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Le blog de la souris jaune

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28 Septembre 2016, 23:14pm

Publié par LaSourisJOne

"Celui qui, appelé à conduire un Etat, ne s'en tient pas toujours au bon parti et qui demeure bouche close par crainte de qui que ce soit, celui-là, aujourd'hui et toujours, est pour moi le dernier des hommes".

SOPHOCLE

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Un homme dangereux :)

26 Septembre 2016, 22:23pm

Publié par LaSourisJOne

Un homme dangereux :)

Roman.

C'est un livre sur lequel il n'est pas facile d'écrire. Un livre en miroir, en loupe, qui pourrait aussi bien être un roman qu'une autobiographie, avec scrutation de son propre passé, et mise en lumière de sa propre vie de manière fulgurante et déconcertante si l'on y pense par ce passé.

C'est donc l'histoire d'Emilie, mariée, deux enfants, écrivain (ça pourrait être l'auteure ?), insérée dans un milieu artistique parisien, auteur de films, et de livres pour lutter contre l'antisémitisme, et la haine primaire. Située clairement dans un présent qui nous est trop familier, si bien qu'aucune distorsion ne peut véritablement s'opérer. Mariée à un médecin depuis longtemps, le couple vit ensemble, sans plus se toucher. L'un à côté de l'autre. Elle a un amant qui ne porte pas à conséquence. Et puis elle rencontre un type, de son milieu littéraire, qui lui est présenté par une connaissance commune, et qui est en tous points odieux. Décrit fidèlement, sans concession, on ne peut que se demander ce qui fait qu'elle s'accroche, et fantasme sur ce type. Il est beaucoup plus vieux qu'elle, il est moche, il est désagréable. On suppose qu'il exerce par le verbe une certaine fascination sur elle. Toujours est-il qu'elle va commencer par attendre des signes de lui, entretenir une espèce de flamme, recevoir du mal de ce type, et pourtant continuer. Lorsqu'elle voudra échapper à ses griffes, avec l'aide de son mari, elle ne se relèvera guère. Il lui faudra écrire, écrire sur cela, pour finalement plonger dans ses racines familiales, l'histoire de sa grand-mère, aiguillée par ce type odieux qui se comporte avec elle de manière antisémite et humiliante qui plus est, pour découvrir que, comme sa grand-mère, elle n'échappera pas au mal engendré par un type machiavélique qui la détruira...

Et en cela elle compare ces destins individuels à ceux que la France réserve à ses juifs... C'est difficile à comprendre, difficile tant il y a de mal et de perversité, mais c'est un ressenti qui ne peut être contesté, car face à la haine de soi distillée par l'autre, comment réagir ? Comment ne pas intérioriser, si l'on est fragile, la haine de soi ?

On se sauve en écrivant, mais on s'y perd aussi...

. Un homme dangereux, Emilie Frèche, éd. Stock, septembre 2015 ; J'ai Lu, juillet 2016.

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25 Septembre 2016, 21:55pm

Publié par LaSourisJOne

"Tout ce qui est vécu n'est plus à vivre".

Emilie FRECHE

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La chaise numéro 14 :))

12 Septembre 2016, 21:59pm

Publié par LaSourisJOne

La chaise numéro 14 :))

Roman.

