôt moderne : la maternité est vue comme un inévitablement rétrécissement d'un monde, qu'impliquent les taches domestiques liées à l'arrivée d'un bébé ; qui s'accompagne donc d'un âpre combat si tant est qu'on ne veut pas abandonner ce qui nous constitue quand on est femme, et notamment sur le plan professionnel ... Et le combat est encore plus touchant je trouve, pour cette femme qui élève seule son enfant dans les années 60, et qui passe pour une marginale parce qu'elle ne renonce pas. J'ai aimé la force d'âme de ce personnage, et la ligne qu'elle suit coûte que coûte.

Ce roman est beaucoup moins classique que son "Etrange disparition d'Esme Lennox" (qui jouait déjà avec les temporalités), mais j'ai préféré "L'Etrange disparition".

 

. Cette main qui a pris la mienne, Maggie O'Farrell, éd. Belfond, avril 2011.

Voir les commentaires

Peindre le vent :)

12 Juillet 2012, 23:01pm

Publié par la souris jaune

peindre-le-vent-1-.jpgRoman ado.

Décidemment, le hasard ne m'apporte que de belles lectures, au rayon dit "roman ado". Celui-ci en est encore un bien bel exemple. Au gré duquel je me suis laissée emporter dans les vastes espaces du Wyoming, fouettés par le vent...

L'héroïne - mais ne pourrait-on pas dire qu'il y en a deux ? Artémisia, ce magnifique cheval sauvage en est une également - c'est Maya. Ado orpheline, dont les parents sont morts dans un accident, qui vit une existence sous la tyrannie de sa grand-mère paternelle et des gouvernantes qui passent et résistent rarement aux humeurs impitoyables de l'aïeule... Jusqu'au décès de celle-ci.

Avec elle, Maya emporte le précieux et unique trait d'union qui la relie au souvenir de sa mère, et ne la quitte pas, une touchante boîte de chevaux-jouets (l'Alezan, le Paint, etc.) qu'elle articule tels des marionnettes, et une photo, où sa mère est à cheval... Et elle va donc aller vivre dans la famille maternelle, inconnue. Auprès d'un grand-père sensible et aimant, d'un oncle et d'une tante tout aussi attachants, et des chevaux. Sur les traces de sa mère, à la conquête de ses capacités, elle va découvrir une nouvelle vie pleine de bonheur et de vrais repères ; non sans attachement (mais elle fera l'épreuve de cet adage : pour grandir, ne faut-il pas se détacher ?) à un cheval sauvage avec lequel elle vivra des événements forts, Artémisia...

Ah, le titre, poétique lui vient sans doute de sa mère, encore : "la seule manière de capturer un fantôme est de peindre la crinière du vent" ; mais il est tout autant atmosphère, et le mélange de ses deux parents : son père, qui aimait peindre les chevaux, et sa mère, qui aimait les monter, face au vent...

J'ai aimé l'atmosphère de ce livre, au coeur du Wyoming, au bord de la rivière, au creux d'une nature indomptée par l'homme, et frissonné du passage des pumas à proximité des tipis du campement, alors que les troupeaux de chevaux sauvages, organisés autour d'un étalon et d'une forte jument, paissent... Dépaysant !

 

. Peindre le vent, Pam Munoz Ryan (traduit de l'américain). Actes Sud junior, mai 2009.

Voir les commentaires

La liste de mes envies :)

8 Juillet 2012, 13:42pm

Publié par la souris jaune

la-liste-de-mes-envies-1-.jpgJ'ai pris plaisir à lire ce livre.

C'est l'histoire de Jocelyne, qui tient une mercerie à Arras. Elle est heureuse. Mariée à un homme qui porte le même prénom qu'elle au masculin, Jocelyn, et mère de deux grands enfants. Un jour, elle gagne 18 millions d'euros à l'euro-million. Commence alors une discussion intime entre elle et elle-même, sur ce qu'elle doit faire, consciente que cette somme d'argent qu'elle vient de gagner, peut tout changer, et va bousculer sa vie. Or, puisqu'elle est heureuse... que faire ? Elle commence à rédiger quelques listes de ses envies, liste dont elle découvre vite la futilité, et la gratuité... Quelques listes d'envies que pour la plupart elle n'accomplira pas !

Il y a aussi cette idée très intéressante sur le fait que "nous avons besoin de nos besoins" pour être en vie ; ils nous rassurent, jalonnent notre quotidien, même s'il parle de manque, en tissant un lien entre notre présent et notre futur... Besoins qui souvent, à notre insu, nous asservissent...

