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Le blog de la souris jaune

Ce que le jour doit à la nuit :)

9 Janvier 2012, 18:24pm

Publié par la souris jaune

ce-que-le-jour-doit-a-la-nuit-09.jpgJ'ai d'abord dû m'accrocher, probablement pour les 150 premières pages de ce très beau roman de Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit. Mais il est vrai que je suis peu friante des récits d'enfance ou d'adolescence (même écrit par Khadra, ai-je pu constater), or ça commence par ça ! Cela dit, persévérer vaut parfois la peine, comme celle de découvrir un beau roman.

En filigrane, très présente, toute l'histoire de l'Algérie, entre 1930 et 1965, pauvreté, misère, déchirements, guerre... L'histoire se passe à Oran, puis dans un petit village à proximité de la grande ville, Rio Salado. On va suivre le destin de Younès, prisonnier de ses deux identités (n'est-il pas aussi Jonas ?), arraché à ses parents trop tôt, eux si fiers et pourtant ravagés par la misère. 

La période de vie que le narrateur choisit de nous raconter est une période où, pour le héros, les trouées de lumière et de bonheur sont rares ; on voit combien laisser passer sa chance marque au fer rouge, et condamne. « Il n'y a qu'un seul dieu sur terre, et c'est toi. Si le monde ne te convient pas, réinventes-en un autre, et ne laisse aucun chagrin te faire descendre de ton nuage. La vie sourit toujours à celui qui sait lui rendre la monnaie de sa pièce » : pourquoi le héros n'écoute-t-il pas le conseil de son oncle, ne pouvons-nous nous empêcher de nous dire ! Et on bouillonne souvent face au mutisme de ce héros qui se laisse malmener par le destin. Muré dans son silence, rétracté derrière une promesse qu'on lui extorque un jour, il sacrifie son destin, qui lui tend pourtant les mains... Et sa vie est une tragédie, née de ses renoncements contraints. Des renoncements qui ne lui apporteront aucune lumière... 

La fin, belle et touchante, vient donner une dimension supplémentaire au livre : elle impulse toute la relativité des choses, alors même qu'elles ont été si dures, dès lors que le passage du temps instaure du recul, de la distance, et que, à l'aube de la mort, on n'a plus les moyens d'être rancunier... 

C'est un livre qui a du corps, des odeurs, un livre qui vit, nous imprègne et nous habite, et rien que pour cela, ça vaut la peine...

 

Ce que le jour doit à la nuit (paru en 2008), Yasmina Khadra, chez Pocket.

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