Un roman sur une période de l'histoire terrible, la libération qui suivit l'occupation par les Allemands, et celle des règlements de compte, des basses et iniques vengeances. La libération de toutes les mauvaises pulsions, et des mauvais instincts. Le sujet de ce livre c'est ça, une femme, tondue. Des moments qui précèdent ce douloureux événement, aux semaines qui suivent, et ce qu'elle en fait. C'est très beau, très fort. J'ai aimé suivre ce personnage et sa détermination, la voie qu'elle emprunte pour laver cet affront qu'on lui a fait. Ce courage qu'elle a d'affirmer qu'elle n'est coupable de rien (elle a aimé un officier allemand, passionément, ils se sont aimés), que l'amour n'est pas une raison suffisante pour induire cette honte qu'on inflige à un être d'être tondue en public et de perdre le symbole de sa féminité. Alors, avec une sourde détermination, elle va établir une liste des personnes qu'elle va vouloir voir 'plier', abdiquer devant elle pour ce qu'ils ont fait. Une liste, un nombre, cinq ; cinq, et l'on retrouve cette fascination du personnage pour les chiffres, dont elle se dit dépendante ; ainsi, le numéro de la chaise, correspond au numéro qu'on donne aux chaises de bistrot alors, chaise numéro 14, parce qu'il faut six pièces de bois et huit vis pour la faire tenir. La chaise de l'auberge tenue par son père, qu'on est allée chercher pour la tondre, en public. Une chaise, qui fait partie d'un rituel, d'une cérémonie qui l'accompagnent pour aller au bout de ce qu'elle s'est fixée ; cette chaise, qui se décolore avec le temps mais qu'elle emporte avec elle, cette robe, blanche, immaculée, celle que sa mère porta avant sa mort, d'un autre temps, qu'elle portait pour être tondue et qu'elle remet chaque fois qu'elle va à la rencontre de l'un des cinq.

Elle ira voir le coiffeur, celui qu'on impulse d'agir, et par la force de son regard, fier, impulse sa demande de pardon ; le maire, les religieuses pétries de mauvaises croyances qui l'ont accablée toute son enfance, les deux GI qui l'ont vue tondre sans rien dire, et Antoine, l'auteur de l'acte... Pour de si mauvaises raisons. L'amoureux éconduit, jaloux, qui se venge par cette blessure qu'il lui inflige. Antoine et son jeune frère. Les personnages sont vraiment joliment campés, on se laisse emporter par ce beau roman, cette voix, cette détermination ; et il y a ce très beau personnage, ce Louis, qui devient son ami bienveillant, qui veille sur elle comme un grand frère ou un père, la soutient. C'est très très beau, bien plus même que ce que j'avais imaginé ; la narration est lumineuse.

Merci à Samuel de l'avoir mis entre mes mains.

. La chaise numéro 14, Fabienne Juhel, éd. du Rouergue, mars 2015.

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11 Septembre 2016, 12:55pm

Publié par LaSourisJOne

"L'amour vient quand tu ne t'y attends pas. Il ne faut pas l'effrayer avec des prières ou des plaintes, il faut sourire à la vie. Alors il vient, happé par ton sourire".

Fabienne JUHEL

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... 448

3 Septembre 2016, 08:06am

Publié par LaSourisJOne

"Quand vous avez les mots, vous êtes appaisé de fait".

Magyd CHERFI

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Je vous écris... :)

28 Août 2016, 18:51pm

Publié par LaSourisJOne

Je vous écris... :)

Autobiographie.

Je suis tombée par hasard sur ce livre chez un bouquiniste, j'avais déjà lu quelques uns de ses livres (dont Allons voir plus loin, veux-tu ?), et aimé. J'ai vu ce petit visage, ce titre qui m'intriguait, et l'exergue qui a fini de me convaincre : "Ce livre est dédié à tous ceux dont les cris ne sont pas entendus". Et puis ce 'je' qui nous parle, évoquant la parution de son livre', Le voile noir, que je n'ai pas lu, et l'après...

J'ai aimé cette balade grave et profonde au tréfonds de sa souffrance, depuis la parution de son Voile noir. J'ai découvert le choc, le traumatisme fondamental de sa vie, qu'elle décida de mettre en mots dans le Voile noir : la mort, brutale, par asphyxie au monoxyde de carbonne, dans leur salle de bains, de ses deux parents, alors qu'elle avait neuf ans.