Ah, si j'étais riche... ah, si j'avais ceci, je ferais cela... Grégoire Delacourt prend donc le contre-pied de cette idée convenue, et avec intelligence nous démontre (s'il en était besoin) que posséder ne fait pas le bonheur... Et cela appuyé par la trahison cruelle, également au coeur du livre, qui donne encore du poids à ce que l'on perd... Alors même qu'on n'a pas le pouvoir de maîtriser cette idée affolante : l'autre peut, lui, décider de trahir, de zapper, et nous plonger dans un gouffre de souffrances, nous n'y pouvons rien...

J'ai aimé cette jolie réflexion sur la valeur, le sens réel des choses ; l'idée qui semble nous être murmurée à l'oreille ou au coeur, selon laquelle le bonheur est bien souvent là, ou tout près, et on se le gâche par le biais d'une vaine projection... Ce livre m'en a rappelé quelques autres, même s'ils sont différents, mais que j'avais également beaucoup aimés : L'Elégance du hérisson, ou La petite cloche au son grèle... L'un des points communs étant que l'on a à faire à des personnages simples, ancrés dans une réalité où travailler (dur) pour vivre est nécessaire, mais des personnages qui font naître la poésie de ce qui les entoure, de même qu'ils voient, et sont, au delà des apparences. Et cela me touche toujours.

Merci à Olivier de m'avoir donné envie de lire ce livre, ainsi qu'à Delphine, qui a conforté cette envie.

 

. La liste de mes envies, Grégoire Delacourt, éd. JC Lattès, février 2012.

Voir les commentaires

...154

8 Juillet 2012, 10:07am

Publié par la souris jaune

"Ce qui est malheureux, c'est d'avoir pensé un jour qu'on était autre chose que ça : un petit corps fragile voué à disparaître".

Frédérique DEGHELT

Voir les commentaires

...153

7 Juillet 2012, 22:22pm

Publié par la souris jaune

"En ouvrant des livres, j'ai choisi la pire chose qu'une femme de mon milieu puisse faire. J'ai contemplé un monde qui m'était interdit".

Frédérique DEGHELT

Voir les commentaires

...152

29 Juin 2012, 21:14pm

Publié par la souris jaune

"Même quand on se perd on arrive toujours quelque part".

Katarina MAZETTI

Voir les commentaires

Alabama Song :)

25 Juin 2012, 21:07pm

Publié par la souris jaune

9782715226456FS-1-.gifCe bouquin me disait quelque chose... Il m'était très familier, mais de là à dire que je l'avais déjà lu... Et pourtant si !! Recherches effectuées, c'était il y a trois ans et demi... Damned ! C'est dingue... J'ai donc RELU Alabama Song, mais on peut considérer que c'est une première lecture !

Pourtant, je l'ai aimé ce livre ! Au tout début j'ai pensé à un autre très beau livre sur une femme (imaginée) d'un grand écrivain, le livre d'Anca Visdéi, Madame Shakespeare ou la dame de Stratford, mais au début seulement.

Ici on est dans la peau de Zelda Scott Fitgérald, forte femme, belle, tête brulée, garçon manqué, se jouant des moeurs de son époque... à ses dépens. Dans ce récit narrant la jeunesse dorée de la jeune femme qui semble invicible, s'intercale l'autre récit, toujours de la narratrice, vingt ans plus tard ; une femme rompue, vaincue par un mari médiocre, qui lui pique ses idées, qui l'aura condamnée, par fierté et jalousie, à l'asile psychiatrique. La luminosité de la première période de vie ne fait que rendre plus cruelle encore la seconde partie de sa vie ; et on comprend pourquoi une espèce de rage, de rancoeur se mèle à sa narration lorsqu'elle évoque son mari alcoolique... Ce jusqu'à la mort de celui-ci, où elle ne peut s'empêcher de ressentir de la tendresse pour celui qui l'a pourtant brisée... J'ai été touchée par ce beau personnage, privé de sa passion pour un aviateur, et du fils qu'elle aurait pu avoir avec lui...

Et il y a encore dans ce roman, ce qui me touche toujours énormément : l'incapacité de l'héroïne à convaincre ses médecins, psychiatres de sa bonne foi, quoi qu'elle dise, et qui la condamnent toujours à la folie. Combien de destins de femmes ont été brisés par des familles, des maris qui se sont arrogés la toute-puissance sur un autre être, parce que de sexe féminin !

Et c'est joliment écrit, ce qui ne gâche rien...

 

. Alabama Song, Gilles Leroy, Mercure de France, 2007.

Voir les commentaires

...151

24 Juin 2012, 19:24pm

Publié par la souris jaune

"Les hommes : d'eux-mêmes ils disent qu'ils sont "tourmentés", et c'est si élégant, si romantique, le signe de leur distinction supérieure. De nous, à peine nous déraillons, ils disent que nous sommes hystériques, schizophrènes - bonnes à enfermer, c'est sûr".

Gilles LEROY

Voir les commentaires