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Le blog de la souris jaune

La lucidité :)

22 Janvier 2012, 18:56pm

Publié par la souris jaune

9782757806258-1-.jpgJ'ai beaucoup aimé ce livre. Même s'il faut bien dire qu'on est très loin du livre digeste, léger, aéré... Car avec Saramago, on a tout le contraire : du lourd, du dense, du très dense. Car le prix Nobel de littérature écrit, il faut le savoir, sans paragraphe, sans fioritures, sans allégements superficiels en quelque sorte... Les dialogues sont également insérés dans la narration, seule une majuscule marque le changement de locuteur. Même si le livre se lit bien, il faut reconnaître qu'il s'avale lentement, justement pour toutes ces raisons. Le propos, ensuite : lui aussi, parce qu'il prète beaucoup à réfléchir (qu'attendre de mieux d'un livre, qu'il nous fasse réfléchir ?), n'est pas forcément light non plus, bien sûr. Le propos, donc : lors d'élections, le peuple vote blanc. A deux reprises, et la seconde fois, à 84%... Cuisant camouflet pour le pouvoir en place, qui réagit fébrilement : en quittant la ville, pour donner une leçon aux cruels inconscients qui malmènent la démocratie... En ôtant de la capitale abandonnée toute police, mais aussi services d'hygiène, (éboueurs), espérant créer le repentir... Et que se passe t-il alors ? Les femmes sortent sur le trottoir, et armées de leur balai, sans un mot, balayent... J'adore cette image et la manière dont elle apparaît dans le roman : la solidarité et le bon-sens du peuple, ne le sous-estimons pas, voila ce que le roman semble nous dire. Malmené pourtant ! Et c'est à un conte philosophique extrêmement riche que nous convie José Saramago, autour de questions complexes : jusqu'où doit on s'obstiner ? Quelles sont les limites du pouvoir ? etc. Et lorsque le pouvoir s'obstine, trop loin,on arrive à une inversion du bien commun : ex : l'attentat fomenté par l'Etat pour faire entendre raison... Le roman se divise en deux parties ; et aux échanges entre ministres et président, et description de la situation (sans que les descriptions soient trop circonstanciées par le menu, en faits physiques, comme nous le rappelle d'ailleurs lui même le narrateur à propos de son propre texte, dans le texte), succède une partie moins générale, où le focus a zoomé et se retrouve au plus près de quelques habitants, et d'une équipe de police sur le terrain. Autour d'un commissaire qui évolue, et refuse la "cécité" de l'Etat (avec d'ailleurs une métaphore dans toute cette partie autour de l'aveuglement et de la lucidité - allusion semble-t-il à un précédent livre de Saramago, l'Aveuglement, que je n'ai pas lu). Avec une phrase clé, et identifiée comme telle dans le livre justement par le commissaire, celle qui lui fait décider d'agir : "Nous naissons et à cet instant c'est comme si nous avions signé un pacte pour toute la vie, mais un jour peut arriver où nous nous demandons : qui a signé cela pour moi ?". Une lecture très très instructive. Merci à Jérôme (qui se reconnaîtra s'il me lit :) qui me l'a recommandée !

 

. La lucidité, José Saramago, publié en 2004 (Portugal), traduit en français en 2006. 370 pages.

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