Dans ce livre, Je vous écris, elle décide de 'rendre' à ses lecteurs ce qu'ils lui ont donné. Après la parution de ce livre témoignage (Le Voile noir), elle reçut énormément de lettres, de confessions, de soutiens, intimes, aimants, respectueux, d'inconnus ; et ce sont ces lettres qui lui ont permis de comprendre et d'avancer sur son chemin de deuil. Y compris par le biais d'une 'clé' par rapport à son drame à laquelle elle n'avais jamais pensé. Avec Je vous écris, elle mèle ces lettres qu'elle nous transmets (sans signatures), avec le récit de son 'après' Voile noir. C'est comme une double thérapie progressive, lente, en train de se vivre sous nos yeux. Ce n'est pas impudique. C'est généreux. Elle ne nous épargne pas les phases de profond désespoir, les marques de sa terrible souffrance physique qui l'envahirent alors qu'elle imaginait pouvoir laisser toute cette histoire derrière elle après l'écriture et la parution du Voile noir , l'emprise de celle-ci sur sa vie, et la manière qu'elle a d'avancer coûte que coûte ; on découvre le long chemin d'après traumatisme, les avancées et les reculs, tellement compréhensibles, et livrés avec tant de capacité à se donner sans détour. J'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture 'multiple', ces multiples voix et la sienne, comme autant de partages, et de cadeaux généreux qui se veulent fortifiants pour un être qu'à priori ils ne connaissent pas. Une belle lecture.

. Je vous écris..., Anny Duperey, éd. du Seuil, 1993.

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Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles :))

21 Août 2016, 22:08pm

Publié par LaSourisJOne

Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles :))

Roman par lettres.

Eh bien, encore un roman par lettres ! On pourrait croire que la lecture de celui-ci juste après Et je danse aussi aurait souffert du précédent, mais même pas.

Cette histoire-là est un échange de lettres entre deux femmes, à une autre époque, pendant la seconde guerre mondiale aux Etats-Unis. Ces deux-là se choisissent un peu au hasard, parce qu'il faut tuer le temps et l'angoisse, en l'absence d'êtres aimés, envoyés à la guerre. Alors, elles se choisissent, par hasard, et l'amitié naît, et croît, solidement. J'ai beaucoup aimé me plonger dans la vie de ces deux protagonistes ; leurs fréquentations, les recettes (de cuisine) qu'elles s'échangent, sur fond de disette, les trucs et astuces pour agrémenter un plat lorsque tout manque et tout est rationné, et puis surtout les conseils, les encouragements, le soutien, l'amour que ces deux-là finissent par se porter, et qui les aide à affronter leur quotidien. Sur fond de conquête des droits des femmes. On voit où on en est, en 1943, alors les femmes n'ont pas par évidence le droit au travail, elles sont en pleine conquête, et j'ai trouvé passionnant de les voir, l'une en particulier, Glory, la plus jeune, issue d'un milieu aisé, découvrir que les discours peuvent faire avancer et changer les mentalités. Et puis, l'attente, de l'être aimé. La craine, de le perdre. Les mots qu'on choisit, qui ont tellement de sens, de poids, alors qu'il est en guerre ; tout prend de la force, et du sens. Il y a celle qui attend son époux, élevant ses deux tout petits, aux côtés du meilleur ami, qu'elle a toujours aimé presque autant que son mari ; alors, évidemment, l'attente, les rapprochements, la dignité malgré tout, la culpabilité ; et puis Rita, la plus âgée, dont le mari et le fils sont mobilisés. Rita qui va découvrir que son fils était amoureux, et avancer sur ce chemin de l'acceptation d'une autre, évoluer, grandir... J'ai vraiment passé un très beau moment, et la rencontre de ces deux-là m'a bouleversée.

Petite anecdote qui ajoute à l'attachement à ce livre-là : les deux auteures qui ont écrit ce livre se sont rencontrées sur un blog, ont pris la décision d'écrire ce livre, et se sont fait l'engagement ne se rencontrer qu'une fois le livre écrit. C'est ce qu'elles ont fait...

. Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles, Suzanne Hayes et Loretta Nyhan, 2013 (US), éd. Belfond, Pocket 2014.

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... 447

21 Août 2016, 12:02pm

Publié par LaSourisJOne

"Etre connu de quelqu'un, profondément, de l'intérieur, c'est ça l'essence de l'amour. Une existence sans amour n'est que l'ombre d'une vie".

Suzanne HAYES et Loretta NYHAN

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Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce :)

21 Août 2016, 08:49am

Publié par LaSourisJOne

Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce :)

Roman.

Véritablement conquise par La petite communiste qui ne souriait jamais (2014), j'avais très envie de lire un autre Lola Lafon. J'avais trouvé celui-ci, que j'ai lu pendant mes récentes vacances.

Evidemment, ce livre est loin, loin d'être une lecture légère. Mais je crois qu'avoir du temps pour le lire a été une très bonne chose. C'est le deuxième livre de Lola Lafon qui me fait me dire que véritablement, il y a 'quelqu'un' derrière ces pages.

Encore une fois, le rapport au corps, à son corps de femme est au coeur du livre. Toujours un rapport souffrant, contraint, lié à ce que les autres en font. Cette lecture n'est pas facile, mais extrêmement intéressante. Elle interroge beaucoup sur ce que l'on accepte de la société, sur la révolte, sur la trace que laissent des blessures ; sur la proximité entre deux êtres qui ont vécu le même trauma. Sur l'absence de limites, et la frontière, ténue, qui peut décider de faire sauter les limites... Sur la folie et la raison, donc évidemment.

On est dans un récit intime, un voire deux, ou trois d'ailleurs, melés. Des jeunes femmes. Deux se sont rencontrées dans un groupe de parole, le mardi soir, groupe de parole des victimes d'un viol ; avec ses mots à la fois pudiques et trashs, la narratrice va nous livrer la vie de ces femmes fracassées par la prise de force de leur corps. Elle ne s'arrête pas à la surface d'un instant, pour voir le trauma et ses conséquences, là, à un moment de vie ; non, elle fouille en profondeur, et donne à voir comment cet acte peut modifier jusqu'aux fondements. Elle ne s'arrête pas en chemin, et explore, au delà de la plainte qui peut être déposée, au dela de la justice, ce qu'un corps, ce qu'un être pourrait faire, pour vivre après.

Là, on est aux prises avec un quotidien qui doit se vivre, sans appitoiement, à partir d'un événement qui forcément, a tout modifié. Cela c'est ce qu'on se dit, à la lecture. En rien ce n'est formalisé. Il y a ces proximités naissantes, ces amitiés électives entre filles, qui réchauffent et grisent ; et puis il y a la fille qui va loin, qui va très loin dans l'analyse, dans la réflexion, dans les actes et le rejet d'une société peu satisfaisante. Entre dans des actions révolutionnaires, faisant naître un collectif "Les petites filles au bout du chemin". Il y a un peu de Nadja (Breton) dans ce livre-là, et particulièrement dans ce personnage-là. Il y a la fille qui est aux prises avec le réel, garde pied dedans, et celle qui est passée outre. Et la troisième amie, qui elle vit un coma, ce qui permet d'interroger le corps dans un autre de ses aspects, le corps qui s'arrête, quoi, comment, après un coma ?

Là encore, dans ce livre-là, la danse n'est pas loin. La danse, dans sa version 'travail' qui mène à la libération du corps, la danse comme exercice rude, presque maltraitant, mais finalement moins maltraitant que ce qu'un être humain peut faire à un autre en décidant de le 'prendre' sans son consentement... Il y a là encore, des pistes de réflexion extrêmement riches, c'est un travail très impressionnant, même s'il est parfois difficile, et pesant à lire.

. Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce, Lola LAFON, Flammarion, 2011 ; puis éd. Babel Actes Sud mai 2014.

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